Petit à petit, mon conjoint m’isole.

Figurine aux livres

La dernière fois, je vous racontais comment la violence s’est subitement créée une place au sein de mon couple. Je continue ma chronique en vous expliquant de quelle manière je me suis retrouvée seule dans cet enfer.

Dès les premiers jours de notre relation, mon petit-ami D. a commencé à insidieusement m’éloigner de mes connaissances quelconques, de mes amis, puis de ma famille. J’avais 18 ans, je ne connaissais rien à la vie de couple. Bien sûr, il s’est souvent servi de mon ignorance comme d’un argument qui fait mouche, et a entreprit de m’enseigner la vie à deux. Sa vie à deux.

Nous avions appris à nous connaitre via un site de rencontre. Jeune étudiante en mal d’amour et de reconnaissance, j’avais besoin de parler, et d’être désirée. Très vite, nous avions compris que nous fréquentions la même faculté. Nous étudiions la même discipline et suivions les mêmes cours magistraux. Idéal pour planifier une rencontre. Or, il n’était pas la seule personne avec laquelle je discutais sur la toile. Après l’officialisation de notre union, j’étais toujours en quête de nouveauté : je cherchais des amis.

Cet après-midi de mai, je devais rencontrer l’un d’entre eux. Je m’en faisais une joie, et l’annonçais à D. en toute innocence. Il m’interdit catégoriquement de m’y rendre. Je lui proposais de se joindre à nous : il déclina furieusement l’offre. Je ne comprenais pas l’objet de sa colère, j’allais simplement boire un verre avec quelqu’un. « Mais c’est un mec ! Tu l’as rencontré sur internet, il veut juste te baiser. Tu vas me tromper ! » C’était donc ça, une crise de jalousie ? Gênée, je lui cédais pour calmer le jeu, et posais par la même occasion mon premier lapin à cet ex-ami virtuel.

L’été approchait à grands pas, et avec lui mon envie de rejoindre enfin ma famille. C’était la première année que je passais loin d’elle, et même si je la voyais quasiment tous les week-ends et toutes les vacances scolaires, elle me manquait terriblement. Avant que je ne parte la rejoindre, D. s’enquit de m’expliquer pourquoi je ne devais pas y aller. « Tu vois trop ta famille, c’est pas normal. Tes parents te surprotègent, tu ne connais rien à la vie. Tu dois couper le cordon. Les voir une fois toutes les trois semaines est amplement suffisant. Puis on vient juste de se mettre ensemble. Reste avec moi. »

Que nenni, j’avais trop besoin de partir, et ses remarques m’avaient blessée. Que c’était bon de retrouver sa terre et ses semblables ! Seulement, il avait une façon bien particulière de veiller à ce que je ne l’oublie pas : me harceler. Je recevais des dizaines de messages par jour (que je prenais d’abord pour des messages d’amour), et je devais y répondre. Pendant les repas, les excursions en famille, les soirées devant un film … Il devait passer en premier et s’emportait s’il jugeait que ce n’était pas le cas. Il boudait et me menaçait de rompre, alors je culpabilisais et demandais à mes parents de me laisser le rejoindre quelques jours. Je passais la saison comme ça, tiraillée entre ma famille chérie, et lui.

L’été, c’est aussi le temps des week-ends entre amis. On se retrouve pour quelques jours, on boit, on chante, on veille au clair de lune. Nous avions préparé nos retrouvailles avec enthousiasme ! D. ne faisait pas partie de la bande, mes amis l’appréciaient peu et je ne souhaitais pas leur forcer la main. Il n’était pas convié à la fête, et ça le rendait dingue. « Tes amis ne me respectent pas, ils ne sont pas tes amis. Par égard pour moi, tu ne devrais pas y aller. Tu vas t’amuser sans moi. On est en couple, on doit s’amuser ensemble. »

Cette fois encore l’envie était trop forte, j’y suis allée. J’ai passé ces deux jours accrochée à mon téléphone, ce qui a passablement ennuyé le reste de la bande. Ils savaient qui m’écrivait si frénétiquement, et l’en appréciaient d’autant moins. Je leur ai dit qu’il s’agissait de sextos. C’était le cas, les vingt premières minutes. Et si j’étais moi-même agacée, je ne pouvais pas me permettre de l’ignorer. Je connaissais à présent les répercussions, et les disputes, virtuelles ou réelles, ne m’enchantaient guère. Je ne faisais pas le poids, je ne savais pas m’imposer. Pourtant les arguments de D. étaient facilement contestables, mais personne ne pouvait lui tenir tête. Il voyait le monde à sa façon et refusait qu’on puisse le mirer différemment.

Septembre s’est installé et je suis revenue. Je passais de plus en plus de temps chez lui, à sa demande. Il vivait avec son frère, à l’autre bout de la cité. D. ne se déplaçait jamais à mon domicile : mes colocataires l’incommodaient. Au fil du temps, il a finit par me proposer d’emménager avec lui. C’était la suite logique mais j’ai hésité longtemps. Je n’étais pas prête. Sa proposition s’est alors muée en ordre, que j’ai accepté de suivre. Je voulais devenir une adulte moi aussi, être à la hauteur, réussir mon couple malgré les difficultés. Tout le monde se dispute, on a tous des problèmes à un moment donné, non ?

L’isolement s’est évidemment accéléré, bien que j’aie résisté de toutes mes forces. Il prenait toute la place et plus son pouvoir s’épandait, moins je pouvais quémander un peu de liberté. Mon libre-arbitre avait du mal à reprendre le dessus, je devenais sa poupée. Mais une poupée, même de chiffon de cire ou de son (*musique*), c’est quand même un peu humain, n’est-ce pas ?

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14 thoughts on “Petit à petit, mon conjoint m’isole.

  1. Sophie Répondre

    J’ai un ex qui était à peu prêt du du même moule, le plus dur c’était la séparation mais ensuite quelle LIBERTE !

    1. Rozie & Colibri Répondre

      C’est exactement ça !
      Réussir à en sortir est d’une difficulté sans nom mais une fois que c’est fait … Rédemption !!

  2. Fugu Répondre

    Je me retrouve presque en chacune de tes lignes.

    Je suis contente que tu t’en sois sortie, ce n’est pas facile, même si une fois qu’on retrouve la liberté et comprend comment on est tombée là dedans, on se sent tellement plus libre et plus forte… 🙂

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Plus libre et plus forte c’est vrai, mais on se demande aussi comment on a fait pour ne rien voir, et c’est très déstabilisant.

  3. Melgane Répondre

    Il faut vraiment être fort pour sortir de ça, surtout quand le piège s’est déjà refermé ! Ça n’a pas dû être simple !

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Il a fallut que quelqu’un vienne me tirer de là, sans quoi le manège aurait encore pu durer longtemps je pense.
      C’est pourquoi au moindre doute, il ne faut pas hésiter à tendre la main aux personnes en difficulté.

  4. Marie Kléber Répondre

    Moi aussi je te dis bravo pour t’en être sortie, si jeune en plus. Dès qu’on cède une fois, on se retrouve pris dans un piège duquel il est très compliqué de s’extirper. On perd confiance et pire, on finit par croire que la folie de l’autre ce n’est rien que de l’amour.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci Marie.
      J’ai lu aujourd’hui tes articles concernant ce thème, et je suis touchée par tes mots.
      Au plaisir de te (re)lire :).

  5. Maryssa Répondre

    Olalala c’est horrifiant…..!!!!!!

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Tu l’as dit 😉

  6. maman délire Répondre

    ça me fait froid dans le dos ce lire ça… je suis tellement heureuse que tu t’en sois sortie ! en lisant on se dit mais c’est pas possible, elle doit réagir ! et pourtant quand on est dedans, on ne voit pas. une amie a vécu une histoire comme ça, mais ça a été beaucoup plus bref, ça n’a duré que 3 mois. 3 mois pendant lesquels on l’a vu changer à 100 %…. elle aussi n’a réalisé qu’après…

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Oui, c’est ça qui est complètement incroyable, on ne voit rien quand on y est.
      Surtout quand, comme pour moi, il s’agit d’une première histoire. Je me demandais vraiment si c’était moi qui ne savait pas faire.
      Heureuse que ton amie s’en soit sortie !

  7. A Répondre

    Pas besoin d’être jeune pour tomber dans ce genre de piège. J’avais 29 ans, je sortais (de ma propre volonté) d’une 1ère union avec 3 enfants, persuadée que je ne parviendrais pas à retrouver quelqu’un pour vivre avec moi et les 3 enfants d’un autre. Il y en a eu un. Qui s’est très (trop) vite installé avec moi. Qui a pris très (trop) vite beaucoup (trop) de place dans ma vie. Avec qui j’ai eu deux autres enfants. Et c’est d’autant plus compliqué de vraiment tourner la page, même plus de 8 ans après l’avoir quitté. J’ai lu plusieurs de vos articles sur ce lien et je m’y suis retrouvée. Alors que je suis tombée dans ses griffes avec 11 ans de plus que vous et déjà une certaine expérience de la vie…
    Depuis toutes ces années, j’aurais bien aimé pouvoir en parler ouvertement. Mais je me le suis interdit, pour nos enfants, pour préserver autant que faire se peut l’image du père (heureusement, ils sont plus lucides que moi et ses tentatives de les monter contre moi sous couvert de leur dire la vérité ont eu l’effet inverse). Du coup, pardon de laisser ce commentaire de manière relativement anonyme. J’ai toujours peur que ça tombe sous des yeux qui pourraient ou en être blessés, ou s’en servir contre moi.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Non, pas besoin d’être jeune, c’est vrai. Ni peu expérimentée. Il suffit d’un rien. Une petite faille, une situation bancale, un changement brutal ou un espoir un peu trop accroché .. Et c’est parti.
      Merci de partager avec moi votre vécu.
      Votre anonymat, je le comprends. Je suis anonyme, moi aussi. Je communique sous un surnom, très proche de mes noms et prénoms d’origine, pour que ceux qui le connaissent ne me reconnaissent pas. J’ai encore peur des représailles alors que plus rien ne me rattache à cet homme.
      Je sais qu’il sait que j’ai écrit ailleurs sur la toile. Mais pas ici. Je le raconte pour les autres et pour me libérer, mais malheureusement, je ne pourrais jamais rendre justice. Je ne pourrais jamais le « dévoiler au grand jour ».
      Heureusement, vos enfants l’ont compris. C’est une chance.
      Courage, j’imagine la difficulté que ce doit être d’être obligée de garder le contact. Mais vous êtes forte.

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