Violée ?

Il y a quelques jours, j’ai regardé un reportage passionnant mais difficile sur les viols conjugaux. Un homme était jugé, pour la première fois en cours d’assise, pour ces faits commis sur 5 de ses ex-compagnes. Il m’était particulièrement difficile de les entendre décrire les scènes, violentes, odieuses. Honteuses.

Elles parlaient, et je commençais à me reconnaître. « Il m’a obligé à quitter mon travail, il a éloigné ma famille et mes amis. » Vous connaissez la chanson. Le documentaire insistait sur le fait que malgré tout ce qu’elles avaient subi sur le plan sexuel, elles ne considéraient pas qu’elles avaient subi des viols avant qu’on ne le leur dise.

« Je n’étais pas consentante, je le suppliais d’arrêter, je mettais mes mains pour l’en empêcher, en vain. » Ce qu’elles décrivaient était tout bonnement atroce. Tous les jours. Invivable. Le documentaire expliquait que les victimes étaient incapables de se considérer comme violées. « Parce que c’est mon mari, le père de mon fils. » Qu’elles ne portaient pas plainte. Et que, dans les rares cas où elles le faisaient, elles n’avaient pas/plus de traces. Les hommes violeurs ressortaient libres, faute de preuves. Le viol n’avait pas été assez brutal. Ou datait de trop longtemps.

Lui, l’accusé, était persuadé d’être dans son bon droit et de n’avoir jamais violé personne. « Si elle m’avait dit non, je ne l’aurais pas fait. » C’est souvent le cas. Et l’une d’entre elles avouait qu’à force, elle l’excitait elle-même pour que ça se passe vite, puisqu’elle savait qu’elle serait contrainte dans la journée.

Et là, je me revois. Deux ou trois jours d’abstinence sont passés, il commence à me le réclamer. Je n’en ai pas du tout envie. Mais si je ne cède pas, il tempête. Ses crises de nerfs me font sauter la cervelle. Le climat de peur est bien là et pour que ce soit rapide, moi aussi, je l’excite du mieux que je peux. Vite fait, bien fait, pour que je puisse me reposer après et penser à autre chose. Ne plus être sur mes gardes, en tension.

Une fois, j’ai pleuré. C’était l’une des dernières fois. Pour qu’il me laisse tranquille, je suis moi-même allée le chercher. Il m’a dit « T’en as pas envie, ça se voit. » Alors j’ai cru que cette fois, comme je ne pouvais pas le cacher, il s’en irait. Mais non. Il m’a laissé continuer. « C’est beaucoup moins bon quand t’y vas à reculons. »

Il me culpabilisait pour que je m’applique plus. J’ai fait ce que j’ai pu. Puis j’ai écarté les cuisses, et pendant que le lit grinçait, j’ai regardé le plafond. Presque inerte. Je l’ai laissé faire et les larmes ont coulé sur mes joues. Il a dû sentir quelques gouttes sur son cou.

Ca ne l’a pas arrêté. Il a continué sans me regarder, puis il a terminé. Sans un bruit. Il s’est relevé, il est parti se nettoyer et moi, je me suis vite recouverte.

Je vois ce documentaire défiler sous mes yeux et d’un coup, avec toute la peine du monde, je me demande. Ai-je été violée ? L’ai-je laissé me violer ? Sans riposter. En me jetant consciemment dans la gueule du loup.

« Mais non, tu ne criais pas comme elles. Tu ne le suppliais pas d’arrêter. T’avais pas aussi mal, physiquement et mentalement. C’était pas si dur. »

Il se défendrait sûrement en disant que je n’ai jamais dit non. Que je venais moi-même le chercher. Et c’est vrai. Je ressens une grande honte, sur le moment. Quand-même …

Pouvais-je dire non, quand vierge, il ne m’a pas demandé mon avis avant de me pénétrer la première fois ? Pouvais-je dire non, quand la première fellation que j’ai faite, c’était sous la contrainte ? « Allez, s’il te plaît. Moi j’adore te faire ça, fais-le moi aussi. » Le tout en appuyant sa paume sur ma tête jusqu’en bas.

Pouvais-je dire non, quand toutes les autres pratiques auxquelles il m’a initiée, c’était comme ça ? « Allez, on essaie ça.Je ne suis pas prête, je crois que ça ne me plaît pas …Tu ne le sauras qu’après avoir testé.Oui, mais pas maintenant ..Mais si, je vais y aller doucement, je te le promets …Allez, mets-toi comme ça. »

Comment, avec ces premières expériences où la notion de consentement m’était inconnue, j’aurais pu dire non plus tard avec le même homme ? Le sexe était pour moi une obligation. Il me disait que je manquais de libido et que les autres en avaient beaucoup plus. Moi, je le croyais. Je pensais que c’était ma peine, mon fardeau. Que ce serait comme ça avec tous les hommes, tout le temps.

Voilà tout ce que ce documentaire a déclenché en moi, voilà ce qu’il fait ressurgir. Suis-je une femme violée ? Ai-je le droit de me qualifier comme telle ? Quelque chose me dit que oui, et que je fais bien de l’accepter, ça va beaucoup m’aider pour débloquer des tensions en moi.

Mais une autre me dit que non, que je deviens folle et que j’invente tout. Tiens, c’est drôle, c’est exactement ce que dit l’une des victimes au sortir du tribunal. « J’en viens à douter … Et si c’est moi qui avais tout inventé ? »

Je crois que pour me considérer violée, il me manque ce « non » qui ne sortait jamais. Qui doit aussi leur manquer à elles. Si je l’avais dit une fois, et qu’il ne m’avait pas écoutée … C’est triste à dire mais ça m’aurait aidée aujourd’hui. Je pourrais me dire sans culpabiliser que j’ai été victime de viol et que D. est un violeur conjugal qui s’ignore.

Là … Je ne sais pas trop. La frontière est mince, mais elle me semble réelle. J’ai pas dit non, putain. J’ai jamais dit non. Alors que je n’en avais jamais envie. Puis-je quand-même le lui imputer ? Je vous jure, malgré 4 ans à remuer et digérer tout ça, je culpabilise encore … Il y a toujours des points sombres que je ne sais pas classer.

Viols ? Simples actes sexuels qui manquaient de passion ? Victime de lui ou coupable de moi-même ?

C’est la première fois que j’ai peur d’en parler avec mon mari. J’ai peur de lui dire que je crois que j’ai été violée, mais que je ne suis pas sûre. Pourtant, je sais qu’il m’écouterait avec bienveillance, comme il l’a toujours fait. Je sais que je pleurerais et qu’il serait là pour me réconforter. La partie la plus enfouie de moi. De cette histoire. Elle est là. Et vous, vous êtes vous déjà posé la question ? Connaissez-vous ce doute ? Avez-vous fait la paix avec vos traumatismes et avec vous-même ?

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Edit : Je décide de publier cet article aujourd’hui, alors qu’il n’était prévu que bien plus tard. La cause ? Ce week-end, j’ai enfin réussi à mettre des mots dessus, et à dire, à voix haute, à mon mari, que je pensais avoir subi des sévices sexuels.

C’était après le dernier épisode de 13 Reasons Why, qui traite, entre autre (et très bien) du sujet du viol. Après l’épisode 13, ils insèrent un reportage et expliquent pourquoi les victimes réagissent comme ça. Ca fait beaucoup de bien d’entendre une prévention si belle. Si bien faite. Le reportage est fait pour que la discussion continue après, dans les foyers. Elle a continué pour nous.

« Mais toi, t’as jamais été violée !Qu’est-ce que tu en sais … ? » Il a compris que j’allais lui dire. Une longue discussion où j’ai fini par lui décrire la scène qui me posait problème dans ma vie. Je n’ai pas dit « viol ». Je voulais avoir son avis, d’homme, de personne extérieure, qui écoute ça.

Au fond, j’espérais qu’il le dirait. « Oui, Rozie, tu as vraiment subi un viol … » Ca m’a soulagée. Mais lui, ça l’a profondément perturbé. Il a été génial, comme à chaque fois. Il m’a serrée contre lui, il m’a câlinée. Il ne savait pas quoi faire d’autre.

« On fait quoi maintenant ? Il n’y a rien à faire.Oui mais toi, Rozie, qu’est-ce que tu veux faire, maintenant ? » Il a évoqué l’idée d’en parler à mes parents, j’ai catégoriquement refusé. 4 ans après, intenter un acte en justice, c’est peine perdue. Aucune preuve, ma parole contre la sienne. Ca me fait chier, parce que je sais que d’autres filles vont encore le subir. Mais bon .. Faut que je pense à moi, sur ce coup-là.

Mes parents, surtout mon père, souffriraient trop de cette annonce. A part les rendre haineux et culpabilisés, je ne vois pas ce que ça peut apporter,ce que ça peut m’apporter. Ils ont tourné la page. Moi, j’avais besoin d’en parler avec mon mari, et j’ai réussi à le faire.

Pour autant, ce ne sera pas un secret. Hors de question que j’aie honte de le dire. Si un jour, ce sujet arrive sur la table, en famille ou entre amis, je parlerai de mon expérience sans sourciller. Pour dire « Ca m’est arrivé, mais je n’ai pas à en avoir honte. » J’espère que ça aidera à libérer la parole des autres. Je pense notamment à ma cousine, victime d’inceste.

Ce qui m’angoisse, c’est que maintenant, mon amoureux porte ce fardeau avec moi. C’est brutal pour lui. Il était persuadé qu’on en avait fini avec D. Que son ombre ne planait plus au dessus de notre couple, au dessus de lui. Il était déçu de ne l’apprendre que maintenant, parce que beaucoup de mes réactions prennent sens avec ça. Je lui ai dit que moi aussi, j’aurais aimé le savoir avant.

« Tu veux en parler à un psychologue ?Non, ça ne me botte pas … Mais je vais entamer une thérapie psycho-corporelle. C’est sans doute pour ça que je suis enfermée dans mon corps.C’est bien. Tu prends rendez-vous quand ?Je mets de l’argent de côté en avril, et je commence en mai. »

Voilà, j’en suis là dans mon processus d’acceptation et de guérison. C’est un pas énorme pour moi. Le fait de l’avoir dit rend tout ça réel. J’ai passé une mauvaise nuit, mon mari aussi. Je n’ai pas fondu en larmes. Quelques unes ont coulé, mais je pouvais parler normalement. C’est signe d’une prise de recul, le processus est déjà bien entamé.

J’ai été violée. J’ai subi un viol conjugal. Cette scène gênante, triste, étrange, je peux mettre un nom dessus. Définitivement. Je peux aussi me dire qu’elle ne fait plus partie de moi et ne me définit plus. Elle est juste une part de mon histoire.

Je voudrais remercier Marie, parce qu’elle ne le sait pas, mais l’article qu’elle a écrit sur le sujet, des suites de sa propre histoire, a été le premier pas pour moi. Ca m’avait fait l’effet d’un électrochoc. Une bombe. Le deuxième a été ce reportage sur France 2, et le troisième cette série. Le tout étalé sur six mois. Alors merci.


18 thoughts on “Violée ?

  1. Et dans ces mots Répondre

    Toute personne qui n’a pas envie de dire oui pourrait dire non.
    A partir du moment où tu n’avais pas envie, où tu avais peur, où tu t’es forcée, tu n’était pas consentante. Et à partir de là, il t’as forcée.

    Ton message est fort et j’espère que ta thérapie t’apportera beaucoup de bonnes choses. Et je pense qu’en parler à ton conjoint va aider !

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci beaucoup, et bienvenue à toi par ici !

      Oui, j’ai été contrainte et forcée, j’ai été violée. Dur constat, difficile à digérer et à appréhender, mais terriblement libérateur !

      J’espère que toutes les voix qui s’élèvent pour dénoncer ces actes et la culture du viol seront entendus, et que bientôt, tous les garçons (et les filles) de la planète seront éduqués avec cette notion primordiale du consentement. C’est si important !

  2. Ornella Répondre

    Moi aussi, j’ai été confrontée au problème. « Fais-moi ça. – Mais non, j’ai pas envie. – Mais si allez s’il te plait, tu peux pas me laisser comme ça. » Et tu t’exécutes, pour pas passer pour la coincée, pour qu’il arrête de te saouler. Je compatis donc.
    Je pense que le traîner en justice ne t’apporterait aucune forme de soulagement de toute façon. IL faut apprendre doucement à vivre avec. A te construire aussi « grâce » à ça.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Je suis persuadée que la justice ne m’apportait rien effectivement, ou si peu … Ca m’aurait peut-être apporté au début, quand c’était tout frais, mais le concours que j’ai gagné grâce au texte que j’avais écrit sur le sujet m’a soulagée de cette manière-là. Maintenant, c’est bon, je n’en ai plus besoin ..

      Et effectivement, j’apprends à me construire « grâce » à ça. Déjà, depuis que je l’ai dit et « acté », je n’ai plus de tensions dans la nuque et les épaules (ou beaucoup moins !)… Ca en dit long !

      Je crois qu’on vit quasiment toutes ce genre d’expérience. Sans parler de viol, mais de contraintes sexuelles auxquelles on se plie par manque de confiance, pour pas être « relou » ou autre … C’est bien triste.

  3. Illyria Répondre

    C’est bien que tu arrives à prendre conscience de ça, à écrire sur le sujet et à en parler, tu avances bien!
    C’est effectivement une prise de conscience difficile et un fait difficile à accepter… Tu n’as pas dit non, mais il faisait en sorte que tu dises oui même si tu n’avaiss pas envie, et ça ce n’est pas du consentement et ce n’est pas dire oui, donc c’est dire non…
    C’est super la thérapie psycho corporelle, ça m’intéresserait aussi! Tu nous feras un retour là dessus? J’espère que ça t’aidera pour résoudre le blocage que tu rencontres régulièrement 🙂
    Tu es sur le bon chemin Rozie, je t’embrasse

    1. Rozie & Colibri Répondre

      C’est un sacré pas, effectivement. Dorénavant, je comprends encore plus ma cousine et ce qu’elle a pu, et peut encore ressentir …
      Accepter qu’on a subi un viol .. C’est étrange. En fait pour moi, une fois que c’est dit, ce n’est plus douloureux, puisque c’est accepté. Mais je crois que je n’arrive pas vraiment à me dire que ça fait partie intégrante de moi. Peut-être parce que ce n’est pas le cas, ça fait partie de l’histoire qui elle, fait partie de moi …

      Mais tu vois, relire cet article me pose un problème. Habituellement, je me relis sans peine mais là, j’ai du mal. Preuve qu’il y a encore du chemin !

      Oui, je ferai un retour sur la thérapie, promis !

      Merci beaucoup Illyria ! Je t’embrasse aussi 🙂

  4. zenopia Répondre

    Tout a été dit… alors <3

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci 🙂 <3

  5. Pétale Répondre

    Bonjour Marie Kléber : je suis d’accord avec toi. Bises

    Bonjour Rozie,

    Je compatis beaucoup. Je m’excuse par avance si mon message paraît « pas sympa » ou et froid. Les émotions et moi ça fait 2.

    (Il existe un livre intéressant qui parle des violences intra familiales (parents et enfants je crois) « La fabrique des pervers » de Sophie Chaveau (je ne l’ai jamais lu, mais il y a un article sur ce livre sur le site « vergiberation.com »)

    Je pense que oui c’est un viol. D’ailleurs même si tu ne dis pas non et ou que tu cèdes sans envie (et ou surtout sous la pression de l’autre) et ou que tu ne dise ni oui ni non ne justifie pas un viol. Ce n’est pas parce que tu n’as pas dit « non » que tu consentais à l’acte. La preuve c’est que ça t’a fait souffrir et que cela a des répercussions dans ta vie d’aujourd’hui. Il n’y a pas besoin que tu souffres le martyr pour que cela soit un viol. De plus, certaines personnes sont peu sensibles à la douleur en général (douleur physique et ou mentale/psychologique/psychique). Et puis de toute façon, certaines personnes ne prennent pas en compte ou et n’entendent pas ou et ne veulent pas entendre le non. Je pense que cela n’aurait rien changé.

    En plus, il faisait en sorte de t’isoler et te manipulait si j’ai bien compris. La violence psychologique ayant fait son effet, tu étais en quelque sorte « sous son emprise » et comme tu étais jeune, il pouvait te faire croire des choses fausses, donc tu avais peur et pour éviter qu’il ne s’énerve, tu faisais ce qu’il voulait que tu fasses. C’est une réaction « normale », tu essayais de te protéger comme tu pouvais et de « survivre » je pense.

    (La plupart des viols, les violeurs sont des personnes proches et connues par la victime. Je précise que les hommes aussi peuvent être violés, je crois que c’est moins « courant »)
    -Je pourrais te faire un copier-coller du commentaire que j’ai écrit sous le billet que tu avais écrit : https://rozieetcolibri.com/quand-l-inceste-touche-ma-famille/
    (Sauf que je n’ai pas de compassion pour D, vu qu’il n’a pas de regrets/remords je pense, donc pour moi il mérite une vie pourrie).

    En gros, je pense à peu près pareil par rapport au billet sur l’inceste et celui-ci, donc si tu penses que cela peut t’aider de relire le vieux commentaire sous l’article sur l’inceste, tu peux le faire. Bien sûr, après je n’ai pas la prétention de dire que les/mes mots « guérissent » , mais je sais que lorsque je lis des choses positives ou des commentaires positifs, cela m’apporte un peu de joie.-

    Tu as raison de ne pas avoir honte et tu es très courageuse. De toute façon la seule personne qui devrait avoir honte c’est D (donc le violeur) et pas la victime selon moi.
    Le point positif est que tu n’es pas/plus dans le « déni » de ce qui s’est passé, ce qui je pense est un bon point.

    Je trouve que l’idée que tu ailles voir un(e) psychologue très bien et je pense que cela pourrait t’aider. Par contre des souvenirs douloureux par rapport à l’acte peuvent remonter pendant la thérapie je crois donc le psychologue doit être spécialisé dans ce domaine je pense. De toute façon, tout ce qui peut t’aider à aller mieux selon toi est bon à prendre je suppose.

    La réaction de ton mari a été super d’après moi, car il ne t’a pas culpabilisée et n’a pas mis en doute ta parole d’après ce que je lis de ton récit sur ce point.

    -Je pense que ce viol est une des raisons qui ont fait que tu as écrit cet article https://rozieetcolibri.com/la-masturbation/
    (Avant quand j’étais plus jeune, moi aussi je me pensais sans désir sexuel et je trouvais ça sale et dégradant. Par rapport à cet article, je pense que te documenter sur ce sujet, par exemple comment fonctionne le sexe féminin et tout et en lisant des choses positives à ce sujet, cela pourrait peut-être t’aider. Bien sûr après, je pense que ce n’est pas obligatoire d’aimer certaines pratiques, chacun ses goûts).-

    Je pense aussi que la justice doit être faite par rapport à ce qu’a fait D. Si tu changeais d’avis par rapport au fait de porter plainte, car peut-être cela pourrait t’aider même si le problème est que les preuves n’existent sûrement plus vu que ça fait « longtemps », tu as un délai de 20 ans après le viol pour le faire. (Pour les prochaines victimes de D, tu ne peux malheureusement rien faire (d’autre) je pense, ça peut paraître « égoïste », mais je pense que tu tourneras la page de façon totale et naturelle un jour ou l’autre quand tu seras prête et que tu ne peux pas souffrir à la place des autres personnes).

    Je t’envoie des ondes positives, et beaucoup d’amour.
    Bises

    Pétale

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Bonjour Pétale,

      Oui, tu as bien compris, j’étais sous son emprise, manipulée. Et donc oui, j’étais bien été violée. C’est choquant de le dire, la première fois.

      Je me suis beaucoup renseignée, sur les viols en tous genre, et ai une très bonne connaissance du sujet depuis longtemps maintenant. Mais c’est toujours pareil : quand ça t’arrive à toi, tu n’arrives pas à faire ce qu’il faudrait, ni à l’admettre, alors que tu connais tout par coeur.

      Effectivement, la plupart du temps, les violeurs sont des gens proches, qu’on connait. C’est encore plus horrible de se dire ça. Et souvent, c’est le/la conjointe.

      Les hommes se font violer aussi. C’est sans doute moins courant, mais c’est d’autant plus difficile pour eux que dans l’imaginaire collectif, un homme ne peut pas se faire violer. Parce qu’enfin, s’il « bande » c’est bien qu’il est excité … !

      En fait, non. Un pénis peut se dresser sans que son propriétaire soit excité. Et on peut violer un homme autrement aussi …

      Quelle horreur, ces histoires.

      Oui, ce passage de ma vie qui était flou jusque là, est sans doute l’un des piliers de mon souci avec la masturbation. C’est fort, fort probable. Le savoir va me permettre d’avancer sur le sujet. En fait, c’est déjà le cas.

      C’est fou comme de le dire, une grosse partie se débloque en quelques secondes !

      J’y pense à porter plainte. J’y pense. Mais plusieurs choses me retiennent. 1. Les preuves. Il n’y en a aucune. Et de mon propre aveu, je n’ai jamais dit non et j’allais moi-même l’exciter. Il faudrait prouver que j’étais sous emprise et c’est vraiment compliqué comme démarche.
      2. Tout le monde le saurait. En fait, je m’en fous. Sauf pour mes parents (et quelques autres membres proches de ma famille). La souffrance que ça engendrerait pour mon père et ma mère … Ca ne vaut pas le coup. Je n’ai plus soif de justice, j’ai guéri autrement. Et eux, ça les achèverait.
      3. Ma replonger dans toute cette histoire. Je crois que j’aurais la force. Mais plus du tout l’envie. Parce que je l’ai déjà fait mille fois. Et que la dernière fois, j’en ai guéri. Alors à quoi bon tout recommencer ? Mon mari serait impacté, moi aussi, un tas d’autres gens … Ca nous noircirait encore le bonheur qu’on a reconstruit derrière tout ça.

      Mais conscience, ma morale, mon sens de la justice me disent : Fais-le pour les autres victimes et les prochaines. Mon coeur balance.

      Peut-être plus tard. Aujourd’hui, je suis égoïstement trop occupée à me reconstruire et à vivre heureuse. Désolée pour les suivantes … Malheureusement, je crois que je ne peux pas faire plus. Pourtant, Dieu sait comme j’y pense !!

      Le monde est régit sous une autre justice et je sais que j’ai gagné … !

      Merci Pétale, je te renvoie toutes ces bonnes ondes :).

      Bises !

      1. Pétale Répondre

        Bonjour Rozie,

        Merci pour les bonnes ondes :).

        Bises

        Pétale

        1. Rozie & Colibri Répondre

          Je t’en prie :).

  6. nathalietoutsimplement Répondre

    Bonjour Rozie,
    Je prends connaissance de ton post par l’intermédiaire de Marie.
    Je voudrais d’abord te dire Bravo. Je te trouve en effet très courageuse d’avoir écrit ces mots, de « vrais » mots, sans « fioritures ».
    Je voudrais aussi te dire que la prise de conscience est certainement le premier pas vers une vie meilleure. Je pense, comme tu le dis et comme Marie le dit aussi, que tu n’étais pas guérie de cette relation. Tu vas les classer ces points sombres, tu vas voir. Le chemin va sans doute être long et douloureux, mais je crois que tu viens de faire le premier pas vers la lumière qui se trouve au bout du tunnel.
    Voilà ce que je tenais à te dire, je ne suis pas médecin ni psychologue, mais je vis des choses depuis quelques années qui me laissent à penser que je peux te laisser ce message.
    Prends soin de toi. Nathalie

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Bonjour Nathalie,

      Merci pour ces mots. Non, c’est sûr, je ne suis as encore guérie de cette relation, et je me demande si je pourrais l’être un jour. Guérit-on vraiment de ses blessures d’âme ?

      Je classe tout ça petit à petit, chemin faisant. Aujourd’hui, cette prise de conscience est déjà un grand pas pour moi. Je crois que je peux le dire sans trop m’avancer dorénavant : je crois que c’était le « dernier » gros point à soulever. Ca y est, j’ai fait le tour. Il ne me reste plus qu’à digérer.

      Tu n’as pas besoin d’avoir un statut de professionnel pour me donner ton avis et me laisser un message. Tes mots ont tout autant de sens et de pertinence que ceux des autres plus « avertis ».

      J’espère que ce que tu vis n’est pas douloureux et qu’au contraire, tu passes des jours heureux ! En tout cas, c’est tout ce que je te souhaite.

      Merci encore. A bientôt,

  7. l0uanne Répondre

    C’est très courageux à toi de réussir à en parler et à l’admettre sans honte !

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci !
      La honte n’a pas lieu d’être.
      Le seule chose qui pourrait me gêner d’en parler, c’est la douleur que cette annonce pourrait provoquer chez mes interlocuteurs. C’est pour ça que je ne le dirai pas à mes parents.
      Pour le reste .. Je m’en moques. Et non, aucune victime ne doit avoir honte !

  8. Marie Kléber Répondre

    Rozie, tout d’abord merci pour ce partage et bravo à toi d’avoir pu sortir ces mots /maux. Je crois que c’est essentiel pour avancer, se reconstruire. Je viens de terminer la lecture d’un livre qui t’apporterait beaucoup je pense, celui d’Anne-Laure Buffet sur les violences psychologiques. Sur la violence sexuelle elle écrit « elle existe entre époux et la victime soufre de devoir l’admettre […] ceux qui croient que pour qu’il y ait viol il faut violence physique, il faut des coups, il faut des vêtements arrachés se trompent […] s’y soumettre en se méprisant de « le faire » parce qu’il n’est pas possible de dire « non ». »
    Tout est là. On ne peut pas dire non. Car derrière il y a une violence sous-jacente, qu’on connait même si on refuse de l’admettre. Et puis la violence sexuelle arrive à un stade où l’emprise est déjà installée…
    Ce qui est intéressant dans son livre c’est qu’elle insiste sur le fait que chaque souffrance est individuelle et que la comparaison justement nous induit en erreur et nous fait minimiser notre vécu. Ce que tu décris est un bien du ressort de la violence sexuelle. Dis-toi qu’à partir du moment où il y a un malaise si grand il y a un problème. J’ai cru longtemps inventer moi aussi parce que la réalité fait trop mal.
    Je suis heureuse – même si je sais à quel point c’est compliqué – que tu ai réussi à sortir cela de toi. On met du temps à se remettre de cette emprise Rozie. Et quoi qu’on fasse on vit avec aussi dans nos relations à suivre. Peut-être que vous pourriez tous les deux, ensemble ou séparément, voir quelqu’un pour en parler.
    Il y a encore des choses que j’ai subi, plus que vécu, dont je ne peux pas parler. Je n’y arrive pas. C’est pas pire que le reste mais ça me laisse toujours un sale goût dans la bouche quand j’y pense.
    La fellation et d’autres pratiques sexuelles imposées c’est NON. On ne force JAMAIS quelqu’un. Dans un couple « normal » ça ne se passe jamais comme ça. J’ai connu les deux et la différence est flagrante.
    Prends soin de toi Rozie, tu es une battante, une combattante, une belle personne. Tu vas y arriver, tu verras un jour la lumière sera encore plus merveilleuse et tu seras pleinement épanouie dans ta vie sexuelle – je te le souhaite du fond du coeur parce que faire l’amour c’est beau.
    Je t’embrasse .

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci Marie.

      Oui, poser ses propres mots dessus, se l’avouer, c’est essentiel pour avancer, j’en ai bien conscience. Je suis fière des pas que je fais vers mon apaisement.

      Je me procurerai se livre à l’occasion (j’en ai déjà tellement à lire !). Je n’ai jamais véritablement lu d’ouvrage sur le sujet et c’est certain que ça m’aiderait.

      Maintenant je le sais, que rien de tout ça n’était normal. On ne force jamais quelqu’un. On insiste d’ailleurs jamais. Quand c’est non, c’est non. Et je vois bien la différence avec mon mari. C’est incomparable !

      Je me demande si je serais tombée si facilement dedans si j’avais connu une relation normale avant … Sans doute que oui ? J’essaie de me trouver des « excuses » mais ça n’a rien à voir. C’est fou ce besoin qu’on a, nous, les victimes, de chercher à justifier nos faux pas.

      Je comprends ce que tu veux dire, le goût amer dans la bouche face aux souvenirs … C’est ce qui se passait pour moi avec celui-là. Plus maintenant, je suis passée à un autre stade. Celui du « ok, je le sais, mais j’ai plus envie d’en entendre parler. »

      Merci pour tes mots qui me font du bien. Je te souhaite au moins autant de bonheur, de belles choses, un avenir radieux.

      Je t’embrasse !

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