Evoluer et Grandir

Végane.

Je vous ai déjà raconté mon rapport à la viande, et le fait que depuis toute petite, j’ai de franches difficultés à en manger et à ne pas penser que gît dans mon assiette de la chair morte ayant appartenu à quelqu’un. Pourtant, je mange encore de la viande, de temps en temps, à petites doses. Je ne sais pas vraiment faire autrement, et c’est socialement bien plus simple.

A l’heure actuelle, c’est un sujet qui tourne en boucle dans ma tête, et ce depuis des semaines. J’y arrive de moins en moins. Je n’arrive plus à me dire « Rozie, n’y penses pas, satisfais-toi simplement du goût et du plaisir que ça t’apporte » (quand il s’agit d’une viande que j’apprécie).

C’est devenu impossible pour moi de faire l’impasse, et c’est loin d’être évident dans le quotidien. Mais vous allez me dire qu’entre ne plus manger de viande et devenir végane, il y a une différence, non ?

Oui. Le veganisme, c’est ne plus se servir des animaux du tout : ni pour se nourrir, ni pour se vêtir, ni pour se soigner, ni pour s’amuser, ni pour s’embellir … Enfin, c’est bien plus que ça (j’y reviendrai un jour, je pense !) mais dans la vie quotidienne, voilà l’impact : cesser de se tourner vers des prestations animales.

Je ne suis pas végane, mais je tends à l’être et ce, malgré moi. Qu’est-ce que ça signifie ? Tout simplement que je ne choisis pas de devenir végane : ça s’impose à moi. C’est un processus difficile à décrire. Disons que même si je décide de ne pas être sensibilisée au sujet, ma tête et mon corps refusent de plus en plus d’ingérer ou d’utiliser des animaux. Je dois me forcer pour le faire.

Ca fait des années que c’est en suspens. Il y a des phases – comme actuellement – où je ne peux vraiment pas passer outre, et d’autres où cette « sensibilité » (je n’ai pas envie de verser dans le cliché avec ce terme mais je n’en trouve pas d’autre) s’atténue et durant lesquelles je recommence à me nourrir avec quelques produits animaux. Mais ça reste parcimonieux.

J’en ai parlé à ma professeure de yoga en septembre dernier, parce que ça me troublait vraiment d’être dégoutée par des produits comme le lait, la viande blanche, le poisson parfois (alors que c’est mon péché mignon, j’adore vraiment ça !). Ca me déroutait beaucoup, d’autant plus qu’à l’époque, je ne savais rien.

C’était une impression diffuse. J’avais la sensation de faire quelque chose de « mauvais », et de me « salir ». Pour vous donner un exemple, c’est comme quand je regarde un film vraiment malsain : je le trouve super, l’intrigue est dingue et intelligente, mais je ressens que je suis entrain de pourrir mon cerveau. Bon … J’imagine que ça nous est arrivé à tous, mais je me trompe peut-être.

Ma professeure de yoga a souri. Elle m’a dit que c’était normal, et même crucial : les plus grands changements se font dans l’assiette, ils en disent long sur le reste ! Apparemment, c’est très fréquent de devenir végétarien dans ce processus là. Elle a ses propres croyances et ses propres appréciations, donc j’ai médité là-dessus indépendamment de son enseignement.

Au début, il ne s’agissait que d’éliminer mes rapports avec les viandes, sans que des considérations éthiques entrent en ligne de compte. Bien sûr, comme ça me taraudait, j’ai commencé à me renseigner.

L’image qu’on se fait du veganisme est à dix mille lieues de ce dont il s’agit vraiment. C’est un mouvement complexe et riche, qui induit des idées politiques et soci.ét.ales fortes. C’est passionnant. A travers un geste simple – ou plutôt un non-geste – s’exprime toute une refonte de notre monde. Ce qui se passe dans l’assiette n’est que la pointe de l’Iceberg, mais est en même temps un véritable acte de militantisme. Il est fondamental que cela soit compris. C’est une route qui mène vers une évolution.

L’évolution demande une perpétuelle remise en question. A peine ai-je adopté une habitude que je la change pour une alternative qui me semble plus juste, qui elle-même sera remplacée à moyen-long terme. C’est beaucoup d’énergie mobilisée pour continuer à grandir et à améliorer les choses.

Maintenant que je suis sensibilisée, j’essaie de prendre du recul. Ai-je vraiment envie de m’engager là-dedans ? Je crois que oui. Tous les contre-arguments que j’ai pu trouver ne m’ont pas convaincue, et ça fait des mois que j’investigue autant d’un côté que de l’autre. Au delà de ça, même si je ne voulais pas participer, je me conduis de plus en plus comme une végane dans mon quotidien.

Certes, ça n’est pas parce que je deviens végétalienne dans l’assiette, que je dois obligatoirement en arriver au véganisme. Je ne sais même pas si je vais vraiment devenir végétalienne ! Disons que ça décante doucement et que je tends vers ça sans me forcer.

Et vous, avez-vous choisi votre régime alimentaire, votre idéologie de vie, ou s’impose-t-elle à vous ? C’est sans doute un peu des deux. Ou peut-être ne vous êtes-vous jamais vraiment posé la question de ce qu’implique votre façon de consommer (la nourriture et le reste) ? Etes-vous sensibles à ces questions ?

Semer un peu de magie et de poésie dans le quotidien.

9 commentaires

  • Kellya

    Merci pour cette reflexion ouverte sur le sujet. Comme toi, je me questionne beaucoup et je réduits assez naturellement ma consommation de viande, et depuis peu de tous produits animaux. J’ai commencé plus récemment à aborder le sujet en société, meme si c’est assez difficile pour moi. Ma fa.mille connait àprésent mes préférences et je leur prépare des plats vegan ou végétariens pour leur faire découvrir en douceur et ne pas devoir avaler de la viande à chaque repas quand je les vois, ce que je ne supporte vraiment plus).

  • ellea40ans - Stephanie

    Ma fille de 10 ans ne veut plus manger de viande rouge et accepte de moins en moins un bout de poulet. Naturellement, elle n’apprécie pas et nous dit que la viande l’écœure. Elle n’a pas encore tous les outils en main pour réfléchir à ce vaste sujet mais tout comme toi c’est de façon spontané.

    • Rozie

      Bonjour Stéphanie,

      Je trouve vraiment génial que vous l’écoutiez et acceptiez ses choix, c’est tellement important. Mais je me permets de t’évoquer le besoin de la complémenter en vitamine B12 si elle n’ingère plus assez de produits animaliers pour couvrir ses besoins (d’autant plus que c’est une enfant).

      J’en ai appris l’existence il y a peu et c’est primordial. La B12 est essentielle au bon fonctionnement du corps et on ne la trouve malheureusement pas autrement qu’en ingérant des produits animaliers : il faut donc se complémenter pour ne pas courir de risques pour sa santé.

      Si tu veux plus d’informations, je peux t’en donner ! Tu trouveras tout ce qu’il faut, je pense sur : http://www.vivelaB12.fr. Peut-être le savais-tu déjà, mais au cas où, je préfère t’informer :).

  • christelle

    Le veganisme est une éthique de vie : il inclut le refus envers tout ce qui exploite l’animal (cuir, cirques, vivisection…) et végétalisme. Le vegan n’est pas forcément militant mais il l’a testé en général. Et bien sûr, cela ouvre la réflexion à l’éthique, la morale, la vertu etc.. Ce n’est pas un dogme donc chacun y a son propre chemin. C’est pourquoi le terme me dérange un peu : américanisé, stéréotypé, vilipendé etc… J’ai fait le choix de vivre selon cette éthique voilà 5 ans mais je n’aime pas cette étiquette. Depuis, l’éthique est ce qui conduit ma vie, en tout. Cela inclut la réflexion sur l’exploitation humaine aussi, les empoisonnements alimentaires..etc… Le veganisme est une conscience éthique presque politique pour moi. Je me libère en protestation silencieuse contre ce qui m’insurge : je n’ai pas de voiture, mange en biocoop..bref, la liste est longue.. 🙂 Voilà pour mon expérience perso 🙂 Bonne soirée 🙂

  • Marine

    J’aime beaucoup ton approche saine du véganisme, et de la façon dont tu en parles comme un acte presque politique. J’aime ta prise de recul et tes questionnements, qui sont tout à fait légitimes.
    Pour ma part, j’ai sauté le pas il y a quatre ans. Ça a été une véritable remise en question de toutes mes habitudes, et pas seulement alimentaires.
    J’ai découvert un vaste monde qui m’a fait grandir et évoluer, poussant de plus en plus loin mes réflexions jusque dans mes plus simples habitudes quotidiennes (diminution de mes déchets, fruits et légumes locaux, produits cosmétiques les plus minimalistes possibles… etc). J’oserais même dire que ma vie a changé après ça…
    Ce qui n’était au début qu’un choix « santé » (je ne digérais pas du tout la viande et me sentais mal après chaque repas. Depuis quatre ans, je revis !) est devenu par la suite militant et politique. Un choix qui dénonce les conditions de vie déplorables de ces animaux élevés pour être consommés, et ces lobby industriels pour qui seul compte l’argent.

    Bref, je t’encourage vivement à continuer de t’informer, tester, ajuster pour trouver la formule qui te convient le mieux 🙂

  • nadine

    J’ai toujours eu un drole de rapport avec la nourriture. J’ai longtemps manger pour ne pas tomber ! Et puis après avoir été opérée de la thyroïde, le plaisir de manger est arrivé. Mais fallait que ca reste exceptionnel et quand tu sais qu’il faut 2 repas par jour c’est compliqué. J’avais une famille à nourrir alors je » faisais à manger ». En ce moment c’est très difficile parce que je me fais mes repas flexitariens ou mes salades et je prépare à mon mari un autre plat et pour quelqu’un qui n’aime pas cuisiner c’est une punition ! Donc je le prépare à sa future condition : « tu vas devoir t’y mettre à cuisiner parce que moi ca me donne la nausée de te préparer tes repas ! oui c’est violent mais c’est mon ressenti et comme je suis un quinqua ménopausée un peu chiante je ne fais pas dans la dentelle ! J’adore tes articles.

  • Grit

    Pour ma part, je me suis engagée il y a un peu plus d’un an à réduire mes déchets. Après une période d’ayatollah de la chose, j’ai pris un peu de recul et ça va beaucoup mieux!
    Mais que c’est rageant de voir tous ces déchets.
    Pour la nourriture, tentative de bio, local, réduction de la consommation de viande.
    Et tout ça, sur un déclic, après avoir entendu qu’en aout 2016, on avait consommé ce que la terre peut produire en 1 an…

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