L'Harmonie

Une retraite de yoga, qu’est-ce que c’est ?

Sur le papier, rien de très fou !

Il s’agit de passer quelques jours en immersion, en général dans un lieu particulier (un domaine), pour pratiquer le yoga plusieurs heures par jour, en découvrir des différentes formes (yin yoga, vinyasa yoga, yoga régénérateur …) et recevoir l’enseignement qui va avec. On vit en communauté avec les autres participants : on dort ensemble, on mange ensemble, on pratique ensemble …

J’ai été surprise d’apprendre qu’en général, les retraites ne durent que 3 jours. La mienne en durait 5 et je trouvais déjà cela très court, alors 3 ! Clairement, ce n’est pas suffisant. Peut-être que ça l’est pour une retraite « classique », mais pour cet enseignement « introspectif » dispensé par Cécile … J’ai du mal à me dire qu’en 3 jours, ça peut aller. Mais j’imagine qu’elle calibre tout ça très bien !

Mais qui est Cécile ?

Avant cette retraite, je ne savais pas grand chose d’elle, ni de sa façon d’enseigner. Tout ce que je savais, c’est que mon coeur me disait : « Va à CETTE retraite ! » Je la suivais un peu sur Facebook et j’appréciais tout particulièrement l’ouverture dont elle faisait preuve en partageant, et les efforts qu’elle faisait pour devenir une meilleure personne en dedans. Mais j’en suivais d’autres.

Je connaissais aussi son blog, Le Palais Savant, sur lequel j’avais trouvé des articles très intéressants, notamment celui sur les 4 phases du cycle féminin et ceux sur l’ayurveda.

Je n’avais pas gratté plus loin. C’était donc particulièrement étrange de me laisser entre ses mains, de donner toute ma confiance à son enseignement – de m’abandonner en somme ! -, tout en étant le chose la plus naturelle du monde. Quand elle est installée sur son tapis de yoga et qu’elle prend la parole pour initier le mouvement, il émane d’elle une profonde Bienveillance.

J’ai été très surprise par sa voix. La voix, c’est quelque chose de primordial pour moi. Je n’imaginais pas qu’elle avait cette voix-là : grave, ancrée. Passée la surprise, je n’avais plus qu’à me laisser bercer par le son, si apaisant, qui sortait de sa bouche. Je n’aurais probablement pas réussi à aller si loin avec un autre timbre. Ca y fait beaucoup.

Ca reste difficile pour moi de décrire Cécile car je la trouvais vraiment différente pendant les cours et en dehors. J’ai passé pas mal de temps à l’observer. Je me rendais compte qu’elle était une femme comme moi, comme n’importe qui. Mais dès qu’elle s’installait dans son rôle d’enseignante, il y avait autre chose. Comme si la sagesse qu’elle avait au fond d’elle sortait pour l’envelopper, avec nous au passage.

C’est très important à noter : dans son enseignement, Cécile fait le lien entre la pratique et la vie qu’on mène, entre la pratique et tout ce qui se passe autour, en dedans, en dehors. Grâce à ça, la pratique devient … Je dirai que c’est intrinsèque. On pensait qu’on allait faire du yoga et que l’introspection, les découvertes sur soi, les guérisons seraient un « + ». En réalité, on a fait tout ça et le yoga était un « + » !

Le planning :

Jour 1 : Cercle d’ouverture – 2 heures de pratique

Le cercle d’ouverture marque l’entrée pour tous les stagiaires dans la bulle de la retraite. Nous sommes tous assis en tailleur, en cercle, rapprochés. Nous devons expliquer aux autres pourquoi nous sommes là. Cécile ouvre le bal, parle à coeur ouvert et nous incite à faire de même.

De nombreuses personnes restent évasives sur ce qu’elles ont vécu. Elles parlent d’évènements douloureux mais ne disent pas quoi. D’autres expriment clairement leurs inquiétudes, leurs peurs, leurs blocages. Moi, j’ai pris le parti d’être claire et explicite. Grâce à ma formation sur la parole, j’avais enfin compris qu’il fallait que je dise les mots à voix haute pour que ça fonctionne. Je vous raconterai dans un autre article la problématique qui me pesait, et son cheminement spectaculaire vers la guérison.

C’est un moment à fleur de peau. Pour beaucoup d’entre nous les larmes ne sont pas loin, nous empêchent de parler, nous forcent à faire des pauses pour respirer. Les visages se crispent. Mais l’écoute autour est si attentive et respectueuse que le simple fait d’exposer son problème dans une telle compréhension soulage instantanément.

A tour de rôle, nous piochons une carte issue d’un oracle. Pour tout dire, je n’osais pas y croire. Après tout ce n’est qu’un jeu créé par n’importe qui. On peut penser qu’à ce moment-là, n’importe quelle carte aurait fait le même effet. J’ai cru que j’allais m’étrangler lorsque j’ai lu la mienne, tant elle tapait juste, pile dans la problématique et ce qui me pesait. Je n’étais pas la seule ! Cette carte sert de guide pour la durée de la retraite. Je répète : Il n’y a pas de hasards.

Jour 2, 3 et 4 : 30 minutes de méditation, 2 heures de pratique le matin, 2 heures de pratique le soir

La méditation se pratique à jeun avant 8 heures. Il s’agit vraiment de rester assise, centrée sur sa respiration et guidée par la voix de Cécile. Constamment ramener l’attention qui s’échappe vers sa respiration sans se juger. Ecouter tous les endroits du corps qui parlent, aller dedans.

J’avais déjà pratiqué la méditation guidée à la maison sur un temps plus court. J’avais effectivement ressenti de l’apaisement, mais guère plus. Dans mes cours de yoga, je la pratique aussi sans cesse car pour moi, c’est aussi ça le yoga : méditer tout du long.

Cette fois-là, c’était différent. A un moment donné, je sentais mon corps prendre de l’espace, de plus en plus d’espace. Je ressentais ma conscience minuscule parmi mon corps de géant qui continuait de s’étaler infiniment dans l’espace. J’étais partout à la fois dans ce corps immense que je pouvais sentir. Je me sentais ronde, potelées, avec d’impressionnantes cavités.

La pratique de yoga du matin est « solaire », c’est la plus intense. C’est assez génial car tout le groupe est à fond dedans. On est dans son individualité tout en étant tous ensemble. Il y a une énergie et une concentration incroyable dans la pièce.

La pratique du soir est « lunaire », plus dans le repos et le ressourcement. On reste longtemps dans les postures, on laisse faire le temps et la gravité. C’est vraiment très, très agréable. On se régénère. On s’ouvre dans tous les sens du terme. C’est physique et mental.

Dans les pratiques du soir, Cécile ajoutait un exercice qui a fait toute la différence, qui a vraiment transcendé cette retraite. Avant de commencer, nous devions écrire en automatique (laisser les pensées défiler et les écrire telles quelles, comme elles viennent) dans notre carnet, sur un sujet qu’elle nous donnait.

Ensuite, nous commencions la pratique. Puis, après un certain temps, elle nous demandait de trouver quelqu’un dans la salle avec qui nous n’avions encore jamais fait connaissance. Il fallait s’installer en tailleur, l’un en face de l’autre, avec les genoux qui se touchent. Autant dire que niveau intimité, c’était déjà fort.
A ce moment-là, nous devions nous regarder dans les yeux, sans rien dire, sans bouger, pendant 5 minutes.
Enfin, nous devions nous exprimer à tour de rôle sur le sujet du carnet. La personne qui parle doit s’exprimer sans s’arrêter pendant 3 minutes. Celle qui écoute doit pratiquer l’écoute passive. C’est à dire ne pas couper la parole, ne pas consoler avec des gestes, ne pas sourire ni faire des signes de tête. Juste être là, présent, et écouter. Si la personne qui parle s’arrête plus de dix secondes, on lui demande simplement : « Qu’est-ce qu’il y a de plus profond ? »

Dans les deux rôles, l’exercice est d’une difficulté … Mais aussi révélateur. Il y a eu de nombreuses crises de larmes. Pour ma part, j’ai dit à chaque fois ce que j’avais sur le coeur et j’ai pleuré tout le temps. Ca m’a fait un bien phénoménal.

L’écoute passive, c’est aussi une très bonne chose. Ca donne l’occasion à celui qui s’exprime de tout lâcher. Le regard suffit pour donner la permission et être bienveillant. C’est un exercice que je garde précieusement pour toutes les prochaines fois où il sera utile : au travail, entre amis, en famille ou dans mon couple.

Ce moment de partage intense se terminait sur un câlin et la pratique reprenait. Le premier soir, nous nous sommes fait avoir. Le deuxième aussi, nous ne pensions pas que nous y aurions droit à chaque fois. Le troisième soir, nous étions dans l’appréhension. Car si c’est bénéfique, on n’a jamais envie de pleurer, on craint que surgisse un sentiment enfoui depuis trop longtemps qu’on ne saurait pas gérer.

Le matin, nous écrivions aussi dans nos carnets. Cécile nous donnait des exercices d’extériorisation très intelligents, que je compte bien continuer d’utiliser. Plus généralement, nous avons pris l’habitude de noter toutes nos impressions dans ce carnet, même quand ça n’était pas « demandé ». C’est chouette !

Jour 5 : Pratique à jeun de 2 heures – Cercle de fermeture

Le cercle de fermeture est encore plus particulier que celui d’ouverture. Qu’est-ce qu’on pleure ! On choisit en conscience de se séparer de certaines choses, et on le dit à voix haute. On parle de ses prises de conscience, de ce qui est réparé ou pas. C’est … Déchirant, mais c’est une des rares fois ou on peut comprendre ce mot dans le bon sens.

C’est aussi le temps des au revoir. Cécile nous sert contre elle à tour de rôle, prend le temps des derniers partages. Entre stagiaires, on se dit les choses qu’il fallait absolument qu’on se dise avant de se quitter. On se sert fort, on ose dire tout le bien qu’on pense d’elle à la personne qu’on a en face de soi. Chose qu’on ne fait jamais dans le quotidien, c’est bien dommage ! On pioche une nouvelle carte de l’oracle qui est sensée nous guider pour la suite. On prend le temps d’un dernier repas et on se quitte.

Cecile nous avait prévenues que le retour à la vie quotidienne pouvait être rude. Le mien se fait en douceur, mais c’est vrai qu’on sent que quelque chose ne va pas. On se rend trois fois plus compte que le monde ne tourne pas rond ! Pour ma part, c’est aussi bénéfique car j’ai reconnu un certain nombre de schémas négatifs en moi. Quand je les sens venir, je suis capable de les écarter et d’apprendre à penser autrement à la place.

C’est vraiment le fait de m’être retirée du monde, d’avoir été face à moi-même, EN moi toutes ces heures de pratique et même à nos temps de libre, qui me l’a permis. Le fait de regarder mes « défauts » avec bienveillance, sans me juger, dans le désir de me renouveler … C’est magique. Il m’aurait fallu des années pour y parvenir sans cette expérience. J’ai l’impression d’être une plante dont les racines ont trouvé une source d’eau : je pousse d’un coup vers le ciel !

J’ai dormi dans une tente avec une autre personne. Les repas étaient délicieux, j’ai mangé végétarien tout le long, et surtout sans aucun produit transformé ! Depuis que je suis rentrée, je boude tout ce qui n’est pas frais. Je ne suis jamais allée sur internet, et n’en ai pas ressenti le besoin une seule fois. C’est une grande fierté pour moi car je crois que je suis l’une des seules. Les autres passaient du temps sur leurs téléphones et courraient après la 4G. Je me suis sentie libre comme l’air, j’étais ravie que mes astuces aient porté leurs fruits. Je ne suis plus accroc !

Le seul bémol, c’est vraiment le prix. Je comprends pourquoi ça coûte si cher (en tout, il a fallu débourser 390€ de stage en lui-même, 220€ d’hébergement et de repas et 70€ pour les transports), mais je ne cautionne pas. Tout le monde devrait avoir accès à ça. Nous étions clairement des privilégiées. Ca me chagrine beaucoup qu’il faille avoir les moyens pour quelque chose d’aussi important. C’est injuste !

Dans un autre article, je parlerais plus en profondeur de la pratique de yoga en elle-même et de tout ce qu’elle apporte. Je vous parlerai aussi des gros changements et prises de conscience qu’il y a eu au niveau de mon rapport aux autres, et de ma légitimité à être qui je suis. Il y a tant à dire !

A très vite :).

PS : Quand je dis que c’est injuste au niveau du prix, petite précision … Ce n’est pas injuste que Cécile fasse payer cela. C’est normal dans notre société, et c’est difficile de le faire moins cher pour tout un tas de contraintes que je comprends parfaitement. Son travail vaut beaucoup plus et si j’avais pu donner plus, je l’aurais fait. Ce qui est injuste, c’est qu’on vive dans une société d’argent. Qu’on soit obligé de faire payer son savoir pour en vivre. Tout devrait être partagé, l’argent ne devrait pas exister !

Semer un peu de magie et de poésie dans le quotidien.

12 commentaires

  • Emeline

    Merci beaucoup Rozie pour ton partage Tu décris si bien ce que tu vis Tes mots sont justes et clairement me donnent envie ! Je comprends encore une fois tout ce qui te traverse. Je vais vivre des stages de 4 jours de Gestalt à la rentrée prochaine, et déjà 2 c’est très intense alors 5 ! Quelle belle route tu fais en tout cas C’est super inspirant <3

    • Rozie

      Merci Emeline pour tous tes compliments !!! <3

      C'est vrai que tu as fait pas mal de stage et que ça doit remuer en Gestalt. Je serai vraiment curieuse que tu nous en dises plus !

  • Ornella

    Je ne crois pas que cela soit injuste. Justement, Cécile a consacré du temps, beaucoup de temps pour des personnes. Et puis, il y a eu la confection des repas. Si tout le monde payait son hébergement et sa nourriture, ça pourrait être bien moins cher, mais le Savoir est Sacré et se mérite je pense. Cécile a dû avoir une certaine pratique et acquérir de nombreuses connaissances pour parvenir à vous dispenser ses bons conseils et ses bons exercices, pour être à même de répondre à vos questions et vos attentes. De même qu’un professeur est grassement payé par l’Education Nationale ou que l’on paie pour des cours de peinture, je ne vois pas pourquoi ce savoir-là devrait être gratuit.

    • Rozie

      Pas injuste dans ce sens-là, Ornella. Je pensais mes mots de façon plus large.

      Je considère que tous les savoirs devraient être gratuits. Que l’école devrait l’être et que les pratiques permettant la guérison et l’approche de soi devraient l’être également. Mais c’est considérer un autre monde …

      Tu vois, j’ai beaucoup de mal avec les youtubeurs qui prônent la gratuité de leurs contenus et qui finissent pas céder aux publicités … Bien que je comprenne, au niveau « morale, sens, éthique », ça me pose un gros problème. A contrario, j’admire profondément les rares personnes qui offrent leurs savoirs sans contrepartie. Ou qui acceptent juste les dons sans les demander lourdement.

      Mais rien à voir avec Cécile, je m’étendais juste dans un exemple qui me revient souvent. Bien sûr que cet argent était mérité. Et bien sûr que je remettrais la même somme l’année prochaine ! 😉

  • Illyria

    Merci de partager cette expérience avec nous, c’est vraiment très intéressant! Guérir en s’aidant des autres, ça doit être très intense et être une expérience très particulière en effet, oser se dévoiler ainsi, c’est loin d’être évident…

    • Rozie

      C’est loin d’être évident. Et pourtant, je me considère comme une personne ayant des facilités pour ce genre d’exercice. J’ose dire et ça ne me fait rien de parler de mon vécu.

      C’est transcendant. Pour chacune d’entre nous, ça a été des moments vraiment forts.

  • maman délire

    ça me donne vraiment envie de le faire…. et je ne doute pas que tu y sois allée « a fond ». pour ce qui est du tarif, comme il est dit, Cécile mérite un salaire pour tout ça. oui c’est cher. mais les gens n’hésitent pas à dépenser 700 euros pour un smartphone…. même si les plus démunis auront malheureusement l’impossibilité de se le payer, je pense que beaucoup n’imaginent simplement pas mettre cette somme là dedans, alors qu’ils la mettent facilement dans autre chose de plus futile…

    • Rozie

      Alors fonce !!!! Tu vas tellement adorer ça !!

      Oui, je ne remettais pas en cause le salaire de Cécile. Je n’ai pas été assez précise. Et effectivement, certaines personnes préféreront dépenser cette somme ailleurs. Ca me fait penser à la fois ou j’ai dit à une collègue que j’avais dépensé 4000€ de cartes cadeau Fnac (gagnées dans un concours) dans un voyage. Elle m’a dit : « Mais t’es con ! T’aurais pu avoir un home cinéma de folie, un ordinateur … etc. » On ne pouvait pas se comprendre ^^.

  • Marie Kléber

    Pour avoir participé à des cercles de paroles, constellations familiales, ateliers sur le féminin et journée de yoga, j’avais déjà trouvé qu’un jour c’était dense et le retour au monde parfois compliqué. Alors 5 jours ça devait être intense Rozie!
    Oui c’est vrai c’est encore une fois une expérience réservée à des privilégiés. Hier je lisais un article d’une blogueuse que j’apprécie beaucoup pour la qualité de son écriture et sa vérité, et elle expliquait justement qu’elle n’avait jamais souhaité vendre ses écrits, faire des livres, parce qu’elle trouvait que l’art, le talent se devaient d’être partagés gratuitement. Pour autant tout travail mérité salaire. Il y a de quoi réfléchir…

    • Rozie

      Tu as participé à des constellations familiales ? Ca m’intéresse tellement … Qu’en as-tu retiré ?

      Qui est cette personne dont tu parles ? Je serai intéressée d’aller jeter un oeil sur ses écrits. J’ai tendance à penser comme elle. La gratuité, ou alors le coût faible pour permettre au plus de gens possible d’être atteints s’ils le souhaitent.

      Comme tu le dis, dans notre société, tout travail mérite salaire. Après, tout dépend de quel « salaire » on a besoin ;).

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