Absente.

Mon père m’a envoyé un message hier soir. Il se voulait nostalgique mais bienheureux. Il commençait par : « Ca fait un moment que je ne t’ai pas écrit. Ce n’est pas par oubli ni par manque de temps, mais c’est que ça ne comble pas ton absence. »

Mon absence.

Pour mon père, je suis absente. L’absente.

Il y a tout ce que ça sous-entend. S’il pense que je suis absente, c’est qu’il pense aussi que normalement, je devrais être , avec lui. , c’est là-bas pour moi. Je ne me considère pas comme absente, puisque selon moi, je n’ai plus à être là-bas. Je ne peux pas être absente d’un lieu, d’une situation où je ne suis pas censée être. Vous comprenez ?

Cela me confirme donc qu’il n’a pas changé d’étape, de considération vis à vis de moi. Il considère toujours que je dois être là-bas, là où j’ai grandi, près de lui. Il me considère toujours comme seulement son enfant. Il ne prend pas tout à fait en considération ma part adulte, ma vie à moi, que je construis ailleurs.

Ca me questionne beaucoup.

Je suis partie de la maison à 18 ans. Jusqu’à mes 22 ans, cette notion d’absence entre nous n’existait pas, quand bien même nous passions deux mois sans nous voir. Soit il n’osait pas m’en parler, soit c’est autre chose. Puis je me suis mariée, puis j’ai déménagé loin. Pas si loin en fait, mais largement plus loin que ce que les enfants de la famille osent normalement. C’est comme si j’avais quitté le pays.

Je suis absente de ma place de fille. De la place qu’il avait concocté pour moi, fantasmé des années durant. J’aurais dû habiter à 30 kilomètres de distance, tout au plus. On aurait dû continuer à passer tous nos week-ends ensemble. Il aurait dû avoir le droit de venir me rendre visite dans la semaine, me donner un coup de main régulier pour le jardin ou autre chose. Mais je ne suis pas là. J’ai choisi d’aller juste assez loin, pour qu’il ne puisse pas faire ça.

De mon côté, c’était conscient, à demi. Il fallait que je m’arrache de tout ça. J’ai beaucoup de mal à être la fille de malgré la fierté que je peux ressentir. Je n’ai plus envie de ressentir cette pression que je dois faire les choses comme mes parents se les représentent, surtout parce que je sais que je ne veux pas de ce qu’ils veulent pour moi, et de moi pour eux. Des enfants.

Quand ils envisagent l’idée de vendre pour venir s’installer près de moi, je ne peux m’empêcher de ressentir de la terreur. Le mot est fort, mais cette avalanche froide qui descend le long de mon échine quand ils en parlent, mon visage que j’essaie de retenir de la décomposition, mes membres qui se ferment frénétiquement, mon rire jaune de contenance, ressemblent à de la terreur.

La famille me pose un sacré problème. Les liens m’emmerdent. Je ne veux être la mère de personne, c’est si fort que ça irradie. Je ne veux être l’enfant de personne non plus, la cousine, la nièce, la petite-fille, de personne. Etre la femme de quelqu’un, déjà, ça me dérange un peu. Mais pas trop, parce que ça n’est pas immuable. Quand mon mari s’amuse à m’appeler « Maman » en parlant de moi au chien, j’ai envie de le frapper, de hurler, de m’en aller loin, le plus loin possible. Je déteste ça. Ca me hérisse les poils.

Alors, j’ai un problème, non ?

Il faut bien en avoir un pour ne pas supporter d’être attachée aux autres à ce point là. De ressentir cette violence au fond de moi quand je vois mon indépendance sacrée menacée. Fuir, c’est la seule solution que j’ai. Je ne peux pas couper les liens, ils coulent dans mon corps, ils me font. Mais je peux les étirer assez pour ne plus ressentir leur présence au quotidien.

Je suis persuadée que ça ne vient pas de nulle part. Ca n’est pas seulement moi l’aliénée, c’est quelque chose qui rôde autour de moi, que je ressens depuis que je suis gosse. Quelles histoires portent mon sang et mes aïeux, qui me pèsent tant sans que j’en ai conscience ? Que s’est-il passé quand j’étais petite dont je ne me souviendrais pas (attention, à aucun moment je ne pense à des choses « graves », je sais qu’on a pris soin de moi) ? Qu’est-ce que je me cache à moi-même ? Qu’est-ce qui m’a amenée à me protéger de ma famille ? A souhaiter que mon arbre généalogique ne soit jamais descendant ?

Il y a bien une source. Encore faut-il la trouver.

Alors, comme toujours, j’ai pris un peu de temps pour lui répondre, quelques heures, alors que je le sais, il attendait une réponse dans l’instant, son téléphone tout près de lui. Il a dû être déçu encore une fois. Triste peut-être. Cette pensée m’étouffe. Papa, s’il te plaît, arrête d’attendre quelque chose de moi. N’attends plus rien. Plus rien du tout.

La première fois que j’ai senti ce courant nouveau de l’absence entre nous deux, j’ai tout fait. Je lui ai écrit des mails, je lui ai téléphoné, j’ai insisté pour qu’on rende visite le plus souvent possible à mes parents.

Ca n’a rien changé. Mon absence avait l’air de prendre de plus en plus de place alors que j’étais , autant que je le pouvais. Lui qui la ressentait, il ne faisait rien pour la combler. Il ne venait pas me voir plus souvent, il ne m’appelait jamais et ne répondait pas à mes mails. Alors j’ai lâché cette relation à sens unique. Papa, si tu en veux plus, viens le chercher. Ne me laisse pas patauger comme ça dans ton chemin. Réponds-moi au moins, dis-moi ce que tu veux !

Espérait-il qu’au dernier moment je me ravise et revienne m’installer dans la bonne patrie ? Que je rachète la grange à dix mètres de la maison pour y vivre ?

Je ne pense pas à lui au quotidien. Personne ne me manque. Ni mon père, ni ma mère. Est-ce injuste qu’eux ressentent ça et pas moi ? Suis-je cruelle ? Je me dis que c’est sans doute le lot de tous les parents, à des degrés étalés. Ils ne sont pas absents pour moi. Moi, je le suis pour eux. Mon absence est fondée dans leur réalité. Elle me fait culpabiliser alors même que je n’arrive pas à savoir si j’en suis vraiment à l’origine.

Suis-je vraiment absente ? Si c’est le cas, je le suis avec tout le monde. Famille et amis. Reste à savoir si je dois remettre en cause mon comportement, ma nonchalance.

Le regard que portent mes parents sur mon amoureux.

Complicité

J’avais quatorze ans quand je présentais mon premier copain à mes parents. Pas amoureuse mais flattée qu’un lycéen s’intéresse à moi, j’avais nonchalamment accepté ses avances. Il était grand, blond au regard azur, boxeur et piercé. Mes parents l’accueillirent poliment, mais avec méfiance. La seule journée que j’ai passé chez lui s’est soldée en baisers langoureux que je n’appréciais guère, suivis de quelques tentatives trop abruptes à mon goût. Son père, habitué à la fougue de son garçon, était entré dans la chambre, sermonnant son fils d’un « Ne fais pas n’importe quoi Benjamin, j’ai promis à ses parents que tout irait bien. » Quelques semaines plus tard, notre histoire se terminait en l’absence manifeste de ses nouvelles. Il m’avait ghostée.

Je passais quatre années seule pendant que tous mes amis vivaient leurs premiers sérieux amours, avant de rencontrer D. Si mes parents ne comprirent guère ce qui, de prime abord, m’avait attirée chez lui, ils l’acceptèrent néanmoins avec gentillesse. Ils portaient sur lui un regard bienveillant, passant l’éponge sur ses défauts de caractère et sa dépendance manifeste au shit. Après tout, il n’était pas le seul. Ils les accueillirent, lui et son frère, un mois durant pour qu’ils puissent travailler à moindre frais chez les agriculteurs du coin. Ils l’invitèrent au restaurant, s’adaptèrent au mieux à ses exigences, le traitèrent comme leur pair. La déception et la colère furent rudes quand ils comprirent le calvaire que m’avait fait endurer D. Mon père culpabilise de n’avoir rien vu et ne s’en remet toujours pas.

En ce début d’été 2013, j’annonçais donc à mes parents ma rupture douloureuse d’avec ce bourreau et mon amour passionné pour ce nouvel arrivant. Si je taisais les réelles raisons de cette cassure brutale, je ne tarissais pas d’éloge pour mon coup de coeur. « Papa, Maman, je suis amoureuse. » Ils ne m’avaient jamais vue comme ça, avec un homme dans ma peau (*musique*). Tout d’un coup j’avais le sourire, les yeux pétillants, la parole facile … Je m’ouvrais au monde. A peine commençaient-ils à se souvenir du prénom de mon prétendant que j’annonçais notre prochain emménagement et l’achat d’un véhicule en commun ! De quoi les déboussoler .. Qui était cet homme qui faisait chavirer le coeur d’artichaut de leur petite fille ?

Je commençais les présentations avec des photographies. Les réseaux sociaux m’en offraient à la pelle, et je pouvais choisir celles qui lui rendaient service. Evidemment, j’amadouais ma mère en premier. Son regard de femme était un réel coup de pouce : mon prétendant était si beau (si,si) ! Ma soeur se joignit à nous, et c’est avec fierté que je leur présentais virtuellement mon amoureux. « Et ben .. Tu l’as bien choisi ! C’est un beau gosse ! Tout à fait le genre de la famille ! »

Banco, j’avais réussi ! Son minois charmeur faisait son effet, elles étaient séduites. Qui ne tombe pas en pâmoison devant un bel espagnol, cheveux ébènes et peau diaphane, à la stature élancée et musclée ? Même mon père l’avoua (certes, à demi-mot), mon amoureux avait le physique de son côté. Toutes les femmes de la famille complimentèrent mon choix, ce qui ne manqua pas de me plaire. Pour la première fois de ma vie, les autres m’enviaient mon homme.

Mais l’habit ne fait pas le moine et nous devions passer à de réelles présentations. Mon père nous avait dégoté la voiture idéale, nous devions venir la récupérer et, par la même occasion, passer le week-end chez mes parents. Au sortir de la gare mon paternel nous attendait, adossé au capot de son 4*4, les bras croisés et le regard interrogateur. Mon amoureux complètement impressionné agrémenta, sous la pression, sa poignée de main d’un « Bonjour Beau-Papa. » Il paraissait confiant, il était flippé.

Ces deux jours particuliers se passèrent sous les meilleurs hospices. Mon héros du quotidien réussit sans peine à mettre ma famille à l’aise, à discuter, à faire rire les filles et blaguer avec mon père. Je crois que mes parents comprirent tout de suite de quoi il retournait. Ils voyaient ce grand garçon témoigner un amour sincère et unique à leur fille et je sentis, au travers de leurs regards, qu’il se reconnurent en nous. Ils retrouvèrent la passion, l’excitation des débuts, le romantisme exacerbé .. Ils l’apprécièrent tout de suite.

Au fil des mois, ils l’acceptèrent comme leur propre fils, celui qu’ils n’avaient jamais eu. Parfois je les vois tous les deux, mon père et mon mari, marcher et discuter. Mon père prend plaisir à lui apprendre des choses, à lui faire découvrir la région et la famille, à tisser un lien véritable avec lui. Je suis émue quand je les vois s’amuser tous les deux, à faire courir le chien ou à tirer sur des bûches de bois. Je me dis qu’on a réussi quelque chose et que cette chance n’est pas donnée à tout le monde.

Les fiançailles jouèrent leur rôle dans l’investissement émotionnel que mes parents ont placé en lui. Ils ne s’y attendaient pas mais cette preuve immense d’amour les emporta. « Nous remercions A. de tout l’amour qu’il te porte, de faire de toi la femme heureuse que tu mérites d’être, et sommes heureux et fiers de vous avoir à nos côtés. Nous vous aimons. » Le mariage encra définitivement mon amoureux dans la famille, il est à présent aimé et choyé par chacun des membres qui la composent. A leurs yeux comme aux nôtres, nous ne formons qu’un : leur amour nous nourrit et nous protège.

« On ne comprendrait pas si un jour vous deux, ça ne fonctionne plus. » Voilà ce que me disent mes parents. Je pense qu’ils ont aussi compris qu’il m’avait sauvée et sortie du mauvais pas dans lequel j’étais. De ce fait, ils lui sont reconnaissants de m’avoir secourue à leur place. A présent, mon mari fait partie de leur vie et de leur paysage, ils n’imaginent pas qu’un jour cet acquis puisse disparaître. Il est un nouveau pilier de la famille et ils savent qu’ils peuvent s’appuyer sur lui, lui faire confiance et l’aimer. Ils savent que cet amour et cette reconnaissance sera rendue au centuple. Je suis très fière de ma famille.

En acceptant sans détour les personnes que j’ai choisies pour marcher à mes côtés, mes parents m’ont aidée. Je les remercie de n’avoir jamais jugé mes choix, et d’avoir été si entiers avec ces hommes que j’ai aimé, même les plus mauvais. Ils donnent et c’est une force, n’est-ce pas ?

La phobie de l’enfant et l’équilibre familial.

Ourson blanc

Tout a commencé par une timidité excessive. Elle avait trois ans et son entrée à l’école l’angoissait. Je la voyais de temps en temps, seule dans la cour de récréation, bataillant pour s’approcher des autres. Elle ne parlait à personne, ni à ses camarades, ni à sa maîtresse. Et moi, de trois années son aînée, j’avais ma vie trépidante à mener, je ne me suis pas occupée d’elle. Grande soeur démissionnaire, je l’ai laissée seule face à ses démons (*musique*).

Que peut-on faire quand un membre de notre famille souffre au plus profond de lui-même alors que nous ne sommes pas capables de comprendre les fondements de ses peurs ? Entre une mère sur-protectrice, un père intransigeant et une soeur déboussolée, ma soeur n’a pas eu le soutien auquel elle avait droit.

Ma mère sentait que quelque chose n’allait pas chez son enfant. Dès sa naissance, ses réactions avaient été aux antipodes des miennes : ma soeur ne se sentait pas à l’aise dans ce monde. Petit à petit, ses angoisses s’anamorphosaient. Elle grandissait et plus elle comprenait les choses, plus elle avait peur. Elle ne voulait plus aller à l’école et était malade, tous les jours. Elle suppliait, elle pleurait, elle était terrifiée. L’enfant que j’étais ne pouvait pas comprendre. Je la voyais se ronger compulsivement les ongles, les larmes creusant ses joues, et elle me stressait. Je lui en voulais de faire vivre un calvaire à Maman tous les matins. Cette maman qui n’était qu’à elle et qui ne me regardait plus depuis que ma soeur pleurait, cette maman qu’elle me volait chaque jour un peu plus. J’étais jalouse.

Rapidement ses angoisses prirent une place démesurée dans notre quotidien. Le moment du couché était le plus difficile. Elle ne voulait pas s’endormir : fermer les yeux, c’était mourir. La nuit était un abîme profond peuplé de monstres réels et imaginaires. Chaque soir, ma mère allait la coucher et restait auprès d’elle jusqu’à ce qu’elle s’endorme complètement. Ce rituel pouvait durer des heures. Ma soeur sanglotait et ma mère la rassurait. Je ne saurais jamais ce qu’elles se racontaient. Mon père et moi restions assis sur le canapé, devant la télévision, a tenter vainement de penser à autre chose.

Plus le temps passait, moins mon père avait de patience. Sa colère montait chaque jour, il ne comprenait pas que ma mère cède à tous ces « caprices ». Pour lui il ne s’agissait pas d’autre chose. Il niait l’évidence et souffrait que sa femme soit toute entière à la merci de son enfant, au détriment des autres membres de la famille. Nous étions oubliés, tenus à l’écart, et ça le rendait dingue.

Bientôt, il fallut vérifier que toutes les portes soient bien fermées, une par une, plusieurs fois, avant de se coucher. La chambre de mes parents devait rester grande ouverte pour que ma soeur puisse s’y réfugier en cas d’éveil. Sa veilleuse ne lui suffisait plus, la lumière du couloir devait aussi rester allumée. Puis ma mère installa un matelas aux pieds du lit conjugal. C’en était trop pour mon père qui, excédé, partait dormir dans la voiture en hurlant sur sa gamine, la culpabilisant à coups de « Regarde ce que tu fais à cette famille ! » Il pleurait, ma soeur pleurait, ma mère sans doute aussi. Et moi je restais seule dans ma chambre à geindre tristement. Ma famille implosait.

Elle ne mangeait plus de crainte de s’étouffer. Nous ne pouvions plus partir en voiture, elle refusait de monter dedans. C’était terrible de l’entendre paniquer et se débattre. « On va mourir, Maman, on va mourir… » J’avais beau lui en vouloir, je ne restais pas insensible à ses supplications. Je savais bien qu’elle ne faisait pas exprès. Chaque étape de la vie quotidienne était une guerre sournoise. Tout se jouait en elle et nous étions impuissants face à la violence de sa phobie.

Lorsque mon père rentrait du travail, elle l’attendait. S’il avait du retard, elle ne pouvait pas s’empêcher de coller son nez à la fenêtre et y restait jusqu’à ce que les fards de la voiture l’éblouissent. Elle se tournait vers moi, le visage meurtri, et me demandait « Pourquoi il est en retard ? Tu peux l’appeler ? Il a peut-être eu un accident. » Plus tard mon père s’est cassé le poignet. Le plâtre qui enserrait son bras était une source permanente d’inquiétude. Elle était persuadée qu’il perdrait sa main.

Elle n’adressait pas la parole aux psychologues et mes parents ne savaient plus quoi tenter pour la sortir de là. Ma soeur écumait les salles d’attente, de méthode en méthode. Il y avait parfois du mieux, elle réussissait tout doucement à se maîtriser. Puis elle s’est tournée vers une energéticienne. Elle lui donnait des astuces pour refouler les angoisses : des phrases à réciter, des exercices physiques, des moments de concentration qu’elle regroupait dans un petit carnet. Je la surprenais parfois, le carnet dans les mains, concentrée sur quelques mots rédempteurs.

Et la vie a repris son cours. Aujourd’hui ma soeur a vingt ans et avance doucement dans la vie. Les angoisses sont toujours présentes mais elles ne régissent plus son quotidien. Son parcours scolaire a été semé d’embûches, sa difficulté à sociabiliser l’ayant bloquée jusqu’au bout. Elle refuse de passer son permis, retarde le moment ou elle devra quitter le nid, reste toujours auprès de ma mère, mais elle va mieux. Elle apprend à voir la vie du bon côté, à se concentrer sur le positif. Ca peut paraître anodin mais c’est particulièrement efficace ! Elle a beaucoup moins peur de vivre.

Mon père a compris qu’elle ne feignait pas et qu’elle était en souffrance, des années après, et leur relation s’est grandement apaisée. Ma mère la protège toujours autant, à mon grand dam, et leur lien est fusionnel. Je crois qu’elle s’est reconnue en ma soeur, pour totalement s’identifier à elle. Pour ma part, j’essaie petit à petit de rétablir le contact avec cette soeur que je n’ai connue qu’au travers de sa phobie. Je souffre de n’avoir pas pu créer le lien que je souhaitais avec ma mère, et même si je sens qu’elle m’aime absolument, il y a quelque chose de lointain entre nous.

Mes parents étaient démunis face à cette situation. Voir son enfant souffrir intensément, penser qu’elle devient folle, ne pas réussir à lui apporter la sécurité .. Ca peut détruire une famille. Notre grand défaut aura été de traiter ce problème sans en parler vraiment. Ma soeur n’était pas folle et ne faisait pas semblant.

Il n’y a pas de bonne méthode pour combattre un tel fléau dans la vie familiale. Il faut simplement réussir à comprendre la personne en souffrance, et tenter de l’accompagner du mieux qu’on peut. Rien n’est jamais simple en famille, n’est-ce pas ?