J’ai retrouvé mes amis.

Il y a plus d’un an, je dressais le constat de ma solitude. J’avais l’impression d’avoir perdu tous mes amis, je m’étais éloignée d’eux, ils s’étaient éloignés de moi. Ce constat douloureux m’a suivie pendant de nombreux mois encore, ou à chaque rencontre, je me demandais si ces gens m’appréciaient vraiment, moi, où s’ils m’invitaient par simple convention, en souvenir du bon vieux temps. J’avais l’impression de vivre dans le faux.

Je passais de bons moments en compagnie de mes amis, et le lendemain, je remettais tout en question. Persuadée d’avoir tout inventé, comme si je ne me sentais pas digne d’être considérée. Je le fais encore. Après chaque sortie, chaque restaurant, chaque apéritif, j’ai l’impression de m’être fourvoyée. C’est étrange. Je me demande sans cesse si c’est moi qui fantasme ou si, véritablement, les liens que j’ai avec eux se resserrent.

Je n’ai pas beaucoup d’amis. Je les compte sur les doigts d’une main. Je veux dire, ceux dont je suis certaine qu’ils m’apprécient vraiment, ceux que j’aime énormément. Ceux avec lesquels je ressens cet amour. Allez, on va dire que j’ai 6 amis ! 7, peut-être. 8 ? Pas sûr.

Ces derniers mois, j’ai ressenti un grand changement.

Il y a d’abord eu ce mariage. Cet enterrement de vie de jeune fille auquel j’étais conviée. J’ai passé ce week-end entre deux eaux. Tout au long de ces deux jours, je me suis demandé si ma place avec ces filles était légitime. Qui étais-je à présent à l’égard de la future mariée ? Toujours incapable de m’intégrer pleinement, de répondre normalement aux questions qu’on me posait, d’alimenter la conversation que l’une d’elles tentait parfois d’établir, je me sentais comme la cinquième roue du carrosse.

Pourtant, j’ai aussi vécu de très bons moments. En particulier la nuit, avec Lydie. Lydie que j’ai rencontrée au lycée, Lydie qui a le don de faire rire tout le monde, Lydie la fille singulière et attachante. Nous ne nous étions pas revues depuis plus d’un an. J’étais persuadée (décidément, c’est récurrent) qu’elle n’était plus tellement attachée à moi, mais j’étais rassurée qu’elle soit là : au moins une personne avec laquelle je pourrais me sentir bien.

Lydie et moi partagions la même chambre. Elle m’avait serré fort contre elle à mon arrivée, ça m’avait beaucoup touchée. Cette nuit-là, nous nous sommes endormies aux alentours de 4h, après avoir déposé à nos pieds nos sentiments. Elle m’a parlé de sa famille, de son frère, de nombreuses autres choses avec une sincérité vraie. Une conversation intime, comme je les aime, d’amie à amie. J’ai réalisé que je comptais pour elle. Que je pouvais être moi-même avec elle. Que quelque chose de très particulier me reliait à elle. Que je l’aimais et que je n’allais pas en souffrir.

J’ai revu Lydie trois autres fois cette année, avant qu’elle ne parte pour de nouvelles aventures. Je ne pense pas qu’elle ait conscience de l’impact qu’elle a sur moi, comme je ressens l’amour qu’elle me donne quand je la vois, comme je le bois et comme il me désaltère. Je lui en suis extrêmement reconnaissante. J’espère que je continuerai à la côtoyer toute ma vie. J’espère qu’elle ressent mon attachement.

Le jour du mariage, Lydie était la témoin. Vanessa, la mariée, était mon ancienne coloc’. Clément, le marié, était un ami précieux. Son témoin était mon « Best Friend Forever ». Pourtant, je me suis encore demandée si j’avais ma place.

C’était une très belle journée. Pour la première fois, j’ai vraiment dansé, je me suis amusée. J’avais écrit un discours pour eux. L’angoisse. J’avais peur de ne pas avoir choisi les bons mots, de dire quelque chose de trop fade et pas assez vrai, de faire tâche.

J’ai revu tout ce beau monde en avril, chez moi. Cette fois-là, j’ai annoncé à Vanessa que je pensais avoir été victime de viol. Elle avait vécu d’assez près ma relation désastreuse avec D., mais je n’avais pas imaginé une seule seconde que ça la toucherait vraiment.

Vous avez dit « idiote » ?

Sa réaction, teintée de délicatesse, m’a fait l’effet d’une onde de choc. Elle m’a dit que c’était violent, j’ai pris sur moi pour rester droite alors que ma voix commençait à s’étrangler, j’ai remarqué les traits tordus sur son visage, j’ai souffert son silence et sa circonspection dans les minutes qui ont suivi, et je m’en suis voulue à mort.

Avais-je vraiment besoin de l’accabler avec ça ? J’ai pensé que j’étais la pire des connes, que ce n’était pas comme ça qu’on traitait une amie. Après tout, j’en étais quasiment guérie de cette histoire, à quoi servait-il d’en parler encore, de pourrir l’esprit des autres avec ça ? Je l’avais touchée. Ce que j’avais vécu la touchait.

Ce week-end là, Vanessa et Clément sont restés juste avec moi. Nous sommes allés nous promener, nous avons mangé au restaurant, nous avons regardé un film blottis sous le même plaid, comme avant. Ils avaient réussi à me redonner confiance, à me montrer que quelque chose de fort subsistait entre nous, que je pouvais compter sur eux. Ils ont toujours été un pilier stable vers lequel je pouvais me tourner en cas de besoin.

Plus tard dans l’année, mon amoureux et moi sommes allés leur rendre visite. Excellent souvenir. Pour la première fois depuis bien longtemps, je me suis sentie à l’aise en société. Je ne me sentais pas inférieure aux autres, je savais pourquoi j’étais là, j’avais ma place, j’avais le droit de prétendre à mon bout de canapé.

Ca peut paraître ridicule, je sais. Je suis ma propre entrave.

Mon BFF était là, lui aussi. L’alcool aidant, alors que nous parlions de notre première année séparés par nos choix d’université, il m’a dit qu’on lui avait beaucoup manqué. Que ça avait été difficile, déstabilisant. Il n’en fallait pas bien plus pour que je me rende compte de ma méprise. Il m’avait énormément manqué, je m’étais sentie comme amputée. J’avais cru que ce n’était pas réciproque. Je croyais toujours que mes sentiments n’étaient pas réciproques, qu’on m’oubliait vite.

Mais de quoi avais-je eu peur, toutes ces années ? D’être déçue ? D’être abandonnée ? D’être mal aimée ? Quelle blessure me poussait à m’isoler de la sorte ? A sous-estimer les liens qui m’unissent aux autres ? Je ne sais pas. Je ne sais pas de quoi je souffre, mais putain, ça fait mal !

Et mon amie Sophie s’est rappelée à moi après tout ça. Elle partait faire le tour du monde, entreprenait alors un tour de France d’au revoir. Je faisais partie de la liste. Je l’ai accueillie à bras ouverts pour trois jours, immensément heureuse de pouvoir enfin passer du temps avec elle. L’idée qu’elle découvre ma maison, mon rythme de vie, mes nouvelles valeurs, m’enchantait. J’attendais sa visite avec impatience. Trois jours formidables. L’effet qu’elle me fait a toujours été … Impressionnant. Elle me vivifie.

Sophie grandit au même rythme que moi, dans la même direction. On a beau faire des choix et des expériences complètement opposés, on se ressemble. Elle est une âme-soeur. Ce n’est pas la première fois que je le dis. Ca ne s’explique pas. On se comprend, on est toujours bien ensemble. On s’aime.

Son départ m’a noué l’estomac. Je ne savais pas quand je la reverrais ni même si je la reverrais un jour. Notre relation est comme ça, formidablement solide. Pas de fausses promesses, pas de plannings, mais l’assurance de penser l’une à l’autre chaque jour que Dieu fait. D’être là, quelque part.

Je suis revenue de tous ces évènements le sourire dans l’âme. Une des petites boîtes cachées au fond de l’armoire de ma maison secrète venait de se rouvrir. Elle déverse son lot de gros chagrins, de peurs et de craintes. Elle se vide pour s’emplir d’une sensation nouvelle. Une petite chose solaire et chaleureuse. Une petite chose toute douce, toute rassurante. Qui chatouille le coeur.

Alors je crois que j’ai retrouvé mes amis. En réalité, je n’en suis pas tout à fait sûre encore, je doute. Disons que j’ai réussi à voir qu’ils m’apprécient « pour de vrai ». Aujourd’hui, je vois une nouvelle amitié se dessiner au loin. J’ai encore ce vieux réflexe de prendre peur, de croire qu’elle se joue de moi, que je ne l’intéresse pas vraiment. Je laisse passer les jours, et la certitude qu’elle ne se moque pas de moi m’envahit alors avant de s’évanouir à nouveau. Pense-t-elle à moi autant que je pense à elle ? Qui sait …

Et vous, quelles relations entretenez-vous avec vos amis ? Avez-vous l’impression d’être votre propre fardeau, comme moi ? Avez-vous réussi à dépasser ça ?

Rêve d’Eté

Je suis une fille de l’été. Une fille du mois d’août. Une naissance de l’orage.

Je suis née alors qu’une pluie battante frappait les carreaux de la maternité. Le ciel craquait alors que ma mère souffrait, les nuages grondaient alors que j’allais bientôt crier.

J’aime la chaleur étouffante, écrasante. J’aime quand le ciel bleu devient menaçant. J’aime l’intensité de ces jours si longs, qui commencent légers et se terminent humides, quand l’atmosphère se tend puis cède soudainement, quand le rideau de pluie tombe lourdement, illuminé ça et là par les éclairs ahuris.

Je ne me sens jamais aussi entière qu’en août. Je ne suis jamais aussi accomplie que les joues tournées vers les nuages, battues comme la peau d’un tambour par les gouttes en myriades.

Quand l’orage bat son plein, je sors le retrouver. Je me glisse sous ses torrents. Je hoquette puis je ris. Je tends les bras, je lève les paumes, je tournoie frénétiquement. L’orage me lave. L’orage me régénère.

Alors que ma mère m’ordonnait de m’abriter, je restais là, fascinée, chaque été sous la pluie féroce.

Je vous propose aujourd’hui mon rêve d’été, une belle idée de Frau Pruno.

Un parfum :

En juin, puis en juillet, je porte des notes fraîches et sucrées. J’aime particulièrement Flower – Kenzo.

En août, puis en septembre, je me tourne vers des odeurs plus capiteuses, plus appuyées. Chloé me correspond assez, Insolence – Guerlain aussi.

Une photographie :

Je ne peux pas vous la montrer ici, hélas. C’est une photo argentique, qui traîne dans les vieux albums de mes parents, à plusieurs centaines de kilomètres de moi. Je dois avoir 6 ans, et ma soeur 3. Nous n’avons pas de piscine à la maison, mais nous avons chaud et adorons l’eau. Mes parents ont donc l’idée de remplir une grande bassine, dans laquelle nous plongeons gaiement, encore et encore. On s’amuse à faire un « tourbillon » collées l’une contre l’autre.

Voici le tableau :

La soirée tombe doucement, nous sommes en août. Une bassine est posée sur l’herbe, les arbres sont verdoyants autour. Dans la bassine noire, une petite fille de 6 ans, toute nue, sourit gaiement à l’objectif, toutes dents sorties. A côté, debout, les pieds dans l’herbe, une autre de trois ans se fait surprendre, elle aussi nue comme un verre, par le flash saisissant.

Une chanson :

Choix difficile, pour ne pas dire impossible, que de n’en retenir qu’une .. !

Répondez-moi – Francis Cabrel. Je devais avoir 12 ans lorsque je l’ai entendue pour la première fois. C’était tendre, doux, et cruel à la fois. Je l’ai chantée tous les soirs de cet été là, a capela, pendant que je marchais sur le chemin qui menait à la maison. La nature se taisait autour, le soleil se couchait, mon chien m’accompagnait, et je me demandais comment faisaient les gens pour vivre dans une maison où il n’y a même pas d’abeilles sur les pots de confiture, même pas d’oiseaux, même pas la nature. Où le ruisseau dort dans des bouteilles en plastique.

Vénus- Alain Bashung, et Suzanne – Alain Bashung. J’ai découvert l’album qui comporte ces deux chansons l’été de mes 16 ans. Elles enveloppaient toutes mes soirées, et tous mes matins, quand je devais me lever pour aller ramasser les abricots des champs alentours. La rosée lustrait mes baskets et me coulait sous les bras quand je tirais sur les branches. Je chantonnais, j’espérais qu’un jour, quelqu’un dise de moi « Elle est née des caprices, pomme d’or, pêche de diamant », je rêvais d’être guidée par la première étoile à éclairer la nuit, puis d’être la Suzanne de quelqu’un.

Paradise – Coldplay. Cette fois, il n’y a pas de raison précise. C’est une chanson que les radios ont passé durant tout l’été de sa sortie. Dans la voiture, les fenêtres ouvertes, l’auto-radio nous invitait au Paradis, alors ma mère, ma soeur et moi, on augmentait le son encore, et on chantait à tue-tête.

Les chansons qui symbolisent le plus l’été « estival » pour moi nous viennent des îles : Trop peu de temps – Nuttea, Angela – Saian Supa Crew, puis Aïcha – Khaled, Maria Maria – Santana et tant d’autres … Je pourrais faire une playlist entière !

Souvenir estival :

Je devais avoir dix ans. Mes parents nous avaient emmenés à la mer, c’était très rare. Nous avons passé la matinée les pieds dans l’eau, à ramasser les coquillages. Je collais mes oreilles contre, comme me l’avait appris mon père.

Nous avons ensuite mangé dans une petite bourgade, sous les parasols tendus. Les touristes frôlaient nos chaises, je sens encore les pavés tièdes sous mes pieds nus.

L’après-midi, mes parents m’ont offert un croc-top. On n’appelait pas ça comme ça à l’époque, mais c’était la grande mode ! Le débardeur blanc m’arrivait au dessus du nombril, un cheval camarguais, blanc, crinière au vent, le décorait. C’était kitch. J’adorais ce vêtement !

Et puis l’autoroute et les bouchons en soirée, alors que nous rentrions. Ca ne nous embêtait même pas, on en riait ! On écoutait la radio, l’info trafic. On chantait. Cette journée est l’une des meilleures que j’ai passé avec ma famille.

Un vêtement fétiche :

Cette jolie robe bleue-nuit, toute en voile. Je l’ai portée pour la première fois il y a quatre ans, lors de notre premier « vrai » rendez-vous amoureux (je ne vous raconterai pas ce qu’on a fait cette nuit là !). Depuis, je la porte souvent. A chaque fois, j’ai l’impression d’être une princesse indienne. Malheureusement, je crois que c’est son dernier été.

Une ville :

C’est cliché, mais Saint Tropez ! Plus particulièrement Grimaud, mais je ne pense pas qu’on puisse la considérer comme une ville … Si ?

Ai-je vraiment besoin d’expliquer pourquoi ? C’est touristique, c’est beau, plein de caractère, on y mange bien, on chauffe entre le soleil et le sable fin, on crapahute les calanques … Les vacances !

Une boisson :

Je n’aime pas l’alcool (mais je suis cool quand même, je vous jure !).  Exception faite pour l’admirable et indétrônable Baume de Venise, version Paul Jaboulet Ainé, s’il vous plaît !

J’adore ce vin blanc. Je ne m’en lasse pas. Il se boit comme du petit lait, particulièrement à cette période de l’année, où il accompagne merveilleusement les apéritifs et desserts.

Une odeur :

Les sardines cuites au barbecue … J’en salive rien que d’y penser ! Je suis une dévoreuse de poisson. Mais alors, les sardines tout justes pêchées, cuites au dessus des braises, sur le port … Un merveilleux souvenir estival de Bretagne. Ca sent tellement fort ! C’est tellement bon ! Mon amoureux n’arrête pas de me dire que je suis un chat, alors visualisez bien le chat qui se lèche les babines. C’est moi !

Voici mon portrait de l’été. Si je devais rajouter la catégorie « Un livre », je penserai tout de suite à : Beach Music – Pat Conroy, Duma Key – Stephen King, et Ensemble c’est tout – Anna Gavalda. Trois « pavés » que j’ai lu trois étés de suite. A chaque fois, c’est mon père qui me les a offerts. Et vous, à quoi ressemble votre été idéal ? Comment rêvez-vous l’été ?

Les théories du complot.

Vous en connaissez forcément une. Les théories du complot sont omniprésentes. A chaque nouvel évènement tragique, elles ressortent et profilèrent. Mais pourquoi ai-je décidé de vous en parler ?

Jusqu’à mes 21 ans, je n’avais que très peu entendu parler de ces théories. Ces histoires de machinations diaboliques, souvent aussi terrorisantes qu’impensables, je m’en contre-foutais. J’avais vaguement entendu parler des Illuminati et des Francs-Maçon, souvent au détour de blagues mondaines ou de scénarii de thrillers.

Les théories selon lesquelles Michael Jackson est vivant, Barack Obama un reptilien, et Whitney Houston une pécheresse ayant pactisé avec le Diable, me faisaient doucement sourire. Mais depuis, j’ai rencontré ma belle-mère.

Vous remarquerez que je mets une majuscule à Diable. Le Diable, c’est un des concepts en lesquels je ne prêtais pas foi. Pour plusieurs raisons que je ne développerai pas, j’ai appris à cesser de trouver cette notion de mal incarné ridicule (non, je n’ai pas vécu d’expérience bizarre, je vous rassure ! J’ai juste révisé mon point de vue et fait preuve de plus d’écoute envers les autres).

Ma belle-mère a profondément étudié la sphère Franc-Maçonne (entre autres). Depuis quatre ans, elle passe ses journées à faire des recherches, croiser des données, et nous parle en long, en large, et en travers de ses découvertes.

Les premières fois qu’elle m’en a parlé, j’ai souri. Tous les chanteurs connus ont pactisé avec le Diable ? A d’autres ! Les chansons et clips de Sia détiennent des images subliminales de pédophilie ? Laissez-moi rire ! La trainée blanche des avions est remplie de stérilisateurs et a pour but manifeste de tuer les gens qui vivent en dessous ? Vous poussez le bouchon trop loin ! C’est « juste » des polluants …

Elle me dit que tout est pensé et réfléchi pour que les gens comme elle, qui disent la vérité, soient discrédités. Elle me parle de sacrifices humains, et me décrit des scènes si horribles que seuls deux choix s’offrent à moi : rire de sa crédulité, ou laisser place au bénéfice du doute et … Prier pour que ce soit faux.

Souvent, j’essaie de lui expliquer que le problème n’est pas d’y croire, ou pas. Nous, les membres de sa famille, n’en pouvons plus de l’entendre nous parler des Franc-Maçons à chaque fois que nous passons un moment avec elle. C’est insupportable. Elle est passionnée par le sujet, intarissable. Mais pas nous. Elle pense nous ouvrir les yeux et nous protéger en nous en parlant, mais elle nous pourrit plutôt notre vision du Monde …

Comment fait-elle pour continuer à aimer vivre en sachant tout cela ? En étant persuadée que la Haute Sphère qui dirige le monde nous veut du mal ? Veut décimer une grande partie de la population ? Génère des guerres en pleine conscience ? Se réjouit de la famine du Tiers-Monde ? A pour projet de nous stériliser avec les ondes ? Crée et envoie les maladies pour ensuite nous refourguer les vaccins ? Nous espionne grâce aux micros et caméras intégrés dans nos smartphones et ordinateurs ? Sélectionne avant nous nos présidents ? Est diabolique ?

Je ne sais pas ce que je dois en penser. Je ne sais plus. Tout pourrait être vrai, au moins en partie. L’attentat du 11 septembre, un faux ? Imaginons cinq minutes que ce soit le cas. Que ce soit la réalité. Ce serait si difficile à avaler, à comprendre, à raisonner. Ca me mettrait dans une telle détresse. Que ce mal existe vraiment, que pour des intérêts obscurs, une poignée de gens aie décidé de tuer leurs frères, et de faire émerger une « 3e guerre mondiale ». La faute incomberait donc à une (ou plusieurs) organisation(s) secrète(s) dont on peine à prouver l’existence ?

Et l’évolution ne serait qu’une théorie ayant pour but de virer Dieu de l’équation ? D’écarter l’homme du droit chemin pour mieux le pervertir ?

Aujourd’hui, je ne souris plus quand ma belle-mère m’en parle (sauf quand elle me soutient que le justaucorps de la petite danseuse de « Chandelier », couleur chair, est pédophile : j’ai mes limites). Je suis terrifiée à l’idée que tout ça puisse un jour se révéler exact. Elle ne m’a pas convaincue pour autant. Je n’ai pas d’avis tranché sur la question et n’ai pas non plus cherché à m’en forger un. J’aimerais juste qu’elle arrête de m’en parler. Elle va trop loin.

Tout ce que j’ai cité plus haut, les ondes, les avions, les guerres … Oui, j’admets. J’accepte que ce soit possible. Je le conçois parfaitement. Même si pour moi, tout est une question d’argent. Les industriels, les gouvernements, font les mauvais choix pour de l’argent, pas pour nous tuer à dessein. Enfin, c’est ce que « j’espère ».

Les théories du complot vont beaucoup plus loin que ça. Quand on ne connait pas, quand aucune personne de notre entourage n’est plongée dedans, ça prête à rire plus qu’autre chose. Ma belle-mère est dorénavant persuadée que dans les années à venir (elle a des dates précises), le monde va péricliter. Elle est certaine qu’il va se passer des choses horribles, et son récit est si terrible que je vous l’épargne.

A cause d’elle, je fais des cauchemars. Preuve que ma tête ne rejette pas tout en bloc, et songe à cette éventualité. Elle « sait » ce qu’il faut faire pour qu’on y survive, et nous rebat les oreilles avec ça, pour nous sauver. Ca devient un problème. Ca devient un problème quand tous les repas de famille ne tournent plus qu’autour de ça. Quand elle en parle à mes parents qui la prennent sinon pour une folle, au moins pour une pauvre personne qui se fait embrigader sur le net.

Ca devient un problème quand elle appelle son fils, mon mari, pour lui en parler encore en privé, et qu’elle lui demande de convaincre ses frères parce qu’elle n’y arrive pas. « Mais elle veut sauver ses enfants, tu comprends ?Mais … Enfin mon amour, tu y crois, toi ?!Je sais pas trop … Mais ça coûte rien de se protéger, si ? »

Voilà ce qui me déplait le plus. Qu’elle le « convertisse ». Que mon amoureux se mette à avoir peur et m’en parle parce que ça le travaille. Parce qu’elle lui a montré des « preuves ». Qu’il y croie de plus en plus. Que je me mette à y songer. A vérifier. Rien n’est vérifiable évidemment, mais vous voyez ce que je veux dire. Que j’en fasse des cauchemars la nuit. Que ça commence à m’angoisser le jour, moi qui n’ai jamais connu ça, l’angoisse.

Peut-être que les théories du complot sont psychologiques. Elles ne sont que des histoires créées pour se dédouaner, pour rejeter la faute sur quelque chose qui n’existe pas, mais qui explique tous les malheurs du monde et toute la connerie des hommes. Peut-être pas. Peut-être qu’il y a des enjeux qui me dépassent. Qui suis-je pour dire que ce n’est pas le cas et que tout est faux ?

Ce que je sais, c’est que je vivais mieux sans ça. C’est que le « savoir » ne m’apporte rien et que je ne vais certainement pas me prêter au jeu, et me « protéger » au cas où. Je vais continuer à vivre selon mes valeurs, mes principes, dans la joie et la bonne humeur. Et advienne que pourra.

Désormais, je ne peux plus vivre en fermant les yeux sur l’éventualité de cette vérité. J’en entends régulièrement parler et je dois faire avec. Mais faire quoi ? Et vous, êtes-vous adepte des théories du complot ? En avez-vous déjà entendu parler ? Avez-vous des proches qui ne jurent que par ça et vous effraient ?

Mon deuil.

Ma grand-mère, aujourd’hui seule, mais toujours aussi belle.

Il y a quelques semaines, je vous dévoilais comment j’ai vécu mon premier enterrement, du haut de mes 10 ans et demi. Mon Dédé, comme on aimait l’appeler, mon grand-père adoré, s’envolait. Je vous ai parlé de cette journée, sans vous décrire l’avant ni l’après. Aujourd’hui je reviens sur ce deuil, sur cette expérience douloureuse et formatrice, qui m’a blessée autant qu’elle m’a fait grandir.

Je me souviens particulièrement de mes 10 ans. La veille, nous nous étions rendus chez mes grands-parents. La soirée commençait à peine, le temps moite d’août nous enveloppait. J’étais tout sourire. « Demain, j’ai 10 ans ! Si tu m’crois pas hé … » (*musique*). Mes grands-parents m’ont offert mon premier bijou de grande : une bague en or jaune, ornée de deux saphirs, d’une traînée de petits diamants et d’une perle de culture. Un cadeau beaucoup trop onéreux, beaucoup trop adulte, absolument démesuré. Une bague de femme.

J’étais émerveillée.

Les mois qui suivirent, je nageais toujours dans mon grand bonheur d’enfant. Je passais au CM2, et mon enfance merveilleuse continuait sa route, m’apportant chaque jour son lot de bonnes surprises et de découvertes. J’étais la gamine la plus heureuse de la Terre, ma bague magique autour du doigt. Mon papi était à l’hôpital depuis peu, dans une grande ville. Le soir, quand mon père rentrait du travail, il avait besoin de prendre l’air. J’aimais bien l’accompagner.

Il semblait loin de moi. Il me racontait que son père à lui n’allait pas bien. Que mon Dédé était fatigué, mais qu’il avait adoré mes rosaces colorées. « Pourquoi on peut pas aller le voir, nous aussi ?Tu sais, il est très fatigué. Il a besoin de beaucoup se reposer. » Je ne me souviens plus exactement de ses mots, mais je sentais dans son attitude que quelque chose clochait. Il a sans doute tenté de me préparer à l’inévitable, mais sans jamais me parler concrètement de la mort. A 10 ans, je ne savais pas que les hommes aussi pouvaient mourir.

Je voyais ma grand-mère seule, les mois filaient et mon père passait de plus en plus de week-ends loin de nous. Jusqu’à ce fameux samedi après-midi, où une grosse boule d’énergie m’a quittée à l’annonce fatidique, pour revenir m’enserrer plus fort encore, toute chargée qu’elle était de mauvaises ondes. A cet instant précis, mon enfance est partie. Je ne saurais comment l’expliquer mais vraiment, en une seconde, tout un pan de ma vie, le premier, s’est refermé, pour laisser place au chemin tortueux des douleurs adolescentes.

Je l’ai souffert cette mort. Horriblement. Avant l’annonce, j’étais dans un déni euphorique. L’évidence ne venait pas frapper les carreaux de ma maison dorée. Le vent soufflait, mais le dôme de mon innocence résistait bien. Puis la bombe a explosé, et toutes mes certitudes les plus solides ont volé en éclat. Quand j’ai compris que mon grand-père était mort, que c’était irrémédiable et que plus jamais je ne le reverrais, j’ai culpabilisé.

J’ai culpabilisé de ne pas savoir quoi répondre à ses questions quand, seuls sur la table de sa cuisine, alors qu’il sentait que je m’éloignais temporairement de lui, il me demandait « Comment ça se passe à l’école ? » Sérieusement, je n’avais pas mieux à répondre que « Bien » ? Un mot, c’est tout ? C’est tout ce dont j’étais capable de partage pour cet être qui me manquait si atrocement que je m’en griffais les jambes la nuit ?

J’ai culpabilisé d’être repoussée, les derniers temps, par son odeur pastel de vieil homme. J’ai culpabilisé de ne plus apprécier ses étreintes, ni ses baisers trop mouillés sur mes joues lisses de gosse. Je m’essuyais compulsivement après. Idiote. J’aurais tout donné pour ressentir ça une nouvelle fois. J’ai culpabilisé de n’être pas digne de tout l’amour qu’il m’a porté, j’ai culpabilisé de ne pas assez l’aimer, de ne pas assez le considérer.

Puis j’ai culpabilisé d’oublier son visage. Je craignais tellement de perdre ses traits de vue que je dormais avec trois photos de lui au dessus de mon lit. Juste au dessus de ma tête. Chaque soir, j’embrassais les photographies cornées. J’ai pleuré tous les jours de ma vie, jusqu’à mes 14 ans. Un pilier de mon existence était tombé. Une colère sourde me rognait, une tristesse profonde m’envahissait. Des années noires.

Je m’accrochais comme je pouvais aux quelques souvenirs que j’avais de lui. « Surtout, ne pas oublier ça. Rappelle-toi, souviens-toi. » Cet instant où il faisait la sieste sur le canapé, et où on l’observait avec mamie. « Regarde comme il beau. Surtout, ne le réveille pas! » Ce moment où, assise sur ses genoux alors qu’il jouait à la belote, il m’apprenait à faire sauter les pions comme des puces. Le surnom qu’il me donnait. Ses longs ongles de sorcière. Ses tonneaux de vin dans la cave. Quand il ramassait les framboises avec moi. Quand il venait me chercher à la danse, comme j’étais fière !

Et la bague. Je me suis accrochée à cette bague comme à un talisman. Je la portais jour et nuit. Un morceau de mon Dédé. Elle était une part de lui, de son amour pour moi, de mon amour pour lui. Elle était le lien. Je n’ai jamais tant aimé un objet. Même ma bague de fiançailles n’est pas emplie de tant d’attachement. Quand, à force d’être étirée et agrandie, elle a fini par céder, quand le bijoutier m’a annoncé que je ne pouvais plus la porter sans risquer de la perdre, c’était une seconde mort …

Ne plus me souvenir du son de sa voix, c’est terrible. Ca me fend le coeur. Une nuit, j’ai rêvé qu’une voiture arrivait dans la cour. Il faisait beau, c’était un matin de printemps. Il descendait de l’auto et je n’en revenais pas de le voir. Il arborait un sourire radieux. Tout son amour transcendait. « Je vais bien, je te regarde. »

Je me suis réveillée, persuadée que je n’avais pas rêvé. « Il m’a vraiment dit ça. » Subjuguée. Je devais avoir 12 ans, et à l’époque, je faisais tout le temps les mêmes rêves, assez angoissants. Je rêvais que mes parents mouraient, que je devais m’occuper seule de ma soeur, et que le mausolée dans lequel ils reposaient en pleine forêt s’écroulait quand on allait leur rendre visite. Très caractéristique. Mais ce rêve-là, alors que je souhaitais ardemment qu’il revienne, n’est jamais reparu.

Peut-être parce que ce n’était pas un rêve, mais une autre expérience. C’est con, mais cette pensée m’a aidée. Chez moi, on ne croyait en rien. La vie commençait et se terminait, rien n’était dessus ni dessous. Alors, toute seule, je me suis mise à ajouter un peu de magie dans ce quotidien en 2D. Je me suis mise à croire profondément qu’il me regardait, qu’il me guidait, qu’il était là pour moi. Je ne pouvais pas le voir, mais il était là, quelque part. Ma bonne étoile. Il était venu m’apporter un message pour me soulager.

J’y crois toujours. Peut-être que c’est mon inconscient/subconscient qui a édicté cette stratégie pour me soulager. Peut-être que c’est juste un rêve comme un autre. Peu importe, tant qu’il m’aide à vivre mon deuil et à me reconstruire. Tant qu’il comble l’absence.

Petit à petit, mes larmes se sont taries. J’ai pu recommencer à penser à lui avec le sourire, j’ai pu en parler sans trembler. J’ai arrêté de me griffer les jambes et j’ai réussi à retrouver l’envie de me lever le matin. J’ai même réussi à aller le voir sur sa tombe, quand avant, les portes du cimetière m’étaient infranchissables. Mon père a pleuré et rappelé son absence terrible pour mon mariage. Moi, je savais qu’il était là. J’ai arrêté de me détester.

Mon adolescence pourrait se résumer à ce deuil. Ce deuil de lui, ce deuil de mon enfance bénie et protégée. J’étais l’écorchée vive. Je crois que j’ai moins souffert de mes deux ans de violences conjugales que de ça. A ce point-là. J’espère vivre mes prochains deuils différemment, avec beaucoup plus de recul et de philosophie. Avec de la spiritualité. J’espère que cette souffrance n’est pas vaine.

L’enchaînement de réactions qu’a amené cette mort est sans fin. Je me suis détachée de mes parents et de ma grand-mère, par crainte de souffrir encore s’ils mourraient. J’ai tenté de n’être plus atteinte par rien avant de me rendre compte que je prenais le mauvais chemin … Puis je suis revenue à la vie, pleine de nouvelles joies et de nouveaux sentiments. Ca a pris du temps, 15 ans, mais j’y suis parvenue. Et vous, comment avez-vous vécu vos deuils ?

Le retour aux sources : bilan

Voilà plus d’un an que j’ai quitté la ville de Lyon pour la campagne du département des Alpes de Hautes Provence. Un changement radical, de haute voltige ! Cet article n’a pas pour but de critiquer la ville. J’ai passé six belles années à Lyon, que je ne regrette absolument pas !

J’ai vécu toute mon enfance à la campagne, dans un ancien corps de ferme que mes parents essayaient de rénover du mieux qu’ils pouvaient. Le premier centre commercial se situait à 30 minutes en voiture, le premier village à 5 minutes et la première petite « ville » à 20 minutes.

Nous n’avions pas de voisins à moins de 700 mètres et je mentirai si je vous disais que mes amis ne me manquaient pas l’été. Je mentirai si j’affirmais que je n’ai pas longtemps rêvé de vivre en ville, d’être une citadine et de tout avoir à portée de main.

A Lyon, j’avais tout ce que je voulais quand je le voulais. Entre La Part Dieu, Confluences et Carré de Soie, j’étais servie ! J’adorais l’autonomie que m’offrait la ville. Pas de permis ? Aucune importance ! Tu veux manger thaï ce soir ? La bourgade de la rue d’en face fait ça très bien et à petit prix ! Envie de flâner au milieu de petites boutiques artisanales et originales ? Le Vieux Lyon est tout proche.

Que j’aie soif de vacances, une frénésie dépensière ou l’envie soudaine de sortir entre amis, l’architecture particulière de la capitale gastronomique me l’offrait généreusement. J’ai adoré Bellecour et la Place des Terreaux, le Parc de la Tête d’Or et Fourvière. Et cette chance de pouvoir participer à tous les concerts sans avoir à traverser la France, à réserver un hôtel pour la nuit et à m’inquiéter de ce que je mangerai. C’était génial.

Quand il a fallu partir, mes proches se demandaient si je tiendrais le choc. J’imitais à la perfection la citadine épanouie, sous mes airs coquets et mes vêtements savamment chinés. Je voulais partir, mais pas tout de suite. Mon mari, lui, commençait à sacrément souffrir de cette effervescence incessante. Et son mal être trouvait un écho en moi. Nous avons plié bagages et nous nous sommes retrouvés dans une petite villa face à la nature.

J’ai un voisin à gauche, un autre à droite. Personne en face. Ah si. Les Pénitents des Mées, roches magnifiques dont on raconte qu’elles sont d’anciens moines des montagnes, pétrifiés en pierre après avoir trop regardé les jambes des femmes …

Je n’ai pas vu la couleur d’un centre commercial depuis un an, donc. J’ai réappris à vivre.

J’avais oublié comme j’appréciais, petite, être réveillée par le son des oiseaux ou par le feulement d’un chat. J’avais oublié cette tranquillité inédite, de n’entendre passer que trois voitures par jour et de ne voir personne sauf si je le désirais. Les rues sont vides. Sauf en été, quand les touristes débarquent, leurs valises remplies de bonne humeur !

Mon mari ne m’embête plus quand je passe nue devant les fenêtres. C’est normal, il n’y a plus de risque que quelqu’un me voie ! Allez, je vous l’avoue … J’aime beaucoup vivre sans trop de vêtements. Tout juste une robe légère, un voile à peine posé sur mes épaules. Je me sens libre, j’adore ça ! Mais pas au point de me dévoiler dans des camps naturistes non plus ;).

Je me suis rendue compte qu’en ville, je m’accommodais de tout, mais que rien n’était optimal pour moi. Je m’accommodais des odeurs dans le métro et des gens qui me touchaient sans ma permission. Je m’accommodais des klaxons des bus et des engueulades bourrées juste sous ma fenêtre. Je m’accommodais de ces gens qui se croient tout permis parce qu’on est trop nombreux et que finalement, personne ne connaît personne. L’anonymat des grandes villes est permissif et dangereux.

Ici, personne n’osera mal se comporter, ou si peu. Au delà de ça, je me suis rendue compte que rien ne me manquait. Les boutiques ? Bof, ça ne me dit plus grand chose … Le cinéma ? On met autant de temps à l’atteindre ici qu’à Lyon, alors qu’il est plus loin ! Et les places sont nettement moins chères. Les restaurants ? Oui, c’est vrai. Mais pas parce qu’il n’y en a pas. Parce que j’ai vécu 9 mois indemnisée par Pôle Emploi et que nous nous l’interdisions. Les amis ? Finalement, je les vois aussi souvent. Mon mari voit moins les siens, mais les voit mieux : un week-end entier plutôt qu’une heure de ci, de là.

La ville me stimulait trop. J’ai ressenti un véritable repos, profond, bienfaisant, attendu, en déménageant. A Lyon, j’étais entraînée par le mouvement de groupe. Tout le monde achète sans cesse, bouge dans tous les sens … Je le faisais aussi avec joie, j’aimais bien ça, mais ça m’épuisait. Ca ne faisait pas vraiment partie de moi, ce besoin continuel d’être en mouvement, de ne pas perdre une minute. Parfois, j’avais besoin de calme mais personne ne me comprenait ! Ici, plus personne ne m’embête quand je désire me ressourcer longuement, silencieusement, et seule.

Depuis que je revis à la campagne, j’ai économisé beaucoup d’argent ! Je n’ai plus d’articles sans cesse sous les yeux, les gens ne scrutent pas les vêtements des autres, et ils se fichent complètement d’être « in ». A chaque fois que je sors, tout le monde se retourne. Gênée, j’ai demandé à mon amoureux ce qui clochait chez moi. « Ben, regardes comment tu t’habilles ! Pour eux, tu es beaucoup trop classe pour juste faire le marché ! »

On est obligé de centraliser les courses. On a arrêté de passer au casino du coin tous les deux jours … Le budget s’en ressent ! On mange toujours aussi bien pourtant. Mais on ne gaspille plus. C’est simple, mes revenus se sont vus divisés par deux, et j’ai réussi à mettre 300 euros de côté par mois, là ou avant, mon compte terminait toujours à zéro … Un écart de 800 euros en tout, sur nos comptes, sur une période de 30 jours (non, vous ne rêvez pas ! Et pourtant, on était loin de faire des choses faramineuses !). Mais où passait cet argent ?? Ne me répondez pas « Le loyer ! », on paie autant qu’à Lyon, mais pour une bien meilleure prestation.

Si je devais faire un bilan, je dirais qu’il n’y a qu’un point sur lequel la campagne me frustre : la musique. Ici, les concerts, c’est compliqué en dehors de la période estivale. Marseille est proche, mais il faut penser logistique … Et l’essence. J’aime beaucoup conduire dans le calme, en admirant le paysage, mais ici, c’est compliqué de faire du covoiturage et on pollue pas mal …

J’ai eu l’occasion de repasser un week-end dans la Ville des Lumières. Il m’a permis de me rendre compte, un peu plus encore, de la qualité de vie que j’ai gagné ici. C’est incomparable. Des petites choses, d’infimes détails qui, mis bout à bout, changent la vie. J’en suis sûre, plus jamais je ne quitterais ce département et sa campagne provençale ! J’en suis amoureuse. De sa beauté, de sa chaleur, de son calme, de sa patience … C’est étrange, mais j’ai l’impression d’avoir trouvé ma place, mon lieu de vie. Tous les matins, le paysage me dit « Tu es chez toi. » Vous comprenez ce que j’essaie de décrire ? Je suis chez moi, comme je ne l’ai jamais été, pas même enfant.

Mon bilan est positif, c’est certain ! Il s’agit là pour moi d’un réel retour aux sources. Des sources que j’ai dû connaître dans une autre vie (?), et que je retrouve. J’ai toujours été appelée ici. Quand j’étais petite, je parlais sans cesse à mes parents d’aller vivre « là-bas ». Je me suis construite autour de l’idée de déménager par là un jour, et puis j’ai rencontré l’homme qui y avait vécu et qui pouvait m’y amener. La vie est incroyable. J’ai trouvé « chez moi ». Et vous, vous avez trouvé votre environnement idéal ?