Rêve d’Eté

Je suis une fille de l’été. Une fille du mois d’août. Une naissance de l’orage.

Je suis née alors qu’une pluie battante frappait les carreaux de la maternité. Le ciel craquait alors que ma mère souffrait, les nuages grondaient alors que j’allais bientôt crier.

J’aime la chaleur étouffante, écrasante. J’aime quand le ciel bleu devient menaçant. J’aime l’intensité de ces jours si longs, qui commencent légers et se terminent humides, quand l’atmosphère se tend puis cède soudainement, quand le rideau de pluie tombe lourdement, illuminé ça et là par les éclairs ahuris.

Je ne me sens jamais aussi entière qu’en août. Je ne suis jamais aussi accomplie que les joues tournées vers les nuages, battues comme la peau d’un tambour par les gouttes en myriades.

Quand l’orage bat son plein, je sors le retrouver. Je me glisse sous ses torrents. Je hoquette puis je ris. Je tends les bras, je lève les paumes, je tournoie frénétiquement. L’orage me lave. L’orage me régénère.

Alors que ma mère m’ordonnait de m’abriter, je restais là, fascinée, chaque été sous la pluie féroce.

Je vous propose aujourd’hui mon rêve d’été, une belle idée de Frau Pruno.

Un parfum :

En juin, puis en juillet, je porte des notes fraîches et sucrées. J’aime particulièrement Flower – Kenzo.

En août, puis en septembre, je me tourne vers des odeurs plus capiteuses, plus appuyées. Chloé me correspond assez, Insolence – Guerlain aussi.

Une photographie :

Je ne peux pas vous la montrer ici, hélas. C’est une photo argentique, qui traîne dans les vieux albums de mes parents, à plusieurs centaines de kilomètres de moi. Je dois avoir 6 ans, et ma soeur 3. Nous n’avons pas de piscine à la maison, mais nous avons chaud et adorons l’eau. Mes parents ont donc l’idée de remplir une grande bassine, dans laquelle nous plongeons gaiement, encore et encore. On s’amuse à faire un « tourbillon » collées l’une contre l’autre.

Voici le tableau :

La soirée tombe doucement, nous sommes en août. Une bassine est posée sur l’herbe, les arbres sont verdoyants autour. Dans la bassine noire, une petite fille de 6 ans, toute nue, sourit gaiement à l’objectif, toutes dents sorties. A côté, debout, les pieds dans l’herbe, une autre de trois ans se fait surprendre, elle aussi nue comme un verre, par le flash saisissant.

Une chanson :

Choix difficile, pour ne pas dire impossible, que de n’en retenir qu’une .. !

Répondez-moi – Francis Cabrel. Je devais avoir 12 ans lorsque je l’ai entendue pour la première fois. C’était tendre, doux, et cruel à la fois. Je l’ai chantée tous les soirs de cet été là, a capela, pendant que je marchais sur le chemin qui menait à la maison. La nature se taisait autour, le soleil se couchait, mon chien m’accompagnait, et je me demandais comment faisaient les gens pour vivre dans une maison où il n’y a même pas d’abeilles sur les pots de confiture, même pas d’oiseaux, même pas la nature. Où le ruisseau dort dans des bouteilles en plastique.

Vénus- Alain Bashung, et Suzanne – Alain Bashung. J’ai découvert l’album qui comporte ces deux chansons l’été de mes 16 ans. Elles enveloppaient toutes mes soirées, et tous mes matins, quand je devais me lever pour aller ramasser les abricots des champs alentours. La rosée lustrait mes baskets et me coulait sous les bras quand je tirais sur les branches. Je chantonnais, j’espérais qu’un jour, quelqu’un dise de moi « Elle est née des caprices, pomme d’or, pêche de diamant », je rêvais d’être guidée par la première étoile à éclairer la nuit, puis d’être la Suzanne de quelqu’un.

Paradise – Coldplay. Cette fois, il n’y a pas de raison précise. C’est une chanson que les radios ont passé durant tout l’été de sa sortie. Dans la voiture, les fenêtres ouvertes, l’auto-radio nous invitait au Paradis, alors ma mère, ma soeur et moi, on augmentait le son encore, et on chantait à tue-tête.

Les chansons qui symbolisent le plus l’été « estival » pour moi nous viennent des îles : Trop peu de temps – Nuttea, Angela – Saian Supa Crew, puis Aïcha – Khaled, Maria Maria – Santana et tant d’autres … Je pourrais faire une playlist entière !

Souvenir estival :

Je devais avoir dix ans. Mes parents nous avaient emmenés à la mer, c’était très rare. Nous avons passé la matinée les pieds dans l’eau, à ramasser les coquillages. Je collais mes oreilles contre, comme me l’avait appris mon père.

Nous avons ensuite mangé dans une petite bourgade, sous les parasols tendus. Les touristes frôlaient nos chaises, je sens encore les pavés tièdes sous mes pieds nus.

L’après-midi, mes parents m’ont offert un croc-top. On n’appelait pas ça comme ça à l’époque, mais c’était la grande mode ! Le débardeur blanc m’arrivait au dessus du nombril, un cheval camarguais, blanc, crinière au vent, le décorait. C’était kitch. J’adorais ce vêtement !

Et puis l’autoroute et les bouchons en soirée, alors que nous rentrions. Ca ne nous embêtait même pas, on en riait ! On écoutait la radio, l’info trafic. On chantait. Cette journée est l’une des meilleures que j’ai passé avec ma famille.

Un vêtement fétiche :

Cette jolie robe bleue-nuit, toute en voile. Je l’ai portée pour la première fois il y a quatre ans, lors de notre premier « vrai » rendez-vous amoureux (je ne vous raconterai pas ce qu’on a fait cette nuit là !). Depuis, je la porte souvent. A chaque fois, j’ai l’impression d’être une princesse indienne. Malheureusement, je crois que c’est son dernier été.

Une ville :

C’est cliché, mais Saint Tropez ! Plus particulièrement Grimaud, mais je ne pense pas qu’on puisse la considérer comme une ville … Si ?

Ai-je vraiment besoin d’expliquer pourquoi ? C’est touristique, c’est beau, plein de caractère, on y mange bien, on chauffe entre le soleil et le sable fin, on crapahute les calanques … Les vacances !

Une boisson :

Je n’aime pas l’alcool (mais je suis cool quand même, je vous jure !).  Exception faite pour l’admirable et indétrônable Baume de Venise, version Paul Jaboulet Ainé, s’il vous plaît !

J’adore ce vin blanc. Je ne m’en lasse pas. Il se boit comme du petit lait, particulièrement à cette période de l’année, où il accompagne merveilleusement les apéritifs et desserts.

Une odeur :

Les sardines cuites au barbecue … J’en salive rien que d’y penser ! Je suis une dévoreuse de poisson. Mais alors, les sardines tout justes pêchées, cuites au dessus des braises, sur le port … Un merveilleux souvenir estival de Bretagne. Ca sent tellement fort ! C’est tellement bon ! Mon amoureux n’arrête pas de me dire que je suis un chat, alors visualisez bien le chat qui se lèche les babines. C’est moi !

Voici mon portrait de l’été. Si je devais rajouter la catégorie « Un livre », je penserai tout de suite à : Beach Music – Pat Conroy, Duma Key – Stephen King, et Ensemble c’est tout – Anna Gavalda. Trois « pavés » que j’ai lu trois étés de suite. A chaque fois, c’est mon père qui me les a offerts. Et vous, à quoi ressemble votre été idéal ? Comment rêvez-vous l’été ?


10 thoughts on “Rêve d’Eté

  1. marie kléber Répondre

    J’ai du mal avec la chaleur ou alors il faut que je sois au bord de la mer Rozie.
    J’aime l’idée de la bassine dans le jardin, c’est tellement bon et simple.
    Ton souvenir m’en rappelle quelques uns. Il fait naitre de belles images de vacances.
    Belle semaine chère Rozie.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Ils sont bons ces souvenirs, elles sont belles ces images de vacances …

      Merci Marie ! Belle seconde moitié de semaine à toi !

  2. Escarpins et Marmelade Répondre

    Merci pour ta participation Rozie! Tu nous décris merveilleusement cette ambiance estivale, à la fois oppressante et libératrice. Comme toi j’adore les orages d’été, ils me fascinent! Et sinon, t’es toute mimi avec ton amoureux!

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Je t’en prie ! Merci à toi de nous le proposer !

      Oh, on était en Chine ! Amoureux jusqu’à la moelle 😉

  3. Sophie Répondre

    Comme cet article est bien écrit. J’adore l’été aussi, c’est ma saison préférée, j’aime les longues journées, lézarder au soleil, et le chant des grillons détend mon âme comme rien d’autre. L’été c’est les vacances, les souvenirs d’enfance, la joie insouciante.
    C’est un plaisir de te lire Rozie. Je commente très peu mais dévore tous tes articles, ton blog est entré dans ma vie depuis que je l’ai découvert il y a quelques mois (dès la lecture du premier article, j’ai su que j’avais déniché une perle 🙂 ). Autant par les sujets que tu abordes (l’emprise destructrice, je l’ai connue aussi. Merci de témoigner) que par ton magnifique style. Sophie

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci Sophie pour tous ces compliments qui me touchent absolument. J’ai souvent du mal à me dire que ce que j’écris peut vraiment résonner au fond d’autres personnes. Je suis heureuse que ce soit le cas.
      Le chant des grillons, je l’écoute tous les soirs, quand la nuit tombe et que tout redevient calme. Je te rejoins, c’est terriblement apaisant et réconfortant.
      A bientôt par ici .. 🙂

  4. zenopia Répondre

    Née en août également, j’ai un mal de chien à supporter la chaleur… Pourtant, l’été de ma naissance, c’était canicule… 🙂

    1. Rozie & Colibri Répondre

      La chaleur, c’est quite ou double !

      Je viens d’une famille de frileux, une famille de serpents ^^. Mon grand-père met encore des pulls à cette période de l’année, et l’a toujours fait. On adore le soleil, plus il fait chaud, mieux on se porte !

  5. Ornella Répondre

    Je ne sais pas comment tu fais pour aimer St-Tropez. J’ai eu cette ville en horreur et je n’y retournerai jamais. Elle me répugne : tous ces gens qui se pavanent et ses plages dont on ne voit plus le sable. Beurk. Je préfère mes plages bretonnes désertes ou modérément encombrées de gens.

    Par contre, pour ce qui est du barbeuc’ de Sardines alors là, j’adhère. Et puis encore plus quand il s’agit de maquereaux, ou de dorades… Le bonheur !

    Et moi, je ne suis pas une fan absolue de l’été, en revanche de l’orage et de la pluie battante oui, vraiment !!! Comme toi, je suis prête à me faire cisailler par un éclair juste par plaisir de l’admirer de plus près.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Je crois qu’on ne connaît pas le même Saint Tropez !

      Le mien, c’est celui hors saison, fin mi début juin, ou encore en mars et en avril. Il y fait déjà très chaud, il n’y a personne. Et tout le charme de la ville se dévoile. Mon coin préféré, c’est Grimaud, juste à côté ! Magnifique !

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