Rendez-moi le silence.

« Rendez-moi le silence de ces matins avant la Vie. »

Je suis fatiguée.

Ereintée.

J’instaure le silence autour de moi. Je n’écoute plus de musique dans la voiture. Mes longs trajets se passent dans un calme aussi complet qu’inédit. Je ne supporte plus les « bruits de fond ». J’aspire au vide.

Je supplie mon amoureux de bien vouloir éteindre la télévision, baisser la musique, fermer les portes pour couper le son. Je ne veux pas l’empêcher de vivre, mais je ne suis plus en capacité de supporter ces sonorités incessantes.

Comment vous décrire ce que je vis ?

Je suis épuisée. Les jours de repos n’en sont pas. Il faut toujours faire des kilomètres, mal dormir, inviter, répondre aux invitations … Cette année est emplie d’évènements que nous ne pouvons pas rater. D’ordinaire, j’en aurais été enchantée. Aujourd’hui, chaque jour que je passe à bouger est une limite que je m’efforce de franchir.

Le mouvement me mange. Mes jambes, mes mains, mes yeux, ma tête et mes oreilles me supplient d’arrêter. Stop. Pourtant, cette fatigue n’est pas physique. Je ne peux même pas qualifier cette expérience comme telle. C’est autre chose.

Rester dans la chambre, portes et volets fermés. Ne plus bouger. Dormir. Seule. Savourer le silence, salvateur, comme l’eau d’une source sacrée après des années d’assèchement. Je meurs de soif. Mon âme assoiffée a besoin de fluide, désespérément.

Le processus qui s’installe en moi depuis plusieurs mois, spirituel, m’a d’abord emplie de joie, d’apaisement et d’énergies. Aujourd’hui, il me réclame une retraite que mon quotidien ne peut lui offrir. C’est pourtant vital. J’ai besoin de me retirer, de m’isoler, au plus profond de moi.

Parvenez-vous à comprendre ce que je décris ? C’est la première fois que je le vis.

J’aimerais ne pas aller à contre-courant de ce que m’ordonne mon for intérieur. Mais je ne peux pas prendre congés. Du travail et du reste. Devant moi se profilent les anniversaires phares, les baptêmes et mariages. Les concerts et escapades prévus depuis des mois. Et notre déménagement, sans doute le plus important de notre existence.

Je ne pourrais pas me nourrir de cette bienfaisante parenthèse avant nos vacances estivales. Encore trois mois. Vais-je y parvenir ?

Je ne chante plus. Il semblerait que le son, autrefois berceau de ma bonne humeur, me vole toute mon énergie. Je l’écarte. Je le repousse. De la Paix. Pitié. Laissez-moi un peu de Paix.

Je n’en peux plus d’être sollicitée. C’est d’autant plus difficile à gérer que j’adore apprendre, écouter, partager, écrire. Mon âme me réclame un jeûne. Fermer les écoutilles. Se reposer sur ce qui se passe en dedans.

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Je sens tout de même poindre un avènement. Nous déménageons dans un peu plus de dix jours. Plus je me rapproche de cet évènement, plus je me sens … Soulagée. Ce bien-être que j’ai ressenti si fort en visitant la maison, il est là, tout près. Il m’attend.

Vous allez peut-être me prendre pour une illuminée. Mais je le sens, c’est plus fort que moi. L’âme de la maison, de MA Maison, elle m’attend. Elle m’invite. Elle va prendre soin de moi et je vais prendre soin d’elle. Et d’écrire cette phrase, tant attendue, si vraie, mes yeux s’humidifient et mon coeur s’ouvre.

Je suis reconnaissante. Reconnaissante d’avoir reconnu ces murs, que d’aucun trouverait quelconques. Je suis immensément heureuse à l’idée de pouvoir bientôt poser mes mains sur les pierres, pouvoir murmurer « Je suis là », et ressentir la réponse immuable qui chatouillera ma peau.

« Je suis enfin arrivée. » J’arrive.

« Je vais te remplir. » J’ai promis. Pas de bibelots … D’Harmonie.

J’ai promis à un Lieu de lui rendre la Paix. J’ai promis à une Vue de la contempler chaque jour avec le regard neuf et bienveillant qu’elle mérite. J’ai promis à un arbre de l’aider à vieillir encore, de le respecter comme l’aîné qu’il est. Et j’ai remercié toutes ces entités de m’accueillir si chaleureusement, de me permettre de me sentir enfin à ma place, confiante, en sécurité, protégée.

Ma hâte n’a d’égale que ma reconnaissance. Je n’ai pas choisi ma Maison, elle m’a choisie. Ce moment, debout sur le balcon, caressée par le doux soleil de février, alors que rien ne m’extasiait … Qui a pu y vivre pour que reçoive si clairement l’invitation ? D’où vient cette certitude ?

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Notre retraite, nous la vivrons entre ces murs et sous ce toit. La dernière semaine de juillet, les deux premières d’août.

Etonnamment, mon amoureux a autant besoin de calme que moi. Moi qui craignais qu’il ne veuille s’enfuir ailleurs, profiter de la mer ou retrouver ses racines en Espagne … « J’ai besoin de ne pas partir cette année. Je veux rester à la Maison. Ne rien faire. Me ressourcer. J’en ai vraiment besoin. »

Lisait-il dans mon esprit ? Quelle connivence exceptionnelle ! Lui aussi, je me demande par quel éclatant « hasard » il s’est retrouvé sur ma route. Quelle force l’a poussé à venir me chercher, à me sortir du gouffre, à me tendre la main pour toute la Vie ?

Pourquoi moi ? On se pose toujours la question. En période de grand malheur comme de bonheur époustouflant.

Je suis fatiguée. Ereintée. Epuisée. Je me mets dans le bain, chaque matin, tant bien que mal. Je m’accroche à ces tâches que je dois exécuter, en pensant toujours qu’elles ne sont que les marches de l’escalier. Les marches que je dois monter une par une, tranquillement, pour atteindre le temple.

Une marche s’appelle « Repas », l’autre « Cartons ». Il y a aussi « Electricité », « Ménage », « Lettre recommandée », « Appel des fournisseurs », « Commande du barnum », « Création des affiches », « Eplucher les légumes », « Changer les draps », « Décrocher les étoiles fluorescentes du mur », « Appeler Maman », « Répondre aux mails » …

Des marches que j’aime habituellement monter. Il m’arrive même de courir. Ou de m’attarder sur l’une d’elle. Parfois je savoure.

Aujourd’hui, j’aimerais les avoir toutes derrière moi. Toutes celles qui me séparent de la dernière semaine de juillet. J’aimerais pousser la porte du Silence avant la Vie. Cet étrange état de grâce dans lequel je pourrais me plonger, pour me retrouver un peu plus. Duquel je pourrais ressortir plus Vraie.

Je sais aujourd’hui qu’il est possible d’être heureux, tout en ressentant un besoin, tout en étant « fatigué ». Mon bonheur mue. Il grandit, il mûrit. Je suis appelée ailleurs. Avez-vous déjà ressenti un état similaire ? Comment l’avez-vous concilié avec le quotidien, ce système qu’on ne peut interrompre sans précautions ?


10 thoughts on “Rendez-moi le silence.

  1. Ornella Répondre

    Ma belle,

    Respire, souffle, enchante, déguste. Prends le temps et laisse-toi prendre par lui. Ne discute plus tes avis, cède à elle, donne-moi complètement à ce qui te rend pus épanouie.

  2. Futile Camomille Répondre

    Oh c’est toujours autant agréable de te lire, c’est poétique et fluide. Apparemment tu as écris en février, tu as enfin déménagé alors? Ça faisait un moment que je n’étais pas venu sur ton blog, j’ai pleins d’articles à lire! Moi également je ressent cette envie de lâcher prise et pourtant je n’ai pas de boulot pour le moment. Je fais une pause. Mais à côté je n’ai pas le temps de m’ennuyer. Ceci dit pouvant lâcher prise en m’autorisant à me rien faire: contempler la nature, dormir, lire. Je ne me sens pas mieux car au final, je suis jugée et je me sens lâche et flemmarde. Je n’arrive pas à profiter pleinement heure pour heure. Voili voilou mon ressenti du moment. En ce moment je dois trouver le courage d’aller postuler pour faire un bts en alternance, ce n’est pas évident hihi. Belle soirée.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      J’ai commencé cet article en mai, c’est étonnant que tu voies Février ! Ou le vois-tu ?

      Je déménage dans dix jours ! J’ai hâte, mais du coup, le délai se rapproche et les choses à faire commencent à presser.

      Je comprends ce que tu veux dire … J’étais jugée aussi quand j’étais au chômage et que je ne faisais rien d’autre de mes journées que contempler et réfléchir, dormir, lire … Pourtant, c’est aussi important ! On se ressource, et clairement, je me suis servie de mon chômage pour ça.

      Ne culpabilise pas (c’est facile à dire, je sais). Tu n’as de comptes à rendre à personne.

      Je t’envoie des pensées positives, en espérant que tu trouve l’énergie de postuler !

      Passe un beau et bon week-end :).

  3. marie kléber Répondre

    Le silence, quel bonheur! Moi qui était une fille qui avait sans cesse besoin de musique, je me sens de plus en plus appelée par le silence aussi. Il fait du bien dans une vie qui va à 100 à l’heure.
    Pendant trois j’ai vécu avec mes parents et mon fils dans 40m2 – il y avait toujours du bruit, le jour, la nuit (les ronflements c’est du bruit). Aujourd’hui j’apprécie le soir quand mon fils est couché, j’écoute le silence. Pas de musique, ni de télé. C’est apaisant.
    Et quand c’est la ville qui m’oppresse un tour à la campagne me redonne vie – j’écoute les bruits de la nature et je me sens bien, je reprends des forces.
    Dans l’univers de mon ex-mari, il y avait tout le temps du bruit, comme toi je rentrais chez moi avec des maux de tête impressionnants. J’avais l’impression de ne jamais me reposer. C’était éreintant.

    Avec le déménagement qui arrive c’est peut-être encore plus difficile pour toi de maintenir le cap Rozie. Une fois que tu seras chez toi, tu trouveras tes marques et tu te sentiras plus sereine.

    Je t’embrasse et courage pour les dernières semaines.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Oh oui, j’ai hâte que tout soit en place, pour avoir l’esprit plus libre !

      Il faut savourer ce silence. On a besoin de calme, c’est presque physiologique. D’ailleurs, je le vois bien. Même mes beaux parents, défenseurs du « bruits » et du « mouvement » finissent par craquer. Il faut des moments d’accalmie, même quand le bruit est joyeux !

      Merci Marie. Je t’embrasse à mon tour !

  4. Peanuts Répondre

    J’aime bien cette métaphore du vase avec les cailloux et le sable.

  5. MissTexas Répondre

    Ton billet est encore une fois merveilleusement bien écrit (comment ça, je le dis à chaque fois 😉 ) !

    Je suis comme toi, une vraie fille du calme et du silence, trop rare dans notre quotidien bien prenant. Ce qui me sauve dans ce genre de vie, avec des échéances qui arrivent toujours les uns après les autres, c’est de me forcer à vivre au moment présent (et je dis bien forcer, car au début c’est très difficile). Par exemple, quand j’ai 10 minutes de calme devant moi, je les savoure A FOND. Je ne me dis pas « Oh mince, je n’ai que 10 minutes » mais plutôt « Chouette, j’ai 10 minutes » ! Je m’imagine dans une bulle fermée autour de moi et je ne laisse rien ni personne (aka mes enfants ^^) y entrer. Pas de linge à ranger, pas de papier à remplir, pas de cuisine à faire, c’est mon moment calme, point. Quand j’ai une pensée avec une tâche à accomplir qui me vient, je la repousse en lui disant que ce n’est pas le moment ! Ça ne vient pas du jour au lendemain, c’est un vrai désapprentissage du stress du quotidien qu’il faut faire.
    Mon autre solution, c’est de ne faire que ce que j’ai VRAIMENT envie. Tu vois là par exemple, j’ai un tas de papiers administratifs à côté de mon bureau qui attendent sagement depuis au moins 9 mois d’être rangés. Et bien, qu’ils attendent ! Ce n’est pas encore leur heure 😉 Ça viendra un jour, mais là non, alors je me force pas.
    Tu as peut être déjà vu l’exemple sur internet de la vie qui est représentée comme un vase qu’on remplit avec des cailloux. Les gros cailloux, on les met en premier, c’est l’essentiel, ce qu’il faut faire (prendre soin de soi par exemple). Les cailloux de taille moyenne se logent ensuite dans les interstices, c’est ce qui est moins important. Et les tous petits cailloux qui finissent de combler le vide, c’est le superflu. Remplis ta vie de gros cailloux, le reste, c’est si tu as encore de la place et du temps !

    Oup’s, j’ai fait un monologue, sorry ! J’espère t’avoir donné quelques pistes pour te poser un peu plus sereinement en attendant d’être dans ta belle maison 🙂

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Moi aussi, j’aime beaucoup cette métaphore du vase que je ne connaissais pas. Merci :).

      C’est presque de la méditation que tu fais pendant tes minutes de calme ! :O J’en ai fait un peu quelques semaines, et puis je me suis arrêtée (du mal à trouver un rythme, un moment propice pour le faire chaque jour). Il faudrait que je m’y remette parce que ça m’apaisait vraiment.

      Mais oui, j’ai tendance à faire pareil ! 10 minutes, chouette ! Vivre l’instant présent, c’est loin d’être une évidence. L’esprit court sans cesse, et avance dans les tâches à venir. La méditation m’apprenait aussi ça, et de plus en plus, j’essaie de n’être qu’au présent, et de cesser de me projeter dans les minutes/heures/jours qui suivront.

      Là, j’avoue que j’ai abandonné. Déménagement dans 10 jours, trop difficile de ne pas planifier/réfléchir/y penser sans cesse. J’attends qu’on y soit, que tout soit rangé et à sa place (avec moi, c’est l’affaire d’une semaine ^^) pour me remettre dans le bain du calme, de la sérénité et de l’instant présent.

      Haha, j’ai les mêmes papiers à la maison ! Mais pour qu’ils attendent, il faut que je les cache de ma vue. Le « c’est pas grave », je le pratique sans cesse. Il fait partie de moi, et je n’ai pas de mal à remettre à plus tard. Mais là, je suis dans une phase où il faut que ce soit fait ! C’est excitant et épuisant à la fois.

      J’aime bien tes monologues. Ils m’apportent toujours, et oui, ça me donne quelques pistes pour me ressourcer quand-même, en attendant ma « retraite » de juillet :).

      Merci !!

  6. Maman délire Répondre

    J’ai déjà eu un besoin de silence et de calme, mais jamais très longtemps… mais parfois j’aime couper le son dans la voiture quand je suis seule, ou juste de la musique classique.. en même temps avec 2 enfants le silence…. mais avec mon mari nous aimons le calme, c’est mieux de s’entendre sur ce genre de sujet… c’est beau ce que tu écris sur ta future maison… j’aurais aimé ressentir la même chose pour la mienne, même si elle me convient, ça n’est pas « elle  » mais sans doute la trouverons nous un jour… je te souhaite beaucoup de calme et de repos chère rozie.. après le déménagement ça ira sans doute mieux..

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Il vaut mieux être en phase, c’est sûr !

      Mon amoureux vient d’un univers extrêmement bruyant ! Pour te donner une idée, quand on va manger chez ses parents, je reviens toujours avec un mal de crâne et des acouphènes (je ne blague pas !).

      Moi, j’ai grandi dans un milieu beaucoup trop calme. Je m’en rends compte maintenant, quand je retourne voir mes parents. Même moi, je trouve que c’est trop « mort ».

      On doit tous les deux se préparer mentalement, quand on va passer du temps avec la belle-famille, tellement nos habitudes sont aux antipodes l’une de l’autre.

      Mais tous les deux, dans notre couple, c’est le bon mélange ! Il met du son à fond quand je ne suis pas là, et je reste au calme quand je suis seule. Ensemble, on s’accorde :).

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