Quand l’inceste touche ma famille.

Vitraux

L’inceste. En voilà un sujet difficile à aborder. J’ai appris, il y a quatre ans, qu’on comptait dans nos rangs une victime et un bourreau. Je les appellerais Alyson et David. Ils sont frère et soeur, j’ai grandi avec eux, ils font partie de ma famille.

Je les aime beaucoup tous les deux. On se voit régulièrement au cours des repas familiaux qui ponctuent l’année. A les voir comme ça, on croirait que tout va bien. On sait tous qu’Alyson a quelques problèmes qui l’empêchent d’avancer mais les médecins sont incapables d’en comprendre la source. « C’est mental, vous savez. On ne peut rien faire, elle n’a rien. » Alors souvent, on la voit s’affaisser, perdre connaissance. Elle a du mal a respirer, elle ne peut plus bouger, elle s’en va. La crise dure des heures et lorsqu’elle revient, elle est épuisée. Il lui faut des jours pour s’en remettre. « Sans doute un traumatisme datant de l’enfance. »

David n’est pas en reste, lui aussi il galère. Diagnostiqué hyper-actif, puis handicapé physique et déficient mental, les médecins le bourrent de médicaments pour calmer ses crises de nerf. Il en a fait voir de toutes les couleurs à ses parents et à sa soeur. Maintenant, ça va mieux. C’est un adulte.

On se dit régulièrement que la vie est injuste. Leurs parents, si bons, sont assénés par les problèmes de leurs enfants. Ils ne voient pas le bout du tunnel, il y a toujours quelque chose. Quand c’est pas l’un, c’est l’autre. Nous, on regarde ça de loin. Parfois on en a marre d’entendre parler de leurs soucis à tout bout de champ. On se dit « Ils devraient penser à autre chose, sortir de cet engrenage. » Mais on n’y est pas et on ne peut pas comprendre. Alors on demande à Dieu, s’il existe, de les soulager un peu. On aimerait qu’un jour ils soient vraiment heureux, que la vie leur donne ce qu’elle leur doit.

J’essaie d’être là pour Alyson, je veux lui changer les idées. Je l’invite chez moi, à une centaine de kilomètres de ses soucis. Seules, en tête en tête, nous sommes assises sur le sofa lorsqu’elle me raconte qu’elle sait. « J’ai rêvé qu’un homme me touchait, dans ma chambre. Je faisais souvent ce rêve mais je ne voyais jamais son visage. Cette fois-là, je me suis réveillée, j’ai croisé mon frère et j’ai compris. Après j’ai eu des flashs, au fur et à mesure des journées. Mes souvenirs ont refait surface. »

David a abusé d’Alyson. J’ai essayé de réagir de la meilleure des façons : être à son écoute, ne pas juger, faire acte de présence et la reconnaître dans son statut de victime. Elle en avait tellement besoin. Ma mère, qui le savait depuis peu, m’avait prévenue. « Elle va t’annoncer quelque chose de grave, il faut que je t’en parle avant. » Ca m’a aidé à digérer la nouvelle : ne pas être trop surprise m’a permis de choisir mes mots.

Etrangement, je n’étais pas si étonnée que ça. J’y avais parfois songé, son blocage cachait forcément un évènement très grave. Seulement je n’imaginais pas David. L’abus sexuel oui, l’inceste non. Que faire ? Condamner David à tout jamais, l’exclure de la famille ? Comment réagiraient les autres ?

Leurs parents ont d’abord nié. Puis ils ont demandé à David de confirmer ou d’infirmer les accusations que portaient sa soeur à son encontre. « Je ne sais pas, je ne m’en souviens pas. » La grand-mère n’a pas voulu y croire. « Avec ses crises, elle peut se tromper. » De mon côté, nous l’avons tous crue. Quant aux autres … Je ne sais pas (*musique*). Lorsque j’ai annoncé la nouvelle à mon cousin, un long silence a suivi.

Nous étions tous dans le flou. « Elle devrait porter plainte. Contre son propre frère ? Lui ou un autre, il a abusé d’elle !Mais il est malade …Je sais …Ca va faire imploser la famille. » Très vite, la nouvelle a fait le tour de leur quartier, puis du village. Ces langues de vipère m’écoeurent. Qu’elles le sachent est une chose, qu’elles se permettent des réflexions abjectes en est une autre.

« Comment devra-t-on réagir face à lui ? » Comme d’habitude. Nous l’avons embrassé en lui demandant « Comment ça va ? » et le sujet n’a jamais sali la nappe qui recevait nos trente assiettes. Nous en parlions en petit comité mais pas d’annonce publique, pas de pour-parler familial. Ils géraient le problème en souterrain.

Alyson ne supportait plus son frère, elle ne voulait plus le voir, jamais. Et puis les choses se sont tassées et avec les années, elle a toléré sa présence. Elle fait force de courage et d’esprit. David est instable, il est fragile et le temps ne lui permet pas de remonter la pente. Il a tenté de mettre fin à ses jours sans que ce soit vraiment dit. Là aussi, nous taisons l’insoutenable.

Ils font partie de ma famille. Je soutiens Alyson de tout mon coeur et condamne ces gestes destructeurs cependant je ne peux pas refuser David. Rien n’est tout noir ou tout blanc, les choix que nous faisons ne peuvent pas toujours être tranchés. La situation est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait. Je les aime et j’ai cette tendance au pardon qui m’abîme parfois. Tout le monde mérite une deuxième chance. Facile à dire quand on n’est pas victime.

Je crains le futur. Lorsque leurs parents ne seront plus, pourra-t-elle s’occuper de lui ? Devrait-elle seulement le faire ? La famille peut devenir un poids terrible. Si elle choisit de l’oublier, prendrais-je le relais ? Quelqu’un s’en acquittera ?

Face à cette annonce terrible, je me suis parfois demandé « A-t-il posé les mains sur moi ? Ou sur ma soeur ? » Le doute s’installe et on prend peur. Alyson est toujours en proie aux crises, personne ne parvient à l’aider. Et si quelque chose de plus horrible encore devait remonter ?

Alors nous sommes là, hébétés, face à une situation qui nous échappe. La philosophie ne nous est d’aucun secours et après le déni, le dégoût, la colère, la tristesse et la pitié, il ne reste rien. Avons-nous bien fait ? Qu’aurions-nous pu faire ? Cet inceste me pose un véritable problème de conscience. J’y pense régulièrement et je n’ai pas de réponse. Je voudrais les aider, tous les deux.

Nous ne pouvons pas soulager complètement les victimes et parfois, écouter ce qu’elles ont à dire est trop douloureux. L’inceste fait mal. « Si David était normal tout serait différent, on l’aurait foutu à la porte avec perte et fracas ! » … En sommes-nous bien sûrs ? .. Je n’en mettrais pas ma main à couper. Et vous, avez-vous connu des dilemmes de cette ampleur ? Avez-vous réussi à choisir ? Vivez-vous en paix avec votre choix et les histoires que portent votre famille ?


29 thoughts on “Quand l’inceste touche ma famille.

  1. gliza Répondre

    Je pense qu’il y a une seule victime et que pour se reconstruire, son frère doit payer, oui, il y a toujours les circonstances atténuantes de son handicap. Mais cela ne doit pas lui servir d’excuse pour s’en sortir sans avoir fait le nécessaire vis a vis de la victime. La est a mon sens toute l’erreur des parents d’avoir laissé les enfants dans un « non dit » perpétuel cette manière de faire l’autruche à été quasiment fatal à ce pauvre David… Je pense qu’il serait effectivement plus juste que sa sœur puisse porter plainte et que David soit condamner avec un aménagement psychologique afin que les « comptes » soit équilibrés et que tout le monde puisse reconnaître ses torts et payer son tribut à la situation déjà complexe. Je pense que c’est le seul moyen de reconstruire une famille déjà bisée par cette loi du silence qui n’a que trop durée et qui pourri les relations.

    Je ne veux juger personne, cela reste une opinion personnelle, mais ayant été victime d’une agression sexuelle par une personne handicapée (en bien moindre mesure) cela n’empêche en rien la sensation d’avoir été salie et cette colère sourde que l’on ressent parfois…

    Je souhaite de tout cœur que ta famille se reconstruise de ce choc, en particulier ta cousine qui reste la personne la plus impactée…

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Je suis bien d’accord, son handicap ne doit pas lui servir d’excuse, d’autant plus que je suis persuadée qu’il connait la mesure de ses actes. J’étais, et je suis toujours, de ceux qui souhaitent qu’Alyson porte plainte et que David paie son acte. Hélas, je crois que je suis la seule à lui avoir soufflé l’idée. Et que la culpabilité de jeter son frère face à ses fautes l’en empêche. Ainsi que la pression familiale ..
      Enfin, un gros mic-mac de sentiments contradictoires pour elle …

      Quand on est victime, que le coupable soit handicapé ou non, ça ne change rien à la douleur, et à la sensation d’avoir été salie, d’être colère, comme tu l’expliques …

      Dans tous les cas, il faut arrêter ce silence pesant. Il faut parler ! Mais difficile de motiver trente personnes à moi seule .. ! Et je ne sais même pas si je dois nécessairement le faire.

      En tout cas, merci pour tes mots et le partage de ton expérience.

  2. Pétale Répondre

    Rebonjour.

    Je voulais aussi parler d’un autre article lu sur le site « madmoizelle.com » : « une victime de viol et son violeur témoignent contre la culture de viol ». (Violeur qui je crois a été condamné)
    J’ai trouvé que c’était vraiment très bien comme article et preuve que tout n’est pas tout noir ou tout blanc comme tu le dis si bien.
    C’est parce que le violeur a pris conscience de ses actes que j’en parle et que je ne le « condamne » pas.
    Dans ton article : C’est parce que David semble (d’après ton récit) avoir conscience de ses actes et de leur gravité que je ne le condamne pas.
    Pour moi avoir conscience de ses actes est le premier pas .
    Sinon, si ce n’était pas le cas je dirais qu’il mérite une vie pourrie.
    En tout cas, j’espère que la justice sera faite.

    Bises.

    Pétale .

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Oui, j’ai eu vente de cette histoire ! Ils ont monté une conférence ensemble, qu’ils donnent. Et c’est très intéressant d’avoir leurs deux points de vue. C’était un viol conjugal et lui n’avait jamais compris qu’il l’avait violée elle. Et quand il a apprit sa souffrance et ce que cet acte avait généré en elle, il a pris toute la mesure de la chose. Ils se sont écoutés, pardonnés. Et ils ont décidé d’aider les autres et d’ouvrir les consciences sur la culture du viol avec cette conférence. Très interessante et assez Wahou !

      Je ne condamne personne. Dans cette histoire et dans la vie en général. Je pardonne beaucoup et j’essaie toujours de comprendre les fondements des actes malheureux. Je pense que tout le monde peut être sauvé. C’est presque Biblique, mais je suis persuadée qu’il y a du bon dans chacun de nous.

      D’ailleurs, Schmitt le démontre très bien dans deux de ses romans : L’homme qui voyait à travers les visages (ou on se met à la place d’un terroriste) et La part de l’autre (ou on découvre Hitler sous un nouveau jour, sans pour autant le dédouaner de tout ce qu’il a fait …).

      Mais il reste quand-même l’importance que justice soit faite, comme tu le dis.

      Merci.

  3. Pétale Répondre

    Bonjour Rozie,

    Tout d’abord merci à SweetieJulie d’avoir témoigné. SweetieJulie, tu es très courageuse. Je te souhaite un bon chemin. Je t’envoie beaucoup d’amour et d’ondes positives.

    @Rozie : Je compatis, cette situation doit etre très dure. Je suis désolée, je ne sais pas trop exprimer mes sentiments, c’est pas mon truc. J’ai toujours du mal à les exprimer.
    Je pense qu’Alyson et David peuvent s’en sortir.
    Bien sûr, ce sera peut-être long et douloureux.
    Mais je pense qu’ils peuvent le faire.
    Peut-être auront-ils besoin d’aide. Dans ce cas peut-être qu’Alyson pourrait consulter un(e) psychologue et David un(e) autre psychologue. D’autant que le psychologue ne juge pas et il serait peut- être plus facile pour eux d’en parler. Je pense que si l’un ou l’autre ou les deux consultaient , et que le /la psychologue ne convenait pas, ils ne devraient pas avoir peur d’en changer.
    L’emdr avec un(e) psychologue diplômé(e) dans ce domaine peut beaucoup aider en ce qui concerne les traumatismes.
    Au debut, j’étais moi-même sceptique concernant la psychologie et consulter un(e) psychologue, mais ça marche. Bon certes, je remercie la vie de ne pas avoir vécu la situation que tu évoques dans ton article, mais ça a marché, et je continue de consulter.
    Je ne vais pas le cacher certaines séances peuvent être dures pendant ou après, mais ça en vaut la peine.
    Concernant David, il est responsable mais semble avoir conscience de ses actes. Ce que je vais dire ne légitime et n’excuse en rien ses actes, pas plus que ses problèmes : mais peut-être n’avait-il (à l’époque des actes ) pas appris la notion de consentement ?
    Je pense qu’il existe une sorte de terrain qui va faire qu’il pourra y avoir des abus ou pas dans une famille.
    Bien sûr, ce n’est pas de l’accusation envers les parents même s’ils je crois ont le devoir de veiller sur leurs enfants.
    J’ai lu un article -il y a qqs temps-sur l’inceste sur le blog « vergiberation.wordpress.com » : « L’inceste n’existe pas  » le titre est une phrase qu’une personne avait dit a l’auteur du blog et dans cet article, l’auteur explique que si ça existe.
    De manière générale, ce blog est une vraie mine d’or concernant la psychologie.
    J’ai aussi lu des articles sur le site « madmoizelle.com » : l’un sur la notion de consentement et un autre qui expliquait le consentement via une métaphore sur le thé.
    Concernant Alyson, je lui souhaite du courage. Je sais qu’elle peut le faire. Je suis sûre qu’elle est très courageuse.
    J’espère qu’elle ne sera jamais »condamnée au silence  » concernant ces actes.
    Je souhaite que personne ne nie ce qu’elle a vécu.
    Elle a le droit de vivre et d’être reconnue victime, même si un jour quand elle sera prête et qu’elle ira mieux, elle devra reprendre sa vie normale.
    Je pense que la famille doit savoir sans pour autant juger.
    Je pense qu’il est malheureusement inévitable que certains doutent de l’existence des abus. Mais quelque soit leur avis, je pense qu’Alyson ne devrait pas avoir peur de ce qu’ils peuvent oü pourront penser et qu’elle ne devrait pas les écouter s’ils lui font la sentir coupable de ce qui lui est arrivé oü et s’ils prétendent qu’elle ment.
    Elle n’est pas coupable. Elle est juste une personne ordinaire( sans connotation négative).
    D’ailleurs les vipères qui jugent n’ont pas à le faire, ce ne sont pas leurs affaires.
    Je pense qu’Alyson n’oubliera pas mais elle en souffrira moins un jour, dans tous les cas je pense que ça la rendra plus forte.
    Je pense qu’Alyson devrait avoir le choix concernant le fait de prendre en charge son frère quand ses parents ne seront plus de ce monde.

    Personne ne devrait jamais être abusé(e) femme ou homme.

    Je souhaite à David et Alyson de réussir à se reconstruire. Je leur souhaite du bonheur, un bon chemin et je leur envoie des ondes positives ainsi que de l’amour.

    Rozie, je te souhaite à toi aussi un bon chemin, du bonheur. Je t’envoie des ondes positives et de l’amour.
    Je vous dédie à tous des chansons qui me font me sentir mieux quand je les écoutent , j’espère qu’elles pourront vous redonner courage et foi en vous , foi en l’avenir et foi en l’avenir : « Confident » de Demi Lovato, « Firework » de Katy Perry.

    Bises.

    Pétale.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Bonjour Pétale,

      Merci pour ta contribution ! Je lis Madmoizelle aussi, et je connais les articles dont tu parles !

      Je suis tout à fait d’accord avec toi quand tu dis qu’il existe une sorte de terrain qui rend parfois possibles ces actes terribles. Est-ce que David avait la notion du consentement ? Je ne sais pas du tout … Mais je sais qu’une partie de leur famille (branche de laquelle je ne suis pas issue) est très … Comment dire … Elle n’est pas saine.

      Une famille très pieuse (jusque là, RAS) mais qui semble renfermer beaucoup de secrets. Je ne saurais pas comment l’expliquer mais ça se sent !
      Chez eux, pas de sentiments, on ne parle surtout pas de sexe, d’amour, de politique, ni de rien du tout à part du travail et de la famille … Tu vois, il y a une sorte de tension malsaine dans l’air à chaque fois que je les croise. J’ai l’impression que c’est une famille très enfermée, et quand je ferme les yeux, la couleur qui me vient automatiquement à l’esprit en pensant à eux, c’est le noir.
      Pas dans le sens maléfique, mais dans le sens opaque, triste.

      Bref, je suis persuadée que certaines explications seraient à trouver par là-bas. Sans, comme tu le dis, dédouaner ce qu’a fait David ! Surtout pas. Je crois en le transgénérationnel. La mémoire des gênes existe quelque part. Et on traine avec nous ce passé dont nous ne sommes pas maîtres et que parfois, nous ne connaissons même pas ! Ce passé qui nous conditionne, des schémas qu’on hérite d’ailleurs et qu’on reproduit encore et encore sans en avoir conscience.

      Alyson et David ont tous les deux consulté des psy(-chologoque -chiatre …). Depuis longtemps. Bien avant cette histoire d’inceste, ils avaient déjà de grosses difficultés. Individuellement, mais aussi l’un avec l’autre. Et, d’autant qu’on a pu en juger, ça n’a pas vraiment fonctionné. En tout cas d’un regard extérieur.

      Ils ont testé de nombreuses autres méthodes, toujours sans résultat. Ou alors, sans résultats sur une longue durée. Je ne sais pas d’ou viennent ces échecs. C’est un mystère pour moi. Pour nous tous, en fait.

      Alyson pourra s’en sortir. Je pense qu’elle en est tout à fait capable, et qu’on l’aidera du mieux qu’on pourra. Ca prendra du temps, mais petit à petit ça se désamorcera. Elle n’est qu’au commencement de sa vie !
      Pour David, je suis nettement moins certaine et optimiste .. Mais seul l’avenir nous le dira.

      Merci pour le partage des chansons ! Je m’en vais les écouter tout de suite :).

  4. SweetieJulie Répondre

    Que dire… je prends la parole ici en tant que victime d’inceste, sans possibilité de faire quoi que ce soit parce que le coupable est décédé, et ce depuis longtemps.

    Chaque victime se reconstruire selon son propre rythme. Mais la guérison, la reconstruction n’est possible que lorsque le poids du secret est levé, lorsque du silence honteux vient les confidences. On peut se limiter à la sphère familiale puisqu’après tout le malaise vient lui-même de la famille, mais ce ne sera pas suffisant. En parler aux amis, oui, ils apporteront un soutien, une écoute, et de l’amour. Mais encore une fois ce n’est pas suffisant. L’inceste pour qu’il ne soit pas une source de souffrance vive et lourde de conséquences sur le présent de la victime doit être reconnue officiellement pour que la victime ait un réel statut de victime et soit accompagnée comme telle, par des médecins, par des spécialistes. Cela n’a pas été mon cas. Pourquoi ? Parce que dans la famille, on n’en parle pas, peu de gens le savent parce qu’on m’a demandé de ne pas le dire. Quand j’ai parlé à un psy, le malaise était encore plus grand avec mes parents parce que le psy était quelqu’un d’étranger à la famille. Si je dis que des amis le savent, c’est la fin de la discussion. D’ailleurs, honnêtement, on n’en parle jamais. Parce que c’est plus facile d’ignorer.

    D’ignorer quoi ? La réalité dégoûtante et destructrice de l’inceste. Et le silence fait penser que ça n’existe pas, ou en tout cas pas à nous, parce qu’on est des gens biens. Ma famille est remplie de gens biens, que j’aime. Et même le coupable, je l’aime d’une certaine façon. Est-ce que je lui pardonne ? Je ne sais pas parce qu’il est mort et que jamais lui n’a eu l’occasion de me demander pardon. Par contre, je me pardonne à moi-même, je travaille à avoir une vision plus aimante et un comportement plus tendre envers moi-même parce qu’il n’y a que comme ça que je peux guérir. Je peux en revanche déclarer que ma vie sentimentale en est affectée, que longtemps j’ai cherché des relations malsaines et toxiques avant de rencontrer l’Homme qui par son amitié, sa tendresse et son écoute a su devenir Habibi, celui à qui je ne cache rien, qui sait la noirceur de certains de mes actes et qui m’aime, d’une façon unique.

    Je souhaite qu’Allyson trouve un peu de paix, du réconfort et de la douceur. Je souhaite que David comprenne la portée de ses actes, et quel que soit son état, je vais paraître intransigeante mais rien ne peut justifier le crime qu’il a commis. Parce que pour moi, l’inceste est un crime et doit être puni. Je trouve courageux de ta part de continuer à aimer David ainsi, tout en tentant de soutenir Allyson. Non, tu n’as pas à prendre partie. Tu peux simplement veiller à ce que le silence n’enveloppe pas de nouveau la victime, que sa douleur soit respectée, qu’elle soit accompagnée parce qu’être seule face à ce traumatisme est également bien douloureux, destructeur et n’aide en rien à la guérison.

    Merci d’avoir écrit cet article, tu exprimes là des choses que je me retiens encore d’écrire tellement la honte peut être épaisse, et en tant que victime qui souffre encore, je veux pas voir souffrir ceux que j’aime à cause de mon secret qui n’en est plus vraiment un…

    1. Peanuts Répondre

      Je salue ton courage SweetieJulie, de nous avoir donné ton point de vue de victime. Avant tout, je te souhaite de trouver un apaisement bénéfique entre les bras de celui qui t’aime. Mille pensées et plein de courage pour ce combat que tu livres au quotidien…

    2. Rozie & Colibri Répondre

      Merci Julie pour ton témoignage. Si Alyson le lisait, je pense qu’elle s’y reconnaitrait beaucoup …
      On lui a aussi demandé de ne pas en parler. Ses parents le lui ont demandé, et peut-être d’autres personnes aussi. Mais elle a décidé ne de pas les écouter, et elle en a parlé. A moi, ma mère, ma soeur et sans doute d’autres personnes. Mais derrière, ses parents et d’autres mécontents ont tout fait pour étouffer l’affaire. Et ça ne l’a pas aidée, c’est sûr.

      Je sais qu’elle a été suivie par de nombreux psy. Ca ne semblait jamais fonctionner, alors elle a testé beaucoup d’autres méthodes pour être soulagée. Et surtout, pour que ses crises à répétitions, qui l’handicapent au quotidien, cessent. En vain.

      Plus facile d’ignorer .. J’ai l’impression que c’est vraiment ce que pratique ma famille. Après je n’en sais rien, je ne suis pas dans leur tête, mais je suis toujours l’unique à poser le sujet sur la table en petit comité. J’ai conscience qu’il fallait, et qu’il faut encore, qu’Alyson soit reconnue en tant que victime. Bien sûr. Qu’elle puisse en parler. Sans tabou. Sans honte. Sans crainte de faire souffrir les membres de sa famille.

      Ta vie en a forcément été affectée, et tu fais un gros travail sur toi pour l’améliorer et marcher dans le bon sens. C’est beaucoup de courage et de force. Tu fais peut-être le deuil des explications que tu n’auras jamais puisqu’il est mort en emportant avec lui une partie de ce secret. Ce qui ne doit pas aider ta famille à te légitime et te croire, puisqu’ils ne pourront jamais lui demander sa version des faits, et même jamais lui en vouloir. Et salir la mémoire d’un mort, pour beaucoup de personnes, c’est inadmissible. Il vaut mieux garder place nette.

      Tu dois te sentir terriblement enfermée par tout ça.

      Non, tu n’es pas intransigeante. Il doit être puni pour ses actes et son état ne légitime en rien ce qu’il a fait. Parce que je le connais assez pour dire qu’il a parfaitement conscience de ses actes. Il n’y a aucune raison que comme par magie, il n’est pas conscience de la portée de ceux-ci. C’est trop facile.

      Je fais tout ce que je peux de ma petite place pour l’aider. Ce n’est pas assez, je le vois bien. Mais je n’ai pas la solution.

      « je veux pas voir souffrir ceux que j’aime à cause de mon secret qui n’en est plus vraiment un… » => C’est ce que ressentent toutes les victimes. C’est ce que je ressens pour D. Je n’en parle plus en famille parce que mon père en souffre atrocement. Je comprends …

      Courage Julie.

      Je t’envoie beaucoup de soutien.

  5. Ornella Répondre

    Biensûr je te rejoins quand tu dis Rozie que c’est très grave et que ça doit être puni, c’est évident. Néanmoins, je crois que la punition ne sauve que le coupable. La punition est moteur de rédemption. La victime en revanche, est satisfaite et soulagée en surface quand elle sait que son bourreau va « payer ». Le travail qu’elle devra fournir pour se relever de ses blessures sera colossal et il n’y a aucune garantie de réussite. Tout dépend de sa force mentale, de son entourage, des aléas de la vie.

    Des questions très intéressantes tout ça, n’empêche.

    1. Sophie Répondre

      Bonjour. C’est sans doute en partie vrai, cependant la différence primordiale est qu’en reconnaissant le coupable, on reconnait la victime en tant que victime. On officialise et matérialise ce qui s’est passé, on n’est plus dans le déni. Et c’est tellement important pour le travail de reconstruction ! Ici on dirait que ce n’est pas le cas, et que tout le monde met la chose sous le tapis.
      Rozie, je comprends ton désarroi et ton sentiment d’impuissance… J’espère de tout coeur que d’une manière ou d’une autre, ta cousine pourra aller mieux et trouver de l’apaisement.
      Sophie

      1. Rozie & Colibri Répondre

        Merci Sophie ! Je l’espère aussi du plus profond de mon âme .. !

        Je suis d’accord, il faut dépasser le déni et pour ça, selon moi, il faut qu’une décision « officielle » soit prise. Pas évident tout ça.

    2. Rozie & Colibri Répondre

      Oui, tu as tout à fait raison.
      La victime ne sera soulagée qu’en surface. Mais je pense que cette surface plane pourra l’aider à plonger plus profondément en elle et à tenter de mieux reconstruire ses récifs …
      Mais c’est très intéressant ! La punition est aussi importante pour le coupable, c’est vrai. Et c’est aussi vrai de dire que malgré les apparences, ça peut l’aider.

  6. Aurore Répondre

    Ma mère m’a révélé le soir de mes 30 ans avoir été abusé par son frère ainé étant ado, j’étais la 1ère à le savoir.
    Maintenant elle a craqué et l’a raconté à mon père, son mari, qui ne la croit pas vraiment à priori.
    C’est compliqué, et personnellement j’aime mieux prendre mes distances ac ces histoires sombres, glauques et ne pas prendre parti. J’aime mieux ne rien savoir, et qu’on ne me prenne pas à témoin. Ce n’est pas mon histoire !
    Ça peut sembler égoïste mais c’est un réflexe de survie, ça n’a pas été rose enfant pour x raison, j’aimerais être une adulte qui parviendra à l’équilibre et ça me tire en arrière. Il y a des spécialistes pour aider les victimes, les proches ne sont pas là pour ça 🙁

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Je comprends ta prise de distance. Tu le fais pour te protéger, et comme tu le dis c’est un réflexe de survie …
      Oui, il y a les spécialistes pour aider les victimes, mais je pense que le fait que les proches soient au courant et puissent reconnaître l’évènement est aussi une part importante et indispensable dans le processus de guérison de la victime.
      Dans ces cas-là, c’est très complexe pour tout le monde ! Tout le monde a besoin de se protéger, certains en protègent d’autres .. C’est un méli-mélo de pris à parti, de positionnement. Et ne pas prendre position est très compliqué, mine de rien ! Et on ne sait jamais si on prend vraiment la bonne décision …

  7. marie kléber Répondre

    J’ai lu ton article plusieurs fois avant de me décider à laisser quelques mots. Le sujet est difficile et très délicat.
    Toutefois moi, je ne pourrais pas continuer à faire comme si de rien n’était. C’est la loi du silence qui tue les victimes, qui les marginalise.
    Je crois qu’en tant qu’individus, à part écouter, nous ne pouvons pas aider. Cette aide doit venir de professionnels. L’inceste comme le viol est un acte grave. Le fait que David soit handicapé n’y change rien. Cela ne veut pas dire qu’il faille le rejeter, mais l’accompagner pour qu’il se fasse aider, qu’il comprenne en quoi son geste a porté atteinte à l’intégrité de sa soeur.
    Pour Alysson, je n’ose imaginer combien cela doit être difficile de faire face à son frère lors de ces réunions de famille. C’est comme de revivre l’horreur à chaque fois.
    Oui c’est vrai tout le monde a le droit a une deuxième chance. Mais sommes nous prêts aujourd’hui, par exemple, à la donner cette chance à un terroriste? Un jour peut-être. Pas encore.
    Les victimes ont besoin de faire un travail de deuil, d’être protégées de leur bourreau, le temps du pardon.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Marie, je suis tellement d’accord avec toi …

      Si tu savais comme cette situation me perturbe, et ce depuis quatre ans maintenant.
      Quand on en a parlé en famille, et quand j’ai en parlé avec Alyson, j’ai dit que j’étais pour qu’elle porte plainte, pour que David paie ses fautes et les reconnaisse, et pas pour qu’on le laisse libre et qu’elle ait à subir de le revoir de jour en jour.

      Je mets encore souvent le sujet sur la table entre nous, dans l’espoir d’avoir un soutien mais .. Je n’ose pas le faire dans les « vrais » repas de famille ou tout le monde est réuni. Parce que je sais que je ferai tout exploser. Et que je serai seule face à ma famille. En fait, j’ai terriblement peur des conséquences de mes actes. Pas que pour moi, mais pour chacun des membres de ma famille.
      Et j’ai l’horrible impression qu’Alyson est sacrifiée pour l’équilibre précaire du reste de notre famille. Ca me bouffe !

      J’ai cherché de l’aide auprès de différents professionnels. Ils m’ont tous dit que c’est à elle, à lui, et à leurs parents qu’ils devaient parler et que moi, malheureusement, je ne pouvais absolument rien faire. A part ce que je fais déjà, écouter, pardonner, être bienveillante .. C’es terriblement frustrant.

      Alors je suis la marche des autres. Tout le monde fait comme si de rien n’était. Et comme j’aime aussi David, je lui montre malgré tout que je ne changerai pas mon attitude bienveillante envers lui MEME SI je ne cautionne absolument pas ça .. J’ai essayé d’aiguiller les parents mais ils ont passé leur vie dans les hopitaux et auprès des psy pour leurs enfants. Ils n’y croient plus. Ils ne veulent pas prendre le risque de replonger dans tout ça.

      Alors, ai-je le droit de les obliger tous ? Pour Alyson ? Je n’en sais rien.

      1. Peanuts Répondre

        Bonjour Rozie,

        Par chance dirai-je, je n’ai pas connu dans ma famille de tel cas.
        Pour ma part, je crois que ne pourrais jamais pardonner de tels actes à son auteur…

        Déjà, je dirais qu’Alyson a bien fait d’en parler, surtout parce que ça la rend malade de l’intérieur, c’est une chose qui te ronge, te salit et te poursuit à vie.

        Mais ma réflexion concernant le cas que tu rapportes porte plutôt sur l’âge des protagonistes au moment des faits.

        David était-il majeur ? Si oui, même avec son handicap, s’il a la capacité de comprendre aujourd’hui la portée de ses actes à l’époque, il faut qu’il prenne pleinement conscience que ce qu’il a fait était vraiment interdit et qu’il ne lui faudra jamais recommencer ni même avec une personne qui ne serait pas de la famille.

        Pour Alyson malheureusement, se reconstruire sera très difficile : on n’oublie jamais un viol ni même des attouchements et je pense que c’est pire quand c’est un membre de ta famille qui en est l’auteur, car ça te brise jusqu’aux os de l’âme. Elle devra vivre avec ça dans la tête jusqu’à la fin de ses jours, même si l’avoir dit permet d’atténuer ses symptômes, ça sera très long, et peut-être que ça ne guérira jamais entièrement (cauchemars, somatisation et j’en passe).

        De ton côté, tu as le droit de dire ce que tu penses de tout cela, mais sans non plus briser plus encore ceux qui en souffrent déjà énormément (comme tu le dis, leurs parents, et certains membres de ta famille ont décidé de pardonner, c’est leur liberté). Après, je pense qu’il te faut l’évoquer par petites touches et avec beaucoup de précautions, auprès des personnes ouvertes à la discussion, parce que ça te touche très profondément et tu en souffres sans doute aussi.

        En tout cas, je souhaite à Alyson de parvenir à trouver malgré tout une voie vers la guérison, ou du moins une amélioration de son état par rapport à ce qui lui est arrivé. Cela prendra beaucoup de temps, et elle aura besoin de tout le soutien de ses proches. Le fait qu’elle t’en ait parlé participe de ce travail sur elle et ce qui s’est passé, c’est un cheminement tortueux et ardu mais l’amour d’un proche qui écoute sans juger est une chose qui aide plus qu’on ne le pense possible, et tu es de ces proches-là qui ont su entendre sa grande souffrance.

        Prends bien soin de toi, et de tous ceux que tu aimes. Alyson gagnera en confiance en étant bien accompagnée par un bon spécialiste c’est sûr, et longuement. Mais ça ne supprimera jamais ce qu’elle a subi et vécu, ça deviendra une partie désagréable de son histoire, je lui souhaite de trouver un jour la force de sourire et d’aller de l’avant.

        1. Peanuts Répondre

          J’oubliais, évidemment, la démarche ne peut venir que de la personne ou de son très proche entourage : c’est le rôle d’un parent de tout faire pour que son enfant aille mieux, mais dans de tels cas, c’est quand même un travail très long et seule Alyson peut l’accomplir, faut-il qu’elle en trouve un jour la force, et cela peut effectivement être dans ces moments de partage avec toi, en intimité. Nul besoin de bouleverser toute la famille, puisque ce n’est plus un secret entre vous tous. Car on ne peut construire quelque chose de nouveau que lorsque l’on a du soutien indéfectible autour de soi.

          1. Peanuts

            Enfin, si ça peut te faire du bien d’en parler, tu peux m’écrire sur ma messagerie, peut-être pourrai-je t’aider un peu.

        2. Rozie & Colibri Répondre

          Ils étaient tous les deux mineurs au moment des fait. Il a deux ans de plus qu’elle. Il devait avoir 15 ans, et elle 13.
          Mais David a beau être handicapé, on sait tous très bien qu’il a conscience de ses actes et qu’il sait pertinemment que ce qu’il a fait est mal.

          Mais ce que tu dis sur le fait qu’il faut qu’il comprenne qu’il ne peut pas faire ça sur les membres de sa famille ou sur des inconnus m’a aussi troublée à l’époque. J’ai dit à mes parents « Et si il recommençait ? Et si depuis tout ce temps, il avait encore un comportement sexuellement déviant envers d’autres personnes sans qu’on le sache ? » Qu’il s’agisse d’attouchements, d’exhibitionnisme ou d’autre chose …

          En taisant tout ça, et en n’appelant pas à l’aide les services compétents, on prend ce (gros) risque. Et ça me rendrait malade d’apprendre un jour qu’il y a d’autres victimes. Même si ça n’enlèverait rien en l’amour que je lui porte pour le lien que nous avons depuis ma plus tendre enfance. Je suis comme ça. L’amour prend toujours le dessus chez moi et je suis intimement persuadée que seuls les bons sentiments peuvent aider et guérir.

          Il a fait quelque chose d’innaceptable, mais je suis capable de le lui pardonner, comme j’ai aujourd’hui pardonné à D. pour ce qu’il m’a fait. Mais effectivement, tu as raison, je sais trop bien ce que c’est que d’être une victime ! Et je comprends plus que de raison pourquoi Alyson le vit si mal. D. je ne pourrais ni ne voudrait jamais plus le revoir !

          Je ne peux pas obliger ma famille, et je dois la laisser pardonner si c’est ce qu’elle fait. Mais le problème, c’est que je ne pense pas que c’est ce qu’elle fait. Elle passe le problème sous le tapis, c’est tout. Avec tout ce que ça engendre. D’ou mon envie d’ouvrir la boîte de Pandore …

          Je suis persuadée qu’en parler tous ensemble une bonne fois pour toutes, malgré l’horreur que ça pourrait être sur le moment, ferait beaucoup de bien à Alyson. Parce qu’aujourd’hui, elle ne peut plus vivre ! Elle fait des crises plusieurs fois par semaine ! A cause de ça, elle passe des journées entières dans des hopitaux qui se foutent d’elle puisqu’ils pensent ne rien pouvoir faire pour l’aider. Ses employeurs ne peuvent pas la virer mais la mettent au placard. Ses « amis » la fuient .. Enfin, tu vois.

          1. Peanuts

            Je comprends. Je me doutais que c’était arrivé à un moment où tous deux étaient encore mineurs. Le fait aussi que David ait tenté de mettre fin à ses jours prouve sans doute aussi qu’il est capable de discernement quant à la différence bien/mal et cela doit le faire souffrir lui aussi. Attention, je ne dédouane pas ce qu’il a commis, c’est très grave effectivement. Et il doit beaucoup culpabiliser malgré ses difficultés mentales.

            Quant à Alyson, c’est sûr que le fait que sa propre famille enterre ce secret c’est mauvais pour elle. Mais es-tu sûre qu’elle n’évoque pas le sujet avec un de ses parents, un proche régulièrement ? En parles-tu encore avec elle ? J’imagine qu’elle est adulte aujourd’hui et que ce mal dure depuis longtemps déjà.

            Certaines personnes qui ont subi ce genre de chose dans leur enfance (quelle que soit la violence du plus simple attouchement à l’abus sexuel avéré), peuvent occulter ce souvenir très éprouvant, très longtemps (parfois jusqu’à plusieurs dizaines d’années !) C’est ce que l’on appelle l’amnésie traumatique. Souvent le souvenir douloureux resurgit à la faveur d’un événement éprouvant, et afflue à la conscience avec toute son horreur, c’est un véritable choc pour la personne qui souvent peut avoir envie de se suicider. A ce moment-là pour espérer une réparation ou une condamnation, il est trop tard. Prévenir de ce fait les institutions n’aidera pas David : il faut qu’il soit accompagné dans sa difficulté à contenir ses pulsions sexuelles et ça c’est plus le rôle des éducateurs ou des moniteurs d’atelier (je ne sais pas s’il est en structure ordinaire ou adaptée tu n’en parles pas). Pour Alyson, s’éloigner définitivement de la source de ses souffrances peut être une solution temporaire, mais cela ne changera pas ce qui s’est passé, comme je te l’ai dit, il faudra qu’elle apprenne à vivre avec ce souvenir odieux, qu’elle intègre qu’elle n’y était pour rien et qu’elle est une vraie victime dans l’histoire, puis qu’elle parvienne à se reconstruire en se sentant soutenue et comprise par les siens.

            Tu peux continuer de me parler de ceci par mail, pour plus de confidentialité. Le fait est qu’on se sent souvent totalement impuissant face à la détresse d’une personne à qui cela est arrivé.

          2. Rozie & Colibri

            Il a tenté de mettre fin à ses jours, ce qui prouve, effectivement, qu’il a terriblement conscience du malheur qui frappe sa soeur, ses parents, mais aussi lui-même. Ce qui est terrible, c’est qu’il a parfaitement conscience de ses handicaps physiques et mentaux. Il a parfaitement conscience de ce qu’il peut, et ne peut pas, espérer de l’avenir. Alors le suicide .. Disons que je comprends sa démarche.

            Elle est adulte en effet. Les souvenirs sont remontés 7 ans après. Elle n’en parle plus avec moi. Mais je parle beaucoup avec sa mère et sa mère me parle de leurs problèmes de famille. Et depuis 4 ans, étrangement, l’inceste a disparu du panel des problèmes. Je crois qu’Alyson n’a personne avec qui en parler.

            David vit la moitié de son temps dans un hôpital de jour. Il est sans cesse accompagné. Des psy le suivent, des médecins en tout genre .. Je ne sais pas trop ce qu’ils lui font à partir d’abrutir avec des cachets très forts. Il a perdu la moitié de son poids en l’espace de quelques mois et pris 20 ans. C’est effrayant et très déstabilisant.

            Alyson vit loin maintenant mais elle vit seule et de ce qu’elle me dit quand je la vois, à part sa voisine, elle est complètement seule. Ca doit lui faire du bien d’avoir sa vie, mais je n’en suis pas si sûre. Elle est loin d’une vie épanouissante.

            Bref, je continuerai pas mail. Je répondais ici aussi pour les autres qui se poseraient peut-être aussi ces questions et qui seraient frustrés de ne pas avoir les réponses !

  8. Ornella Petit Répondre

    Les traumtismes, s’ils ne font pas toujours de nous des personnes plus fortes, nous rendent souvent tout de même, meilleurs !
    Je pense qu’on ne peut pas réduire quelqu’un à un seul de ses actes, même si sa portée semble la plus importante et pourtant tout le monde le fait. Par exemple, si un homme faisait des dons chaque années de sa vie, à des associations caritatives, à hauteur de 1 million par an (admettons), mais qu’il avait violé une fois, une femme, on ne retiendrait que ce phénomène-ci.
    Parce qu’en définitive, c’est plus facile de retenir les actes néfastes des gens. C’est plus facile de les étiqueter et de décider qu’ils ne valent pas la peine d’être aimés ou plaints ou compris ou écoutés. Faire le choix d’aller outre les erreurs de l’autre demande 4 fois plus de courage et de détermination. Le choix d’aimer, le plus compliqué !

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Oui, aimer c’est plus dur … Je suis d’accord avec toi et j’ai une grosse tendance au pardon, et à me dire qu’un acte ne résume pas une personne. C’est vrai. Mais c’est quand-même un acte TRES GRAVE, qui DOIT être puni et considéré.
      Car le problème est surtout là : le crime n’est pas puni et la victime continue encore et toujours d’en souffrir.
      Si David avait été envoyé en prison (admettons), je serai allée lui rendre visite, évidemment. Je n’aurais pas pu faire autrement. Mais j’aurais trouvé ça normal, dans le sens des choses.
      Là, il ne se passe rien, on occulte. Et Alyson … Ben, elle souffre.

      Je les aime tous les deux. Mais je sais reconnaître quand l’un fait une erreur. Je le dis souvent à mon mari et ça le choque, mais s’il faisait une grosse connerie (du type, tuer quelqu’un), et bien même dans les meilleures intentions, j’irai le dénoncer. Je le soutiendrais dans cette étape mais je ne ferai pas en sorte qu’il soit « blanchi ». On doit payer ses fautes, je pense.

  9. zenopia Répondre

    Rude… Comme tu dis, j’ai tendance à croire que si David n’était pas handicapé, la situation serait plus « claire » si je puis dire… Mais, au fond, tout dépend des personnes, de la situation… Rien n’est blanc ni noir mais quel traumatisme pour Alysson :/ J’espère de tout coeur qu’elle pourra se reconstruire peu à peu…
    Bisous

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Je pense que ça n’aurait rien changé .. Malheureusement, et c’est comme ça dans beaucoup de familles ..
      Honnêtement, j’ai vraiment du mal à vivre avec ça sur la conscience. Mais j’ai l’air d’être la seule absolument dérangée par l’idée alors .. J’ai vraiment peur de mettre un pavé dans la marre et de faire pêter ce qu’ils essaient de réparer et de recréer depuis tout ce temps. Je ne sais pas quoi faire !

      1. Peanuts Répondre

        En lisant ton commentaire, je me dis que ton empathie doit aussi beaucoup jouer… et c’est aussi parce que tu as toi-même vécu quelque chose qui a détruit une partie de toi, que tu te sens si proche d’elle au point de culpabiliser de n’avoir rien vu ou su jusqu’à ce moment où tu l’as appris.

        Le tabou du secret a été brisé dans la famille, à mon sens, si tu as besoin d’en parler, fais-le mais pas au sein de ta famille : consulte un spécialiste pour comprendre pourquoi cette situation te rend si mal vis à vis de ta conscience.

        1. Rozie & Colibri Répondre

          J’en ai déjà parlé à des spécialistes. Ils m’ont dit que j’avais fait tout ce que je pouvais et que je ne pouvais pas faire plus. Ce n’est pas mon rôle. Ils ont raison, je sais bien.

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