Ce premier enterrement.

Cimetière maya
Cimetière maya, au coeur du Mexique

J’avais dix ans et demi, la première fois que j’ai assisté à un enterrement. Je perdais mon grand-père paternel : un deuil difficile, douloureux, insurmontable, le premier, dont je vous parlerais sans doute une prochaine fois. Il nous a quitté un samedi, le 4 janvier de l’année 2003. Nous l’avons enterré le samedi suivant.

Je me souviens de l’instant terrible où sa mort a pointé. J’étais à la maison avec ma mère et ma soeur, pendant que mon père tenait compagnie au sien pour ses derniers instants. Nous savions que l’heure était proche. Mes parents m’avaient prévenue, mais je n’avais pas voulu comprendre. Le téléphone a sonné en début d’après-midi. J’ai compris au son de sa voix que ma mère apprenait la triste nouvelle. Elle a raccroché calmement, elle est venue s’asseoir à côté de nous, sur le canapé, et elle nous l’a dit. « Il est parti. »

Je ne l’avais pas vu depuis des mois, et je suis incapable de me souvenir de la dernière fois où il m’a serrée dans ses bras. Il nous disait toujours bonjour comme ça, en nous serrant fort contre lui. Il était malade. On n’avait pas le droit d’aller le voir parce qu’on était trop petites, alors je m’appliquais à dessiner des rosaces que je colorais de mille nuances, qu’il placardait, je l’espère, dans sa chambre d’hôpital.

Maman nous l’a dit et j’ai senti une grosse boule d’énergie sortir de mon ventre, pour revenir m’enserrer m’alourdir plus fort encore. « Vous avez le droit de pleurer les filles, c’est normal. » Je me suis levée, j’ai retrouvé mon lit, et j’ai pleuré toute seule.

Les jours suivants me parurent incompréhensibles. Pourquoi personne ne pleurait dehors ? Pourquoi devais-je retourner à l’école ? Pourquoi ma vie ne s’arrêtait-elle pas non plus ? Je me revois dire au maître de ma classe que « je serai absente samedi », parce qu’on enterrait mon grand-père. Je me revois lui tendre le mot de mes parents, je le revois me présenter ses sincères condoléances.

J’ai appris plus tard que mon grand-père souhaitait être incinéré, qu’il ne souhaitait ni messe, ni curé. Evidemment, les survivants n’en ont fait qu’à leur tête et le voilà dorénavant enterré et béni par la grâce d’un Dieu catholique en lequel il ne croyait pas.

Je me souviens de ma mère au téléphone, ma grand-mère maternelle à l’autre bout du fil. « Parle, lui dit mon père, ça te fera bien, vous avez des choses à partager. » Ma mère aimait tendrement son beau-père. Elle s’est isolée dans le couloir pour revenir, interloquée, la minute suivante et le téléphone dans les mains. « Je t’avais dit de lui parler !Je sais, mais elle m’a raccroché au nez quand je lui ai dit que je venais avec vous le voir une dernière fois … »

Ce samedi matin là, j’ai accompagné mon père chez le fleuriste. Il nous fallait choisir sept roses blanches que nous, les sept petits-enfants, irions déposer sur le cercueil durant la messe. « Celles-là, qu’est-ce que tu en penses, elles sont assez jolies ? » Mon pauvre papa qui perdait le sien, il avait tant besoin de soutien. Je faisais ce que je pouvais du haut de mes dix ans et demi. Je l’écoutais quand il se confiait un peu à moi, je le rassurais face à ses questions aux allures enfantines. Je l’aimais de mon petit coeur tout troublé.

Avant la messe, nous nous sommes tous réunis chez ma grand-mère, désormais seule. Elle pleurait tout son saoul et ses larmes n’ont jamais tari. Ma tante, infirmière, fit boire à tous les enfants un verre rempli d’eau et de gouttes homéopathiques. « Il faut que tu boives, ça t’empêchera de pleurer. » Qui a dit que les enfants ne devaient pas pleurer ? J’ai bu le verre, et mes larmes n’ont pas coulé. Aujourd’hui je lui en veux. J’aurais voulu laisser mes larmes polir mes joues. Peut-être que ça m’aurait évité des années de souffrance, peut-être que ça m’aurait permis de moins culpabiliser, peut-être que j’aurais vécu cet instant comme je le devais.

Devant le parvis de l’église, tout le monde était là. C’est qu’il était aimé mon grand-père. Il y avait un corbillard, des gerbes de fleurs, des tenues endeuillées, et moi. Nous sommes rentrés dans le monument, et nous nous sommes assis sur les premiers bancs qui nous étaient alloués. Il y avait ce cercueil, là, devant, et je ne pouvais pas imaginer que dedans, était enfermé mon papi.

Les chants, lectures et discours ont ponctué la messe magnifique. Mon cousin a lu un poème qu’il avait soigneusement choisi, et mon père qui sait manier les mots comme personne avait écrit un bouleversant discours. Il l’a récité, calmement, doucement, avec charisme et amour, puis il est revenu s’asseoir à côté de moi. « Je l’ai bien lu ? » qu’il me demande. « Oui, très bien. Je n’ai pas bafouillé ?Non, tu n’as fait aucune erreur. Quand j’étais là-haut, je ne me rendais compte de rien, je lisais et j’étais loin … »

Et puis nous nous sommes levés, nous, les sept petits-enfants. En une mignonne procession, nous sommes passés derrière l’autel, avons déposé la rose sur le cercueil et la bougie à ses pieds. Une femme s’est alors levée pour rectifier le tir. Elle a prit nos bougies une à une et les a replacées sur la boîte lisse. Ce geste anodin m’a beaucoup contrariée. Qu’est ce que ça changeait, que nos bougies soient par terre ?

La messe a pris fin et nous nous sommes rangés devant l’autel. Un à un, les voisins et amis venaient nous serrer la main, nous glisser un mot doux à l’oreille et écrire dans le livre d’or. Les crocs-morts sont venus soulever le cercueil, l’ont placé doucement dans la voiture noire et ont récupéré les fleurs. La foule suivait le véhicule lent, quand nos parents ont choisi de nous déposer chez ma grand-mère en passant. « Ca les choquera trop. »

Nous étions là, nous les enfants trop jeunes, à patienter dans la cour pendant que quelques mètres plus loin, notre grand-père glissait dans sa concession. Nous n’avons pas pu dire au revoir. Dans un soucis de bien faire, les adultes m’ont privée de cet instant cruel mais précieux.

Les minutes ont passé puis ils nous ont rejoint. On a mangé tous ensemble et le temps a reprit son cours, comme ça, comme si rien n’avait changé. On a placé la stèle soigneusement choisie quelques jours plus tôt, quelques mots gravés dans le marbre froid et on a fleuri le gravier terne. Les lettres d’or ne consolent pas mon coeur. Quinze années sont passées et je suis toujours incapable de pénétrer ces allées dans lesquelles il repose. Je m’étouffe à chaque fois, je redeviens toujours cette enfant triste. Cette enfant qui se demandait à quoi ressemblait désormais son grand-père, cette petite fille qui s’inquiétait que le cercueil ne soit pas assez étanche, qui pensait que son papi avait froid, tout seul là-bas.

Cette expérience forte et douloureuse a définitivement façonné mon rapport à la mort. Je deviendrais plus tard une adolescente meurtrie, incapable d’amorcer un travail de deuil, pleine de colère et de ressentiment à l’encontre de ces personnes qui avaient honte de mes larmes, qui me croyaient trop fragile pour dire adieu et qui m’ont privée des derniers instants que j’aurais pu vivre à ses cotés.

J’ai réussi à lui présenter mon amoureux, parce qu’il le fallait. Il fallait qu’ils se rencontrent d’une manière ou d’une autre. Face à une tombe, c’est mieux que rien. Je pense que mon papi me regarde tous les jours, je sais qu’il m’aime. Je crois qu’il est le gardien de mon bonheur, et à chaque fois que mes projets s’accomplissent, je lève les yeux au ciel, je souris et je remercie ma bonne étoile (*musique*). Il est ma bonne étoile, j’en suis sûre.

Enterrer un être cher n’est jamais une partie de plaisir. En tant qu’adulte, on fait le maximum pour que les enfants n’aient pas trop mal. Néanmoins, trop les préserver n’est, je crois, pas la solution. Ils ont besoin de voir pour comprendre, ils ont besoin qu’on leur montre puis qu’on leur explique. C’est comme ça qu’on apprend, n’est-ce pas ?

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28 thoughts on “Ce premier enterrement.

  1. Peanuts Répondre

    Il y a ceux qui partent, et il y a ceux qui restent. Ce sont ces derniers qui souffrent le plus… L’absence est si lourde déjà quand on a pu leur dire au revoir une dernière fois.
    Pourtant, ce n’est pas si facile crois-moi. J’avais plus de 30 ans quand j’ai perdu mon père, et pourtant, je tremblais accrochée au bras de mon petit frère, en m’approchant du cercueil.
    La mort nous ravit nos proches et nous laisse dans la sidération. Puis viennent le déni, la colère, l’acceptation et la résignation. Toutes ces étapes du deuil ne peuvent s’enclencher que si l’on a pu au moins assister à l’enterrement ou à une cérémonie. A dix ans, tes parents ont pensé qu’il valait mieux que tu n’y assistes pas, c’est sans doute parti d’un bon sentiment, mais ils n’avaient pas le droit de te dire de ne pas pleurer. Je comprends ta colère d’avoir été dépossédée d’exprimer ta tristesse profonde lors de ce départ.
    Dans un sens, ce qui me rassure dans tes mots, c’est qu’à mon sens, tu as fait ce travail de deuil, et transformé son inacceptable absence par une belle image : celle d’une personne qui veillera toujours sur toi. J’ai cette image aussi de mon père, de mon grand-père/ Et souvent, j’ai le sentiment qu’ils se tiennent là tout près et veillent sur nous.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Je suis sûre que mes parents ont fait ce choix pour me protéger, ne pas me choquer, me laisser évoluer dans l’enfance. Mais mon enfance s’est terminée le jour même. Je suis ensuite entrée dans l’adolescence d’un coup, abîmée par cette mort soudaine (alors qu’on le savait, mais je n’y étais pas préparée).

      C’est ma tante qui a choisi que les enfants ne devaient pas pleurer. J’ai passé l’éponge aujourd’hui, bien qu’un certain ressentiment soit toujours présent. Mais là aussi, j’imagine que ses motivations n’envisageaient rien de méchant … Mais c’est très bête. Je ne ferai ça à aucun enfant, ni à aucune personne.

      Ce n’est jamais facile, je m’en doute. Et même si maintenant, je suis « grande », j’ai peur pour les prochains deuils que je vais devoir vivre. Parce qu’on n’y échappe pas.

      J’ai finalement réussi à faire ce travail de deuil, mais il m’a fallu plus de 10 ans. C’est très long. Je ne sais pas si c’est normal. Aujourd’hui, je garde une image positive de ce grand-père qui m’aimaient absolument. J’ai moi aussi ce sentiment très fort …

      1. Peanuts Répondre

        Tu sais, j’ai beau avoir fait le deuil des personnes chères à mon coeur, ma plus grande crainte aujourd’hui est que ma mère ne disparaisse prématurément. Elle est mon seul repère depuis ma séparation. Elle disparue, je ne saurai plus vers qui me tourner pour apaiser mes sens comme elle sait si bien le faire. Et je ne me vois pas demander cela à ma fratrie, dont je suis l’aînée et celle la plus à même d’être là pour eux.

        1. Rozie & Colibri Répondre

          Je te comprends tellement … Si mon père venait à mourir aujourd’hui, il me faudrait beaucoup, beaucoup, beaucoup de force et de courage pour m’en remettre. Il sera ma plus grande perte (après mon mari, mais j’espère secrètement ne pas avoir à subir sa perte).
          J’espère que cet évènement arrivera le plus tard possible … <3

  2. cledsol Répondre

    Je suis tellement d’accord avec toi.
    Un de mes grands-père est décédé, j’avais à peu près le même âge que toi dans cet article.
    J’ai le même genre de souvenirs pour nous « protéger », et je l’ai très mal vécu également.
    Je travaille beaucoup sur moi maintenant, et j’ai eu l’occasion de me rendre compte, (dans un accident de voiture sans gravité, mais choquant malgré tout!) que la mort fait partie de la vie.
    Je ne sais pas ce qu’il y a après la mort, j’ai souvent entendu dire qu’on était mieux après et que du coup il ne fallait pas pleurer, et je ne suis pas du tout d’accord! Je pense que c’est important de pouvoir pleurer l’absence des gens qu’on aime. Je trouve ça normal d’être triste, de savoir qu’on ne reverra plus jamais la personne chère, c’est un deuil!
    Je ne crois pas que la mort soit « moche », et j’ai le sentiment que quand on est enfant on n’a pas les mêmes ressentis que peuvent avoir les adultes sur ces choses là.
    A mon avis, on apprend à avoir peur de la mort…

    Je vais le voir de temps en temps, et j’aime lui parler, je suis convaincue également qu’il veille sur nous 🙂

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Oui, la mort fait entièrement partie de la vie. D’ailleurs, c’est très « occidental » de souffrir et d’être autant traumatisé par une perte. Dans de nombreuses autres cultures, la mort est beaucoup mieux acceptée. On accepte son caractère inéluctable dès le plus jeune âge et on ne cache rien. On n’en fait pas non plus un drame. Bien sûr, il y a la souffrance mais … Ca se passe mieux, à mon sens.

      Tu as raison, ce n’est pas parce que « on est mieux après » qu’on doit ne pas être attristé, et ne pas pleurer une perte. C’est humain. Et pleurer, ça soulage beaucoup ! Un deuil, c’est un travail primordial.

      Je suis complètement d’accord, on apprend à avoir peur de la mort, et ce n’est pas nécessairement inné. Certaines personnes vivent ces évènements beaucoup mieux. Elles font la part des choses. Elles pensent en perspective. Et vouloir trop protéger les enfants n’est, à mon sens, pas une excellente idée … La preuve !

  3. Marie Répondre

    C’est tellement important d’impliquer les enfants dans le processus de deuil. L’année 2014, il y a eu 3 deuils dans notre famille: mon fils de 8 jours, mon grand père, et mon petit frère. Mes nièces l’ont su, étaient présentes aux enterrements, ont vu le corps de mon frère et de mon gand père car elles ont expimé le souhait. Peut être que ca choquerait certaines personnes, mais au moins elles se sentent libres de poser des questions, elles savent pourquoi les adultes pleurent ou sont parfois tristes. Si les enfants sentent que les choses sont taboues, ils ne poseront pas de questions et se retrouveront seuls face à elles. La mort n’a pas à être un tabou, elle fait partie de la vie…

    1. Rozie & Colibri Répondre

      C’est une excellente réaction que de les laisser choisir, et de les laisser poser toutes leurs questions. Tant pis si ça choque la communauté, l’essentiel est que ça les aide, elles. Que ça les fasse avancer, et qu’elles ne se sentent pas privées de quoi que ce soit.

      Tu as raison, la mort n’est pas taboue et n’a pas à l’être. Bravo pour cette réaction. Face à trois deuils, même quelques années après, tout le monde ne pourrait pas réagir, ou penser, comme toi.

  4. De l'encre sur nos silences Répondre

    Un témoignage très bouleversant.. Des fois, à trop vouloir protéger les gens on finit par leur faire plus de mal qu’autre chose.. Je pense néanmoins que le rapport à la mort est quelque chose de très individuel, et qu’il ne doit être facile pour des parents de faire le bon choix.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Je suis persuadée que mes parents ont beaucoup réfléchi à tout ça et qu’ils ont cru faire le bon choix. Je ne peux pas les blâmer, je ne sais pas comment j’aurais réagi à leur place. Car si j’avais bientôt 11 ans, ma soeur en avait 6. Ils ont peut-être fait ce choix plus pour elle et l’imposant pour moi, pour ne pas créer d’inégalité ou d’incompréhension entre nous .. Je ne sais pas.

      Le rapport à la mort est très individuel mais la collectivité joue un rôle important. Avoir des pleureuses aux enterrements donne cette idée qu’on doit forcément vivre la mort comme un traumatisme. Pour de nombreuses autres cultures, c’est très différent. On va même jusqu’à fêter le mort pour rendre hommage. C’est très beau et du coup, peut-être plus facile à vivre et à intégrer dans le quotidien.

  5. Sam Répondre

    Article très touchant, très poignant. Je suis totalement d’accord concernant le fait de ne pas trop surprotéger les enfants face aux épreuves de la vie , certains on tendance à minimiser leurs capacités à surmonter celles-ci, pourtant eux aussi on le droit de dire au revoir, de se confronter aux difficultés, pour mieux apprendre, et devenir fort.
    Force à toi!
    Sam

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci beaucoup.
      Oui, c’est tout à fait ça, les enfants sont beaucoup plus forts que ce qu’on peut penser. Et ils ont aussi besoin de ces rituels et évènements pour se construire, et comprendre.

  6. themetis Répondre

    Ton article me touche. Personnellement, je trouve les enterrements très angoissants et cette étape n’est, pour moi, pas nécessaire au processus de deuil. Mais ceci est très personnel…

    1. Rozie & Colibri Répondre

      C’est très personnel, effectivement.
      Je trouve les enterrements « occidentaux » très angoissants. Si je venais à mourir, je souhaiterais quelque chose de beaucoup « festif » pour me « rendre hommage ». Et si j’avais à en organiser un un jour, je casserais de nombreux codes …

  7. Escarpins et Marmelade Répondre

    Merci de partager avec vous de douloureux souvenir, Rozie. Tu le décris avec beaucoup d’amour et d’émotion.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci à toi pour tes compliments et ta lecture bienveillante. <3

  8. Ninou170285 Répondre

    Très émouvant …. moi-même mère de 4 enfants j’aurais envie de préserver mes enfants pour qu’ils ne souffrent pas si un deuil frappait notre famille. Cela dit je suis d’accord pour dire qu’il ne faut pas « trop » les préserver. Il faut leur laisser une chance de rendre ce deuil concret et réel car sinon ils n’accepteront pas et vivront avec des regret et des interrogations ce qui n’est pas une bonne chose c’est évident.
    Après c’est vrai que cela peut être choquant pour certains enfants un peu sensible mais le tout est de les accompagner et de rester à l’écoute.

    Merci pour ce beau témoignage …

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Oui, je pense que c’est tout à fait normal de vouloir préserver ses enfants d’un tel drame, d’un tel traumatisme, quand on est parent. Il faut cependant prendre conscience que ce n’est pas forcément une bonne idée, et qu’ils doivent pouvoir « assez » participer et voir pour comprendre et exprimer leurs sentiments.
      C’est toujours choquant, je pense. Effectivement, certaines personnes plus sensibles peuvent un peu trop mal le vivre … C’est aussi en fonction de l’enfant qu’on a en face de soi. Le mieux, je pense, c’est de lui demander. Ce qu’il veut faire, ce qu’il a besoin de voir. Et comme tu le dis, d’être à l’écoute en les accompagnant dans cette démarche.

  9. Justine Répondre

    Quelle coïncidence, je tombe sur cet article alors que demain je vais à mon 1er enterrement, celui de mon grand-père aussi. En lisant ton article je prends conscience que ça va être « quelque chose ». On ne réalise pas, je pense, avant d’y être enfin… Mais j’imagine que ce genre de choses font aussi partie de la vie, pour nous faire grandir. J’ai refusé de montrer que je suis triste jusqu’à hier et au final comme tu le dis il vaut mieux pleurer, c’est important.
    Je te souhaite une belle continuation
    Justine

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Toutes mes condoléances.
      Ce n’est jamais quelque chose de simple et effectivement, c’est « quelque chose ».
      Je n’ai pas beaucoup de conseils à te donner, si ce n’est de te laisser le vivre « pleinement », de ne pas craindre le regard des autres. Le plus important, c’est toi.
      Alors si tu ressens le besoin de pleurer, c’est normal. Les prochaines heures de ta vie sont très importantes pour ton processus de deuil, je pense.
      Tout cela est très personnel, alors je te souhaite simplement de le vivre « du mieux possible » …

  10. Lise Répondre

    Ton article m’a fait pleurer. Je me suis rappelée ce fameux jours de septembre où j’avais rejoins mes parents bien silencieux dans la cuisine. J’avais regardé mon père qui ne mangeait pas, les yeux rougies sur le coup je me suis demandée ce qu’il se passait je regardais ma mère dans l’espoir d’avoir une réponse mais rien elle avait le regard perdu dans le vide. Je me souviens du moment plus tard où assise sur le canapé j’avais commencé à regardé la télé et mon père qui s’était approché. « Tu sais papi grand… il est partit » Je me souviens des larmes qui étaient monté à mes yeux et des mes jambes courir jusqu’à ma chambre pour me jeter en pleures dans mon lit. Je me souviens des jours qui ont suivi avec ce goût amer dans la bouche la maîtresse à l’école qui te demande si ça va et toi qui lui donne le mot comme quoi tu ne viendras pas samedi à l’école. Cette fois-ci pas pour un mariage comme la dernière fois mais pour un enterrement. Un enterrement ce mot m’a toujours choqué. Je ne sais pas pourquoi. Je me souviens de ma tenue que j’avais passé du temps à choisir comme si cela avait son importance un t-shirt noir à poids blanc avec une jupe je me revois petite fille à attendre devant l’église dire bonjour à tout ces personnes que je ne reconnaissait pas, à retenir mes larmes. Je voulais être forte que je disait et puis cette phrase que mon arrière grand mère m’a dite quand le cercueil commençait à descendre dans la terre.  » Tu sais il ne faut pas pleurer, il faut être forte comme lui à été fort. » Je me souviens de mon interrogation face à ses larmes inexistantes sur son visage au début. Qu’est-ce qu’elle est forte je me souviens avoir pensé. C’était mon deuxième enterrement où j’avais tout fait comme les grands la cérémonie puis la mise en terre. Merci pour cet article et bon courage

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci à toi de partager ton vécu ici, avec moi. Ce sont des souvenirs similaires que nous avons.
      Ce n’est jamais facile, et ça marque à tout jamais.
      « Qu’est-ce qu’elle est forte. » C’était peut-être la vérité. Mais ce qui est une force pour un adulte peut bloquer un enfant.
      Une chose est sûre, si je dois revivre ce genre d’évènement un jour, je ne m’empêcherai pas de pleurer et ne laisserai personne le faire .. !

  11. Futile Camomille Répondre

    Bonsoir, ton article m’a interpelé grâce à cette belle émotion qui s’en dégage. Ça m’attriste de savoir que les volontés de certaines personnes ne sont pas prises au sérieux… Dommage que tu es été privé de voir ton grand-père, même si ça partait d’une bonne intention… La mort fait peur a beaucoup de personnes! Moi, j’ai perdu mon arrière-grand-mère à 8 ans, elle était malade, je me souviens une fois, être allée la soigner avec ma mamie (elle devait lui changer la poche de ses besoins…) Quel courage, ma mamie! J’ai voulu savoir, comment, où, pourquoi, alors ma mamie m’a montré et expliqué mais je ne suis pas resté longtemps… Je regardais de loin, et je ne sais pas si je pourrais avoir son courage, il faut le faire! En y repensant, j’étais super jeune, mais bien endurcie par le divorce difficile de mes parents… puis c’était mon choix, cela ne m’a pas choqué, au contraire j’étais fière de savoir, et c’est bête, mais dans ma tête, c’était aussi une preuve d’amour envers mon a-g-m, je l’aimais et je l’aime toujours autant. Lorsqu’elle est partie, je suis allée la voire, dans son lit, chez elle, elle était belle, comme d’habitude, elle n’avait pas perdu son élégance. Je l’ai touché, elle était toute dure et froide, ça m’a refroidie aussi… Mais, c’est ma mamie… Avec hésitation, j’ai décidé de lui faire un bisous assez furtif… car c’est très étrange! Elle aimait tellement les bisous et les câlins 🙂 A l’église, je lui ai lu un petit texte en son souvenir, je l’ai suivi jusqu’au bout. Contrairement à mon a-g-p qui est partit à mes 11 ans, il est était également malade, j’allais souvent le voir, je l’ai vu une semaine avant qu’il parte et son physique était terriblement dégradé, ça me faisait mal de le voir comme ça, mais j’aimais passer du temps avec lui, lui parler, lui raconter ma semaine, sans qu’il puisse forcément me répondre, je lui disais que je l’aimais très fort. A l’amour! Donc comme je disais, contrairement à mon a-g-m, je ne suis pas allée le voir quand il est parti, ma mamie m’ayant dit qu’en une semaine son physique s’était vraiment encore plus dégradé, je ne me sentais pas capable de le voir dans cet état, je voulais garder ce souvenir de mon a-g-p beau avec son petit béret, gentil, élégant, souriant, qui sentait tellement bon avec son eau de cologne! Je l’ai accompagné au cimetière, en me disant que des amours étaient réunis. Je pense que j’ai la chance d’avoir une famille qui n’a pas peur de la mort, on la redoute, mais on sait qu’elle arrive un jour ou l’autre! Je suis d’accord avec toi, il faut laisser le choix aux enfants car ce sont des instants précieux pour le deuil, et les larmes ne doivent pas être retenues, ça a du être dur pour toi de sentir cette boule de chagrin qui te serre la poitrine sans pouvoir la faire sortir… En tout cas, merci pour ton article qui finalement me replonge dans mon vécu, et c’est avec des larmes de bonheur avec pleins de souvenirs d’eux en tête, que je te souhaite une bonne soirée.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci de partager tout ça avec moi. Avec le recul, c’est assez beau que tu gardes de bons souvenirs de tes arrière-grands-parents malgré ces derniers instants tristes et douloureux.

      Ce que tu dis fait beaucoup échos en moi. Mon arrière grand-mère est morte quand j’avais huit ans, mais j’avais très très peu de liens avec elle, alors sa disparition est quasi passée pour inaperçue. Pour moi, c’était juste la vieille dame qui habitait chez mes grands-parents et qui restait assise dans le coin, entre la table et la fenêtre.

      Par contre, elle avait une soeur qui est décédée à l’âge de 108 ans. Dans les dernières années de sa vie, elle a vécu dans une maison de retraite et je me souviens très bien de la dernière fois où je l’ai vue. Je devais pourtant avoir 13 ans, mais j’en suis restée presque choquée. Elle allait mourir dans les semaines suivantes. Elle était … rachitique. On ne distinguait quasiment plus son corps sous les draps et ses globes oculaires semblaient comme perdus au milieu d’orifices trop grands pour eux. C’était extrèmement déroutant.

      La pauvre souhaitait la mort plus que tout au monde, et elle a passait l’après-midi à supplier Dieu de venir la chercher, de l’amener près de sa soeur et de son mari .. Ca m’avait crevé le coeur. Je crois que tu as bien fait que refuser d’aller voir une dernière fois ton AGP. Tu devais pressentir que c’était mieux pour toi.

      Tout ça pour dire que les enfants sont en capacité de choisir ce qu’ils peuvent, ou non, supporter et vivre. Tu as supporté de voir ta grand-mère s’occuper de ton AGM et de savoir comment et tu as senti que tu devais ne plus voir ton AGP se dégrader. Et on t’a laissé faire.

      Je n’en veux pas à mes parents du tout, ils ont cru faire le mieux pour moi. Mais ils ont fait l’inverse. Ils m’ont privée de mon grand-père mais ils m’ont « forcée » à voir cette vieille femme qui m’a secouée.

      Merci pour cette discussion et ce partage enrichissant.

  12. Peanuts Répondre

    Il n’y a pas d’âge pour être bouleversé par la perte d’un être cher. Je viens de perdre ce midi mon dernier grand-père, et je pensais être moins bouleversée que pour les précédents à partir pour l’au-delà, et bien il n’en est rien… On se sent seul au monde et rempli de détresse, d’autant plus qu’étant loin, je ne peux pas serrer ma mère dans mes bras pour lui apporter du réconfort.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Toutes mes condoléances …
      Je pense à toi dans cette épreuve toujours difficile. Effectivement, il n’y a pas d’âge, on souffre toujours de ces pertes.
      Tu n’es pas seule. Et n’hésites pas, si tu as besoin de parler.
      Je te souhaite beaucoup de courage pour appréhender ce deuil de la « meilleure » des façons.

      1. Peanuts Répondre

        Merci beaucoup de ton message.

        1. Rozie & Colibri Répondre

          Je t’en prie. Courage.

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