On aurait pu être amies.

Il y a une histoire que je ne vous ai pas racontée. Sans doute parce qu’elle est secondaire, et que je l’avais moi-même un peu oubliée.

Ce soir, elle revient, ranimée par les mots de quelqu’un sur Facebook. D’une chose à l’autre, j’ai repensé à Elle, je suis allée une nouvelle fois m’intéresser à ce qu’elle fait (elle est artiste), et j’ai eu mal au coeur.

Je me suis souvenue de nos derniers échanges, sur ce même réseau social. Elle me reprochait des choses. J’avais mal. Je savais qu’elle souffrait alors je ne lui en voulais pas, mais je brûlais de lui dire qu’elle se trompait de cible. Lui dire que même si je ne la connaissais pas tant que ça, je l’aimais beaucoup et je me sentais proche d’elle. Lui dire que sa perte dans ma vie, alors que notre relation n’en était même pas au stade embryonnaire, me retournait l’estomac.

Elle était l’amie de D. Ils travaillaient ensemble. Et parce que le destin aime bien faire des noeuds, nous nous sommes vite rendus compte que moi, je travaillais avec son petit-ami. Un garçon que j’appréciais beaucoup. J’ai plus tard pris la décision de couper les ponts avec lui parce que je ne savais pas comment me dépêtrer de cette histoire.

Il avait beau être génial, il me rappelait trop d’instants douloureux. Notre rencontre marquée à jamais par l’entremise de D. J’avais besoin de laisser tout ça derrière moi, ce qui voulait malheureusement dire, laisser aussi des personnes fabuleuses derrière moi. Pas évident.

Alors que ma relation avec D. se dégradait, Elle vivait un évènement terrible dans la sienne. A ce moment-là, D. a été présent pour elle. C’était un ami précieux, j’imagine. Elle se confiait à lui, j’imagine aussi. En tout cas, lui se confiait à elle.

Alors qu’elle était à l’hôpital, j’avais décidé de lui offrir une peluche pour la réconforter un peu. Un petit geste. En sortant du travail, j’étais allée la choisir. Elle m’avait fait craquer et j’avais pensé qu’elle lui plairait énormément. J’avais raison. D. est allé lui offrir. Et  j’ai compris plus tard qu’il s’en était attribué tout le mérite.

D. m’a dit un jour qu’elle trouvait que je le traitais mal, et que je n’étais pas claire avec lui. Alors quoi, je le quittais, je restais, je l’aimais, je le détestais ? … J’avais un comportement ambigu, il est vrai. Je marchais dans des eaux troubles. Je ne savais pas moi-même ce que je voulais vraiment, tant mon intuition se battait avec le reste de mon mental sous emprise.

En parallèle, je nouais des liens de plus en plus solides avec son petit-ami. Nous ne parlions que très peu, mais c’était une personne qui m’attirait. Je veux dire, dans son être. Je ne parle pas là d’une attirance sexuelle. D. m’avait signifié aussi qu’elle avait pensé que je le draguais. Avec le recul, je me demande s’il ne se servait pas d’elle pour appuyer là où ça fait mal.

Leur couple a fini par se dégrader et se séparer. Il se passait la même chose au même moment de notre côté. J’ai vu venir l’instant où elle deviendrait la nouvelle petite amie de D. A l’heure actuelle, je ne sais toujours pas si ça a été le cas, ou pas. J’imagine qu’elle a pensé la même chose pour moi. Mais de mon côté, ce n’est pas lui que j’ai choisi. Ca aurait pu.

Une dispute a fini par éclater entre elle et moi. Honnêtement, je ne me souviens plus du tout de la tournure de la situation, ce qui est assez inédit. C’est une zone d’ombre dans mes souvenirs, c’est très flou … Quelque chose d’occulté. Mais que me reprochait-elle, bon sang ? Pourquoi ma tête refuse-t-elle de me rappeler ça ? J’ai une excellente mémoire, je sais donc que ça n’a rien d’anodin.

Je me souviens vaguement lui avoir présenté mes excuses et lui avoir dit que je ne voulais pas qu’elle prenne mal mes gestes (envers elle ou envers D.). Je lui ai dit que je l’appréciais, des choses de ce genre … Quelque chose me dit que c’est elle qui est venue me parler la première (ça me semblerait incroyable que j’ai été à l’initiative de cette conversation houleuse tant je fuis le conflit d’ordinaire) mais je n’en suis pas tout à fait sûre.

Je me souviens qu’elle m’a dit qu’elle coupait les ponts avec moi. Elle ne voulait plus jamais m’adresser la parole. Ca m’avait fait un mal de chien. Je pouvais lui donner ma version des faits (sur D.) mais j’ai sciemment choisi de ne pas le faire. Je ressentais comme il était important pour elle à cette période cruciale et je me refusais à le lui enlever. Je savais que de toute façon, elle ne me croirait jamais, à ce moment-là, précisément. Ai-je bien fait ? Je n’en ai pas la moindre idée.

Après ça, j’ai connu quelques rendez-vous avec lui, son ex petit-ami. Il m’a proposé plusieurs sorties, que j’ai acceptées à chaque fois avec joie. J’étais « célibataire ». Amoureuse de mon mari. Pour moi, il s’agissaient là de témoignages d’amitié. De nombreuses personnes m’ont plus tard fait remarquer que lui devait en espérer bien plus. Là non plus, je ne sais pas si c’est vrai. Moi, je n’ai rien vu.

Elle, je l’ai recroisée un jour dans la rue, en bas de chez moi. Elle ne m’a pas vue. D. habitait à quelques mètres et j’ai immédiatement pensé qu’elle allait le voir. Je me suis dit : « Ils sont ensemble ? » 

Toujours est-il que tout ce potentiel gâché entre nous, les amies que nous aurions pu être, me reste en travers de la gorge. C’est une fille géniale. J’adore absolument tout ce qu’elle fait. Je suis son travail de loin en loin. Parfois, comme ce soir, j’ai envie de lui commander une oeuvre tant son art colle à celui qui pourrait sortir de moi, à ma vision des choses.

J’ai pensé lui commander sous un faux-nom. Cette idée s’est évanouie en une seconde. Je ne peux pas lui faire ça. Qu’est-ce que ça dirait de moi ? J’aurais l’impression de lui voler son travail, et tout ce qu’il y a derrière. Car ce que j’aime dans son art, c’est qu’il est empli d’elle.

Alors je n’aurais jamais chez moi un bout d’elle. Jamais. Je m’autorise un « like » sur ses pages sous pseudo, et c’est tout.

Ce qui me trouble, c’est que pour elle, j’ai été la méchante de l’histoire. Ce n’est pas la première fois que je suis la méchante de quelqu’un. C’est la première fois que je le suis alors que je ne le mérite pas (je mérite toutes les autres, que je porte assez lourdement).

Cette histoire, c’est un grand tolet. Nous aurions dû ne jamais nous connaître, ou alors nous aimer. Au lieu de quoi, nous nous sommes connues et mutuellement blessées. Quelque chose me dit que D. entre nous deux, s’est donné un malin plaisir à saboter nos lieux communs. Après tout, ça fait partie des « techniques ». Mais puis-je vraiment me dédouaner en rejetant la faute sur lui, cette fois ? Trop facile.

Voilà ce qui ressurgit au détour d’une phrase sur le net. Une rencontre. Des accrochages. La vie qui décide parfois d’abîmer les gens, qui les ligue les uns contre les autres alors qu’ils devraient se donner la main. C’est étrange, n’est-ce pas, cette sensation de raté ? C’est étrange …


12 thoughts on “On aurait pu être amies.

  1. Melgane Répondre

    Moi je crois que tu devrais lui commander quelque chose. Si ça se trouve elle aussi elle réfléchit à ce qu’il s’est passé entre vous, et que tu lui commandes quelque chose ça pourrait être une bonne occasion de vous reparler. Je pense (mais après il n’y a que toi qui puisses vraiment savoir) que tu as pris assez de recul sur D. pour pouvoir avoir dans tes amis quelqu’un qui l’a connu (le connaît ?).

    1. Rozie Répondre

      Hmmm … Je crois que non. J’ai coupé les ponts avec toutes les personnes que nous avions en commun, et il serait très compliqué pour moi de nouer une relation solide avec une personne qui le côtoie. J’ai tellement peur de l’emprise dorénavant que je mets toutes les barrières possibles. Je ne veux pas qu’il réapparaisse dans ma vie, même si c’est juste au cours d’une conversation, quand quelqu’un me dit « Ha, il fait ça et il est devenu ça ». STOP !! (Oui, c’est assez contradictoire parce qu’il m’arrivait de l’espionner sur le net … Mais c’est complexe à expliquer cette non-relation.) En bref, j’aurais trop peur qu’il se réapproprie quelque chose de moi. Rien que de l’imaginer, je me sens sale.

      Quelqu’un qui l’a connu et qui ne le côtoie plus, peut-être que j’en suis capable.

      A-t-elle réfléchi à moi ? … C’est une bonne question mais j’ai tendance à penser que non, pas du tout. Alors … Je ne veux pas la ramener à des instants douloureux (on s’est connues à une période très particulière de nos vies, et très douloureuse pour chacune d’entre nous). J’ai l’impression que même si on le voulait toutes les deux, notre relation resterait à jamais engluée dans tout ça.

      1. Melgane Répondre

        Tu veux dire comme si vous ne pourriez jamais dépasser ça, aller plus loin, et que tout vous ramènerait toujours à ça ?

        1. Rozie Répondre

          Hmmm … Oui et non.

          Ce que je veux surtout dire, c’est qu’elle pourrait être une nouvelle porte d’entrée pour lui dans ma vie, directement ou pas. On pourrait dépasser ça, mais pas l’effacer. Si elle est encore en contact avec lui, ça lui donnera l’occasion d’en réapprendre sur moi. S’ils ne sont plus en contact, il restera toujours « ça » avec quoi que je peux plus constituer mon présent !

  2. Marie Kléber Répondre

    Je suis d’avis qu’en la matière la vie est bien faite, même si c’est difficile de se dire « on aurait pu » parce que cela contient tout un champ de possibles qui ne sont pas concrétisés.
    C’est peut-être mieux pour toi Rozie. Entre vous deux il y avait D et il était nuisible.
    On dit que les personnes qui sont faites pour être dans nos vies reviennent toujours un jour ou l’autre. Alors peut-être. Ou pas.
    Je t’embrasse.

    1. Rozie Répondre

      Cette histoire donne à voir comment deux personnes peuvent se rater. Comment deux personnes (quatre, en réalité) vivent un drame absolu (car des deux côtés, c’était l’horreur, mais pour des raisons différentes) qui les repoussent l’une loin de l’autre alors que dans la vie « normale », elles se seraient appréciées. C’est complètement normal et en même temps, ça me laisse perplexe !

      Mais oui, tu as raison, il y avait D. et je crois que jamais je n’aurais pu continuer une relation, ne serait-ce qu’amicale, avec une personne l’ayant vraiment connu et apprécié. Non pas qu’il faille le détester, mais pour moi, c’est trop difficile de ressentir sa présence de cette façon-là autour de moi. J’ai donc coupé les ponts avec toutes les personnes que nous avions en commun (sauf ma famille, évidemment).

      Je crois que le « ou pas » est le plus vraisemblable !

  3. Escarpins et Marmelade Répondre

    Je pense qu’il ne faut pas que tu te tortures avec cette histoire. La vie choisit pour nous des fois, et c’est mieux ainsi. D. semble avoir une emprise maléfique sur beaucoup de monde, si cette fille l’admire, cela jette une toute autre lumière sur sa personnalité, ne trouves-tu pas? On ne peut malheureusement pas garder tout le monde dans sa vie, et certaines relations restent au stade embryonnaire. Parfois, ce n’est pas plus mal 🙂

    1. Rozie Répondre

      Je ne me torture pas (c’est drôle, souvent dans mes articles, les gens qui commentent disent que je me torture, mais en fait, pas du tout ! Je pose juste des mots sur la sensation qui m’a prise à l’arrivée de ce souvenir. J’aime bien faire ça.), ne t’inquiète pas !

      Oh non, je ne pense pas que ça en dise beaucoup sur elle, ou alors pas dans un mauvais sens. Tu sais, moi aussi j’ai été en admiration devant lui … Sans ça, je n’aurais pas vécu ce que j’ai vécu !
      D. avait tout de même des qualités et des choses touchantes. Il pouvait, je pense, être un « bon » ami … En tout cas, je sais qu’avec certaines filles, il a noué des liens d’amitié très forts. Donc … J’espère juste qu’il n’a pas « profité » d’elle à ce moment très particulier de sa vie.

      Et je « philosophe » sur ce qu’on aurait pu être sans tout ce contexte !

  4. Ornella Répondre

    Honnêtement, je comprends tous tes regrets, mais si vous n’avez pas été amies, c’est que vous n’étiez pas supposées l’être, il n’y a pas de potentiel gâché. Les choses se sont déroulées ainsi pour de bonnes raisons, il faut les comprendre et alors, tout ira. Et si vraiment tu regrettes trop, si vraiment ton désir de créer ou de renouer quelque chose avec elle est trop présent, alors tu provoqueras le destin et tu iras à sa rencontre tout simplement !

    Au fait, je t’ai nominée aux Liebster Awards. Je sais que Emeline t’a nominée en même temps que moi. Mais forcément, tu fais partie de mes 11. #logique

    Des bisous !

    1. Rozie Répondre

      Ce ne sont pas des regrets. C’est plus de la nostalgie et avec le recul, la conscience d’avoir loupé quelqu’un de super, tu vois !
      J’accepte la tournure des choses. Ca s’est passé comme ça et voilà. Je trouvais juste intéressant de mettre des mots sur les sentiments que ça a provoqué.

      Je pense que nous ne nous rencontrerons plus. En tout cas, je ne forcerais pas cette rencontre, je la laisse là où elle est.

      Oh chouette ! Je n’ai pas vu d’article que tu as fait à ce propos, c’est étrange … J’y réponds dès que possible ! <3

  5. zenopia Répondre

    étrange ? si… et parfois, le timing peut paraître bizarre aussi… pourquoi, justement, à tel moment plutôt qu’un autre… enfin c’est une pensée qui m’a traversé l’esprit en te lisant…

    1. Rozie Répondre

      Tout à fait, le timing est bizarre parfois … C’est ça, l’histoire de la vie. Ca laisse perplexe !

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