Notre emménagement spontané.

Horloge

Après trois mois de passion estivale, la réalité nous rattrapait. Devais-je chercher un appartement plus petit et moins onéreux ou un colocataire sympa ? J’avais bien profité de ma solitude ces derniers mois, c’était agréable d’être enfin seule. Cependant, je ne me voyais pas vivre en tête à tête avec moi-même indéfiniment (*musique*).

Mon amoureux, quant à lui, devait rendre sa sous-location et trouver un nouveau logement. Si j’espérais secrètement qu’il me propose de vivre à ses côtés, sa demande impromptue n’a pas manqué de m’étonner. Lui qui se décrivait comme un homme fuyard face à ses conquêtes, paralysé par la moindre responsabilité amoureuse, me prouvait qu’avec moi tout était différent et unique.

Nous discutions sur notre messagerie instantanée favorite quand sa proposition est tombée comme un cheveu sur la soupe, à demi-mot. « Tu me proposes sérieusement de vivre avec toi ?Ben oui … Enfin, il faut qu’on y réfléchisse, mais ça peut être une bonne solution … »

En effet, cette solution me semblait parfaite ! Je n’avais pas la moindre appréhension face à cet évènement. Au contraire, je l’attendais ! Nous allions pouvoir tout partager, c’était génial ! Mon appartement était prêt à l’accueillir. Je l’avais complètement redécoré, toute trace de D. avait disparu. J’y avais mes habitudes, il me ressemblait dorénavant, et pouvait nous représenter. Il n’y avait qu’un inconvénient qui gâchait notre enthousiasme : D. y avait vécu et j’y avais souffert, il était porteur d’un passé encore très frais.

Etait-ce une si brillante idée que de rester dans les lieux de ma précédente et désastreuse histoire ? Je ne culpabilisais pas cependant. Oui, D. aurait voulu le garder. Oui, il souhaitait que je déménage moi aussi. Oui, ses parents étaient les garants de l’appartement. Oui, je leur avais dit que je les délesterais de ce rôle et que je m’en irais. Oui, c’était le bordel avec l’agence immobilière. Mais je n’avais pas le désir immédiat de partir. J’étais mal à l’aise face à sa mère que j’avais de temps en temps au téléphone mais certainement pas face à ce que lui pouvait ressentir.

C’est ainsi que mon amoureux est arrivé un soir, bardé de deux valises pleines de fringues. C’est tout ce qu’il avait. Je lui avais fait de la place dans les placards, et l’ai enjoint à se comporter ici aussi naturellement que possible. Nous n’avons réalisé que le lendemain matin ce que nous avions fait. Je me préparais pour aller travailler, le laissant seul dans le lit qui était désormais sien, et me demandais ce qu’il allait faire, une fois seul. Allait-il fouiller ? Etait-il gêné ? Est-ce que nous allions fonctionner ? Je suis allée l’embrasser et en refermant la porte, une sensation étrange m’envahît, mélange d’appréhension et d’incertitude. Il était là.

Pour fêter son arrivée je lui ai offert une montre, de celles qui laissent leurs rouages dorés fonctionner à la lumière du jour, de celles qu’il faut remonter manuellement. Cadeau de bienvenue apprécié à sa juste valeur. Il la porte à chaque grande occasion et lorsqu’on le complimente, je l’entends annoncer fièrement : « C’est ma femme qui l’a choisie. » Pour ne pas faire les choses à moitié, nous avons également décidé d’acheter une voiture en commun. Nous y avons mis toutes nos économies respectives, après trois mois de romance. Gentleman, il a laissé l’acte de propriété à mon nom. Pour nous, tout était évident. Nous n’allions pas vite en besogne, les autres étaient trop lents à comprendre.

Nous avons construit notre nid tels les oisillons batifolants que nous étions. Notre quotidien s’est d’un coup illuminé, vivre ensemble était la meilleure décision que nous avions prise de notre existence. Nous n’avions pas besoin d’établir des règles, tout était logique. Instantanément, mon argent était le sien, et vice et versa. Instantanément, ce qui m’appartenait lui appartenait. Nous ne formions qu’un, nous étions un couple, une entité à deux.

Mon amoureux était plein de surprises et savait rendre la monotonie hivernale joyeuse. Il avait entrepris de cacher des petits mots d’amour numérotés partout dans l’appartement, sans me le dire. Il attendait simplement que j’en découvre un pour que j’entreprenne la recherche des autres. C’est de cette façon qu’une soirée d’attente s’est métamorphosée en chasse au trésor. Je rêvassais seule, les yeux rivés sur l’horloge, lorsque j’ai remarqué que quelque chose en dépassait. Un bout de papier. « Je t’aime n°3 : Pour ce temps passé avec toi. » J’ai souri. J’étais heureuse. Il y en avait d’autres qui m’attendaient, partout autour de moi. C’était une idée géniale, romantique, magnifique. J’ai adoré.

C’est ainsi que les mois passaient, entre petites attentions merveilleuses et repas savamment préparés. Il savait me rendre accro, mon héros du quotidien. Exit les disputes horribles, le manque d’affection et le syndrome de l’infirmière. J’entrais dans une relation saine, non culpabilisante, c’était nouveau pour moi et d’autant plus libérateur. Je ne le remercierais jamais assez de m’avoir si bien traitée et de continuer à m’aimer de cette façon chaque jour que Dieu fait.

Nous avons passé toute une année à roucouler dans cet appartement, puis est venu le temps de quitter les lieux. Les cinquante-cinq mètres carrés devenaient trop étroits pour nos meubles et notre bonheur. Nous avions besoin d’un nouveau souffle, d’un terrain vierge, et l’agence faisait n’importe quoi avec notre dossier. Nous sommes donc partis vivre quelques rues plus loin dans un bel espace. Chaque jour je rentrais, regardais mon fiancé et lui disais : « C’est trop beau chez nous ! » C’est devenu notre phrase rituelle.

J’étais également soulagée de fermer définitivement la porte de son prédécesseur, d’enfin couper les ponts avec la famille de D. Mon amoureux pouvait enfin prendre sa place sans penser chaque jour à la personne qui vivait là avant lui, et notre bonheur a encore monté d’un cran. Nous avons vécu des journées belles et douces en ce nouvel endroit, nous y avons de beaux souvenirs et comme je l’ai dit à la propriétaire avant de partir, nous l’avons empli d’ondes positives, il suinte d’amour !

Nous attaquons notre quatrième année de vie commune. Le coeur à ses raisons que la raison ignore. Nous vivons à l’instinct, il est bon conseiller. En réalité il n’est jamais trop tôt pour vivre, se loger, se marier, enfanter. Il faut savoir vivre dangereusement, n’est-ce pas ?

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2 thoughts on “Notre emménagement spontané.

  1. Sofhy Répondre

    Il est magnifique ton article ! Plein d’amour comme j’aime… Je reconnais un peu mon homme dans les attentions du tien, je crois qu’on a de la chance d’être tombées sur eux 🙂 longue vie à vous !

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci beaucoup !
      Oui, j’essaie de véhiculer un peu de cet amour incroyable ! Ca contraste un peu avec le reste du blog 😉
      On a beaucoup de chance en effet !
      Longue vie à vous aussi !!!

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