Mes mensonges d’adolescente : pression sociale, que fais-tu de moi ?

Masque vénitien

Dans la cour de récréation, toutes les filles en avaient. Ils scintillaient au soleil, elles en paraient leurs cahiers, leurs trousses, leurs cartables. J’enviais ces animaux miniatures autocollants aux couleurs chatoyantes. Mais plutôt que de les quémander à mes parents, je les ai volés au supermarché. En rentrant, je les ai glissés dans mon cartable pour les en ressortir aussitôt devant maman. « Tiens, tu as eu ça où ?Laurine me les a donné ! » C’est passé comme une lettre à la poste. J’avais neuf ans, et je mentais pour la première fois.

J’ai très peu menti au cours de ma vie. D’ailleurs, je suis une mauvaise menteuse. Mon mari le remarque instantanément : il dit que ma voix change et que ma gestuelle me trahit. C’est assez embêtant, les surprises sont difficiles à tenir ! Jusqu’à mes quinze ans, mes mensonges couvraient les petites choses dont je n’étais pas bien fière, ils embellissaient ma réalité et me rendaient plus grande aux yeux de mon interlocuteur.

Mon entrée au lycée a chamboulé mon existence. Un nouvel établissement dans une nouvelle ville, de nouvelles rencontres. J’avais le loisir de pouvoir tout recommencer, de me donner une image toute neuve en accord avec les standards de la jeunesse. J’étais libre. Je pouvais sortir entre midi et deux heures, découvrir le monde seule comme une grande. Je pouvais devenir ce que je voulais.

J’ai d’abord choisi d’être une fille cool. Mais qu’est-ce qu’une fille cool, quand on a quinze ans ? Une nana bien dans ses baskets, jolie et joviale, sociable. Les premiers jours, j’ai changé de look. Une nouvelle coupe pour une nouvelle vie ! Mon père ne m’a pas reconnue au sortir du salon de coiffure. « J’ai cru que tu étais une jeune femme. » Dans la voiture, il jetait régulièrement un coup d’oeil dans le rétroviseur, pour apprivoiser l’image de sa fille grandie. Pour mon premier jour de lycée, je voulais être parfaite, alors je me suis maquillée pour la première fois et, moulée dans mes nouvelles fringues, je suis devenue Rozie la lycéenne.

Toutes les personnes avec lesquelles je discutais dorénavant se vantaient de n’être plus vierges. Elles faisaient l’amour comme des adultes, connaissaient des relations longues, testaient de nombreuses pratiques, fumaient, buvaient, sortaient … Si j’étais insensible au charme des discothèques, aux effluves des alcools et à la brume des cigarettes, mon manque d’expérience en amour commençait à me peser. Même ma bande d’amis avait un pied dedans, pourquoi pas moi ? Je ne désirais personne, ma sexualité était inexistante et je ne souhaitais pas tellement que ça change. Non, ce que je voulais, c’était que les autres me croient active. Alors, au rythme des conversations, j’ai commencé à insinuer que je l’avais fait. Je disais qu’en ce moment j’étais seule et que ça me manquait de ne plus pratiquer. Je mentais.

Cette pression sociale pesait sur ma vie. Pour garder la tête haute, nous devions tous prouver que nous connaissions les choses de l’amour. C’est donc naturellement que je me suis créé un petit-ami imaginaire. Les premières semaines, il n’était qu’un fantasme calqué sur un film que je venais de découvrir : « Un long dimanche de fiançailles. » Il me plaisait ce Manech, son corps gracile et longiligne, son amour insouciant, innocent, leur rituel romantique … J’y pensais toutes les nuits dans mes heures de sombre solitude. Puis mon fantasme devint mensonge. J’ai annoncé à mes amis que j’étais en couple depuis quelques temps et c’était mon grand secret (*musique*). Il habitait non loin de chez moi, il avait dix-sept ans, il s’appelait Manech. Je suis restée très énigmatique sur le reste.

Je ne saurais dire s’ils m’ont crue ou si, par amitié, ils ont tacitement couvert mes balivernes en évitant de me questionner. Toujours est-il que je ne leur ai jamais avoué. J’ai laissé trainé mon histoire au fil des mois pour finalement leur dire à demi-mot que ma romance avait pris fin.J’étais si vulnérable, je souhaitais tant être prise au sérieux. Ca me rassurait que dans mes rêveries et qu’aux yeux des autres, une personne puisse m’aimer de cette manière là. Et puis j’ai ouvert les yeux.

La fin de l’année scolaire s’annonçait. L’une de mes copines semblait passer son temps à coucher et en parlait à tout va avec une fierté manifeste. Plus elle me racontait ses frasques, plus le malaise s’installait en moi. Est-ce que je voulais devenir comme elle, bien baisée mais malheureuse ? Elle commençait à être celle qu’on appelle une « fille facile » ou une « salope ». En parallèle, une autre de mes copines avait fait un déni de grossesse. Une autre encore s’était confiée sur sa première fois : elle avait bu, ils étaient sur des gradins dehors à une heure certaine, elle n’avait sorti qu’une jambe de son pantalon et avait perdu sa culotte, il était plus âgé qu’elle. « Je crois que je me suis fait violer. »

J’ai décidé que je n’avais pas à avoir honte d’être vierge et qu’au contraire, je me devais d’en être fière. C’était moi. J’avais quinze ans, aucun désir sexuel, pas de petit-ami à l’horizon et j’étais vierge. J’ai pris mon courage à deux mains et ai expliqué à mes amis que je les avais trompé pour leur donner l’illusion que j’étais adulte. J’ai arrêté de mettre du fard à paupière, j’ai laissé mes cheveux repousser et mes fringues évoluer vers ce que j’étais. J’ai cessé de mentir.

Bien sûr, les couples du lycée ont continué à me mettre mal à l’aise. Trouver sa place, se faire confiance, accepter ce qu’on est, laisser vaquer ses frustrations … Pas évident ! A un âge où nous sommes si influençables, l’impact des séries et des publicités hyper-sexualisées est énorme. On pousse la jeunesse à commencer trop tôt, quand elle n’est pas totalement consciente de ce qu’elle choisit. On fait tous face à ce trouble, non ?

Les années sont passées et petit à petit, nous avons tous avoué que nous avions menti. Quasiment tous mes amis étaient vierges cette année-là mais prônaient le contraire ! C’est ahurissant, n’est-ce pas ?

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6 thoughts on “Mes mensonges d’adolescente : pression sociale, que fais-tu de moi ?

  1. l0uanne Répondre

    Moi c’est un peu différent car j’ai menti sans le savoir. Quand j’avais 14 ans je discutais sur le net, avec un jeune homme de 19 ans. J’étais persuadée à l’époque d’en être amoureuse même si je ne l’avais jamais rencontré. J’en parlé à mes copines qui étaient persuadée que je mentais, qu’il n’exister pas mais j’étais convaincu du contraire. 3 ans plus tard j’ai appris qu’il n’était qui il prétendait être. Elles avaient raison

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Wahou ! C’est une toute autre histoire !
      J’espère qu’il ne t’ai rien arrivé de néfaste avec une personne pareille. Mais tu ne mentais pas, tu était persuadée qu’il existait. C’est lui qui te mentait !

  2. Marie Kléber Répondre

    C’est vrai que c’est un âge délicat où « faire partie du lot » rassure beaucoup. Et pour ça on est prêt à tout (ou presque).
    J’ai eu de la chance car à cette époque mes amies et moi nous en étions au même point, pas de petit ami, nous rêvions encore au prince charmant! Je crois qu’à 15 ans nous étions encore très gamines, ce qui ne nous empêchait pas de baver devant les couples du lycée.
    Je pense que c’est une période pendant laquelle on se cherche alors quelque petits mensonges, pourquoi pas, à partir du moment où on retombe facilement sur se deux pieds Rozie!

    1. Rozie & Colibri Répondre

      C’est ça ! Le mensonge n’est jamais bon et on se retrouve vite empêtré si on ne prête pas attention …
      Heureusement, j’ai réussi à avouer mes fautes et on ne m’y reprendra plus ! Fini les mensonges !
      Tu avais de la chance. Je crois qu’il vaut mieux rester gamin, ça fait du bien ..
      J’aurais aimé pouvoir ne pas baver commme ça devant les couples du lycée !

  3. themetis Répondre

    L’adolescence est un passage difficile et nous avons toutes menti, à un moment ou un autre, pour nous conformer … très joli texte, Rozie 😉

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci beaucoup Themetis ! Oui l’adolescence, c’est quelque chose.. Heureusement, on comprend après que se conformer n’est pas la bonne solution !

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