Ma sexualité.

C’est une réflexion que je me fais souvent : comment qualifier ma sexualité ? Elle amène d’autres questions avec elle : qu’est-ce qui est de l’ordre de la sexualité dans ma vie ? Comment suis-je sexuelle ? Le suis-je seulement ? Où situer la différence entre sexualité et sensualité ? Qu’est-ce qui peut me titiller chez l’autre ?

La dernière fois, je vous racontais mes doutes, cette pression constante de nombre de fois par semaine que je me mettais, la course à l’orgasme, tout ça … Je vous racontais aussi que je suis une fille sensuelle. Je le sens au fond de moi, et je trouve que ça se traduit dans de nombreux détails quotidiens.

Ma sexualité, je ne la vis pas tellement dans l’acte. Pour moi, faire l’amour est plus un besoin physique, que je ne ressentais pas du tout avant. Que je ressens plus maintenant. Autour de mon ovulation et au sortir des règles, je sens clairement mon corps en demande et je lui donne ce qu’il veut : un puissant orgasme.

J’ai pourtant parfaitement conscience du sens romantique de l’acte. L’amour charnel, cette communion des corps, cette danse lascive. Cet acte d’amour ultime, ce don de soi, cette confiance, cette conscience de vivre un quart d’heure sacré, d’accepter la part intime de l’autre et la chérir, la sublimer, l’engloutir, la rendre enfin … Se mettre à nu, dans tous les sens du terme, et se laisser toucher, dans tous les sens du terme.

Il y a des moments que je vis de cette façon mais ils sont plutôt rares. Ils sont particuliers. Ils marquent des journées charnières. Il m’est impossible d’être dans cet état d’esprit à chaque fois. Alors souvent, c’est simplement une satisfaction corporelle.

Quand je dis ça, il ne faut pas s’imaginer quelque chose de triste, ou de routinier. Je dis juste que c’est mon corps qui parle, et que la majorité du temps, l’acte n’a pas d’autre sens que de se faire plaisir parce que le corps est en tension, que la tentation est trop forte et qu’on y cède délicieusement.
Je précise quand-même qu’il me serait impossible de faire ça avec quelqu’un d’autre que mon mari et que je suis très attentive à son plaisir à lui (je ne fais pas « que » prendre ce dont j’ai besoin), donc ça prouve quand-même qu’il y a un minimum de « codes » derrière, c’est important.

Donc ça, c’est la part évidente de ma sexualité. Ce n’est pourtant pas la plus importante, ni la meilleure.

Il y a quelque chose que j’aime mille fois plus que l’acte : la séduction. Attiser le désir de l’autre, le rendre fou, l’exciter, le torturer en prenant tout le temps du monde avant de lui donner ce qu’il veut me prendre. Jouer.

Je suis ce qu’on peut appeler une allumeuse, en couple. Je chauffe. Je fais tout pour que ses yeux se posent sur moi et me désirent d’une façon presque animale. Pourtant, je ne veux pas faire l’amour après ça. Ca ne m’intéresse pas.

Ce qui m’apporte un plaisir monstre, c’est l’avant. Lui dire des choses au détour d’une conversation. Un mot qui n’est pas nécessairement sexuel, mais qui sera interprété comme tel. Le toucher un peu. Une caresse en passant, un baiser, un souffle dans le cou. Une façon particulière de se lever, de se baisser, de manger. Le choix des vêtements pour traîner avec lui. Mes gestes équivoques quand je me colle contre lui. Un rire. Une image. Tout ce que je peux utiliser.

Ca, c’est la vraie part de ma sexualité. C’est tous les jours. C’est comme ça que je la vis. C’est comme ça que je l’aime.

C’est ancré depuis que je suis môme. J’avais 6 ou 7 ans quand j’ai découvert Mylène Farmer (dont je suis absolument fan, il faudra que je vous en parle un jour !). Tout de suite, cette femme m’a hypnotisée. Je voulais être elle. Surtout pour ce qu’elle dégageait.

J’ai passé des heures dans ma chambre à travailler des chorégraphies étudiées. Des concerts entiers dédiés à ce thème particulier : l’attirance. Dire que je vous avoue ça ! C’était un grand secret … ! Pourquoi d’ailleurs ?

Pourquoi cacher que j’aime plaire, aux hommes, aux femmes ? Que j’aime jouer de ça ? Jouer avec mon corps, onduler, attiser ? Jouer avec des phrases, des sons, de l’air ? Que j’ai ardemment souhaité être une Farmer, une Madonna, une Gaga, une meneuse de revue, une chanteuse/danseuse de cabaret ? L’art érotique, l’art de la suggestion, c’est quelque chose qu’il me plairait beaucoup d’explorer. Ca soulève de nombreuses idées et considérations très intéressantes.

J’ai des playlists entières de chansons connotées, elles sont mes préférées. J’adore les mots qui décrivent le désir et l’excitation. J’adore les chanter, les danser, les émettre. Evidemment, dans la vie publique, je ne le fais pas. Je ne suis pas certaine qu’on puisse s’imaginer ça de moi. En fait, je n’en sais rien.

Dans la vie quotidienne, quand je sors, je ne suis jamais attirée par personne. Il m’arrive de poser les yeux sur une femme (un homme, jamais) et de penser : « Elle est époustouflante. » Sa beauté, son charme, sa prestance me soufflent sur l’instant. Elle est tellement belle que je ne vois plus rien d’autre. Comme une petite bulle venue éclater à la surface d’un lac paisible.

C’est très rare et ça n’a rien de sexuel. Je ne m’arrête jamais sur le physique des gens que je croise. Je veux dire, dans la rue, je ne vais pas y faire attention. Par contre, quand je rencontre quelqu’un, mon regard se balade sur lui. Mais il ne palpe pas les formes même s’ils les voit. En bref, le corps des autres ne me fait jamais rien. Ca ne m’émoustille pas.

Je ne pense jamais au sexe. Absolument JAMAIS. Je ne fantasme sur rien. Je ne vais jamais imaginer une nouvelle façon de faire l’amour, un nouveau partenaire, ou simplement me repasser le film d’une fois marquante. Aucune image sexuelle ne vient jamais me parasiter, ou alors ça ne vient pas de moi : on m’en parle, une scène dans un film …

L’intelligence des autres, par contre, va me faire de l’effet. Par exemple, ça me plaît beaucoup de voir mon mari évoluer au milieu du monde. C’est un de mes passe-temps, et je suis sûre en faisant ça qu’à la fin de la journée, je vais avoir envie de lui. Il n’est pas du genre à étaler sa science pourtant mais je ne sais pas … Disons que la forme de son intelligence me parle et me plaît beaucoup. J’ai l’impression qu’elle dénote des autres alors que j’imagine que rien ne la différencie vraiment. Difficile à expliquer.

Il y a des personnes comme ça, qui n’ont rien de sexy mais avec lesquelles quelque chose pourrait s’envisager si j’étais libre, parce qu’elles ont une conversation vraiment enrichissante, des idées neuves et originales, ou tout simplement parce qu’elles sont douces. Je suis très sensible à la « douceur de l’âme », je trouve que c’est précieux !

M’unir physiquement avec ce genre de personnes aurait un sens, même si ça n’était que pour une fois. Je ne sais pas si c’est très clair !

Voilà pour les premiers contours de ma sexualité .. ! C’est intéressant comme question, il y aurait encore beaucoup à dire et ça me fait du bien de le faire. Ca a quelque chose de rassurant de délimiter, de se créer son propre tableau et d’abandonner celui commun à tous. Et vous, comment la vivez-vous ? Comment se matérialise-t-elle ?


13 thoughts on “Ma sexualité.

  1. Ornella Répondre

    C’est magnifique de te lire te livrer là dessus, avec tant d’aisance. Ta façon de voir les choses me parle beaucoup et fait écho à la mienne, même si pour ma part, j’ai des fantasmes et l’acte sexuel revient à mon esprit souvent, je suis comme toi, une inconditionnelle de l’avant, de la pré-danse nuptiale. Je t’embrasse !

    1. Rozie Répondre

      Merci Ornella !

      La « pré-danse nuptiale », c’est très joliment dit !

      J’espère que tu vas bien :). Je t’embrasse !

  2. Julie M Répondre

    Bonjour à toi !
    Je viens de tomber sur ton article et je trouve ça intéressant que tu oses parler de sexualité. Après tout, ça nous concerne tous.
    Je me retrouve dans certains points que tu abordes. Je lirai la suite avec plaisir s’il y en a une. 🙂

    1. Rozie Répondre

      Bonjour Julie !

      Merci pour ton mot ! Comme tu dis, ça nous concerne tous (ou presque !). Je ne sais pas s’il y aura une suite (elle n’est en tout cas pas planifiée) mais j’en reparlerai sans doute … !

  3. Melgane Répondre

    Je trouve ça intéressant comme article, un article qui parle tellement naturellement d’une chose tellement taboue… ! Sans complexe ! Je suis vraiment impressionnée ! Mais pour une fois je n’ai pas de commentaire de quatre pieds de long à écrire : ma sexualité est inexistante, on va pas aller loin avec ça x) Mais quand même, il faut que je laisse un commentaire pour dire que je suis très impressionnée ! 😀

    1. Rozie Répondre

      Hahaha, tu me fais rire ! Merci pour le « compliment », ça me fait plaisir, ce que tu dis !

      J’en suis venue à trouver ça beau, de parler de l’intimité. Il est tout à fait possible de parler de choses plus crues encore (bien que par respect pour mon amoureux, je ne le fasse pas) d’une bonne façon. Il suffit d’être dans le respect des mots qu’on choisit, de l’intimité qu’on dévoile. Rien de mal à ça. Et rien de très impressionnant non plus :).

      1. Melgane Répondre

        Pourquoi compliment entres guillemets ? C’est un vrai compliment ! C’est une vraie bonne chose de pouvoir aborder des sujets « sensibles » avec naturel et de montrer qu’en fait c’est simple d’en parler et que c’est juste que d’habitude on complique tout !
        Si, moi je trouve ça impressionnant ! 🙂

        1. Rozie Répondre

          Parce que j’ai du mal à recevoir les compliments :). Et sans doute aussi parce que si tu ne l’envisages pas comme un compliment, ça fait très « je me lance des fleurs » ! Oui, je sais, je me monte la tête pour pas grand-chose …

          Alors, merci beaucoup pour ce super compliment ! 😀

          1. Melgane

            De rien beaucoup !
            C’est pas de se monter la tête que de dire qu’on a des qualités !

  4. Marie Kléber Répondre

    J’ai cette sensualité là aussi, même si je considère avoir une sexualité intense également.
    J’ai toujours été fan de Mylène Farmer pour cette raison. Séduire, charmer, c’est tout un art. Je suis également très tactile Rozie du coup ça ajoute au plaisir.
    Pendant 4 ans je me suis sentie tiraillée entre mes envies et la « morale ».
    Aujourd’hui j’apprends à m’épanouir dans mon corps, ma relation, mes désirs et le plaisir de donner et recevoir. Avec la bonne personne, les choses sont plus simples surtout si nous sommes sur la même longueur d’ondes.

    1. Rozie Répondre

      Moi, c’est plutôt l’inverse. Je n’ai jamais été attirée par ces choses-là (je veux dire, la « vraie » pratique) et quand j’ai rencontré D. je m’y suis faite. Pas besoin de t’expliquer comment …

      C’est depuis que j’ai rencontré mon mari que j’arrive, petit à petit, à m’ouvrir. A oser. A apprécier mieux, plus, plus souvent. Il y a d’autres facteurs aussi : je suis assez mûre pour ça maintenant, mon corps est au naturel et l’envie n’en est que plus forte et meilleure, on s’aime … C’est aussi parce que je me respecte enfin et que je dis « non ». Et que ce « non » est respecté. Comme toi, j’apprends à épanouir mon corps, donner et recevoir. C’est très bien dit.

  5. Bihan Christelle Répondre

    ben, c’est marrant, j’ai posté un article aujourd’hui qui parlait de « ma sexualité », d’un tout autre ordre, lol :p

    1. Rozie Répondre

      Ah oui ? Je n’ai pas visité mon mail donc je ne l’ai pas vu ! J’irai jeter un œil 😉. Les grands esprits se rencontrent !

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