Ma grand-mère va bientôt mourir.

Je le sens. Ma grand-mère paternelle va bientôt mourir. Est-ce que ça se compte en mois, en jours ? En années, ça m’étonnerait.

Mes parents ne m’en parlaient pas. C’est ma tante qui est venue me dire que son coeur battait moins. J’ai dit à mes parents qu’ils devaient me tenir au courant, parce que je ne veux plus vivre la chute brutale de la première fois. Je veux être prévenue. Je veux avoir le temps de me faire à l’idée. Je veux savoir, connaître les étapes du déclin.

Mon père vient donc de m’envoyer un message pour me tenir informée de l’état de son coeur. Il nécessiterait une pile, mais elle refuse de se la faire poser. Elle est tombée la semaine dernière. Si elle retombe, on l’hospitalise. Mon père écrit : « On sait que l’hospitalisation, c’est le dernier recours. » Elle veut rester vivre seule chez elle, refuse d’aller ailleurs. Je crois qu’elle a raison. Je crois qu’elle est juste. Avec elle-même.

Nous, on n’a pas à vouloir égoïstement la protéger. Tenir la mort éloignée plus longtemps juste parce qu’on sait qu’on aura mal. Nous, on doit respecter ce qu’elle veut. Mais tout le monde ne le voit pas comme ça. Mon père si, et c’est ce que j’aime chez lui.

Alors ma grand-mère a le coeur bien fatigué. Une chute de tension et elle meurt. Mais en fait, c’est ça, mourir de vieillesse. Quand le coeur cesse tout simplement de battre. Je trouve ça beau. Je veux qu’elle meure comme ça. Je suis contente qu’elle refuse la médicalisation. A quoi ça servirait de relancer son coeur si sa tête commence déjà à partir ? Pour en faire un corps désincarné ? Merci, mais je ne veux jamais voir ça. Je suis reconnaissante qu’elle ne le veuille pas non plus. Elle me semble tout à fait consciente des choses.

On approche une période délicate de l’année. Celle des fêtes. Le 4 janvier prochain, c’est l’anniversaire de la mort de mon grand-père paternel. Si je compte bien, ça fera 15 ans (et je compte bien !). Je suis sûre que ça n’est pas une coïncidence. Je passerai donc cette journée fébrile. Tiraillée par l’attente d’une nouvelle que je pressens.

Peut-être que je me monte la tête encore une fois, et qu’elle ne mourra pas le 4 janvier 2018. Peut-être plus tôt, peut-être plus tard. Pour moi, le jour de sa mort ne changera rien. C’est un jour et puis c’est tout. C’est pour mon père que j’aimerais qu’elle « attende » de passer les fêtes. Après la mort de mon grand-père, mon père déprimait systématiquement à l’approche de Noël. C’était dur.

J’ai mal tout de même pour lui. Il sera bientôt orphelin. A 50 ans, je sais, c’est normal. Mais on est toujours un petit enfant, face à la mort d’un parent, non ? A la mort de mon grand-père, j’avais dix ans, et l’impression nette qu’à ce moment particulier, mon père avait le même âge que moi. Il n’y avait plus de rapport adulte/enfant entre nous. Nous étions deux âmes qui nous soutenions l’une l’autre, qui posions des questions d’enfant, qui réagissions comme si ni lui, ni moi, n’avions plus d’éléments que ça. L’innocence dans toute sa splendeur.

J’appréhende. Pas sa mort en tant que telle, mais tout ce que cet évènement fera remonter à la surface. Je verrais les mêmes gens, entrerais dans la même église, mangerais un gueuleton dans la même maison que la première fois. Me retrouverais devant la même tombe ouverte, dans la même allée de ce même cimetière qui ne m’accueille jamais d’ordinaire. Cette première fois que j’ai si mal vécue, dont il m’a fallu plus de 10 ans pour réussir à l’apprécier à peu près sereinement dans le cercle de mes souvenirs. Il me semble que ça n’est pas tout à fait guéri d’ailleurs. Alors j’espère, au plus profond de mon coeur, que cette prochaine fois pourra définitivement apaiser la première.

Au regard de ce que je sais aujourd’hui, des certitudes que j’ai, j’aimerais faire en sorte de ne pas le vivre comme un traumatisme. Au contraire, j’aimerais vivre cette mort comme un moment particulier à fêter. Je vais sans doute choquer certains d’entre vous mais il me faudrait une conversation entière pour vous l’expliquer : pour moi, la mort ne termine pas, elle débute. C’est donc une fête. Comme on fêterait une naissance, un mariage. Une belle étape. La dernière du monde qu’on voit, certes. Mais faut-il systématiquement craindre ce qu’on ne connaît pas ?

J’aimerais pouvoir danser et chanter comme dans les films. Pleurer de joie et de peine – parce qu’elle me manquera fort, tout de même, ma grand-mère – pendant la cérémonie. Porter une tenue pastel, joviale et colorée. Rire. Bon, je crois que je ne le ferais pas parce que ma grand-mère est très attachée aux règles et je pense qu’elle n’apprécierait pas du tout …

Je le ferai chez moi en rentrant. Peut-être le jour même de sa mort, quand je l’apprendrais. Quand je sentirais la boule d’énergie me quitter d’un coup. Et si cette fois, elle ne revenait pas se caler sous ma cage thoracique, chargée de gris ? Et si cette fois, je laissais partir l’énergie ? Si je la dépensais en m’exprimant tout de suite comme je veux, ne serait-ce pas mieux ?

C’est étrange de préparer la mort de quelqu’un pour soi, de se familiariser à l’idée. Après celle de mon grand-père, j’avais tellement peur d’être encore fauchée par la stupéfaction que je passais mes soirées à imaginer la mort brutale de mes parents. Je l’ai fait jusqu’à mes 18 ans, date légale de mon indépendance. Quand mon père rentrait plus tard, je me disais : « Bon, il ne reviendra pas, il est mort. Il faut que tu fasses avec. »

Je m’entrainais. A continuer ma vie. Je m’imaginais comment je ferais pour me débrouiller seule. Faire la cuisine pour ma soeur, ce genre de choses. Tout ça pour ne pas crever le jour où, peut-être, ça arriverait. Je le fais encore, de temps en temps. « Il faudra vendre la maison, payer les crédits en cours, donner tous les objets, récupérer les souvenirs … » Je m’accroche à des choses matérielles.

Même si elle me blessera, je suis à peu près (impossible de l’être tout à fait !) sereine face à la mort prochaine de ma grand-mère. Je la vois plutôt d’un bon oeil. Je pense que je ne serais pas dévastée pour tout un tas de raisons. Je serais triste, nostalgique. Mais pas en colère, sans regrets ou remords, il me semble. Dans « l’acceptation » – vaste mot pour décrire quelque chose de précis !

Je suis heureuse d’être capable, aujourd’hui, d’envisager les choses de cette façon. En action, en … Je ne sais pas trop, mais c’est mieux qu’avant. Ma grand-mère va bientôt mourir, et je vais bien, malgré le travail et la digestion qui commencent. Quelque part, je commence mon deuil prématurément, non ?

C’est stupéfiant pour moi, d’être capable de ne plus subir tout à fait la mort. Avant, j’étais persuadée que c’était toujours un moment qui écrase. Je croyais qu’on était obligé de le souffrir. Je découvre que même pour ça, on peut choisir. Je ne me fais pas d’illusions, ce sera quand-même difficile, mais dans cette difficulté que je ne contrôle pas, je peux beaucoup. Vous voyez ?


16 thoughts on “Ma grand-mère va bientôt mourir.

  1. Julie Demarthes Répondre

    Ta grand-mère semble avoir fait un choix : mourir chez elle. Tout comme la mienne, qui à la différence dépérit…
    La mort fait partie de la vie, c’est peut-être cliché mais c’est ainsi. Il faut s’y faire, ne pas lutter contre ça, c’est un cycle. Cela ne nous empêche pas d’être affecté, à divers degrés, par l’idée de notre propre mort, ou par la mort de nos proches. Si la mienne me fait parfois ressentir une angoisse profonde qui remonte la nuit juste avant le sommeil – je peux avoir peur de ne pas me réveiller… mais j’y travaille, c’est moins fréquent ! – la mort de mes proches me laisse perdue. Perdue parce que je me retrouverais dans un monde inconnu, ils sont mes ancres, mes repères… et encore plus depuis que je vis de nouveau proche d’eux.
    Il faut du courage pour accepter la mort naturelle, ta grand-mère en a beaucoup. J’espère qu’elle pourra « attendre » de passer les fêtes, mais si elle ne peut pas, si la mort en décide autrement, ne lui en veuillez pas. Je vous envoie beaucoup d’amour, à toi, à ton père, et à toute ta famille. Même si tu écris ne pas en souffrir, l’amour t’accompagnera et t’aidera.
    Je crois comme toi qu’il peut y avoir un temps pour la tenue en noir, les larmes, le recueillement, les funérailles. Mais il faut aussi un peu de « fête », une sorte de célébration de la vie, quand on se raconte des anecdotes et qu’on rit, qu’on danse. Parce que la vie continue !

    1. Rozie Répondre

      Oui, ma grand-mère souhaite clairement mourir chez elle, et j’espère que ça lui sera possible. Moi aussi, j’aimerais mourir chez moi.

      Ma soeur aussi avait très peur de ne jamais se réveiller. C’est une idée qui ne m’a jamais effleurée l’esprit. Et quand-bien même, je trouve que ce serait une chouette mort ! Mais c’est très personnel, toutes ces angoisses, ces questions … J’en ai d’autres.

      Il est vrai que nos parents, grands-parents, oncles, tantes sont des repères. Adolescente, j’imaginais ça très bien. J’étais un toit porté par plusieurs piliers, dont les plus gros et fort étaient ma mère et mon père. S’ils tombaient, je me cassais en mille morceaux. Si d’autres piliers tombaient, c’était un peu moins grave. Une partie de moi s’effondrerait mais le reste de la structure tenait.

      Aujourd’hui, mes piliers ne sont plus nécessairement des personnes sur lesquelles je m’appuie pour être capable de vivre. C’est sans doute ce qui fait que je vois tout ça plus sereinement. Je sais que je suis solide « toute seule ». Enfin plus ou moins.

      On ne lui en voudra pas Julie. Pas moi en tout cas ! Elle a l’air d’aller. Elle pourrait tenir longtemps encore, plusieurs mois. Mais elle peut chuter (physiquement, réellement) n’importe quand, et à présent, une chute signerait sa fin. Donc, ça peut-être imminent comme prendre plus son temps …

      Merci Julie, pour tes belles pensées.

  2. Pétale Répondre

    Bonjour Rozie,

    Je pense que « souffrir », l’idée que l’on « doit » souffrir de la mort d’une personne chère est culturelle.
    Même si souvent la plupart des gens -exceptés les « psychopathes » ou les gens qui n’aiment pas la personne ou ceux peut-être à qui a causé du tort – sont tristes.
    Je pense aussi que le fait de voir la mort comme une fin ou un commencement diffère selon les cultures et les époques.

    Je t’envoie des ondes positives.

    Bises
    Pétale

    1. Rozie Répondre

      Bonjour Pétale,

      Tu as raison, c’est très culturel ! En ça, j’adore des films qui proposent une autre façon de voir la mort. Là, je pense à Captain Fantastic. J’ai trouvé qu’ils traitaient parfaitement le sujet. Parfois, ça heurtait mes considérations culturelles, justement, mais je ne l’ai jamais mal pris et j’ai découvert une toute autre pensée. Ca me faisait du bien.

      J’ai envie de ne plus voir la mort comme on me l’a transmise, et tant pis si je choque, ou parait « insensible ».

      Des bises !

  3. zenopia Répondre

    J’ai, plus jeune, été très angoissée par l’idée de la mort… Plus aujourd’hui. Je crois qu’au fond de moi j’ai pleinement conscience que la mort est une étape normale de la vie… Et c’est la fin de mes proches qui m’est le plus pénible. Je me pose souvent cette question : comment faire lorsque cette personne ne sera plus ? Mais je n’ai plus peur, ça c’est certain.
    Je te souhaite beaucoup de courage <3 Gros bisous

    1. Rozie Répondre

      C’est une question que je me pose beaucoup concernant la mort de mon mari. Comment je vais faire ? Comment faire ?

      Il y a des pertes qui tuent plus que d’autres, c’est sûr.

      Merci beaucoup. De gros bisous à toi ! 🙂

  4. Soa Répondre

    Non, on n’est jamais assez préparés pour çà. J’ai aussi été informée il y a quelques jours qu’une personne très proche de moi est atteint d’un cancer au stade terminal, et qu’il n’aurait plus que quelques jours, quelques semaines tout au plus, à vivre. Dans ma tête, c’est la personne vivante, heureuse, rigolote que je vois, même si je me prépare psychologiquement, je suis un peu dans le déni, je n’arrive pas à accepter.

    1. Rozie Répondre

      Je comprends bien … On n’est effectivement jamais prêt, et je n’ai pas la prétention de penser que ça ne me fera rien ou que je le vivrais vraiment « bien ».

      Peut-être que moi aussi, je suis dans le déni ! Difficile de décortiquer tout ça. On a beau se préparer et savoir, ça ne veut pas dire que ce qu’on fait fonctionne.

      Je te souhaite que ça aille malgré tout, beaucoup de courage, d’amour. Sincèrement.

  5. Marie Kléber Répondre

    Je crois que j’avais lu ça dans un livre de Paulo Coelho « le jour où j’ai découvert que la mort était inhérente à toute vie humaine, j’ai pleinement pris conscience de la vie.  »
    Comme toi, je ne conçois pas la mort comme une fin en soi, mais plutôt comme le début d’autre chose.
    Je trouve que s’acharner, sinon à rallonger l’espérance d’une vie qui est prête à s’en aller. Je crois qu’il faut respecter le choix de nos proches. Ce n’est pas toujours évident.
    En 2007 ma meilleure amie a perdu son père. Cela m’a énormément marquée. J’ai pris conscience que j’entrais dans une période de ma vie où j’allais perdre les êtres que j’aimais. Cette prise de conscience m’a libérée d’une certaine façon. J’envisage la mort sereinement.
    Mon grand-père est décédé la même année, sans que je puisse lui dire aurevoir. J’avais vécu ce que j’avais à vivre avec lui. Nous avions partagé, nous nous étions dit les choses en temps et en heures. Je mets désormais un point d’honneur à passer du temps avec ceux que j’aime et à leur dire qu’ils comptent.
    Le plus dur ce n’est pas pour ceux qui partent c’est pour ceux qui restent.
    Je t’embrasse Rozie.

    1. Rozie Répondre

      Je n’aime pas l’idée de rallonger la vie au moyen d’artifices médicaux. Vraiment pas. Par exemple, j’ai un grand-oncle qui est dans le coma. Il aurait dû mourir puisqu’il a une grosse infection pulmonaire et le coeur qui tangue. A son âge, c’est la fin assurée.

      Les médecins l’ont sauvé et tout le monde est soulagé. Il faut dire que je le connais peu donc je regarde ça assez « froidement ». Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que ce n’est pas sain de lui avoir « sauvé » la vie. Bien sûr, j’imagine que je dirais tout autre chose s’il s’agissait de mon mari ou de quelqu’un de très proche. Mais tu vois l’idée.

      Je crois que j’ai aussi atteint cette maturité qui fait que j’ai l’impression de dire à ceux qui comptent, qu’ils comptent. Donc s’ils meurent, pas de remords comme la première fois … !

  6. Melgane Répondre

    Il n’y a pas très longtemps ma dernière grand-mère est morte. Je ne l’ai pas « mal » vécu dans le sens où, comme toi, je considère que la mort n’est pas une fin. La mort est un début, non, en fait non, même pas… la vie n’est pas linéaire, c’est un cycle, alors la mort n’est ni une fin ni même un début : elle est un début et une fin, en fait ça dépend juste du moment arbitraire où on décide de faire commencer le cycle. J’ai l’habitude de dire que de la mort naît la vie (exemples très concrets : les feuilles en automne meurent et nourrissent les jeunes pousses ; des bestioles se nourrissent d’un cadavre, la terre aussi, ça fait des plantes, qui nourrissent les herbivores qui meurent pour nourrir les carnivores, qui meurent pour nourrir la terre et les charognards, etc., etc., etc. et quand tout le monde a bien mangé ça fait des bébés, qui grandissent et meurent, et nourrissent à leur tour, etc.). C’est un cycle.
    Quant à tenir éloignée la mort… de toute façon elle arrivera, alors maintenant ou plus tard, quelle différence ? Le résultat est le même, de toute façon.
    Comme toi on a su pour ma grand-mère que ça allait arriver, que ça allait se produire, alors il y a eu un peu de préparation.

    1. Rozie Répondre

      Cette image du cycle est très belle, et très vraie pour moi.

      Comme je le disais à Marie, je n’aime pas repousser la mort. Je trouve ça très prétentieux de vouloir « sauver » à tout prix les gens de la mort. Ca dépend des cas, évidemment. Dans celui de ma grand-mère ça me parait être plus un acte malveillant que bienveillant. Sa vie « sauvée » ne sera plus que souffrance. Pour elle et pour nous !

      Dans le cas d’une personne plus jeune, qui a encore toutes ces facultés physiques et mentales, bien-sûr, je le comprends et ne suis pas contre ! On ne va pas laisser mourir quelqu’un s’il a encore sa vie devant lui et s’il peut la vivre avec toutes (ou presque, reste à savoir où on s’arrête) ses facultés !

      Pour cette raison, je suis complètement pour l’euthanasie.

  7. Marie Répondre

    C’est un sujet qui me touche beaucoup. Ma grand-mère paternelle nous a quitté il y a 11 ans (demain!) et c’est encore très douloureux malgré l’acceptation et même le soulagement que j’ai ressenti en sachant qu’elle avait fini de souffrir. Mes deux autres grands-parents sont morts l’année dernière et je peux te dire que même quand on est dans l’acceptation dès le début et qu’on s’y préparait depuis longtemps parce que c’est dans l’ordre des choses, c’est un événement qui nous remue en profondeur. Une perte de repères.
    Mais ta grand-mère est toujours là. Il est encore temps de partager de jolies choses. Profites-en si tu le peux 🙂

    1. Rozie Répondre

      Bien sûr, elle est vivante, et je peux toujours partager des choses avec elle. Avec la distance, c’est compliqué, donc j’espère la revoir. Je pourrais l’appeler. Je n’appelle jamais personne alors je ne le fais pas puisque je n’ai rien à lui dire, tu vois. Pas dans le sens où je n’ai rien à partager avec elle. Dans celui où notre lien est arrivé à maturité et que, je crois, ni elle ni moi ne regretterions quoi que ce soit entre nous.

      « Une perte de repères. » C’est tout à fait ça … La première fois, le plus dur pour moi était de constater tous les changements que ça amenait. Le jardin à l’abandon. Mais aussi les visites qu’on ne faisait plus, tout ça. Tout changeait et ça m’était insupportable.

  8. Ornella Répondre

    Ce que tu vis m’est très familier. J’ai commencé par être une très grande angoissée de la mort, vraiment. Je me préparais comme toi à la mort des autres, mais à la mienne surtout. Aujourd’hui, j’y suis complètement indifférente. C’est la souffrance des vivants qui me fait mal, mais mes convictions, mes certitudes, mes expériences sont telles, que je n’ai plus peur et je vis avec la mort comme une seconde peau.

    1. Rozie Répondre

      Ma propre mort me laisse complètement indifférente ! Je m’en fous royalement. Ce qui me fait très peur en revanche, c’est de souffrir avant. Il m’est même venue l’idée d’apprendre à baisser mon rythme cardiaque pour pouvoir m’aider à mourir si jamais ça prenait trop de temps. Par exemple, si je meurs dans un horrible accident où je perds mon sang ou des membres, ce genre de choses … Et bien, j’essaierai de me tuer plus vite (mais passivement, faut pas déconner !) ^^.

      Je ne peux pas dire que la mort m’angoissait. Oui, et non. Je n’étais jamais morte de trouille à l’idée que quelqu’un meure. Ce qui m’effrayait, c’était de n’y être pas préparée, de me prendre le choc en pleine poire, donc je me suis mise à envisager la mort de mes proches avec beaucoup de froideur. Les scénarii tournent toujours sur « Comment je vais gérer les papiers, les affaires, fermer le chapitre et passer à autre choses physiquement. »

      Evidemment, si je me mets à penser la chose du côté de l’affect, je pleure tout de suite, c’est très violent. Je ne dirais pas que je le vis comme une seconde peau aujourd’hui (je t’envie pour ça, je trouve ça génial de l’intégrer complètement juste comme n’importe quel autre évènement de la vie !) mais voilà … J’ai des convictions et des certitudes qui font que … Je sais. Ce qui est dur, c’est le manque et la souffrance des restants, mais certainement pas l’idée que le mort est définitivement mort.

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