Le travail ?

Choisir un métier, voilà bien quelque chose que je n’ai jamais réussi à faire. La question de l’orientation m’a toujours profondément déroutée. Qu’ai-je envie de faire ? Quel métier je me vois exercer plus tard, tous les jours de ma vie ?

Je n’en avais aucune idée. Je n’ai jamais réussi à en avoir une d’ailleurs. Aujourd’hui encore, si je me pose la question, je n’ai pas réponse phare. Je n’ai jamais su quelle était ma vocation. Je n’ai jamais réussi à me projeter dans un métier.

« Métier » d’ailleurs, c’est un bien grand mot. Je ne l’utilise jamais. Je dis « travail ». Tout simplement parce que je n’ai jamais été formée à un métier mais que j’ai travaillé pour gagner ma vie. Car la différence est là : un métier, tu as fait des études pour y parvenir, tu l’as choisi en âme et conscience, tu as (eu) envie de le faire tous les jours. Un travail, tu le fais parce qu’il faut bien faire quelque chose pour gagner de l’argent et survivre, tu l’apprends sur le tas, il est à la portée de tous ou presque, il ne te plaît pas spécialement. Dans ma famille, je ne connais que des travailleurs.

C’est sans doute en partie pour ça que mes études se sont mal terminées. Dès le départ, je n’avais pas de but précis, je ne voyais aucun horizon. J’ai choisi mon cursus par défaut : j’aimais la matière mais c’est surtout l’idée de ne pas me retrouver seule qui m’a motivée, j’ai suivi mes amis. Je ne voyais pas où ça allait me mener. Ca me barbait. Je commençais à sentir que je n’avais pas ma place dans ce domaine précis, mais je ne savais pas du tout où pouvait se trouver cette place.

J’ai repris mes études quelques années plus tard pour me prouver que le premier échec n’était qu’une erreur. J’ai brillamment réussi ma première année, et puis j’ai arrêté. J’avais eu ce que je voulais, savoir que j’étais encore capable d’être excellente. Mais rien ne m’apparaissait sur mon avenir professionnel.

Un plan de carrière ? Connais pas. Il n’y avait qu’une besogne que je refusais : Mac Donald. L’idée de sentir la frite chaque jour m’était insupportable. A défaut, j’ai senti la pizza, les croissants et le pain pendant quatre ans. Je ne suis pas sûre que ce soit vraiment mieux, mais on a les exigences qu’on peut.

Je me suis accommodée de toutes les tâches que j’ai eu à effectuer. A chaque fois que j’ai intégré une entreprise, il suffisait qu’une perspective d’évolution existe pour que je m’imagine y dresser un semblant de carrière. A contrario, quand je comprenais qu’il n’y en avait aucune et que je n’allais plus rien apprendre, c’était comme signer mon arrêt de mort, je dépérissais.

Aujourd’hui, je me demande donc. J’ai un métier, ou bien je travaille juste ?

Mon activité ressemble en tout point à l’idée que je me fais du métier. Il faut des compétences autres que celles qu’on a déjà naturellement, il y a des responsabilités, et des projets sur long terme qu’il faut mener. Il a un titre, il est complexe, n’importe qui ne peut pas y prétendre (et j’ai une chance incroyable d’en être, au regard de mon parcours !).

C’est très étrange pour moi de penser que j’ai un métier. Un métier dans les doigts. C’est complètement fou ! C’est tellement inhabituel autour de moi que je me sens vraiment privilégiée, et que j’en ai honte. Parce qu’en plus de ça, j’exerce un métier qui me plaît et qui a de nombreux avantages.

Suis-je passionnée par ce que je fais ? Non. Non, pas du tout. Ca n’est certainement pas une vocation, ni une passion. Mais c’est plaisant parce que ça me correspond bien. Il y a de vraies valeurs morales derrière, ça sert vraiment à quelque chose (ce point n’est pas tout à fait exact, car si demain mon métier disparaît, rien ne changera vraiment, cependant je travaille à des fins humanitaires et j’ai un véritable impact), c’est très polyvalent, ça nécessite de l’imagination, ça me permet de créer, j’apprends en continu, et surtout : je suis complètement libre. Je peux faire ce que je veux quand je veux, à tel point que j’ai régulièrement l’impression d’être en freelance, sans les inconvénients.

Etre passionné.e, c’est quand-même quelque chose. L’ai-je été dans ma vie ? Avec le recul, je ne pense pas. Rien ne m’obnubile, mais de nombreuses choses m’intéressent assez pour que j’apprécie de les creuser un jour. C’est peut-être grâce à ça que j’ai la faculté d’apprécier n’importe quel job (tant que j’apprends avec !).

Je ne suis pas hyper impliquée dans mon travail, étrangement. Avant, je mettais corps et âme dans le boulot, je m’arrachais, je donnais tout. Le travail, c’était important, primordial, ça me reflétait. Aujourd’hui, alors que j’ai le poste parfait, mon activité n’a plus tellement d’importance. Je suis contente de faire ça plutôt qu’autre chose (très contente !) mais je n’ai plus cette motivation-là. Ce n’est pas grave si ça n’est pas parfait, si ça prend du temps, ce genre de choses …

Peut-être parce que je n’ai plus l’impression de bosser. Je bulle. Je bulle tout en faisant. Je fais les choses tranquillement, quand je sens que c’est le bon moment pour les faire. Je ne me force plus pour rien, en accord avec la hiérarchie. Une façon de manager qui me correspond, en cela qu’elle me cadre juste ce qu’il faut et qu’elle accepte tout de ma personnalité. C’est comme si j’avais un père plutôt qu’un patron. Il regarde de loin en loin au dessus de mon épaule pour s’assurer que je prends la bonne direction, mais il préfère attendre que je lui rapporte fièrement le fruit de mes idées, tout en confiance, plutôt que de m’empêcher d’explorer un endroit inconnu. Il me laisse me tromper en toute conscience, sans m’engueuler, on prend le risque et ça, c’est quelque chose d’incroyable.

Je viens aux bureaux comme j’irai à la maison. En parfaite quiétude.

J’ai l’impression que je travaille beaucoup plus à la maison. Parce que je fais physiquement les choses, je ressens les courbatures et la fatigue. C’est un autre travail, qui me plaît aussi, puisque je le fais pour nous, notre confort. Ca nous apporte du bonheur. Il y a des gens qui sont usés rien qu’à l’idée de penser qu’il faudra encore faire des travaux chez eux. Jamais tranquilles. Moi, j’aime bien. J’ai une liste longue comme le bras et je sais qu’elle n’aura jamais de fin. J’aime bien. J’adore travailler pour moi.

Qu’est-ce que c’est le travail, finalement, toute notion d’argent mise à part ?

C’est peut-être juste faire. Faire quelque chose qui sert à quelqu’un, ce quelqu’un pouvant être soi. C’est aider ou améliorer, en somme. Est-ce qu’au quotidien, j’aide et j’améliore ? Oui. Je travaille donc, métier ou pas, passion ou pas. Argent ou pas.

J’ai peut-être atteint mon idéal. Je touche assez d’argent pour vivre bien. Je me foutais qu’on m’augmente et je m’en fous toujours. Alors que je gagne sensiblement le même salaire qu’avant. Ce changement d’intérêt pour l’aspect financier vient sans doute du fait qu’avant, je n’appréciais pas assez mon job pour ne pas exiger qu’il soit mieux rémunéré. Il fallait bien que j’en retire quelque chose de mieux. Aujourd’hui, ce qu’est mon job me suffit comme compensation à l’exercer. Alors …

Ce qu’on fait de nos journées, ça a tout de même une sacrée importance. Ces derniers temps, je me pose des questions sur tout ça. J’essaie d’évaluer un peu ma vision des choses, mon sentiment face à mes activités, ce qui a changé … Et vous, quel rapport maintenez-vous avec vos activités, ou non activités, professionnelles ou personnelles ?


12 thoughts on “Le travail ?

  1. Sabrina Répondre

    Alors là je suis bluffée! Je suis tombée par hasard sur ton blog. Mais c’est tout moi ça même si j’ai 20 ans de plus!! D’ailleurs je viens juste de quitter un travail qui ne m’intéressait plus intellectuellement ou pecuniairement 😉
    Régulièrement je reprends des formations (merci le CIF) pour le seul plaisir d’apprendre… De plus une réflexion anodine d’une recruteuse sur mon CV (que je trouvais trop heteroclite ou montrant une instabilité) m’avait « sauvée »: « vous ne restez pas les deux pieds dans le même sabot. » oui elle m’avait sauvé !! Je présente mon CV comme polyvalent maintenant.
    La question est de savoir ce que je vais faire demain… Étant également creatrice, je ne perds pas mon temps. Tout ça pour dire MERCI POUR CET ARTICLE.
    Je vais d’ailleurs lire les autres aussi 😙

    1. Rozie Répondre

      Merci à toi Sabrina !

      C’est drôle, ce matin, je pensais justement au CV de mon amoureux (et au mien) et je me disais qu’on devait justement le présenter comme étant polyvalent et preuve d’une grande adaptabilité et ouverture (puisque c’est le cas !), plutôt que de laisser le recruteur en exploiter la faiblesse qui dirait : instabilité.
      Durant mes entretiens d’embauche, maintenant, je n’ai plus peur de dire que j’aime apprendre et que c’est pour ça que je vole d’un domaine à l’autre. Je n’ai plus peur d’expliquer que si je ne suis plus stimulée intellectuellement, je m’en vais.

      C’est d’ailleurs la raison que j’ai évoquée à mon ancien employeur, que j’appréciais, pour lui expliquer mon départ. Je lui ai dit une fois avant de partir. Il m’a dit qu’il comprenait parfaitement, et a tenté de me donner du grain à moudre, mais ça n’a pas suffit. Je lui ai dit une deuxième fois, il a dit qu’il ne pouvait malheureusement faire plus, alors je suis partie, et il ne m’en a pas voulue.

      A bientôt 🙂

  2. Ornella Répondre

    Intéressant ton article, c’est fou comme les perspectives peuvent changer.

    1. Rozie Répondre

      Merci Ornella !

  3. Claire Répondre

    Intéressant ta vision, le métier serait quelque chose que l’on a choisi alors que le travail serait plus subi. Et pour ma part j’ai plus l’impression de subir aujourd’hui alors qu’au départ c’est au moins une orientation (pas forcément un métier précis) que j’avais choisi. Après comme je le disais justement hier soir à une amie, j’aimerai changerai de crèmerie, l’herbe serait-elle plus verte ailleurs et en même temps je me sens professionnellement un peu paumé. Le poste que j’occupe actuellement ne correspond qu’à 20% des tâches auxquelles je m’étais destinée de par mon orientation et je dois dire que le non-management dans mon entreprise n’a jamais été une grande source d’épanouissement.
    Mais s’il y a dix ans de cela, au travers de mes premiers stages, ce que j’avais fait m’avait beaucoup plus ; aujourd’hui je ne suis plus certaine et je me rends compte qu’une certaine frustration a peu à peu sapé la confiance que j’avais dans mes compétences.
    Aussi c’est rassurant de lire que malgré tout on peut réussir à trouver un poste dans lequel s’épanouir.
    Car comme tu le dis, le travail représente quand même une part non négligeable de notre emploi du temps.

    1. Rozie Répondre

      Je crois que c’est une douce rêverie d’imaginer qu’on fera exactement ce qu’on apprend durant ses études. Bien sûr, c’est possible, mais ça n’est pas exactement la norme.

      Et puis, on change, et je trouve ça étrange de penser qu’on fera la même chose toute sa vie. Je crois que c’est très français, comme vision de carrière. Ne t’inquiète pas de ne plus apprécier comme avant ce que tu as appris et ce que tu fais, je pense qu’il n’y a rien de plus normal !

      Alors, si tu t’en sens l’envie, tu peux te réorienter, tenter autre chose. Il faut pour ça que ça se passe bien dans les autres sphères de ta vie (je dis ça parce qu’en général, c’est le reste qui nous retient de sauter dans l’inconnu, pour toutes les raisons de la vie quotidienne), mais … Pourquoi pas ?

  4. Marie Kléber Répondre

    Je regarde le travail différemment depuis quelques années. Est-ce l’expérience ou bien d’avoir trouvé un poste qui allie flexibilité et autonomie? Je ne sais pas.
    Le fait d’avoir une passion, l’écriture, m’aide énormément à apprécier mon emploi. Je sais que c’est purement alimentaire et pourtant cette année j’ai des idées pour rendre mon travail plus intéressant, j’ai envie de mettre des choses en place.
    Je me répète toujours mais tout est une question d’équilibre.
    Le travail de ses rêves tout le monde ne l’a pas. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’épanouir dans celui que l’on a.
    Intéressant sujet Rozie.

    1. Rozie Répondre

      C’est très juste ! On peut tout à fait s’épanouir dans un travail qu’on n’aurait jamais pensé exercer un jour. Et heureusement !

      C’est une question d’équilibre, c’est juste. Pour mon employeur, le travail ne doit pas être une contrainte, et ne doit surtout pas être mal vécu. Sinon, l’équilibre est rompu. Donc il fait en sorte qu’on aime venir, et qu’on se sente bien. C’est vraiment chouette et ça fonctionne du tonnerre !

      Le management « positif », je pense que c’est déjà une clé énorme qui régale tout le monde : l’entreprise qui voit ses salariés l’apprécier avec tout ce que la engendre d’implication et de professionnalisme, d’envie … Et le salarié, qui aime ce qu’il fait, et qui est « heureux » de ne pas perdre son temps 35h par semaine !

  5. Anne-So - Ze PermaLab Répondre

    C’est intéressant cette définition que tu donnes au mot « métier » ; tu y fais peser tant de passion et d’anticipation que je me demande si qui que ce soit pourrait alors parler d’exercer un métier !
    En ce qui me concerne, je dirais qu’un métier, c’est quelque chose d’utile (les différents artisanats par exemple comme le travail du bois, du tissus, ou le maraîchage, etc.), par opposition au travail, qui est juste un moyen de justifier un salaire. Du coup, comme avec ta définition, on se retrouve avec assez peu de candidats 😛
    En tout cas, c’est très chouette de lire que tu te sens complètement détendue par rapport à ton emploi (à défaut de savoir comment l’appeler selon ta propre classification 😉 ) ! J’espère que cet état de grâce va pouvoir suivre son cours tranquillement aussi longtemps qu’il te porte.
    Sur la question du rapport entretenu avec ses activités, pour moi, c’est très clair : quand je fais quelque chose de concret, d’utile, de créatif, ça m’épanouit ! Et comme pour toi, les « travaux » d’amélioration de l’habitat me semblent être une occupation vraiment épanouissante ! D’ailleurs, ça me fait penser qu’en fait, une maison en travaux, c’est une maison qui vit ; je trouve ça exaltant !
    Des bisous Rozie !

    1. Rozie Répondre

      C’est intéressant d’envisager la chose comme ça, Anne-So, et ça n’est pas dénué de sens, tiens. Je vais y réfléchir !

      Dans tous les cas, on se rend compte qu’on est plus nombreux à travailler qu’à exercer un métier … Ca pose la question de l’utilité réelle de tous les postes qu’on connait aujourd’hui, dont le mien ! Et à dire vrai, énormément de monde travaille pour « rien ». Ou alors pour quelque chose d’impalpable.

      Une maison qui vit, oui ! C’est exactement l’effet que ça me fait quand je me mets sur mes petits travaux. Et puis, j’ai l’impression de la soigner et de mettre des pansements sur de vieilles blessures. Je lui redonne une jeunesse, je lui confère un nouvel aura. Ca me plaît beaucoup !
      Je recommence vendredi ou samedi ;).

      Des bisous à toi !

  6. Illyria Répondre

    Tu as de la chance d’avoir un travail où tu es libre comme ça et où tu peux travailler à ton rythme, moi c’est mon rêve…
    Mais je sais pas du tout où je pourrais trouver des conditions comme ça et quel poste pourrait me permettre de faire ça… Ca me blase TELLEMENT le monde du travail :/ C’est vraiment génial que tu aies trouvé un poste où tu te plais bien comme ça!
    Ton témoignage est encourageant en tout cas!

    1. Rozie Répondre

      Bonjour Illyria :):):)

      Oui, j’ai énormément de chance, et j’en suis consciente ! Je remercie souvent qui de droit.

      Je ne saurais dire où on peut trouver ce genre de poste. Ca dépend surtout de la personne qui t’emploie. J’ai eu la chance de tomber sur une bonne personne. Je suis dans le milieu associatif aussi, alors peut-être que ça a un lien ? (Je n’en suis vraiment pas sûre, hein, je n’ai connu que mon poste donc c’est une hypothèse.)

      Je te souhaite de trouver une place qui te conviendra parfaitement, de tout coeur !

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