Le regard que portent mes parents sur mon amoureux.

Complicité

J’avais quatorze ans quand je présentais mon premier copain à mes parents. Pas amoureuse mais flattée qu’un lycéen s’intéresse à moi, j’avais nonchalamment accepté ses avances. Il était grand, blond au regard azur, boxeur et piercé. Mes parents l’accueillirent poliment, mais avec méfiance. La seule journée que j’ai passé chez lui s’est soldée en baisers langoureux que je n’appréciais guère, suivis de quelques tentatives trop abruptes à mon goût. Son père, habitué à la fougue de son garçon, était entré dans la chambre, sermonnant son fils d’un « Ne fais pas n’importe quoi Benjamin, j’ai promis à ses parents que tout irait bien. » Quelques semaines plus tard, notre histoire se terminait en l’absence manifeste de ses nouvelles. Il m’avait ghostée.

Je passais quatre années seule pendant que tous mes amis vivaient leurs premiers sérieux amours, avant de rencontrer D. Si mes parents ne comprirent guère ce qui, de prime abord, m’avait attirée chez lui, ils l’acceptèrent néanmoins avec gentillesse. Ils portaient sur lui un regard bienveillant, passant l’éponge sur ses défauts de caractère et sa dépendance manifeste au shit. Après tout, il n’était pas le seul. Ils les accueillirent, lui et son frère, un mois durant pour qu’ils puissent travailler à moindre frais chez les agriculteurs du coin. Ils l’invitèrent au restaurant, s’adaptèrent au mieux à ses exigences, le traitèrent comme leur pair. La déception et la colère furent rudes quand ils comprirent le calvaire que m’avait fait endurer D. Mon père culpabilise de n’avoir rien vu et ne s’en remet toujours pas.

En ce début d’été 2013, j’annonçais donc à mes parents ma rupture douloureuse d’avec ce bourreau et mon amour passionné pour ce nouvel arrivant. Si je taisais les réelles raisons de cette cassure brutale, je ne tarissais pas d’éloge pour mon coup de coeur. « Papa, Maman, je suis amoureuse. » Ils ne m’avaient jamais vue comme ça, avec un homme dans ma peau (*musique*). Tout d’un coup j’avais le sourire, les yeux pétillants, la parole facile … Je m’ouvrais au monde. A peine commençaient-ils à se souvenir du prénom de mon prétendant que j’annonçais notre prochain emménagement et l’achat d’un véhicule en commun ! De quoi les déboussoler .. Qui était cet homme qui faisait chavirer le coeur d’artichaut de leur petite fille ?

Je commençais les présentations avec des photographies. Les réseaux sociaux m’en offraient à la pelle, et je pouvais choisir celles qui lui rendaient service. Evidemment, j’amadouais ma mère en premier. Son regard de femme était un réel coup de pouce : mon prétendant était si beau (si,si) ! Ma soeur se joignit à nous, et c’est avec fierté que je leur présentais virtuellement mon amoureux. « Et ben .. Tu l’as bien choisi ! C’est un beau gosse ! Tout à fait le genre de la famille ! »

Banco, j’avais réussi ! Son minois charmeur faisait son effet, elles étaient séduites. Qui ne tombe pas en pâmoison devant un bel espagnol, cheveux ébènes et peau diaphane, à la stature élancée et musclée ? Même mon père l’avoua (certes, à demi-mot), mon amoureux avait le physique de son côté. Toutes les femmes de la famille complimentèrent mon choix, ce qui ne manqua pas de me plaire. Pour la première fois de ma vie, les autres m’enviaient mon homme.

Mais l’habit ne fait pas le moine et nous devions passer à de réelles présentations. Mon père nous avait dégoté la voiture idéale, nous devions venir la récupérer et, par la même occasion, passer le week-end chez mes parents. Au sortir de la gare mon paternel nous attendait, adossé au capot de son 4*4, les bras croisés et le regard interrogateur. Mon amoureux complètement impressionné agrémenta, sous la pression, sa poignée de main d’un « Bonjour Beau-Papa. » Il paraissait confiant, il était flippé.

Ces deux jours particuliers se passèrent sous les meilleurs hospices. Mon héros du quotidien réussit sans peine à mettre ma famille à l’aise, à discuter, à faire rire les filles et blaguer avec mon père. Je crois que mes parents comprirent tout de suite de quoi il retournait. Ils voyaient ce grand garçon témoigner un amour sincère et unique à leur fille et je sentis, au travers de leurs regards, qu’il se reconnurent en nous. Ils retrouvèrent la passion, l’excitation des débuts, le romantisme exacerbé .. Ils l’apprécièrent tout de suite.

Au fil des mois, ils l’acceptèrent comme leur propre fils, celui qu’ils n’avaient jamais eu. Parfois je les vois tous les deux, mon père et mon mari, marcher et discuter. Mon père prend plaisir à lui apprendre des choses, à lui faire découvrir la région et la famille, à tisser un lien véritable avec lui. Je suis émue quand je les vois s’amuser tous les deux, à faire courir le chien ou à tirer sur des bûches de bois. Je me dis qu’on a réussi quelque chose et que cette chance n’est pas donnée à tout le monde.

Les fiançailles jouèrent leur rôle dans l’investissement émotionnel que mes parents ont placé en lui. Ils ne s’y attendaient pas mais cette preuve immense d’amour les emporta. « Nous remercions A. de tout l’amour qu’il te porte, de faire de toi la femme heureuse que tu mérites d’être, et sommes heureux et fiers de vous avoir à nos côtés. Nous vous aimons. » Le mariage encra définitivement mon amoureux dans la famille, il est à présent aimé et choyé par chacun des membres qui la composent. A leurs yeux comme aux nôtres, nous ne formons qu’un : leur amour nous nourrit et nous protège.

« On ne comprendrait pas si un jour vous deux, ça ne fonctionne plus. » Voilà ce que me disent mes parents. Je pense qu’ils ont aussi compris qu’il m’avait sauvée et sortie du mauvais pas dans lequel j’étais. De ce fait, ils lui sont reconnaissants de m’avoir secourue à leur place. A présent, mon mari fait partie de leur vie et de leur paysage, ils n’imaginent pas qu’un jour cet acquis puisse disparaître. Il est un nouveau pilier de la famille et ils savent qu’ils peuvent s’appuyer sur lui, lui faire confiance et l’aimer. Ils savent que cet amour et cette reconnaissance sera rendue au centuple. Je suis très fière de ma famille.

En acceptant sans détour les personnes que j’ai choisies pour marcher à mes côtés, mes parents m’ont aidée. Je les remercie de n’avoir jamais jugé mes choix, et d’avoir été si entiers avec ces hommes que j’ai aimé, même les plus mauvais. Ils donnent et c’est une force, n’est-ce pas ?


2 thoughts on “Le regard que portent mes parents sur mon amoureux.

  1. SweetieJulie Répondre

    J’admire le comportement de tes parents, qui ont su accepter ces relations sans juger et qui sont restés à tes côtés à t’aimer. Ce n’est pas forcément le cas des miens. Le fait que leur amour vous protège et vous nourrit, je trouve ça vraiment magnifique. Merci de partager ça avec nous.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci à toi !
      J’ai beaucoup de chance avec mes parents. Ils ont toujours accepté mes choix et les personnes avec lesquelles j’ai choisi de m’entourer. Ils n’ont pas jugé, et ça m’a beaucoup aidée.
      Je suis consciente qu’on n’a pas tous cette chance, alors je leur en suis très reconnaissante.

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