La lettre.

Il paraît qu’écrire une lettre, puis la brûler, ça peut soulager. Je trouve ça un peu simple, alors je ne l’ai jamais fait. A chaque fois je crois avoir fait le tour de ce que tu m’as fait. A chaque fois je me rends compte que non. J’en apprends encore. J’ouvre encore des yeux hagards sur la nature de tes gestes, de tes mots.

J’ai toujours ton adresse mail enregistrée. J’aimerais tant pouvoir te dire. Tous les sentiments, bons et mauvais, que tu m’inspires. J’aimerais pouvoir t’écrire ma version de l’histoire. J’aurais besoin que tu te rendes compte de ce que tu m’as fait. Que tu l’avoues. Que tu l’assumes. Que tu vives avec cette réalité.

Voilà bien quelque chose que je n’aurais jamais. Quelque chose qu’il ne faut pas que je cherche à avoir. Qui me laisse pour toujours un goût d’inachevé.

A la question du « pourquoi moi », je trouve désormais une réponse. Une belle réponse, soufflée par quelques gentils professionnels. J’ai un peu de mal à les croire, bien sûr, mais ils sont unanimes. C’était moi parce que je suis jolie, dehors et dedans. C’était moi parce que je suis solaire. C’était moi parce que je suis intelligente. C’était moi parce que je pense avec le coeur. C’était moi parce que j’avais besoin de donner de l’amour, beaucoup d’amour. C’était moi parce qu’à ce moment-là, une brèche avait fendillé ma coquille. C’était moi parce que je suis le profil type de ton profil type.

Voilà ce que je martèle dans ma tête.

On a beau m’expliquer que tu n’a(vai)s pas d’affect, que tout ce que tu faisais était calculé par avance, que tu ne souffrais pas mais qu’au contraire, tu jouissais de ma souffrance … Ca rentre difficilement, tu sais.

T’es un sacré comédien, alors ?

Je n’arrive pas à différencier le vrai du faux, dans notre histoire. Je n’arrive pas à savoir quand tu étais sincère. Qu’est-ce que tu pensais vraiment ? Cette question m’obsède.

Parfois, j’ai envie d’écrire cette lettre pour te cracher toute ma colère au visage. D’autres fois par pseudo-altruisme, pour te faire comprendre que quelque chose ne tourne pas rond chez toi, et que si vraiment tu veux être heureux un jour, il faut que tu t’en rendes compte. C’est surtout ça, en fait. Réussir enfin ma mission.

Parfois j’ai envie de prévenir tes parents et ton frère. Ils le savent déjà, je le sais. Tu leur en as fait subir, à eux aussi. Mais parce qu’ils sont ta famille, ils ne te fuiront jamais. Ils sont condamnés à vivre l’enfer que tu crées autour d’eux.

Il y a mille mots que j’aimerais que tu entendes. Je suis encore cette enfant perdue que tu as rencontrée. Celle que tu secouais pour qu’elle grandisse un peu.

J’aimerais surtout que tu me parles avec sincérité. Que tu m’expliques pourquoi, d’où ça te vient d’être aussi machiavélique. Que tu laisses tomber les masques, pour une fois. Ai-je déjà eu, en face de moi, le vrai toi ?

Existe-t-il seulement ?

Car si les psy ont raison, s’ils ont tout juste, tu n’es qu’une carcasse vide. Un robot. J’ai aimé un fantôme. Un préfabriqué. Un ersatz. L’un de ses zombies dont j’ai si peur, que je ne supporte pas de voir à l’écran. Ceux-là même qui me font froid dans le dos et me mettent si mal à l’aise.

Il paraît que tu as tissé une toile autour de moi, à l’intérieur de moi. Tu as parasité mon environnement physique et psychique. Etais-je ta première ? Ta première vraie victime ? Ton premier profil type, de ton profil type ?

Tu étais mon premier, et j’espère le seul. Je souffre de n’être qu’un cocon parmi tant d’autres sur ta toile. Un cocon vide, heureusement.

C’est assez étrange de voir la chose de cette façon-là. Sous ces termes qui enlèvent toute notion de sentiments à l’histoire, pour les remplacer par la logique. Logique froide et distante. « Il était ça, vous êtes ça, c’est pour ça. » Ils disent que ça s’est vraiment passé comme ça. Mais qu’en savent-ils, finalement ?

Pour les belles histoires aussi, on dit : « C’est parce que c’était toi, c’est parce que c’était moi. »

On n’a pas besoin de chercher la logique du bonheur. On s’en moque. Ca n’a aucune importance de savoir pourquoi, on est heureux, c’est tout. Pour la douleur, c’est une autre histoire. Il faut que ça serve, que ça ne soit pas vain, qu’il y ait une raison. Sinon, c’est insupportable.

Tu m’es insupportable. Parce qu’aucune raison ne me semble assez juste. Assez vraie. Est-ce que ça me soulage de savoir qu’il y avait des prédispositions à notre rencontre, à notre rapport de force ? Je crois que oui. Dans un certain sens, oui.

Il faut que je t’accepte tout entier. Toi, dans ma vie. Il faut que j’accepte que tu me reviennes en mémoire, encore de temps en temps. Même si je semble guérie. Même si tout porte à démontrer que je suis passée à autre chose.

Je te déteste autant que je t’aime. Tu m’inspires de nombreux autres sentiments. Rares sont les personnes sur lesquelles je peux exercer un panel si complet d’émotions. Quand je te pense, c’est tout noir. Noir comme le superposé de toutes les couleurs, toutes les nuances. Noir comme la lumière que tu absorbes, imperturbable, sans jamais en réfléchir un rayon. Noir comme une complétude.

J’en ai rédigé des centaines, de lettres, sous mes paupières closes. Il te faudrait toutes les recevoir. J’aimerais qu’elles parviennent au garçon avec lequel j’ai enregistré la chanson. Celui qui m’a fait découvrir l’un des parcs de Lyon. Celui qui m’a offert cette peluche avec tant de joie dans le regard. Celui qui m’a serrée si fort contre lui à ce concert. Ce garçon-là.

Tu te rends compte ? 4 moments. Grâce au pouvoir de quatre moments, j’ai tenu deux ans à tes côtés. Je m’accrochais à ça. A cet éclair succinct d’amour passé quelques secondes dans tes yeux. Il ne m’en fallait pas bien plus. Si personne n’était venu me prouver qu’on pouvait m’aimer plus, m’aimer mieux, m’aimer vraiment, je serais sans doute restée encore des mois. Tu m’aurais donné un autre moment, j’aurais effacé toute la peine qui le précédait.

Faut-il être candide …

Je brasse des mots qui disent tout et rien. D., tu restes impénétrable pour moi. Et sans doute cette phrase te fera-t-elle ressentir une certaine fierté. Car c’est ce que tu veux, au fond, que personne n’entre, non ? Alors bravo, tu as réussi. Tu seras à jamais l’éclatant mystère de ma vie. L’ineffable point d’interrogation. Je n’ai pas fini de m’interroger. Je n’en finis pas de penser à toi.

Je suis le serpent qui se mord la queue. Je tourne en rond. Je n’y pense quasiment plus. Désormais, quand ça m’arrive, c’est un goût d’inachevé dans ma bouche, d’incompris. Je repasse devant les mêmes comptoirs, encore et encore. On m’a dit que c’est précisément l’effet recherché. Il faut que j’arrête. Mais c’est précisément ce que je ne peux pas faire. Le profil type du profil type …


4 thoughts on “La lettre.

  1. S Répondre

    Mon dieu Rozie… Tu as décidé de me faire pleurer : ) ? Ces mots que tu as écrits auraient pu être les miens. Je me sens tellement proche de ton ressenti. Moi aussi je pense constamment à qui tu sais, elle tourne en boucle dans ma tête nuit et jour. Moins qu’avant cepandant, depuis ma rencontre avec une autre femme. Mais la douleur revient souvent. Je suis tiraillé entre deux positions. Celle de la haine la plus noire, qui saurait me faire perdre la clairvoyance, me conduire à une vengeance brutale et radicale que je ne fais que fantasmer (mal)heureusement ; et celle de la sagessse, qui me permet de me dire qu’elle n’était pas si mauvaise, que c’est aussi et surtout ma faute, que je ne suis pas le seul à traverser ça, que ce n’est pas si grave après tout, que ses mots cruels n’étaient que des mots, que ce n’est pas ma faute si elle était si égoiste et immature.
    Mais ces deux pôles rentrent en conflit et au cours d’une seule journée je peux passer d’un état stable, socialement acceptable, normal, à celui de la colère, pathétique, émotionnel, jugé.
    Et comme toi, je ressens le besoin imperieux de lui dire tout ce que j’ai sur le coeur. Parce que comme toi, j’ai le sentiment que ce n’est pas achevé, qu’elle s’en est tirée trop facilement. Comme toi, je ressens le besoin qu’elle assume, qu’elle reconnaisse avoir mal agi. J’ai besoin qu’elle sache que j’étais au courant de tous ses mensonges, j’ai besoin qu’elle sache que je suis au courant de tout ce qu’elle a tenté de me cacher. Et comme pour toi, je veux que sa famille sache, que ses amis sachent, que ses fans sachent ce qu’elle est vraiment.
    Cela signifie que la brêche n’est pas encore fermée et je sais qu’elle restera toujours sanglante tant que je n’aurais pas agi pour vider mon sac une bonne fois pour toute.
    Alors j’ai eu l’idée d’écrire non pas une mais deux lettres. La première pour exprimer tout mon ressenti et ma haine, mes démons, mes regrets, ma rage, tout cela sans aucune retenue. Et la seconde, sage, aimante, bienveillante, pardonnante, pour lui exprimer que je penserai parfois à elle, et que je ne souhaite qu’une chose : qu’elle soit heureuse. Et je lui dirai de choisir la lettte qu’elle préfère entre les 2 et d’oublier l’autre.
    Mais je me retiens. Parce que j’ai peur de regretter. Peur d’avoir mal compris quelque chose, peur de détruire davantage une relation qui est pourtant déjà détruite, peur de ne pas utiliser les bons mots, les bonnes phrases, peut d’oublier des choses, peur qu’elle ne lise tout simplement pas.

    Pourtant j’étais à peu près en paix depuis tout ce temps. Je ne pensais presque plus à elle. J’ai fait un silence radio des plus total. Mais elle continue de me dénigrer, à m’insulter dans les commentaires sur les reseaux sociaux. Dès qu’une occasion se présente, elle n’hésite pas à dire à la terre entière (puisque FB est un lieu public) que je suis « taré, dégénéré, PN » et j’en passe. Ce sont ses mots. Elle parle de moi ainsi même à ses anciens élèves qui n’ont même pas 15 ans. Quand je la vois dire de telles horreurs, la haine arrive et je dois déployer absolument toute mon énergie pour ne pas céder à la vengence même si j’ai les moyens de me venger. Alors je suis obligé de la dénigrer à mon tour. Je dois me dire des choses comme « elle continue de dire du mal de moi alors que je ne lui ai rien fait, juste pour se mettre en valeur aux yeux des autres, elle est pathetique, c’est qu’une gamine de 14 ans dans sa tête. »

    Bref, je compatis vraiment à tes peines qui te traversent Rozie. Car je sais combien c’est éprouvant et violent de haïr une personne que l’on a aimé, qui nous fut intime, et pour qui on aurait tout donné.

    S*****

    1. Rozie Répondre

      C’est encore très, très tôt pour toi. Je comprends tes accès de haine, on a tous les mêmes je crois, dans ces moments-là. A l’époque, je souffrais beaucoup de ce qu’il pouvait dire aux autres. A ceux qu’on avait en commun, il ne tarissait pas d’éloges sur moi, même quand je l’ai quitté. Je trouvais ça louche. Il m’avait insultée si durement, et devant moi – ! – les mois d’avant que ce revirement de situation ne me semblait pas logique. C’était sans doute l’une de ses dernières manipulations.
      Je pense qu’à ceux que je ne connaissais pas, avec lesquels je n’ai plus jamais eu de contact, il a été beaucoup plus violent à mon sujet. Mais ce n’est pas sûr …

      Si toi, tu peux le voir sur les réseaux sociaux, je conçois parfaitement à quel point c’est blessant et humiliant. Et je ne peux pas m’empêcher de penser : que penserait D. en voyant tout ce que j’ai écrit sur lui ? Je l’ai aussi traité de PN, et je suis certaine qu’il l’est. Je l’ai forcément profondément blessé. C’est dur.

      Il faut faire la part des choses entre ce qu’elle a le droit de ressentir et de dire sur ses sentiments, dans son cercle, et ce qui est vraiment de l’ordre de l’insulte. Je ne sais pas quoi te dire …

      Pour ce qui est des deux lettres, fais comme te dicte ton coeur. Mais je reste persuadée que si tu ne lui donnes que la « mauvaise », tu ne seras pas … « Satisfait. » Tu as cette dualité, tu ressens des choses contradictoires. Prends peut-être le temps de laisser tout ça s’apaiser avant de lui écrire. Je ne suis sans doute pas de bon conseil, ce n’est pas mon histoire. Tout ce que je peux te dire c’est que moi, je me suis toujours retenue de lui écrire, parce qu’il y avait toujours une petite voix qui me disait que finalement, je savais bien que ça ne ferait du bien à personne …

      Je compatis aussi à tes peines, S. Heureuse de lire que tu as rencontré quelqu’un ! A très bientôt 😉

  2. marie kléber Répondre

    Il faut du temps Rozie pour accepter tout ça, c’est tout à fait normal.
    Tu oublies et puis tu y penses à nouveau. Parfois il suffit de pas grand chose pour que les souvenirs refassent surface.
    Tu sais je viens de rencontrer quelqu’un et je me rends compte que j’en veux encore à mon ex pour certaines choses. Un deuil ça prend du temps, c’est fait de hauts et de bas. Ma psy me disait que je n’oublierais jamais, que j’apprendrais à vivre avec, que ça me fera toujours mal, même un peu, même dans 10 ou 20 ans.
    Je crois qu’il faut rester patiente et bienveillante envers soi.
    Je t’embrasse et pense fort à toi.

    1. Rozie Répondre

      C’est vrai, il suffit de peu pour y songer à nouveau, au détour d’une vue, d’une pensée, d’un mot.

      Je crois qu’elle a raison, ta psy. Est-ce possible qu’un jour ça ne fasse plus jamais mal, une blessure ? Même sur le corps, j’en doute. Quand elles sont profondes, elles ont beau être réparées, ce n’est pas comme avant. La douleur se réveille les jours de pluie, forcément … !

      Il faut composer avec, et rester bienveillant, comme tu le dis. Toujours.

      Je t’embrasse aussi, Marie !

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