La demande.

bague de fiançailles

Nous étions ensemble depuis sept mois, et vivions ensemble depuis 122 jours. Nous avions déjà acheté une voiture en commun et parlions mariage avec une facilité et une envie déconcertantes. Nous étions sûrs de nous, nous voulions nous unir et nous n’allions pas attendre un délai respectable pour céder à ce besoin.

Le sujet s’est présenté naturellement à nos lèvres, entre rires et câlins. C’était une évidence, rien n’avait été plus simple que de vivre l’un avec l’autre, nous nagions dans un bonheur sans limites. Moi qui n’avais jamais rêvé de mariage, de robe blanche et d’alliance, je me surprenais à fantasmer cette journée. Nous le savions, nos parents seraient fiers qu’on marche dans leurs pas, et l’image de leur fierté rendait notre décision plus légitime encore.

Il allait demander ma main, je le sentais. Quelle bague choisirait-il ? Je trépignais d’impatience et d’incertitude.

Ce jour-là, je devais assister à une représentation du Roi Lear, pièce de William Shakespeare, au Théâtre National Populaire de Villeurbanne. Nous étions le 31 janvier 2014.

Il avait décidé de m’accompagner à la représentation, ravi d’avoir l’occasion d’assister à un spectacle vivant d’une telle beauté. Le théâtre nous accueillit avec chaleur : la scène ronde toute de bois vêtue, le feu des projecteurs, l’ambiance enthousiaste dans la salle, le doux tissu des sièges … Tout était propice à l’enchantement. Nous bavardions gaiement à la lecture du prospectus présentant metteur en scène et comédiens, puis le silence s’imposa. Un Roi Lear d’une présence magnifique nous accrocha. Nous fûmes tour à tour surpris, amers, heureux ; nous respirions au rythme des paroles que nous buvions comme du petit lait. Repus après trois heures de péripéties shakespeariennes, nous applaudîmes à tout rompre le talent des acteurs … La magie avait pris.

Sur le chemin du retour, nous nous sommes enlacés pour contrer les rudes températures de l’hiver. Nos paroles nous réchauffaient, et notre gaieté résonnait contre les murs silencieux.

Nous arrivions dans notre petit appartement et je me déchaussais quand il me dit : « Une surprise est cachée quelque part, à toi de la trouver. » Il était 23H50, mon coeur battait la chamade. Allais-je découvrir quelque part un écrin ? J’entamais ma recherche, les mains tremblantes, renversant tout sur mon passage, partagée entre l’envie de découvrir ma surprise et la crainte de mal me conduire. Dix minutes passaient et mon désarroi s’amplifiait. Minuit sonnait.

« Rozie .. ? » Je me retournais, déçue d’avoir échoué, et le retrouvais à genoux à mes pieds. Un boitier sombre parait la main qu’il me tendait, un diamant d’azur scintillait. « Veux-tu bien m’épouser ?Oui, bien sûr ! … » Il s’est relevé, et plaça le bijou avec délicatesse à mon annulaire gauche. Je devenais Cendrillon (*musique*).

La beauté de la pierre fine m’émerveillait. Son bleu profond me transportait, j’allais me marier. La dose d’amour que je venais de recevoir me rendait euphorique. A cet instant précis, nous étions hors du temps, hors du monde, sur des chemins de traverses. Nous répandions notre joie et notre satisfaction au delà de tout, nous communiions religieusement. J’étais heureuse, immensément heureuse et reconnue, grâce à lui, qui me chérissait si incroyablement fort !

Le reste de la nuit se lovait dans la tendresse, et nous nous sommes endormis dans la félicité. Le lendemain matin, nous avons prévenu nos familles, étonnées et heureuses. Nous avons partagé la nouvelle sur les réseaux sociaux, et sommes directement partis en quête d’une date et d’un lieu. Des étoiles plein les yeux, nous imaginions déjà notre mariage de printemps entre les pierres d’une bâtisse de caractère. Nous formions mille souhaits et sautions d’un nuage à l’autre. Nous allions nous marier.

Quelle fierté j’avais de porter ma bague de fiançailles au grand jour ! Je la regardais sans cesse et dans le métro, je croisais mes mains de telle façon qu’on ne devait plus regarder qu’elle. Le monde entier devait l’apprendre ! Rapidement mon fiancé me fit savoir que lui aussi, il rêvait d’une bague de fiançailles. Il me jalousait un peu. « Toi, tu peux le montrer à tout le monde, je veux faire pareil ! » J’ai profité de son anniversaire pour lui demander sa main à mon tour. Quelques jours avant qu’il ne prenne une année, j’ai attendu qu’il se douche pour déposer à pas de velours un ourson détenant bague et demande devant la vasque de la salle de bain. Patience … Quelle était longue cette douche ! « Ah .. Mais qu’est-ce que c’est ? … Ah mais … OOOOOooh … Oui ! »

Son bonheur me faisait chaud au coeur. Plus tard, il me racontera qu’il avait acheté la bague depuis longtemps et qu’initialement, il ne devait me l’offrir que le 21 juin, pour notre première année d’amour consacrée. Il n’a pas tenu, c’était trop difficile. Il avait imaginé m’emmener à Fourvière, devant la ville endormie pleine d’étoiles factices, mais la rudesse de l’hiver l’en détourna. J’aime son idée romantique, mais j’adore plus encore la douceur de la réalité. C’était parfait.

L’amour ne se réfléchit pas. Il n’est jamais trop tôt pour vivre sa passion avec ferveur, ce n’est jamais une erreur de croire que tout se passera bien. Quand bien même l’avenir gâcherait nos espérances, il ne faudrait pas regretter les gestes d’antan. Ils sont entiers, sincères, pleins d’espoir. Nos sentiments valent bien ce risque, n’est-ce pas ?


10 thoughts on “La demande.

  1. l0uanne Répondre

    Cette chance, le mien ne veut pas entendre parler de mariage et j’ai beaucoup de mal à le convaincre de changer d’avis, et pire il veut même pas entendre parler d’église moi qui rêve avant tout d’un mariage religieux. J’en parlerai peut être sur mon blog prochainement 🙂 Au fait je t’ai nominé aux Liebsters awards 🙂

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Aie, c’est toujours dommage quand on est pas d’accord sur le mariage .. Compromis, compromis ..
      J’espère que vous trouverez un terrain d’entente !

      Les Liebsters Awards ? Je n’avais pas vu non, d’autant plus que je ne savais pas ce que c’était !
      Merci pour cette nomination, je vais aller voir tout ça. Promis, j’y réponds le plus vite possible 😉

  2. Escarpins et Marmelade Répondre

    Cette bague est sublime ! J’adore les saphirs… tu as fini par trouver ton prince charmant donc;-)

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Oui, elle est magnifique ! Il ne s’agit pas d’un saphir, mais d’une topaze ! C’est ce qui fait qu’elle est claire et intense en même temps. Je l’adore !
      Je confirme, j’ai trouvé l’amour de ma vie.

  3. Peanuts Répondre

    Mon tout premier amour avait demandé ma main à ma mère, seulement un mois après notre rencontre… Il était tombé amoureux de moi depuis un an, mais nous ne nous étions rencontrés pour de bon au terme de l’année scolaire. Ma mère lui a répondu alors : « On en reparlera quand elle aura terminé ses études ». Je n’avais même pas 18 ans, et il est parti pour d’autres horizons après ce refus. Je n’ai jamais plus eu cette chance… j’ai perdu une occasion en or, celle de vivre la vie que je souhaitais si ardemment… Et à mon âge, plus aucun homme ne croit au mariage hélas… Un autre de mes rêves que je ne réaliserai jamais. *triste*

    1. Rozie & Colibri Répondre

      C’est très romantique de demander aux parents avant … Mais s’il n’a pas su t’attendre, peut-être que tu n’es pas passée à côté du grand amour. Dis-toi qu’il ne serait pas parti vers d’autres aventures après un simple refus (qui n’en était pas vraiment un puisque ta mère souhaitait simplement attendre que tu aies terminé tes études) s’il t’avait vraiment aimée …

      Je comprends ta tristesse. Mais tu sais, la vie est pleine de surprises … Laisse-lui une chance de te surprendre encore !

      1. Peanuts Répondre

        Non c’est fini, je n’y crois plus… depuis ce jour, je n’ai attiré que des malades, pervers ou dépravés. Je n’ai plus confiance dans les hommes qui ne pensent plus qu’à se taper des midinettes de 20 ans de moins que leur âge. Quant à moi, je ne suis pas du tout attirée par les hommes « blets ». (humour)

        1. Rozie & Colibri Répondre

          Tous les hommes ne font heureusement pas partie de ces catégories ! Je suis une incorrigible optimiste :).
          Souvent, c’est quand on ne l’attend plus qu’on se fait surprendre …

          1. Peanuts

            C’est ce que je pensais aussi, ma dernière histoire a duré sept ans… la chute a été terrible, c’était il y a deux ans et demi et je n’en suis toujours pas remise. Je ne crois plus aux contes de fées, c’est fini. Ce n’est pas pour moi, car quand ça m’arrive, ça finit toujours mal, va savoir pourquoi !

          2. Rozie & Colibri

            Prends ton temps pour t’en remettre. Les ruptures, les chutes, sont difficiles, surtout quand on passe entre les mains d’un manipulateur. Reconstruis-toi.
            Cela dit, c’est interessant de noter que tu tombes toujours sur les mauvaises personnes. Je pense que ce n’est pas anodin. Il y a sans doute quelque chose à gratter au fond de toi pour trouver ce mécanisme qui fait que tu t’attaches aux mauvaises personnes, et pouvoir le briser.
            Je ne dis pas que c’est de ta faute, surtout pas ! Mais que peut-être que c’est un processus inconscient, comme j’en ai parlé à mon sujet dans l’article « Le syndrome de l’infirmière ».

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