Evoluer et Grandir

Je n’ai plus peur de créer.

J’ai grandi.

La peur du jugement, d’entre toutes, est celle qui m’a le plus paralysée dans ma vie. Je m’interdisais tout, et je n’assumais rien. Je me battais pour avoir l’unanimité. C’était périlleux, ça demandait beaucoup d’énergie et générait énormément de frustrations.

Cette dernière semaine, je me suis surprise à lâcher-prise. « Oh non, pas ce sempiternel lâcher-prise ! Lâchez-nous un peu avec ça ! »

Oui, moi aussi, j’en ai ma claque qu’on me somme de lâcher-prise toutes les cinq minutes mais le fait est que … Ca fonctionne. J’ai beau m’énerver qu’on insiste encore avec ça, c’est lorsque je me résigne à le tenter que ça se dénoue. Je vais finir par croire que c’est de la magie !

Cette semaine, j’ai été à l’aise. Je suis passée à l’action avec naturel. J’ai mis mes projets de création à exécution. Je me suis étonnée d’avoir envie, tout simplement, de partager sans me sentir obligée d’être la meilleure et sans craindre d’être juste « bof ». J’ai même pensé : « Les premier.e.s ne seront pas exceptionnelles, mais c’est normal, c’est le début. »

Vous n’en mesurez peut-être pas l’impact, mais cette pensée est r-évolutionnaire* pour moi.

J’ai confiance. Ca y est. Aujourd’hui, j’ai assez confiance en moi pour ça. Pour être libre de faire et ne ressentir que du plaisir et de la joie. Ca me fait tellement de bien que j’ai le coeur qui palpite et la paupière qui tremble ! Je m’accomplis enfin. NOM DE DIEU !!!
=> Il faut y lire un soulagement intense … 

Que c’est bon ! D’un coup, tout se débloque : les idées fusent, l’envie m’arrache, les sources d’inspiration se multiplient.

Je ne me sens plus moins douée, moins persévérante, moins bonne, moins talentueuse, moins originale que les autres. Je n’ai plus peur qu’on me dise que je fais du vu et du revu, qu’on pense que mon travail personnel est pas terrible ou pas assez abouti, que ceux qui font mieux se moquent de moi, que mes proches tombent dessus et se mettent à en parler … En bref, qu’on me critique, ou que je déçoive.

Quand j’y repense, on ne m’a enterrée qu’une fois. J’avais 8 ans et les remarques étaient venues d’autres enfants malveillants. Mon ego en avait pris un sacré coup, et j’avais perdu toute mon assurance. A cet âge-là, un jour on est un héros indestructible, et le lendemain une nuisance insignifiante. L’ironie dans tous ça, c’est qu’ensuite je n’ai reçu que de francs encouragements. Mais je me souviens beaucoup plus du reste.

Heureusement que ma mère était là pour me pousser. Sur ce coup-là et à bien d’autres égards, elle a été parfaite !

Toutes les années que j’ai perdues, muselée par la peur … 10 ans. J’ai commencé à être mordue par l’envie de créer l’année de mes 15 ans. A l’époque, il s’agissait de musique et de chanter. Si dans les faits, j’étais capable, j’en étais littéralement empêchée par tous mes carcans. Entourée de « vrais musiciens », je me sentais si ridicule que je n’osais pas sortir une note sans qu’on me montre laquelle et qu’on me dise comment je devais m’y prendre.

Je me mettais beaucoup de pression pour être à la hauteur, et je ne supportais pas de me tromper. Devant les autres, évidemment : on pouvait être sûr.e qu’ensuite, je me murais dans le silence et l’inaction jusqu’à la fin. Mais aussi dans mon intimité : être seule à entendre ma médiocrité suffisait, je lâchais les exercices à la moindre fausse note. Du coup je ne m’améliorais pas, je ne chantais plus et pire, je régressais.

Je me faisais beaucoup de mal, à renflouer comme ça mes aspirations. Je nourrissais beaucoup de colère envers mon incapacité à être inspirée et créatrice. Je passais des heures à reluquer les autres, à les voir oser et réussir avec brio, et je pleurais – au sens propre comme au figuré – de ne pouvoir m’exprimer si bien. J’en étais malade.

Je pensais que le talent, c’est inné. On sait faire et puis c’est tout. On est un génie ou on ne l’est pas. L’indulgence que j’avais pour les autres, mais aussi l’admiration, je ne m’en laissais pas une goutte.

Je me rajoutais une seconde pression équivoque : l’âge. Je me fixais une limite, et si je n’avais rien créé de bon avant d’atteindre ce nombre aléatoire et mouvant (je n’ai cessé de le repousser, logique !), c’est que ça n’en valait pas la peine. Je n’étais pas faite pour ça, pour « cette vie là », et puis c’est tout. J’ai donc mis mes grands projets dans une boîte remisée au placard. « Sois réaliste, tu ne le feras jamais. Et même si tu pouvais, il y a trop de freins et de contraintes. Tout changerait et tu briserais l’équilibre que tu as enfin réussi à construire ! » 

Mais qui a dit qu’il s’agissait d’aller si loin ? N’a-t-on pas le droit de vouloir créer sans que ça n’implique rien d’autre que de prendre du plaisir ? Pourquoi tout de suite y mêler « la réussite » et la possible mise en branle du reste de ma vie ? C’est idiot. Ce n’est qu’une image qu’on (/que je) me vend(s), un pseudo idéal. La reconnaissance peut aussi se trouver ailleurs, s’il s’agit de ça. Il n’y a pas nécessairement d’enjeux sous-jacents.

Aujourd’hui, j’ai compris que dans le talent, il y a une part d’inné et une autre, beaucoup plus importante, de travail. J’ai compris que pour avoir une idée géniale et novatrice, il faut d’abord s’appuyer et expérimenter ce qui existe déjà. J’ai compris qu’on peut s’accomplir à n’importe quel âge : l’important, c’est de le faire, quelle nécessité d’être le premier ? J’ai surtout compris qu’il faut que je m’amuse avant tout, et que je n’ai plus peur. Personne ne va me tordre. Je dois arrêter de m’estropier toute seule.

Je commencerai par là.

Cette paralysie n’a aucun sens. Elle me dessert partout, me prive de superbes moments. Elle ne vient que de moi.

J’ai donc ressorti plusieurs vieux projets de la boîte remisée au placard. Je les ai époussetés, placés dans un chaudron magique, et j’ai rajouté les nouvelles idées que je stockais ça et là. J’ai tout remué avec entrain. Je mélange, je malaxe. Il en ressort un fil d’or, sur lequel je n’ai plus qu’à tirer.

Voilà, c’est là. C’est pas mirobolant, ni grandiose, ni exceptionnel. Ca ne plaira peut-être à personne. Mais, vous savez quoi ? … Je vais beaucoup m’amuser !!!

Je me sens libre de créer, et de partager. C’est tout bête et très drôle, mais c’est grâce aux soutiens-gorge à armatures. Et à l’idée qui a germé, de ne plus être obligée de les porter. De fil en aiguille, d’un sujet à un autre, ça a dénoué les noeuds : la confiance en soi, l’image que j’ai de moi, le regard de l’autre, le choix de l’intention, la prise de conscience de mes croyances limitante, l’acte de prendre le droit, la connaissance de ma liberté … et j’en passe.
Et vous, quel rapport avez-vous avec ce que vous faites ? Qu’est-ce qui vous bloque encore ? L’avez-vous dépassé ?

* Et tout le monde s’en fout : Episode 20, La Révolte

Semer un peu de magie et de poésie dans le quotidien.

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