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Le projet.

Je m’appelle Rozie, j’ai 25 ans.

Vous lisez mon journal intime.

Lorsque l’idée m’est venue, au printemps 2013, d’écrire publiquement, c’était pour répondre à deux besoins : faire reconnaître le traumatisme que j’avais vécu, et militer pour que cela cesse.

J’avais besoin de poser les mots sur deux ans de violence conjugale et psychologique. Pour définitivement sortir de l’emprise, il me fallait expier par la parole toutes les horreurs qu’un homme m’a fait subir, et toutes celles qu’il m’avait obligée à commettre. Il me fallait aussi l’approbation des autres – votre approbation – pour être sûre que je n’étais pas folle et que je n’inventais pas tout.

Il m’aura fallu plus de 5 ans, pour que je comprenne à quel point il m’a maltraitée dans ma tête et dans mon corps. 5 ans pour que j’accepte d’être une victime et pour sortir définitivement de cette position, et il me reste encore de nombreuses années, j’imagine, pour totalement cicatriser.

Rapidement, cet espace de parole que je m’offrais s’est pourvu d’un second rôle. Je pouvais lui confier toute ma vie, tout ce qui m’avait marquée et me remuait encore, tout ce que je n’avais pas compris, mes plus grandes peines et mes ressentiments.

Je me suis mise à ouvrir les portes de mon passé et à plonger dedans, pour en faire ressurgir tous les boulets que je traînais lourdement. Enfin, je pouvais les traiter. Enfin, je pouvais dire. Enfin, je pouvais guérir et devenir légère.

J’ai tout de suite ressenti le pouvoir magique et thérapeutique des mots. A partir du moment où je confectionnais les phrases et où je publiais les histoires, les moments les plus prégnants de ma vie n’avaient plus d’emprise sur moi. Ils s’envolaient, appartenant désormais à la grande bibliothèque des expériences de Vie. Ils restaient mes souvenirs, mais ne me collaient plus à la peau.

La tentation était grande, alors, de tout écrire. Tout dire de ma vie et de mes pensées, de mon intimité. Je me suis demandé si tout cela était bien éthique, ni dangereux.

Je me forçais à être honnête. Radicalement honnête. Avec moi, puis avec les lecteurs. La vérité est-elle toujours bonne à dire ? C’était parfois violent, cette obligation de ne rien me cacher, d’aller au fond des choses, de dévoiler mes mauvaises parts. J’ai beaucoup pleuré. J’ai souvent eu honte. Mais j’ai surtout beaucoup appris et j’en suis ressortie grandie. Et emplie d’une telle sérénité … !

Je craignais les réactions des lecteurs. Avaient-ils l’impression d’être voyeurs ? Me trouvaient-ils saine d’esprit ? Quelles réactions la lecture de mes pensées donnait-elle ? Etaient-ils gênés, dérangés, en colère ou au contraire soulagés, heureux ?

J’ai beaucoup réfléchi. C’était une sacrée expérience.

Je me suis demandé ce que je recherchais, en tant que lectrice, dans les mots des autres. L’authenticité. La véritable authenticité. Je dévore les lettres anonymes parce que les aveux sont toujours d’une puissance incroyable. A chaque fois, je me dis : « Mais quel mal y a-t-il à être humain ? »

Parce qu’il n’y a rien de plus humain que ça : les pensées, émotions, sentiments et actes incontrôlés. Le combat ininterrompu de nos dissonances internes. Nous sommes tous là, à les cacher, à nous-même et surtout aux autres, toujours dans la crainte, un jour, d’être pris en flagrant délit ou de perdre la raison.

J’ai réfléchi à ce que cela changerait de ne plus le faire. De ne plus me battre contre moi-même, mais au contraire d’accepter ce que je n’aime pas en moi pour travailler dessus dans la bienveillance.

J’ai pensé aux autres aussi. Souvent, je m’en vais lire leurs vies pour trouver un écho quelque part, loin des voix lisses qui tapissent les grands murs d’internet. Lire leurs défaillances m’apporte un certain réconfort. Elles rendent les miennes normales, usuelles. Elles m’aident à me mettre en perspective.

Alors je me suis dit que peut-être, ceux qui me liraient pourraient également ressentir ça. Ca et d’autres choses. J’ai fini par comprendre que, peu importe ce que vous ressentez en lisant ces lignes, l’essentiel reste que vous ressentiez quelque chose. On entre en contact. En résonance.

Voilà mon projet. Je ne sais pas ce qu’il donnera, ni l’impact qu’il aura.

Tout ce que je sais, c’est que j’ai la conviction qu’il faut que je le fasse. C’est ce que je dois faire.

Tout partager avec vous.

Semer un peu de magie et de poésie dans le quotidien.

10 commentaires

  • Chaparrita

    Bonjour,
    En attente de mon vol , retardé, pour un déplacement professionnel dans un aéroport , je cherche « travailler sans passion » et suis dirigée vers votre blog. Et ce que je lis prend tout son sens pour moi, je me reconnais.Je poursuis avec l’hypersensibilité, un écho encore plus fort. Merci pour ce blog qui me donne les mots justes pour décrire ce que je vis et ressens.
    Je poursuis ma lecture .

    • Rozie

      Merci,

      C’est en lisant ce genre de commentaires que je suis heureuse de tenir ce petit espace. Ca me fait vraiment plaisir.

      A très bientôt j’espère, Chaparrita.

  • Myr

    Bonjour Rosie,
    Bravo à toi pour cette initiative. Je suis arrivée sur ton blog par hasard en tapant dans le moteur de recherche les mots : « comment se reconstruire après des violences conjugales »
    Tu comprends bien que notre quête est la même.
    J’ai vécu durant 15 ans avec un mari violent, nous avons eu deux enfants. Depuis 6 mois, nous sommes séparés, j’ai réussi à le quitter. J’ai la garde exclusive des enfants. Mais je réalise à mon grand désespoir que je ne suis pas totalement libérée même si le plus dure est derrière moi, avoir eu le déclic de partir, faire la demande d’ordonnance de Protection, porter plainte.
    En effet, c’est après coup que j’ai réalisé tout le mal qu’il m’a fait. Je suis perdue.
    Il continue à me hanter à travers les enfants.
    Bref, merci pour ce blog qui me parle.
    Bon courage pour la suite.

    • Rozie

      Bonjour Myr,

      Merci beaucoup. Du fond du coeur.

      C’est souvent après-coup qu’on se rend compte. J’appelle ça le « contre-coup » et il est terriblement violent. Parfois plus que les années d’enfer en elles-mêmes. C’est tellement injuste de se prendre en pleine poire le revers de la médaille qu’on vient justement de jeter …. Bref, je comprends parfaitement.

      Je te dis BRAVO, déjà. Avoir réussi à t’en aller, et qui plus est à porter-plainte, c’est exceptionnel et c’est vraiment courageux, et nécessaire pour toutes les autres.

      Si tu as besoin d’en parler, n’hésite pas.

      Bon courage pour la suite, à toi, surtout ! Moi, une bonne partie du chemin a été effectuée, même s’il en reste encore un bon bout .. !

  • Pi

    Je ne pensais bien-sûr pas être la seule à avoir vécu ce type d’histoire, mais cela fait du bien de lire une personne qui a posé des mots justes. J’ai eu l’humiliation de me faire quitter par mon puit sans fond (comme tu dis dans ton article, syndrome de l’infirmière) je dis humiliation car j’aurais préféré que la relation s’arrêter grâce à moi. A cause de ça j’ai mis et je mets encore du temps à me remettre de cette histoire. Merci pour ce partage Rozie.

    • Rozie

      Je comprends ce que tu veux dire quand tu parles d’humiliation. Je pense qu’effectivement, ça aurait encore plus dur si c’était lui qui m’avait quittée, et qu’après je me sois rendue compte de tout ça … Quoiqu’il en soit, c’est très compliqué de s’en remettre, de se reconstruire.

      Je te souhaite beaucoup de force et de courage pour ce moment délicat de ta vie. Dis-toi que le plus dur est passé !

      Merci à toi, Pi.

  • Nina

    Bonjour Rozie,
    J’ai lu quelques articles de ton blog (le non port du soutien-gorge, la fête de ton anniversaire…) et j’ai été touchée par tes mots. Je n’imagine pas très bien le ressenti des femmes maltraitées, j’ai la chance d’avoir trouvé un homme aimant et respectueux depuis 10 ans maintenant. Mais j’aime l’idée de ton journal intime, les intonations de dérision et d’humour que tu donnes à tes textes et je compte bien revenir par ici pour te lire à nouveau.
    Bienvenue sur la blogosphère !

    • Rozie & Colibri

      Merci beaucoup !
      Ton message me fait vraiment plaisir, et j’espère que la suite te plaira également.
      Je vous livre ma vie alors si mes expériences vous touchent, le but est atteint. Merci beaucoup pour tes mots qui m’ont réchauffé l’âme.

  • Marie Kléber

    Bravo. Oui il faut en parler. La violence conjugale c’est plus que les coups, c’est aussi le silence, le mépris, le harcèlement, la manipulation qui nous arrachent des cris que personne n’entend.
    Je suis heureuse que tu t’en sois sortie et que tu ai rencontré une belle personne avec laquelle tu es heureuse. Ca n’a pas de prix.

    • Rozie & Colibri

      Merci Marie pour les différents commentaires que tu as laissé sur mon blog aujourd’hui, je suis touchée par les bons sentiments que tu me témoignes. C’est avec plaisir que je m’en vais découvrir ton univers !

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