Corps & Âme

Guérir mon corps de la violence.

Il y a peu, je vous racontais ce moment étrange ou, pendant une formation, mon corps a totalement paniqué alors que dans ma tête tout allait bien. A la simple mention d’un « mec » et d’un « tu vois de qui je parle ? » C’est avec beaucoup de perplexité et de stupéfaction que je me suis rendue compte que dans cette histoire, j’avais complètement laissé mon corps de côté. Je n’avais pas songé à lui. Même quand je me suis rendue compte que j’avais subi des violences sexuelles, j’ai intellectualisé le problème mais je n’ai rien entamé pour apaiser mon corps.

Quand je me suis inscrite à la retraite de yoga en janvier, je n’ai pas pensé à ce problème. J’étais décontenancée quand il a fallu répondre en amont à la question « Que cherchez-vous dans cette retraite ? », car je n’avais pas réfléchi à mes attentes. J’ai fini par écrire la vérité, que je cherchais à guérir mon corps de la violence.

Lors du cercle d’ouverture, j’ai dit ça à voix haute. J’ai expliqué qu’on m’avait maltraitée et que j’avais négligé les conséquences physiques. Je n’ai pas dit « violence conjugale », c’était au delà de mes forces, mais tout le monde a compris. Au bout de cinq ans, j’en avais ma claque de traîner encore ce boulet à mon pied, de le sentir peser et me retenir en arrière. D’un coup, ça me devenait insupportable.

J’ai dit aussi qu’il me manquait une seule chose pour parvenir à la liberté : réussir à pardonner. A me pardonner, à lui pardonner. Seulement voilà, j’avais beau faire, j’en étais incapable. Si la colère était passée, la rancoeur était toujours prégnante. Il y a eu des fois où j’ai cru que j’avais réussi, puis ça revenait, d’une manière ou d’une autre. C’est dur, le pardon. Qu’on se l’accorde à soi ou à la personne qui a tenté de nous détruire, c’est dur. Parfois, on ne veut pas. Ca a été mon cas jusqu’à ce que je sente que c’est ce qu’il me fallait pour être en paix. Le savoir ne m’empêchait pas de résister. Bien sûr, tout ça est très personnel. Je ne suis pas entrain de dire qu’il faut forcément pardonner. Aucune injonction, chacun fait comme il le sent.

J’ai dit ça, j’ai pioché ma carte dans le jeu d’oracle (L’oracle des Anges, pour les curieuses !). Quand je l’ai retournée, je me suis pris une claque :

OCCASION DE PARDONNER

La situation vous offre l’occasion de guérir, de croître et de vous libérer des schémas de comportements néfastes. Cultivez le désir de voir la lumière et la bonté divines qui émanent de la personne en question. Nous vous aiderons à vous libérer de vos difficultés à pardonner, ainsi que toutes les pensées, émotions et énergies qui en découlent, et nous vous élèverons au niveau de la paix et de la compassion.

Comment était-ce possible que ça tombe si juste ? Que ça reprenne mot pour mot que ce que je venais de dire et ce que je demandais ? Nous avons toutes retourné et découvert notre carte en même temps. Autour de moi, j’ai vu les yeux s’écarquiller, j’ai entendu des hoquets et des pleurs retenus. J’ai halluciné. Je n’y croyais pas à cette histoire de carte. Je me disais que j’allais tomber sur un truc obscur qui veut tout et rien dire à la fois. Je peux vous dire qu’avec une expérience pareille, je me suis penchée sérieusement sur les tarots et les oracles depuis mon retour, mais c’est une autre histoire !

Les jours sont passés, je me suis lancée à fond dans la pratique du yoga en considérant mon corps comme la carte de mon âme et de ma vie, l’esprit ouvert à toutes les expériences. Il est là pour m’aiguiller, je dois écouter les signaux qu’il m’envoie. Je dois considérer ces signaux pour ce qu’ils sont et ne pas leur donner d’étiquette hâtive. Simplement observer ce dialogue corps/mental. Installer mon attention au centre des points qui parlent le plus. Y mettre de l’espace et du souffle, de la décontraction. Ce n’est pas chose aisée, mais avec 4 heures de pratique par jour, on prend vite le pli. En tout cas, j’ai vite intégré la base !

Je traînais une douleur à la hanche gauche depuis plus d’un an et demi. Elle ne m’empêchait pas de vivre, mais était gênante. Comme si, à cet endroit particulier l’énergie ne circulait pas et se mettait à peser, s’enliser. J’avais l’impression que la circulation lymphatique était bloquée. Je ne pouvais pas vraiment ouvrir ma jambe, mes hanches étaient très rigides. C’était particulièrement handicapant pour faire l’amour. Avant la retraite, j’avais décidé de m’en débarrasser grâce à mon ostéopathe, mais ça n’a pas bien fonctionné. J’avais plus de mouvement, mais la sensation était encore là. La nuit, je la sentais si fort que je me réveillais environ toutes les trois heures pour changer de position.

Pratique après pratique, je sentais ce point bavard de mon corps. Il parlait, parlait, parlait … Impossible de le faire taire ! Impossible de le faire disparaître alors que je le voulais plus que tout au monde. Lors d’une séance axée sur l’ouverture des hanches – donc particulièrement douloureuse pour moi – j’ai fini par penser différemment. Je me suis dit intérieurement : « Bon, ok, je ne veux plus te faire taire, j’arrête de tenter de t’éteindre. Dis tout ce que tu as à me dire, je t’écoute. » Je me suis dit ça, concentrée sur ce point, alors que nous tentions laborieusement un grand écart. Et là, d’un coup, PFIOU ! Quelque chose s’est détendu, je suis tombée 5 centimètres plus bas sans rien comprendre. J’ai senti un « truc » (imaginez une vapeur moite) remonter le long de mon corps et disparaître. Je me suis mise à pleurer, comme on pleure paisiblement. Soulagée. Physiquement, certes, mais surtout dans ma tête. Tout de suite après, je me suis mise à sourire. Le sourire le plus franc et bienveillant que je pouvais offrir à moi-même.

Je n’ai pas réussi à saisir quelle émotion était là, quel blocage émotionnel. Je me sens changée, et je me suis tout de suite sentie changée, mais c’est impossible de savoir précisément ce qui s’est envolé. Je pense que ça a un rapport avec la violence, avec D. Peut-être, peut-être pas … Toujours est-il que c’est étrange à vivre. J’avais déjà entendu des histoires comme ça, de personnes qui se mettaient à pleurer dans une position, des choses qui sortaient d’elles-même par cette manière. Je ne pensais pas le vivre. C’est magnifique. Ca donne envie de ne plus jamais arrêter d’écouter son corps. D’être en constante symbiose. Au début, je ne pouvais ressentir que les gros bavardages. Après cinq jours, j’étais capable de goûter des sensations beaucoup plus fines, comme l’acidité dans mes intestins, la petite vibration dans ma cheville … Des évènements a priori insignifiants ! Un monde s’est ouvert à moi.

Le troisième jour, c’était l’anniversaire d’une stagiaire. Nous avons chanté, et j’ai adoré ce moment. Je lui ai envoyé toutes les bonnes ondes que je pouvais transmettre.

Le quatrième jour, je me suis rendue compte, pendant le petit déjeuner, que c’était l’anniversaire de D. Ca a fait tilt. Quelle coïncidence ! J’avais oublié cette date, ces dernières années. « Tiens, c’est son anniversaire aujourd’hui. » Je me suis sentie toute bizarre face à cette pensée car pour la première depuis 5 ans, aucune animosité, aucune rancoeur, aucune colère, aucune déception ni tristesse n’en émanait. Je pensais à lui et à son anniversaire comme je l’aurais fait pour n’importe qui d’autre. Pire (ou mieux ?!), j’avais envie de le lui fêter avec autant de joie et d’amour que je l’avais fait hier pour ma comparse. J’AVAIS ENVIE DE LUI SOUHAITER UN JOYEUX ANNIVERSAIRE ET LUI ENVOYER DE L’AMOUR. Non mais …. Quoi ???!

Au premier abord, cette disparition soudaine de mon animosité m’a profondément déplu. Alors je l’ai cherchée en me remémorant les pires paroles qu’il avait pu me dire, les pires gestes qu’il avait eu pour moi. Rien. Juste une sensation d’indifférence, de … Paix. Mais merde, il méritait que je lui en veuille ! C’était comme si j’avais perdu un programme de mon cerveau : ma faculté à détester celui qui avait failli me tuer. Faculté légitime, dont j’imaginais qu’elle durerait toute ma vie. Au moins un peu. Elle avait disparu. A la place, j’avais envie de lui chanter « Joyeux anniversaire » et espérer que ses voeux se réalisent. Vous avez dit : Déstabilisant ?

J’ai fini par accueillir cette sensation sans plus chercher à revenir en arrière. La journée passait et je me disais que c’était ça, en fait, réussir à pardonner. Pour de vrai. J’expérimentais le VRAI pardon pour la première fois de ma vie. Je me rendais compte, aussi, qu’on n’était plus liés par rien. Le bracelet qui tenait le boulet à ma jambe avait sauté. J’étais libre. Inspire. Expire. Ca m’a emplie de fierté et de joie, d’en être capable. De pardonner. De m’être entièrement libérée.

Le dernier jour, lors du cercle de fermeture, j’ai expliqué tout ça à voix haute. Ce cheminement. Il fallait aussi dire « On est le 15 juillet 2018, et je laisse partir … » J’ai dit que je laissais partir ma rancoeur et ma colère, mais aussi ma honte. Ma honte d’avoir laissé faire tout ça, et de l’avoir voulu. J’ai voulu souffrir et vivre cette expérience atroce et c’était ça, que je n’arrivais pas à ME pardonner. Ma honte. J’ai dit à voix haute : « Je laisse partir D. » J’ai prononcé son prénom. C’est con, mais dire cette phrase toute simple, à voix haute, avec 35 personnes pour témoins de mon nouveau départ, ça m’a transcendée.

Voilà, c’était fini, définitivement. Le chapitre est clos. Je ne suis plus une victime de violence conjugale. Ca s’est passé, et je suis au clair avec ça, dans ma tête et dans mon corps. J’ai pioché ma carte de l’oracle des anges, que vous connaissez déjà :

ACCEPTATION

Voyez les autres et vous-même à travers le regard des anges, dans l’amour inconditionnel et l’acceptation. Ainsi, vous inspirerez et élèverez chacun vers son plus haut potentiel.

J’étais à présent capable de regarder D. dans l’amour inconditionnel et l’acception. Je suis rentrée chez moi. Beaucoup de choses avaient disparu. Tous les petits grains de sable dans les rouages. Je pensais et envisageais un tas de choses différemment. J’avais choisi de nettoyer mon disque dur. J’étais prête pour ça. Je pouvais faire l’amour en étant à l’aise, dans tous les sens du terme. Je ne m’en veux plus, je n’en veux plus aux autres. Mon exigence a chuté d’un coup. Je peux … Être moi.

Je ne peste plus devant le lave-vaisselle qui n’est pas rangé à MA façon. Ca lave très bien autrement. C’est un exemple parmi tant d’autres de ma rigidité dans la vie. Il a fallu qu’elle s’atténue vraiment (on ne peut quand-même pas dire qu’elle a disparu) pour que je me rende compte qu’elle ne m’appartient pas, que ce n’est pas vraiment un trait de ma personnalité, mais qu’elle réparait-désignait quelque chose.

Je ne sais pas comment finir ce récit. Sans doute parce que ça n’est pas encore fini et que le travail continue son oeuvre. Nous sommes toutes venues chercher quelque chose de différent. Il y avait des problématiques sur la maternité, sur la reconversion professionnelle, sur la confiance en soi, la peur des autres, la perte, la sensation d’être perdue ou coincée … Je n’en dirais pas plus car ça ne m’appartient pas, mais c’était très riche et souvent, ça faisait échos à ce que j’avais pu vivre jusque là. Nous avions toutes quelque chose à partager pour faire avancer les autres. C’est aussi ça qui a fait de cette retraite un moment privilégié dans la vie pour guérir et avancer.

Et vous, avez-vous vécu des expériences similaires ? J’adorerai échanger sur ce sujet !

Semer un peu de magie et de poésie dans le quotidien.

9 commentaires

  • Eulalie

    Ton article est fascinant !
    C’est d’une grande beauté, ce que tu dis sur le pardon et l’acceptation.
    Je travaille aussi sur ces questions, à propos d’éléments de ma vie qui ne relèvent pas de la maltraitance qui est la tienne mais d’une autre forme d' »agression ».
    Ce que tu as vécu avec les cartes, je l’ai aussi vécu lors d’un cercle de femmes. Depuis, je me suis penchée sur les oracles également car je me suis rendue compte qu’ils étaient un outil merveilleux pour questionner mon intériorité et trouver mes réponses !

  • Emeline

    Oh j’adore te lire ! Quelle belle expérience 🙂 Je suis tellement convaincue par tout ce que tu écris Le corps parle j’en suis sure J’ai le sentiment qu’il me reste encore du chemin de mon côté pour lui laisser toute la place mais je sais que ma formation Gestalt va m’y aider On utilise aussi les cartes en Gestalt, et comme toi, j’ai toujours été bluffée. Bravo pour ce chemin magnifique du pardon Finalement pardonner à l’autre, c’est d’abord se pardonner Merci beaucoup Rozie pour ce très bel article <3

    • Rozie

      Trop chouette ! Quelles cartes utilisez-vous ? Je suis à fond dedans en ce moment ;).

      Je crois qu’à moi aussi, il me reste beaucoup de chemin. J’ai été séparée de mon corps un bon moment et j’apprends petit à petit à lé réinvestir et à la ressentir comme quand j’étais petite.
      J’ai des souvenirs très particuliers de danse contemporaine ou clairement, je ne faisais qu’un. C’était normal et si agréable ! Ca revient, doucement mais sûrement, au gré des pratiques.

      Merci beaucoup à toi Emeline pour ton enthousiasme, ça me fait chaud au coeur. <3

  • Illyria

    Merci de partager cette expérience avec nous, c’est vraiment très intéressant! Ta douleur n’était pas là par hasard si elle te gênait dans les moments d’intimité avec ton mari, c’est vraiment bien que tu aies pu la faire partir. Je suis contente pour toi que tout ça évolue positivement, on se sent vraiment plus libre, plus légère, quand on a pardonné à l’autre, et c’est vraiment plus agréable.

    • Rozie

      Non, elle n’était pas là par hasard, c’est une certitude !

      C’est une drôle d’expérience mais franchement, tellement bénéfique. Je souhaite à tout le monde de pleurer un jour en faisant du yoga, de la danse ou autre chose ^^.

  • Marie kléber

    C’est profond et beau. Je suis si heureuse pour toi Rozie.
    Ce pardon fut long et douloureux pour moi aussi. Pas tant la violence psychologique, ça j’avais réussi à pardonner, mais le corps blessé ça coinçait. Et l’autre jour en marchant de bon matin dans la ville déserte, je me suis surprise à lui dire « merci ». C’était un « merci » sincère et que je ressentais dans mes tripes.
    On s’attache souvent beaucoup à la colère, parce que c’est difficile d’accepter d’avoir pu accepter une telle relation, un déni de soi aussi intense. Le pardon est vraiment un acte de libération pour soi. C’est vivifiant.

    • Rozie

      Merci Marie !

      C’est sur le corps aussi que ça coinçait pour moi.
      C’est difficile d’accepter d’avoir pu accepter une telle relation, c’est tout à fait ça. Finalement, c’est aussi beaucoup à soi qu’on ne pardonne pas.

      Je n’oublierais jamais ce moment ou d’un coup, ça a changé. Comme tu n’oublieras jamais ta marche dans la ville et le « merci » qui venait du fond de toi. C’est magnifique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :