Notes d'Existence

Fêter les morts et autres moments de vie.

Ces dernières semaines, le temps m’était compté. J’ai beaucoup travaillé, nous sommes dans une période de forte activité. Je n’ai pas vraiment le temps de me poser pour … Ressentir. J’ai dû fournir une énergie constante, chaque jour, pour réussir à tout faire. Mes règles sont arrivées comme un cheveu sur la soupe. Je n’avais pas le temps pour elles. Pas le temps d’être fatiguée, pas le temps d’avoir mal, pas le temps de prendre le temps pour saigner. Pas le temps d’accueillir.

C’était assez étrange, cette période. J’ai dû tronquer, abandonner yoga et balades pendant 7 jours, la tête dans le guidon. Enchaîner les tâches les unes après les autres, l’esprit pollué par des listes. Impossible de lire ou de rêver. J’étais comme coupée de tout, emportée par la tornade d’une fausse vie. On a dépensé beaucoup d’argent en choses utiles mais futiles, on a mal mangé, et j’ai perdu mes lunettes de vue.

Voilà bien une chose qui ne m’était jamais arrivée : perdre un objet aussi important que mes lunettes de vue, et me retrouver à devoir conduire la nuit avec des lunettes de soleil le temps de recevoir ma nouvelle paire. Pas très confort. Je n’avais pas le choix. C’est ce que je me suis dit tous ces jours où la fausse vie nous a pressés comme des citrons. On n’avait pas le choix, il fallait faire front et enchaîner.

Et puis, d’un coup, tout s’est calmé. Mon corps a saigné, la masse de travail s’est retrouvée derrière moi, tout était prêt et terminé dans la maison, autour. La liste des tâches s’était tarie. Je me suis retrouvée chez moi, comme déboussolée. Que venait-il de se passer ?

J’ai réalisé alors que je terminais un cycle. Le ciel s’essore au dessus de ma tête depuis quatre jours sans s’arrêter. Mon corps termine de s’essorer lui-même. Et nous sommes le jour de la Toussaint. Samhain passe.

On dit que Samhain est le Nouvel An des sorcières. On dit que la nuit du 31 octobre, la frontière entre les mondes s’émince, tout est plus sensible et plus visible. On ferme un chapitre pour en ouvrir un autre. C’est vraiment ce qui se passe pour moi.

Hier, j’ai passé la journée dans un état … D’ubiquité. J’étais partagée entre plusieurs sentiments bien distincts. J’étais ça et là. C’était impossible de réunir ma personne en un seul lieu mental. Dans mon corps, ça fourmillait de partout. J’ai déroulé mon tapis de yoga, la reprise était tendue mais agréable.

J’ai enfin purifié ma maison à la sauge. C’était vraiment particulier de faire ça. Je me sentais vulnérable et sûre de moi à la fois. En le faisant, je me demandais « Mais qu’est-ce que tu fous, Rozie ? » J’avais l’impression d’être dissociée. Il y avait celle qui le faisait naturellement, qui ne voyait pas le problème, qui ne se posait même pas la question. Elle faisait ça avec autant de naturel que de préparer son lit pour se coucher. Et il y a avait l’autre, qui hallucinait d’être en train de faire un truc aussi ésotérique et quelque part, d’aussi ridicule. Elle se moquait d’elle-même, captait toute l’ironie de la situation. Elle se demandait quand-même si ça allait fonctionner. L’avenir le dira !

Nous avons fêté Halloween en mangeant des pizzas et des chocolats devant Mother !. Un drôle de film, pour le moins marquant.

Ces derniers jours, je n’ai cessé de penser à la mort. J’ai regardé la conférence d’une médium, qui me fait gamberger. J’ai songé à toutes mes lectures sur le monde de l’au-delà, sur la vie après la mort, sur les communications possibles entre les mondes. Ce serait mentir que de dire que je ne suis pas fascinée par ces choses. Je n’arrête pas d’y penser.

Je pense aussi énormément à mon grand-père. Constamment. Je l’appelle sans cesse, presque sans m’en rendre compte. Je pleure son absence et les souvenirs. Je lui parle. J’ai envie de le fêter. J’ai envie de profiter de ce jour de Toussaint pour le fêter. Il faut dire que c’est son anniversaire.

Au delà de ça, je ressens depuis quelques mois un appel sourd : celui de mes racines. Cet automne, je me sens en manque. En manque de châtaignes à déguster au four, de champignons ramassés dans les prés, de tous ces gestes et de tous ces lieux que j’ai toujours côtoyé mais desquels je me suis éloignée. Je me suis surprise à éclater en sanglots en songeant à mon école primaire. Consciente, pour la première fois, que ce lieu tel que je le connais ne reparaîtra jamais plus. C’est donc ça que les vieux ressentent ? Je suis donc assez vieille pour le ressentir sur mes premiers souvenirs … !

La fête de la Toussaint en fait partie. Petite, c’était une trop grande souffrance de me rendre sur les tombes à fleurir en compagnie de mes parents. Les fameuses chrysanthèmes. Je vivais ces moments la mort dans l’âme, tentant vainement de m’en couper. Je regardais les allées plutôt que les noms sur les dalles. C’était au dessus de mes forces.

Aujourd’hui … J’en ressens le besoin. J’ai besoin de me rendre sur une tombe en particulier et je ne peux pas. C’est terrible. Fort heureusement, il y a mille autres façons de fêter nos morts. Je pense à la bougie que j’allumerai tout à l’heure. A la prière que mon mari m’a proposé de faire en sa compagnie.

J’ai l’impression que ce serait un manquement grave de ne pas prendre le temps de fêter nos morts. Tous ces gens que je porte dans mon sang, ceux que j’ai connu et qui sont morts au cours de l’année. Je dois prendre ce temps avec eux, même s’il ne s’agit que de cinq minutes.

Et vous, comment vous sentez-vous ?

Semer un peu de magie et de poésie dans le quotidien.

2 commentaires

  • Marie Kléber

    Je rejoins Ornella, je suis très sensible à cette mélancolie qui arrive sans crier gare.
    Les souvenirs défilent, la nostalgie s’installe et alors il me faut poser les mots pour ne pas perdre l’équilibre.
    Oui il y a tant de façons de se relier aux morts, à un moment précis ou au quotidien. Quand on en ressent le besoin, il faut s’écouter et se poser.
    « vulnérable et sûre de moi à la fois », ça aussi ça me parle. Et de plus en plus en ce moment.
    Des pensées Rozie et merci pour ce partage enrichissant.
    Je t’embrasse

  • Ornella

    Ton passage sur l’école primaire, c’est typiquement le genre de douleurs nostalgie-mélancoliques auxquelles je suis confrontée, depuis des années. Depuis l’âge de 8 ans, je dirais, si ce n’est plus tôt. Chaque moment heureux vécu, est suivi d’un profond « bad », sensation de faire le deuil de quelque chose qui ne se reproduirait jamais plus. Et de même pour les lieux. Il y a deux jours justement, je me suis demandée ce que ça ferait si je retournait pour quelques cours au Cours Florent. Je me suis rendue compte que cette période où j’étais invincible, même en invoquant le même espace, le même professeur, ne serait plus jamais ce qu’il était avant. Parce que l’on vit les choses à des instants précis pour des raisons précises. En vouloir plus, ou encore, c’est ne pas être capable de satisfaire du bonheur tel qu’il apparaît. C’est aussi métaphoriquement ce à quoi j’ai été confrontée, quand j’étais boulimique. Il m’en fallait toujours plus, parce que l’instant où l’on s’arrêterait de manger, signifier la fin du repas, la fin d’un moment, la fin d’un état et d’une réunion d’âmes qui me sont si chères. Bref.

    Douces pensées, ma belle !

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