Chaudron à Réflexions

Féminin et créativité.

Féminin et créativité. Voilà deux forces qu’on ne cesse d’invoquer l’une avec l’autre. Dès qu’il est question de Féminin, on entend parler de sa puissance créative. On dit que les femmes portent en elles ce sens de la création. C’est au centre de leur corps, lové dans le bassin, qu’émerge, grandit, et vit la Créativité. Question d’épanouissement, les femmes sont des êtres ayant besoin de créer, peut-être un peu plus que leurs homologues masculins.

Je ne sais pas à quel point ce discours – que je retrouve partout – est juste. Ces derniers temps, j’en fais une expérience personnelle. Expérience qui me rend heureuse autant qu’elle me bouscule. Je sens en moi des forces qui se contredisent et qui se fuient avec autant de ferveur que deux aimants qui se repoussent.

Depuis quelques mois, je fais un grand travail sur ma créativité (grâce à un joli programme dont je vous parlerai bientôt 🙂 ). En parallèle, je fais un travail sur mon corps, et plus particulièrement sur la zone du bassin. C’est une zone qui concentre beaucoup de difficultés chez moi. Doucement mes hanches s’ouvrent, s’assouplissent. Je ressens de moins en moins cette sensation que mes entrailles et mes organes sexuels sont « collés », enlisés. Je me sens moins enflammée.

Je récolte un très beau résultat à mon travail. Mes envies et leurs concrétisations sont devenues fluides, je crée beaucoup plus qu’avant ! Et beaucoup mieux. Mes idées sont plus claires, plus structurées. Mais cette semaine, il m’est arrivé quelque chose de particulier.

J’ai cru que j’étais enceinte.

Je ne l’ai pas cru parce qu’on avait raté quelque chose au niveau de notre contraception, ou parce que mon corps m’envoyait des signaux. Non. J’ai eu peur parce qu’une évidence m’a sauté aux yeux : le travail que j’effectue sur moi – pour libérer ma créativité – pouvait aussi bien libérer une autre forme de création.

L’un des rouages de mon inconscient a fait irruption dans mon esprit. Si je m’interdisais toujours un peu d’être vraiment créative, c’est parce que je suis persuadée que mon désir de créer se concrétisera dans le monde physique. Pour le dire simplement : je suis persuadée que si j’ouvre en grand les portes de ma créativité, mon corps fera un enfant. Que je le veuille, ou non.

Pour contrer cet effet indésirable, je m’efforce depuis toujours d’étouffer mes pulsions créatrices.

Je ne saurais trop dire pourquoi je crois ça. C’est un pressentiment, quelque chose que je ressens. Le fait d’être une personne créative et l’acte d’enfanter me semblent intrinsèquement liés. Il me paraît impossible de bénéficier de l’un sans que l’autre ne transparaisse un jour. Je crains d’être impuissante face à ma féminité, sa force, et son moyen naturel de concrétisation.

Cette croyance-là, chez une personne comme moi, place la créativité et l’épanouissement au rang des grands dangers. Pour le moment, laisser exploser ma créativité s’avère être un trop gros risque à prendre. Le jeu n’en vaut pas la chandelle ! J’ai bien conscience qu’il s’agit là de considérations erronées. Il va me falloir apprendre et penser que je peux jouer sans risques. Mais comment y parvenir quand cette idée – cette sensation – est imprégnée si loin dans mes entrailles ?! Heureusement, le programme que je suis me donne des solutions.

J’ai toujours pensé que je serai une femme qui accoucherai d’autres formes d’enfants. A l’image d’Amélie Nothomb quand elle parle de gestation pour ses romans, à chaque fois que quelqu’un évoque « mes futurs enfants » devant moi, je visualise des écrits, des objets, des projets, des regroupements de personnes, des associations … Ce genre d’enfants-là.

Ces dernières semaines, les choses se sont accélérées, est tout m’a ramené vers cette question de l’enfant.

Quoi que je fasse (et en particulier au sein de mes projets créatifs), je me retrouve à un moment donné face à ce mot. C’était effrayant et déstabilisant. J’avais l’impression que l’univers entier me faisait comprendre que mon destin consistait à me plier à ça. Avoir un enfant. Je subissais un tas de synchronicités qui me ramenaient invariablement à cette considération.

ENFANT. ENFANT. ENFANT.

Ca me faisait trembler d’appréhension. Pour être honnête, c’est toujours le cas. Je me rassure en me disant qu’un mot n’a pas la même signification selon qui le reçoit. On essaie de me mettre face à quelque chose, de me préparer à prendre une décision. Celle-ci ne concerne peut-être pas un enfant en chair et en os. Il s’agit peut-être de mon premier enfant à moi. L’un de ceux que je visualise toujours.

Si derrière mes frayeurs, je crois percevoir cette happy-end, je ne peux m’empêcher d’être assaillie par la peur. Mon destin pourrait basculer d’un jour à l’autre. Quand j’y pense, comme maintenant, je sens mon bassin se contracter, ma chair se ramasser contre elle-même, mes inflammations revenir. Avec elles se renferment mes désirs de créer et mes idées.

Je crois ne pas pouvoir nier que les deux – création et créativité – sont intrinsèquement liés. J’aimerais qu’elles ne le soient pas autant que je me le figure. Tiens, impression de déjà-vu ! Déjà pensé, déjà ressenti, déjà écrit … Et bien, ça veut dire que je suis sur le bon chemin.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Mes réflexions sont-elles erronées ? Y songez-vous de la même façon ? Quels liens y a-t-il entre Féminin et Créativité ?

Semer un peu de magie et de poésie dans le quotidien.

10 commentaires

  • Kellya

    Merci pour cette réflexion extrèmement intéressante. Pour moi, ta vision de voir ses projets personnels quand les autres evoquent les enfants qu’on aura forcément puisqu’on est une nana est extrèmement libérateur: grace à toi, je vas pouvoir réduire un peu ma réation épidermique face à leurs commentaires en faisant monter dans mon esprit d’autres créations. Je n’avais jamais fait le lien aussi clairement et ca m’ouvre pas mal de portes. Je te souhaite plein de belles créations!

    • Rozie

      Et bien je suis ravie si cette idée peut t’aider dans ton futur. Je sais trop ce que ça fait d’entendre évoquer « ses propres enfants » alors que cela ne fait pas partie de nos projections … J’ai subi ce genre de conversation hier encore.

      « Tu verras bientôt ça toi aussi ! – Hmm .. Peut-être (ai-je dit pour ne froisser personne et ne pas plonger dans une conversation bancale) – Mais si. Moi, je ne voulais pas d’enfant et en fait .. ! »

      … Ce « mais si » était dur à lisser. Il est vrai que penser aux autres créations soulage grandement dans ces moments-là !

  • Illyria

    A propos d’enfant, je ne sais pas si tu as lu le livre d’Elizabeth Gilbert, Comme par magie (si non je te le conseille) (je peux te le prêter si tu veux), et dedans elle dit que ce que l’on crée ne doit pas être considéré comme un enfant. Parce qu’un enfant on ne peut pas le modifier, il est comme il est, et c’est un sacrilège de le modifier. Mais il faut accepter de savoir modifier ce qu’on le fait (par exemple raccourcir une nouvelle parce qu’elle est trop longue pour être publiée dans un magazine), et donc accepter d’ôter ce côté sacré « pas touche à ce que j’ai fait ».
    Voilà je sais pas si ça te parlera, mais je trouve ça intéressant comme idée et j’ai pensé à toi comme ça parle d’enfant ^^

    • Rozie

      Non, je ne connais pas ce livre !

      Mais c’est très intéressant. C’est même passionnant comme angle de réflexion, et juste.

      Ne pas considérer ce qu’on crée comme étant ses enfants. Ca semble la bonne voie, et en même temps il y a beaucoup de filialité (ça ne se dit pas mais tu auras compris) entre ses oeuvres et soi. C’est dur de mettre la distance nécessaire, ça sort des tripes. Et cela, il s’agit d' »enfant ». C’est là toute l’ambivalence – enfanter et/ou créer – que je n’arrive pas à démêler.

  • Illyria

    Tout comme toi, ça me laisse perplexe ce « féminin et créativité », je ne comprends pas pourquoi les femmes seraient plus créatives que les hommes ou du moins pourquoi elles auraient une créativité spécifique… Enfin c’est intéressant de travailler cette créativité mais ça me laisse perplexe.
    Ton enfant c’est ton blog 😀 Je te souhaite de réussir à dépasser ce blocage, il y a en effet beaucoup d’autres possibles d’avoir un « enfant » que d’avoir un vrai enfant en chair et en os.

  • Emeline

    Ce que tu abordes est très puissant pour moi Oui la création, l’enfantement peut prendre tellement de formes Donner naissance c’est se séparer d’une partie de soi, c’est laisser une trace, c’est le pouvoir de rendre vivant une partie de soi, c’est montrer au monde ce que l’on est capable de faire, et c’est tellement plus encore Je comprends ta crainte Tu sembles si bien t’écouter, j’ai confiance Tu trouveras à quoi ressemble ton « enfant ». Merci Rozie pour ce bel article

  • Ornella

    C’est marrant parce que j’ai toujours ressenti sans le dire par peur de te froisser que ton dégoût à l’idée d’être mère provenait bien entendu d’un blocage. Et tout ce qui t’arrive en ce moment dénoue paisiblement les fils de tes boules de noeuds. Dans 10 ou 15 ans, quand tu regarderas en arrière, tu n’en reviendras pas de ton parcours.

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