Etre féministe, ça veut dire quoi ?

Japonaise

Il est des mots qu’on oublie et d’autres qu’on transforme. Il est des mots qui, au fur et à mesure des décennies, prennent un autre sens. Certains deviennent des insultes, d’autres deviennent tabous alors qu’on a toujours besoin d’eux. Plus que jamais. On parlera aujourd’hui du cas du terme « féminisme » et de sa définition, souvent mal comprise et mal intégrée dans les consciences.

Définition de « féminisme » : Ensemble de mouvements militants et d’idées politiques, philosophiques et sociales, qui partagent un but commun : définir, établir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes.

Aujourd’hui, cette définition semble avoir été oubliée. Si bien que « féminisme » est devenu un gros mot. On ne dit plus qu’on est féministe mais qu’on est pour la cause et les droits des femmes, pour l’égalité entre les sexes. Mais … C’est la même chose, non ? Le côté militant en moins.

Définition de « militant » : Personne qui se bat pour une cause.

Ca donne donc quelque chose comme : « Je veux que les droits des femmes avancent, je veux l’égalité, mais je ne me battrais pas pour ça. »

Mon mari et moi avons eu une conversation houleuse sur le sujet. Pour lui, « féminisme » n’est pas le bon terme. Quand il l’entend, il imagine des femmes qui se battent pour être au dessus des hommes, à l’opposé de « machisme ».

Définition de « machisme » : Idéologie fondée sur l’idée que l’homme domine socialement la femme et que, à ce titre, il a droit à des privilèges de maître.

Je constate, à regrets, que beaucoup de personnes imaginent la même chose : « les féministes, ces castratrices enragées. » Les femen aux seins nus, hurlant dans les rues.  Ces femmes trop libérées (*musique*). Ca donne naissance à des mouvements type « Je n’ai pas besoin du féminisme parce que … » Les féministes belliqueuses qu’on voit dans les médias nous ont-elles finalement desservi ?

On préfère parler de parité, d’équité, d’égalité. Parce qu’on n’est pas militant, parce qu’on n’est pas radical. Parce que c’est politiquement correct. Mais qui a dit que le féminisme était forcément radical ? Je suis féministe, je n’ai pourtant jamais manifesté dans les rues. Il y a mille manières différentes d’être féministe, tout comme il y a mille façons différentes de vivre.

Les féministes féminines existent, ce n’est pas incompatible, loin de là. Je dis ça parce que le stéréotype de la féministe lesbienne qui ressemble à un camionneur (vive les clichés) a encore la côte. On ne cherche pas à ressembler à ces messieurs, on veut simplement être juridiquement, politiquement, moralement traitées de la même manière, en tant qu’être humain. Monsieur peut porter des pantalons, Madame aussi. Il peut voter, elle aussi. Il ne se fait pas insulter dans la rue, elle non plus. On ne lui touche pas les fesses sans lui demander son avis, elle non plus. Et ce sur tous les pans de la vie quotidienne. C’est aussi simple que ça.

L’égalité sur tous les fronts, ça va dans les deux sens. Je suis féministe et je ne comprends pas que le congé paternité soit de seulement onze jours, quand le congé maternité peut atteindre plusieurs mois. Je ne comprends pas qu’en cas de divorce, l’enfant aille quasi-systématiquement avec sa mère. Ce n’est pas parce que la femme accouche de l’enfant qu’elle jouit de plus de droits sur lui que le père. Ce n’est pas parce qu’elle le porte qu’elle doit se charger seule de l’élever.

Le féminisme ne concerne pas seulement les grandes causes pour lesquelles vous pensez ne rien pouvoir. Le féminisme, c’est aussi ne pas comprendre pourquoi, dans la cour de récréation, votre fille obéit aux garçons. Pourquoi un client, dans une boulangerie, demande à la vendeuse si elle ne vend pas aussi « ses jolies miches ». Pourquoi on touche systématiquement le ventre d’une femme enceinte sans lui demander son avis. Autant de petites situations qui créent un malaise en vous et que vous dénoncez au travers des réseaux sociaux, ou en en parlant avec des amis autour d’un verre. N’est-ce pas déjà une forme de militantisme ? Ne pas être d’accord et en parler, c’est se battre pour réveiller les conscience et faire avancer une cause, un avis, quel qu’il soit.

« Féminisme » n’est pas un gros mot. Il ne devrait pas devenir tabou, c’est quand-même un comble. Il n’est pas l’antagoniste de « machisme ». Si vous cherchez son opposé, je l’invente pour vous : « fémichisme ». Voilà un terme parfait, à mes yeux, pour décrire l’idée que la femme domine socialement l’homme et bénéficie, à ce titre, de privilèges de maître.

Ne soyez plus gêné.e avec ce mot. N’ayez plus peur de dire que vous êtes féministe. Après tout, toute tendance peut-être renversée, non ?

Je me suis rendue compte que j’étais féministe petit à petit, au fur et à mesure des injustices quotidiennes. Moi aussi, avant, les féministes engagées m’agaçaient, ou me faisaient sourire … Et puis j’ai compris. On a tous une cause qui nous tient à coeur, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !


8 thoughts on “Etre féministe, ça veut dire quoi ?

  1. mistigriffe Répondre

    Le féminisme, c’est travailler AVEC les hommes à l’égalité hommes-femmes …

    1. Rozie & Colibri Répondre

      C’est ça. C’est travailler en société mais malheureusement trop peu de personnes se sentent encore concernées. Il faut malheureusement vivre des mauvaises expériences pour en comprendre l’importance.

  2. LeMerlanFrit (Fanny) Répondre

    Les gens confondent avec la misandrie et un combat qui y serait associé… Même si j’ai toujours senti le poids d’un amalgame dans le mot « féminisme », il a toujours gardé son sens pour moi, et forcément j’en suis. Il y a beaucoup de femmes qui sont féministes sans le savoir !!

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Oui énormément !
      Il s’agit bien d’un amalgame, et c’est d’autant plus triste.
      Les féministes n’ont tué personne, que je sache (corrigez-moi si je me trompe), alors que comme le dit Pando, le machisme oui !

  3. Pando Répondre

    « Mon mari et moi avons eu une conversation houleuse sur le sujet. Pour lui, « féminisme » n’est pas le bon terme. Quand il l’entend, il imagine des femmes qui se battent pour être au dessus des hommes, à l’opposé de « machisme ». »

    Alors, n’en déplaise à ton mari, ce n’est pas à lui de décider si c’est un bon terme ou pas. Le mot existe, avec sa définition précise, point barre. C’est à lui, et à tous les autres, de faire l’effort intellectuel de dépasser les préjugés qui s’y rattachent et d’accepter ce terme et sa définition. Comme je l’ai fait, comme beaucoup de « nouvelles » féministes l’ont fait avant lui, comme toi-même tu as pu le faire.

    Pour l’histoire du divorce, c’est vrai que les pères sont souvent lésés MAIS ce n’est pas du au féminisme mais bien au patriarcat qui pendant des siècles a jugé que la femme était juste bonne à enfanter et à s’occuper des enfants. Il y a quelques décennies encore, les pères eux-même ne réclamaient pas la garde de leurs enfants. Ce n’est que récemment qu’ils ont commencé à se sentir concernés par leurs enfants et qu’ils la demandent .
    Pour le congé maternité, ça doit être pareil, plus le fait que, forcément, on ne peut pas ôter l’aspect « récupération physique » de la mère dont le père n’aura jamais besoin. Mais c’est clair que 11 jours, c’est rien du tout…

    Pareil que toi, le féminisme m’est venu petit à petit, surtout grâce à Internet, les blogs, les débats sur Twitter… Je me suis rendue que pas mal de choses que je considérais déjà comme injustes depuis mon enfance relevaient du féminisme, sans le savoir. Comme ton mari et beaucoup d’autres, j’avais un fort préjugé sur le terme, je le rattachais pas mal aux chiennes de garde, genre Isabelle Alonso. Puis on se rend compte que, non, tout ne va pas bien en France, c’est juste bien caché et bien intégré au paysage. Maintenant, ‘j’avoue que mon féminisme devient de plus en plus… intransigeant. Quand je vois certaines réflexions débiles de la part d’amis, qui ne vont pas plus loin que la surface, ça m’énerve vraiment. Et je n’ai pas la patience ni la pédagogie requises pour expliquer ce qui à moi est vraiment évident. Surtout que ce sont toujours les mêmes arguments qui reviennent : « les féministes sont trop agressives, c’est pas comme ça qu’on va soutenir leur cause, c’est dommage ». Oui fin, si on attend gentiment qu’on nous donne ce à quoi on a droit, dans 1000 ans on est encore au même point. Et on a franchement de quoi être agressives, vu tout ce qu’on se prend dans la gueule au quotidien. Je trouve même qu’on est encore bien gentilles, parce que finalement, tout ce qu’on fait, c’est gueuler un peu fort. La misogynie et le patriarcat, eux, nous battent, nous violent et nous tuent, depuis des siècles.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci Pando pour le partage de ta réflexion complètement complémentaire à la mienne !

      En effet, il est très récent que les hommes réclament le droit de garde de leurs enfants en cas de divorce, avant, ils s’en foutaient. Mais pour tous ces nouveaux hommes qui ont compris l’enjeu et qui s’occupent réellement de leurs enfants, c’est vraiment dommage que rien ne bouge assez vite. Certains pères sont lésés et hurlent leur douleur, mais personne ne veut les entendre.
      Oui, il y a le côté « récupération physique » au congé maternité que je n’ai pas pris en compte. Effectivement, avec ce paramètre en plus, ça devient plus logique. Mais bon, 11 jours .. Comment peut-on envisager de s’adapter à son enfant, de le découvrir et de réorganiser son quotidien en si peu de temps, même avec de la préparation ? Je trouve que c’est du foutage de gueule.

      Le pire (ou le meilleur) dans tout ça, c’est que mon mari, comme beaucoup d’autres, se comporte en féministe. Mais il ne dirait jamais qu’il en est. Alors que je ne vois pas où est le problème. Ca me frustre, ça m’énerve et ça me laisse perplexe.
      Et oui, c’est vrai, même si la virulence féministe donne une mauvaise image, il faut avouer qu’elle est nécessaire. Ce qui énerve les gens en fait, c’est que ce soient des FEMMES qui revendiquent, qui crient, qui discutent et qui débattent. On n’aurait sans doute jamais eu ce souci si les premiers féministes avaient été des hommes … Cercle vicieux.

      On en a pas fini, il y a de quoi faire. Et j’apprécierai qu’on arrête de me prendre pour une délurée dangereuse et vengeresse quand je dis que je suis féministe ! Comme toi, je deviens intransigeante et finis par rentrer dans ce moule malgré moi .. Mais que faire d’autre ?

  4. Illyria Répondre

    Article très juste! C’est vraiment fort dommage que le terme « féminisme » soit vu aussi péjorativement maintenant…. Enfin c’est pas illogique vu la société patriarcale dans laquelle on est et la façon dont on dévalorise les femmes en général…

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Oui c’est dommage. On est coiffé au pilori quand on s’auto-proclame féministe. Comme si on voulait le beurre, l’argent du beurre et la crémière. Comme si on était trop violent, trop catégorique. On me dit souvent que je cherche la petite bête alors que non, je n’apprécie simplement pas qu’on me stigmatise parce que je suis une femme.

Répondez-moi :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *