Notes d'Existence

Et l’automne qui approche.

Mais quel été !

Je le vois doucement s’en aller et il me laisse pantoise, décoiffée, éreintée (d’un bon éreintement).

C’est qu’il s’en est passé des choses. D’abord, je sors d’un mois de rencontres et de moments de sociabilité intenses. J’ai senti ma maison vibrer et se repaître de tout ce mouvement. Il me semblait qu’elle était heureuse d’enfin exprimer son plein potentiel, ce pour quoi elle existe : accueillir. Des enfants, des adultes, des amis, de la famille, des animaux … Elle les a tous accueillis dans son gros ventre. Elle était fière comme une femme enceinte. Epanouie. Elle.

Vous allez penser que j’abuse un peu sur la personnification. Ma maison a une âme, j’en suis convaincue depuis le début. Je l’ai sentie dès la première foulée ! Je crois qu’on se comprend, et qu’on est faite l’une pour l’autre. Pas de doute là dessus.

Je la regarde et je pense de plus en plus à accueillir. Nous ne nous sommes pas rencontrées pour rien, il y a quelque chose à faire entre elle, spacieuse et pleine de bonnes ondes, et moi, désireuse de donner de l’amour et de l’humanité. Clairement, il y a un truc à faire. Est-ce devenir Maison d’hôtes ? Est-ce abriter des séjours de rencontres ? Est-ce recevoir des cercles, des réunions ? Ou tout simplement convier nos connaissances à passer quelques nuitées en notre compagnie ?

Toutes ces suggestions tournent en boucle dans ma tête. Je ressens mon désir de mettre l’humain au premier plan, l’intimité partagée. Je vois ma maison qui résonne au son des rires, qui blondit sous les rayons de la bonne humeur, qui sait harmoniser les pleurs et consoler les tristesses. Ca ne doit pas être très loin, ce qu’on cherche toutes les deux. On va trouver la bonne formule. On s’embellit l’une l’autre, c’est déjà bien l’essentiel.

Il faut dire que toute cette sociabilité m’a soufflée. J’ai tout donné et je n’en peux plus. Je suis tombée malade après que la dernière personne soit sortie de la propriété. Il ne reste qu’une amie, pour une semaine encore. Mais nous nous sommes tellement habitués à sa présence qu’elle fait désormais partie de la famille. Indiana, notre chien, lui donne d’ailleurs ce statut de membre de la famille à part entière. Il va la fêter comme il le fait pour moi quand elle revient. Alors c’est que, clairement, elle est l’une des nôtres. Ca va être très étrange de ne pas la voir revenir la semaine prochaine. On va se sentir un peu abandonnés. Ce sera comme laisser partir une soeur qu’on voudrait garder tout près.

J’ai transmis le maximum d’amour que je pouvais. J’étais heureuse de voir que c’était reçu et accepté. La veille de son départ, mon père a dit « Je suis bien là, j’suis heureux. » Quelle joie dans mon coeur ! Je sentais qu’il n’y avait pas de « mais » derrière, cette fois. C’était un constat un peu étonnant, sans arrière pensée ni crainte du lendemain. Qu’il s’en rende compte et qu’il le partage, je me suis dit qu’il était lancé sur la bonne voie. Ca y est. Mon père voit enfin clair.

L’été s’en va. L’automne arrive. La nuit tombe plus rapidement, la fraîcheur s’installe les matins, les orages grondent chaque soir.

Je prépare mon automne avec beaucoup de plaisir. J’écume les associations à la recherche de cours et de disciplines à bientôt découvrir. Je fantasme le bois qui crépitera dans le poêle qui attend sagement son heure au garage. Je pense à ressortir la couette, recommence à boire du thé chaud et planifie mes prochaines cueillettes, pense aux prochains coups de peinture. Si j’ai le temps, je jardinerais un peu pour qu’au printemps prochain, de nouvelles fleurs apparaissent.

Vous ai-je dit que mon anniversaire m’a apporté une glycine et un arbre à papillons ? Je le savais, j’en étais sûre et certaine, mais quel bonheur de les avoir enfin CHEZ MOI !!! Je suis si heureuse d’avoir planté ma glycine et mon arbre à papillons ! Si heureuse de voir notre jardin prendre belle allure et entendre les convives dire « Tiens, mais c’est beaucoup plus spacieux qu’avant, non ? » On a travaillé dur pour ce premier résultat et quels fruits nous récoltons ! Ce serait difficile de vous exprimer à quel point c’est bon, ce sentiment de rendre ses lettres de noblesses à une place. D’adopter un lieu à demi abandonné pour le remettre en forme, lui donner les airs de Paradis qu’ils mérite. Ce jardin, c’est un miracle. J’ai hâte de l’admirer dans 25 ans.

Cet été, les révélations sont allées bon train. Les évidences et les réponses se sont enchaînées. Comme un piano tombé du ciel, devant mon nez, sans qu’il ne se fracasse ni ne me brise. C’était incompréhensible. De la magie pure. Je me suis plus délestée et renouvelée ces deux derniers mois que ces cinq dernières années. Du moins, c’est l’impression que j’en ai. J’ai noué, renoué, avec des réalités que je tenais à distance. Je me suis découvert de potentiels alliés géographiquement proches. Ca me fait du bien de trouver des points d’ancrage dans des personnes que je peux voir en vrai.

Cet été va laisser la place à un automne beaucoup plus tranquille. Un automne dont la fonction sera d’ancrer les évidences soulevées dans le quotidien, de décanter toute cette bousculade estivale. Je sais complètement où je veux aller et comment faire pour m’y rendre. C’est si chouette ! Comme il s’agit d’évidence, je n’ai rien besoin de forcer. On ne se force pas (normalement) pour manger lorsqu’on a faim. Et bien c’est pareil.

Pas besoin de se forcer. Pas besoin d’attendre.

Et vous, comment avez-vous vécu l’été ? A-t-il été mouvementé, indicateur ?

Semer un peu de magie et de poésie dans le quotidien.

12 commentaires

  • Anne-So

    Mais oui !!! C’est tellement génial de voir un lieu se transformer, évoluer, grandir avec nous – que ce soit la maison où l’on se sent bien ou le jardin qu’on aide à s’étoffer !!! Je crois que je comprends ton sentiment d’épanouissement à ce niveau-là 🙂
    C’est beau de lire tes certitudes nouvelles et tes jolies intentions <3

    • Rozie

      Je crois effectivement que tu sais de quoi je parle !

      C’est tellement agréable … La maison devient enfin celle que nous avons visualisée en arrivant. Alors que nous n’en sommes qu’au début. Je suis vraiment curieuse de voir à quoi elle ressemblera dans 5, 10, 20 ans. !!!

  • Melgane

    Ça doit être un sentiment assez étrange que celui-là !
    Moi, une amie m’a tirée les cartes. C’est tombé juste, ça collait bien à ma situation et mon état d’esprit (comme quoi ça ne fonctionne pas que dans les films…!).
    Je vais sans doute pouvoir aller dans la colloc’ que je préfère parmi celles que j’ai trouvé, donc on va dire que c’est aussi un bon été pour moi, même si j’ai été paresseuse sur mon retard de lecture… C’est plutôt l’automne qui sera riche de mon côté !

    • Rozie

      Non, les cartes ne fonctionnent pas que dans les films ! J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’en faire l’expérience cet été justement … C’est fou !

      Je croise les doigts pour la coloc’ alors ! Et tes lectures finiront par te rattraper, je ne m’inquiète pas pour ça … 😉

  • Marie Kléber

    Un bel été riche et plein de vie. Cela fait plaisir Rozie.
    On te sent pleinement épanouie.
    L’été aura été différent des précédents pour moi, pas mal de prises de conscience mais aussi beaucoup de lâcher prise, d’acceptation de l’autre dans sa différence. Cet été aura été placé sous le signe de l’adaptation, de l’attention que l’on porte (ou pas) aux mots que l’on dit, aux pensées que l’on a. Ca n’a pas toujours été simple, cependant j’ai pris du recul quand c’était trop pour moi, je me suis éloignée pour mieux revenir à moi, aux autres.

    • Rozie

      Un été riche pour toi également alors.
      S’adapter, c’est le maître mot pour vivre. Nous devons le faire sans cesse.
      Et prendre du recul s’avère souvent nécessaire. Ce sont des chouettes leçons que j’apprends aussi avec le temps !

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