Evoluer et Grandir

Dire non.

Hier, j’ai dû mentir pour me sortir d’une situation épineuse. Je ne savais pas comment m’en débarrasser sans faire de peine ou passer pour une lâche ou une méchante, alors j’ai menti pour me défaire d’une obligation. Cette fois, c’était un plus gros mensonge que d’habitude. Et même s’il n’aura pas d’impact, j’ai eu honte. Je me suis trouvée encore plus lâche que si j’avais simplement fait comme si « j’avais oublié » ou fais la morte.

Je ne voulais pas faire ce qu’on attendait de moi. Je le savais depuis le début. Pourtant, quand on me l’a demandé, je n’ai pas réussi à dire non. C’est d’autant plus idiot qu’on me l’a demandé par sms, et pas en face à face. Malgré ça, je n’ai pas réussi à refuser le service qu’on me demandait. J’ai dit oui, et plus la date approchait, plus je me contorsionnais. Je savais que je devais dire la vérité, revenir sur ma décision et mon engagement. Je savais que le plus tôt serait le mieux, par égard. Les jours sont passés, je n’ai pas réussi à le faire. Alors, prise de panique, j’ai inventé un bobard pour qu’on me laisse tranquille sans passer pour une personne qui retourne sa veste : ce que je suis manifestement.

Je me déteste, quand je fais ça. Ce geste va à l’encontre de mon code de conduite, de mon éthique. Quand on donne sa parole, on la tient, c’est comme ça. Et on ne ment pas effrontément. L’expérience m’a appris que c’est une très mauvaise idée et qu’il vaut mieux la franchise, si douloureuse soit-elle. Le problème, c’est que ma parole, je la donne sans cesse, dès qu’on me la demande. De fait, je suis acculée par les « responsabilités ». Je n’arrive pas à refuser mon aide. On me la demande de plus en plus. C’est un cercle vicieux.

Il faut savoir qu’habituellement, je fais quand-même ce que j’ai promis. Parfois la mort dans l’âme. Il est très rare que je mente pour me débiner. Ca arrive seulement quand les moyens matériels me manquent. C’était le cas cette fois. J’aurais pu l’expliquer plutôt que de mentir, mais c’était insurmontable. Je ne sais pas pourquoi. Revenir sur mon engagement est insurmontable, je préfère me trahir en agissant comme il me répugne. C’est ridicule.

Grâce à mon expérience avec D., j’ai appris à m’affirmer et à dire non en couple. Je le fais même trop, je suis imperturbable. Les choses doivent fonctionner comme JE l’ai décidé. Par contre, en dehors de ma famille proche, avec laquelle j’arrive à rester sur mes gardes, c’est mission impossible.

Vous voyez la nana qui passe deux heures (littéralement) à écouter un Témoin de Jéhovah dans la rue alors qu’elle a tout un tas de trucs à faire ? C’est moi. Je n’ai pas su dire non quand il m’a demandé si j’avais cinq minutes à lui accorder. J’ai encore moins réussi à lui imposer mon départ. Celle qui se retrouve à rapporter la commande des autres toutes les semaines en cherchant la sienne ? Encore moi. Les autres sont partis du principe que si j’ai accepté une fois, c’est que ça ne me dérangerait pas les fois suivantes. Je m’y suis pliée, je les ai laissé faire. Ca fait deux ans que ça dure. Après tout, qu’est-ce que ça me coute ? …

Ca, ce sont les petites choses du quotidien. Mais il arrive aussi qu’on me sollicite pour des évènements plus exceptionnels. A la réflexion, ce n’est pas si rare. J’acquiesce, et je me mets dans des situations impossibles. Je m’en mords la langue les mois qui suivent. Mais je ne peux pas retourner en arrière.

Mon mari est atteint du même mal. Je ne vous explique pas les quiproquo quand nous nous sommes chacun engagé de notre côté et qu’il faut gérer notre emploi du temps commun. C’est dans ces moments-là que je me rends compte de l’absurdité de la situation. Quand nous nous retrouvons et que nous cherchons un moyen d’en sortir sans trop de mal, et surtout sans blesser ceux vers qui nous sommes loyaux. Lui, il n’a aucun scrupule à mentir. Il arrive mieux à se faufiler, mais pas de la bonne manière. Ca finit par nous nuire.

Parfois, on se dit qu’on nous en demande trop. C’est évident qu’on nous en demande trop ! C’est très frustrant, ceux qui nous sollicitent ne semblent pas voir ce qu’il nous en coûte, en terme d’énergie, mais aussi de gestion, de matériel et bien souvent, d’argent. Nous ne pouvons pas les blâmer. C’est à nous d’apprendre à poser des limites. De réussir à nous affirmer et d’oser refuser.

On fonctionne différemment. De fait, il ne nous viendrait pas à l’idée de demander aux autres le dixième de ce qu’ils sollicitent chez nous. On se débrouille seuls, on n’aime pas déranger. C’est parfois complexe, et énervant de sentir qu’ils n’ont pas les mêmes scrupules pour nous. Une histoire d’incompréhensions.

Il y a trois jours, on nous a demandé de jeter des poubelles. Deux gros sacs qui ne nous appartenaient pas et que nous n’avions pas contribué à remplir. Ca ne nous aurait rien couté d’accepter et j’allais le faire quand mon mari a dit non et a démarré la voiture en disant au revoir. Nous sommes partis comme ça et depuis, j’y ai pensé au moins cinq fois. Je culpabilise d’avoir refusé de jeter des déchets qui ne m’appartenaient pas. Je n’arrive pas à savoir en quelle mesure c’est normal … Je ne sais pas faire la différence entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Ce qui est égoïste et ce qui est juste logique et sans conséquences de refuser.

Je sais ce qui me plaît où me déplaît de faire. Dois-je n’écouter que ça ? Il y a le plaisir de faire plaisir, celui de soulager une personne qu’on aime d’une tâche ou de l’aider. Mais ce sentiment, je ne le ressens pas envers tout le monde. De fait, je sens que certaines personnes en profitent. Quand je me penche sur la question, je me demande : « Pourquoi je le refuserais à l’un et l’offrirais à l’autre ? » Glorieux débat.

Voici ma nouvelle résolution : apprendre à dire non clairement. Et vous, vous savez faire ?

Semer un peu de magie et de poésie dans le quotidien.

7 commentaires

  • Devenir Adulte

    Je me suis beaucoup reconnue dans ton article tant il est compliqué de dire « Non » à une personne. Je culpabilise en me disant  » mais je suis qui pour dire non ? » peut etre ai-je vexé la personne sans faire exprès ?. Puis j’ai appris au fur et à mesure à déculpabiliser et à m’imposer. Il faut parfois s’écouter soi et ses envies pour dire « Non » car après tout, combien de « Non » à notre tour a-t-on ramassé ?

  • Melgane

    Moi je dis à moitié non x) (c’est pire !) : je fais la moue et lâche un « boarf… » marmonné x) Il faudrait aussi que j’apprenne à dire non clairement… Ma soeur, quand ma mère lui demande quelque chose, a une fâcheuse manie : elle dit « oui-oui » et ne le fait pas x) (quelle effronterie !).
    Quand on te demande des choses par SMS peut-être pourrais-tu ne pas répondre tout de suite ? Répondre seulement après 24h en ayant passé ces 24h à te projeter dans ta réponse ? Comme les athlètes, tu sais, qui s’imaginent vainqueur avant de commencer la course ! Ainsi tu prends un peu d’élan, tu te donnes du courage, de la décision, et tu sautes sans mordre la planche les 8m96 du record du monde de saut en longueur. NON ! voilà, trop facile 😉 Plus sérieusement, imaginer ta réponse va te permettre d’imaginer aussi comment la formuler sans vexer (puisqu’en fait c’est ça qui te fait peur dans le fait de dire non, vexer, blesser, et finalement peut-être et surtout décevoir). Tu n’as pas besoin de dire oui pour satisfaire les gens et ne pas les décevoir et te faire aimer. Tiens, hier on avait studio mobile, notre technicien, appelé en dernière minute par notre patronne sur l’autre studio pour une réparation, est arrivé en retard : il lui a dit oui et paf ! nous, on est arrivé en retard sur le lieu de rendez-vous. Ma collègue m’a dit : « on satisfait pas les gens en leur disant oui tout le temps, parfois on satisfait les gens en leur disant non ». Imagine ta réponse ! Imagine ton « Je suis désolée, je sais que ce n’est pas habituel, mais je dois refuser, j’ai autre chose de prévu… » ou alors, si ça te coûte de l’argent, du temps, et que ça te saoule, tu coupes la poire en deux, tu fais une réponse de Normands : « p’têt’ ben qu’oui p’têt ben qu’non » : « je veux bien si les frais me sont remboursés et qu’en échange tu fais tel truc pour moi » sur le principe de l’Accorderie (asso d’change de services qui se comptent en temps) : je prends du temps pour toi mais tu en prends pour moi. Peut-être que la réponse de Normand peut être un bon début avant le non clair et définitif ? Histoire aussi de montrer aux gens que t’es pas une bonne poire, que ça te coûte, et que t’as pas qu’ça à faire.

  • Nadège

    Personnellement, au lieu de dire « oui » ou « non » tout de suite, je préfère dire « je réfléchis ». Ainsi, ça me laisse le temps de peser le pour et le contre, et de voir comment formuler mon éventuel refus sans être vexante.
    Sinon, dans la rue, je ne m’arrête plus, je dis systématiquement que je n’ai pas le temps. C’est un peu grossier, mais c’est plus simple que d’entrer dans une « conversation » à sens unique !

  • elisa

    comme je te comprends….car je suis exactement pareille. même si ça a tendance à s’améliorer avec le temps je me cache toujours dans des mensonges pour ne pas dire non ou alors j’accepte des choses que je ne devrais pas faire. et après je me plains et mes proches me disent « ben pourquoi tu as accepté aussi ? » je me soigne mais difficile 🙁

  • Ornella

    AAAHAHA, ça me fait rire parce que j’ai les mêmes mécanismes, je dis oui pour faire plaisir, pour ne pas être celle qui dit non, et je finis très souvent par me défiler.

  • maman délire

    dire non ! ça peut signifier tant de choses. tant d’interprétations, tant de projections. Que se passe t il si tu dis non Rozie ? penses tu que les personnes vont te rejeter, toi ? qu’ils ne vont plus t’aimer, plus t’apprécier ? mais sans doute que pour eux, ça sera juste un non, et si ils ne t’apprécient que parce que tu rends service, que penser d’eux ?? et puis tu sais t’exprimer avec les formes, tu ne vas pas être violente si tu dis non. tu vas juste te respecter, toi. parce que faire les choses à contre cœur, c’est pas sympa, pour toi. c’est à toi que que tu dis non, quand tu leur dis oui. Pourquoi ils passeraient avant toi ??
    a part ça ne t’inquiètes pas, ce fléau est très répandu. moi aussi, je dois apprendre à dire non, mais je suis sur le chemin. dans ma formation, on en a parlé, c’est quelque chose d’important quand on parle de l’estime de soi.
    tiens d’ailleurs ça m’a rappelé une anecdote : il y a une dizaine d’années, j’ai acheté 50 kg de patates. oui, 50 kg. a un gars qui est venu sonner à la porte. qui m’a pas lâché. je pouvais pas prendre moins, c’était par 50 kg obligatoire. bon j’en mangeais pas mal, et elles se gardaient 6 mois soi disant, mais 50 kgs….. et quand j’ai vu qu’il a sorti 2 sacs de 25 kg… je me suis dit là, je me suis vraiment faite avoir ! mais bon, 50 kgs, toute ma famille a eu son petit sac de patates !!!!

  • Marie Kléber

    Dire non c’est encore assez compliqué pour moi aussi Rozie.
    J’ai grandis dans une famille où dire non était presque inconcevable ce qui fait qu’on se trouvait souvent face à des choix pas entièrement consentis et souvent forcés d’inventer des mensonges pour se tirer d’un mauvais pas.
    Quand ça me touche directement, quand c’est quelque chose que je ne veux pas, j’arrive désormais à poser les limites.
    Mais dès qu’il s’agit d’une demande, ma première réaction est de dire « oui » et si je dis « non », je culpabilise.
    Je crois que dire « non » ça s’apprend. Il faut toujours penser à soi dans la balance de la réponse que nous donnons. Quant à apprécier l’importance d’une demande ou d’une autre, à nous aussi de définit ce que nous pensons être ou pas une priorité.

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