Le coup de foudre.

Verres de whisky

Je vous ai rencontré comment j’ai rencontré mon héros du quotidien. Je n’aimais plus mon petit-ami D., violent avec moi, mais je n’avais pas le courage de partir. Heureusement, mon nouveau prétendant a prit les devants en me proposant ce rendez-vous, carrefour de mon existence. Le coup de foudre.

Nous avions planifié ce premier rencard ce soir là, parce que D. serait hors de la ville pour quelques jours et ne pourrait pas m’empêcher de m’y rendre. Je lui avais caché ce rendez-vous. C’était mon secret. Je ne voulais pas qu’il le gâche, qu’il le salisse. Ces trois jours sans lui allaient me faire un bien fou. J’attendais qu’il parte pour que je puisse enfin me préparer à passer une bonne soirée en agréable compagnie.

Bien sûr, D. réussit tout de même à enlaidir ma journée. Il savait pertinemment qu’en me laissant il prenait un risque : perdre son ascendant. Il tînt donc à prendre les devants et devînt colérique avant même d’avoir soupçonné quoi que ce soit. Il me menaça une énième fois, me poussa encore à bout et, cette fois, j’ai craqué. « Tu me quittes ? Dis-moi que tu me quittes. » Et bien tu sais quoi ? Oui, je te quitte. Pourquoi resterais-je une seconde de plus à tes côtés ? Je suis malade (*musique*), tu me prives de tout, et je pleure sans cesse par ta faute… C’est ce que je pensais, mais pas ce que je lui ai dit.

Je lui ai dit que ces trois jours allaient me permettre de réfléchir à notre situation, alors que j’en connaissais très bien l’issue. Cet après-midi là, j’ai cassé à demi. J’avais tellement peur qu’il me tue, le jour où je le quitterais pour de bon, que j’avais là une occasion en or : le laisser filer puis l’abandonner par écrit. A distance. Voilà mon salut. C’est assez lâche, mais il valait mieux être lâche qu’être frappée.

Il est sorti et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J’avais mal au coeur, c’était terrible. Ma première histoire se terminait si lamentablement, et il me contraignait à prendre le mauvais rôle. J’allais devoir lever le voile, dire la vérité à ma famille. C’était dur. Je souffrais atrocement. Qu’allais-je devenir ? Il fallait bien que je m’en sorte, mais de quelle façon ? J’allais bientôt avoir la réponse.

J’ai envoyé un sms à mon rencard. « Je viens de casser d’avec D. J’ai pleuré pendant des heures et j’ai les yeux tous bouffis. Si ça ne te gêne pas de passer la soirée à me consoler, je viens. Sinon, on annule. » Evidemment, on n’a pas annulé.

Je n’ai pas fait d’effort particulier pour me vêtir ce soir là. Je suis sortie, les yeux rougis, penaude, en direction du Vieux-Lyon. Lorsque la bouche de métro m’a recrachée, il était là. Il s’est avancé, m’a souri et m’a câlinée furtivement. Nous avons échangé quelques banalités, puis nous nous sommes installés sur les banquettes du premier bar à notre portée. Whisky pour lui, rhum pour moi. Sentir son regard se promener le long de mon corps me revigorait. Je n’avais plus honte de mon allure, cet homme me désirait malgré ma mauvaise mine. Ce visage meurtri que je ne laissais voir  à personne, il le chérissait déjà.

J’ai compris cette nuit là que je voulais qu’il me rattrape. J’avais besoin qu’il me sauve, il était mon filet de sécurité. Sans lui je ne me serais jamais délivrée de l’autre. Cette mauvaise farce aurait pu durer des mois encore. Mais nous étions là, nous nous faisions face, et le temps prenait son temps. Sa main fugace effleurait la mienne, laissée là à dessein. Nos conversations n’étaient qu’un doux prétexte, de tendres préliminaires. Un deuxième verre pour la route. Pour ne pas nous quitter trop tôt …

Il fallait rentrer, maintenant. J’étais saoule à la sortie du bar. « Et si nous marchions, plutôt que de prendre le métro ? » Le dédale des rues me faisait vaciller et je prenais garde à ne glisser que de son côté. Il ne comprenait pas et veillait, au contraire, à tenir une distance amicale entre nous. « Je te raccompagne jusque devant chez toi. » J’adorais son côté protecteur, j’en avais tellement besoin.

Arrivés au seuil de la porte de l’immeuble, alors que je ne l’imaginais pas, il me saisit la nuque, posa langoureusement sa main gauche au creux de mon dos et m’embrassa. Surprise, je me laissais faire. C’était un long baiser, suave. Ses mains continuaient de parcourir mon échine, ses lèvres ne quittaient pas les miennes. Puis doucement, ce moment insaisissable prit fin. Il me laissa là, sans un mot, et son sourire disparut. Je l’ai regardé s’éloigner un instant avant de monter les escaliers qui me mèneraient chez moi.

C’est à ce moment précis, en refermant la porte blindée de l’appartement, que le coup de foudre me frappa. J’ai glissé avec fracas contre cette porte, me laissant happer par de terribles soubresauts, hurlant, pleurant à chaudes larmes, trépignant, dédaignant, ressassant ce qui venait de se passer. Un déferlement de sentiments m’envahit, j’avais mal, je voulais crever. Quand le bonheur cogne si fort un être si malmené, c’est terrible. Ca fait mal d’être heureux quand on n’est plus habitué.

Je lui en voulais, j’étais en colère ! Puis je le remerciais. C’était trop tôt, trop tard, prématuré, non amorcé … Je l’insultais avec véhémence, seule dans mon petit appartement, pour ensuite me raviser. Je me suis déshabillée en tremblant, me suis accroupie sous l’eau réparatrice de la pomme de douche, et j’ai patienté. Je ne comprenais plus rien, la boite des sentiments enfouie depuis de si longs mois avait éclaté. Je subissais toute ma vie à rebours, les papillons dans le ventre.

J’ai tout de même réussi à gagner mon lit. J’ai écrit un mail à mon prétendant, tentant tant bien que mal de choisir les bons mots, et je me suis couchée. La nuit s’est vue écourtée par le capharnaüm qui régnait dans ma tête, puis par les effets de deux verres de rhum bus à jeun. J’en étais là. Une nouvelle aventure se dessinait dont je serai l’héroïne principale.

Le coup foudre n’est pas un mythe, mais il ne se présente pas toujours sous son meilleur jour. La douleur est parfois nécessaire, n’est-ce pas ?

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4 thoughts on “Le coup de foudre.

  1. Fugu Répondre

    « Quand le bonheur cogne si fort un être si malmené, c’est terrible. Ca fait mal d’être heureux quand on n’est plus habitué. »

    Cette phrase résume tellement bien mes débuts avec mon mari et raisonne tellement en moi. Contrairement à toi, le choc n’a pas été si rapide, j’avais tellement souffert que je restais sur mes gardes. Et puis quand ça m’est tombé dessus, ça a été d’une violence difficile à assumer, et je me demande comment il a pu me supporter durant cette période de transition où je n’étais qu’une petite chose détruite et destructrice. (Mais je l’en remercie du fond du coeur).

    Merci, sincèrement, ton billet vient de faire remonter des émotions tellement enfouies que j’ignorais les avoir en moi. 🙂

    Moins égoïstement, je suis soulagée que ton histoire avec D. se soit achevée et que la suite augure du meilleur. C’est beau. 🙂

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Une petite chose détruite et destructrice.. C’est exactement ce que j’étais.
      J’avais tendance à le tester bêtement sur des petites choses, à vérifier ses réactions alors que je ne contrôlais moi-même pas les miennes. J’étais.. Chiante ^^ !
      Je ferai un article là-dessus à l’occasion, il y a tant à dire !
      Merci pour ton message :)! Ça me fait toujours plaisir de discuter.

  2. maman délire Répondre

    fiouuuuuu… dis donc t’as jamais pensé a écrire un livre ? je suis restée scot-chée ! en tout cas je suis toujours aussi heureuse que tu sois sortie des griffes de ce mec !

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci ! Ça me fait super plaisir !
      J’y ai déjà songé mais je n’arrive pas à garder ce que j’écris ni à m’imposer une cadence. J’avais lâché l’écriture et je reprends tout doucement avec ce blog.
      Merci, tu es adorable !

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