Cette soeur que j’ai détestée.

Boite à musique

J’avais trois ans et demi lorsque ma soeur est née. Mes parents m’avaient bien préparée à son arrivée et j’étais ravie qu’elle nous rejoigne. J’ai un souvenir précis de ces jours passés avec mon père, pendant que maman prenait du repos à la maternité. J’aimais bien qu’il s’occupe de moi, qu’il me lave et me couche.

Le jour de sa naissance, mes parents m’ont offert une boîte à musique (*musique*). « C’est Chloé qui te l’offre. » Ils avaient lu quelque part que ça créerait les premiers liens entre ce petit bébé et moi, à présent soeur aînée. J’adorais remonter le mécanisme, regarder les petits personnages tourner sur le piano, écouter les notes s’égrener. Cette mélodie, je la connais par coeur et quand, éprise de nostalgie, il m’arrive de la relancer, les souvenirs explosent et les larmes arrivent. J’avais inventé des paroles sur les notes, les paroles d’une enfant de trois ans, chantant doucement à quel point elle aimait déjà cette petite soeur qui lui avait offert un cadeau.

Lorsque nous l’avons ramenée de la maternité, j’ai passé le trajet les yeux rivés sur son petit visage endormi. Elle ne disait rien et ne remuait pas, couchée dans sa pouponnière. A la maison, je passais beaucoup de temps à la regarder. Je l’ai aimée instantanément, d’un amour fou.

De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas. Une même émotion à deux reflets qui submerge tout sur son passage. En grandissant, ma petite soeur a pris le pas sur moi. Son caractère plus fort, plus franc, moins tendre m’obligeait à m’écraser. Elle avait deux ans et sur le canapé, tous les matins, elle me donnait des coups de pieds, me griffait, me battait. Je ne m’en plaignais pas mais ne comprenais pas ses excès de haine : pourquoi m’en voulait-elle ? Etais-je une menace ?

Sans doute, oui. Nous partagions une mère dont elle me refusait l’accès et en réponse, une colère sourde naquit au fond de ma poitrine. Je me suis d’abord défendue : oeil pour oeil, dent pour dent. Si elle était capable de me battre, j’étais capable de l’ignorer. Je ne lui parlais plus que pour lui prouver à quel point elle m’était insignifiante, à quel point je la méprisais. « D’accord, tu as Maman, mais moi j’ai Papa ! » Le combat prit des années. Si nous étions capables de jouer ensemble pour tromper l’ennui, nos armistices n’étaient que de courte durée. Nous avons vécu l’une sans l’autre, en soeurs étrangères.

Je lui souhaitais tout le malheur du monde, j’étais horrible dans mes mots. « Quand je serai grande, t’auras pas le droit de venir chez moi, et si tu viens quand-même, j’ouvrirais pas la porte et j’appellerai la police ! » C’était méchant, mais je le pensais. Me trouver dans la même pièce qu’elle m’horripilait. Je ne supportais pas qu’on marche sur le même parquet, que nos mains touchent les mêmes objets, que nous soyons assises sur la même banquette. Je bâtissais un mur, une forteresse qui m’éloignait du monstre affreux qu’elle était, de l’immondice que je ne pouvais voir.

Elle grandit encore et, assaillie par les angoisses, baissa les armes. Mais je ne pus me résoudre à lui pardonner. J’avais trop mal, j’avais trop souffert d’être rejetée par cette fille que pourtant j’aimais tant. Elle avait besoin de moi et, plutôt que de l’aider, je lui faisais payer très cher ses réactions de jeune enfant. Elle me volait encore ma maman qui lui était dévouée corps et âme. Et moi, dans tout ça ? Devais-je me passer d’une mère juste parce que j’allais bien ?

J’étais meilleure en classe, plus sociable, plus « courageuse » .. J’avais tout pour moi et un monde nous séparait. La haine continuait à pousser entre mes pensées adolescentes. Elle faisait tout comme moi et je ne supportais pas ça. Ma soeur aspirait à me ressembler et je faisais tout pour nous différencier.

Puis vint la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Collectionneuse de pierres précieuses, mon père m’avait offert un rare spécimen, si beau et si fragile que nous l’avions placé sur un socle spécial pour le protéger. La moindre caresse pouvait l’abîmer, j’en prenais un soin religieux : la pièce maîtresse de ma collection. Un après-midi d’été, alors que je retournais tranquille dans ma chambre, j’ai tout de suite compris qu’elle l’avait saboté.

Mon sang n’a fait qu’un tour, j’étais furieuse. J’aurais pu la buter. Elle jouait dans la cour alors j’ai ouvert ma fenêtre pour copieusement l’insulter. Incapable de retenir mes mots, folle de rage, je suis allée la rejoindre et lui ai jeté à la gueule tout ce qui me tombait sous la main. J’hurlais, j’avais de véritables envies de meurtre, des pulsions destructrices. J’ai averti ma mère qui, une fois de plus, ne s’interposa pas dans notre rixe et je suis retournée pleurer dans ma chambre.

Dès lors, elle devint mon ennemie jurée n°1. Le geste était si impardonnable que je la rayais définitivement des membres de ma famille et continuais de grandir comme si elle n’avait jamais existé. J’étais fille unique. Ce n’est pas les quelques minutes qu’on passait à la même table qui attesteraient du contraire.

Il fallut attendre de nombreuses années, que nous soyons totalement séparées, pour que je prenne enfin du recul. Lorsque je retrouvais ma famille, on ne se disait pas bonjour. « Ben, embrasse ta soeur quand-même ! » Plusieurs années  passèrent encore avant que je ne puisse enterrer la hache de guerre. Tout doucement, j’ai appris à mettre ma rancune de côté pour renouer le contact. Nous avions tout de même des points communs, et l’amour fraternel reprenait le dessus.

Petit à petit, je me suis mise à lui offrir des cadeaux pour son anniversaire. Je pensais à elle en prévoyant ma liste de Noël. Nous nous sommes mises à nous conseiller mutuellement des lectures … Honorée, elle a accepté sans réserve d’être mon témoin de mariage.

Aujourd’hui nous sommes presque proches. Cet été, pour la première fois de nos vies, nous avons passé deux jours ensemble en tête à tête. Nous correspondons un peu par mail et le temps fait son office. Nous avons désamorcé la bombe sans mettre les points sur les I. C’est une conversation qu’on aura sans doute un jour, mais nous ne sommes pas prêtes à l’engager. Sujet douloureux. Qui sait ce qui remonterait alors à la surface ?

Les relations fraternelles n’ont rien d’évident. J’envie ces familles dans lesquelles frères et soeurs sont des amis de longue date. Pour moi, tout est à refaire. Ca ne fait que très peu de temps que je me sens véritablement « soeur aînée ». Mais tout vient à point à qui sait attendre, n’est-ce pas ?

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20 thoughts on “Cette soeur que j’ai détestée.

  1. pellicule de vie Répondre

    Un article bouleversant, très touchant.. Je suis fille unique donc je ne connais pas le fait d’être l’aînée ou la cadette mais je fais en sorte que mes 3 boys s’entendent car je trouve important pour moi qu’ils soit soudés. Ce n’est pas facile mais bon, je fais de mon mieux :). J'(espère qu’un jour inch’Allah, tu pourras crever cet abcès avec ta soeur :*

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci beaucoup !
      C’est toujours plus sympa de bien s’entendre et d’être soudés … Tu as raison de valoriser ça, si c’est possible.
      Je le leur souhaite en tout cas.
      Avec ma soeur, le temps fera son office .. Tout vient à point à qui sait attendre :).

  2. Flo Répondre

    Très beau texte, bien écrit avec ça. C’est couillu, si tu me pardonnes l’expression, d’ouvrir ce jardin secret qu’est la famille et les relations qui la composent sur la toile comme ça.

    Les relations fraternelles sont très compliquées. Nous sommes deux, un frère ayant deux ans de plus que moi et moi. Même si on est passé par des hauts et des bas, mon frère et moi jouions énormément ensemble étant enfants. Depuis notre adolescence et c’est encore le cas aujourd’hui, si quelqu’un fait du mal à l’un de nous, je crois que l’autre serait prêt à mordre très, très fort.
    Et pourtant… Aujourd’hui, je suis très proche de sa copine et j’ai appris des choses qui m’ont complètement bouleversée, moi et mon petit univers.
    Mon frère est persuadé de ne pas être aimé de ma mère, que je suis préférée et il en souffre énormément. Pourtant, j’ai toujours souffert, moi, de la préférence de ma mère pour mon frère, préférence qui est vue et attestée tant par mon père que par mon mari, bref ce n’est pas une vue de mon esprit, plusieurs personnes s’en sont aperçu. Mais mon frère éprouve une sorte de jalousie inexplicable et de sentiment de ne pas être aimé…
    Je suis peut-être un poil plus complice avec mon père que mon frère ne l’est, mais par contre, mon père est très très fier de la carrière de mon frère, il le dit tout le temps, tandis que moi j’ai droit à des remarques du style que je le déçois, que j’aurais pu faire de grandes choses et que je gâche ma vie…
    Curieusement, moi, je n’en souffre pas. Je connais le caractère de mon père et je sais que sur d’autres choses, on est tellement complices et en osmose que ça équilibre les choses.
    Du coup, c’est délicat. Mon frère et moi nous adorons, sommes prêts à beaucoup l’un pour l’autre, et il y a pourtant une espèce de vieille rivalité de son côté que je ne sais pas comment désamorcer puisqu’il ne m’en a jamais, jamais parlé et que je le sais par l’indiscrétion de sa copine…

    Enfin, ce n’est jamais simple. Je pense qu’il y a aussi des choses que l’on comprend, que l’on réalise avec l’âge, qui permettent de casser des barrières même si ça vient très tard. C’est peut-être ce que tu commences à vivre avec ta sœur et qui continuera avec du temps et de la patience. C’est ce que je te souhaite, parce qu’au-delà de nos difficultés, des moments où on s’est fait souffrir, l’un comme l’autre, je sais que la relation entre mon frère et moi est unique, puissante, qu’on est liés par un amour difficilement égalable et que j’ai envie de le faire grandir et éclater sans plus de barrières. Je te souhaite sincèrement de pouvoir vivre une relation plus heureuse et épanouie, sans non-dits et sans rancœur.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Bonjour Flo et merci pour ce partage. Ca me touche toujours quand des inconnus me dévoilent des parts de leur vie en retour.
      Effectivement, ce n’est jamais simple. Même quand on croit que tout va bien, certaines évidences ne sont justement pas évidentes pour tout le temps. Ca ne m’étonne pas que ton frère soit persuadé que tu es la préférée alors que tout atteste du contraire. J’ai souvent entendu ça … Je comprends la nature bouleversante de cette révélation sur toi.
      C’est peut-être l’occasion de lui en parler .. Sans dénoncer l’indiscrétion de sa compagne mais en le questionnant un jour, lors d’un tête à tête quelconque. Je pense qu’il serait révélateur de connaître son point de vue, ce qu’il constate et ce qui l’a blessé et/ou qui le blesse encore.

      En tout cas, je suis admirative de la force qui vous lie. Je pense qu’une certaine force nous lie aussi, ma soeur et moi. Je la sens parfois. Mais elle n’a pas été entretenue. Au contraire, j’ai tout fait pour la détruire parce qu’elle me bouffait de l’intérieur quand j’étais petite. Ca reviendra avec le temps.

      Je vous souhaite de continuer à vous aimer de cette façon. C’est beau, une fratrie soudée !

  3. MissTexas Répondre

    Encore un très beau texte, on a l’impression d’avoir vécu cette histoire à tes côtés ! J’ai un grand frère et une grande sœur, dont je suis très proches (ils ont 6 et 8 ans de plus que moi pourtant). Je me rends compte que c’est une chance immense de bien s’entendre dans une fratrie.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci beaucoup !
      Oui, c’est vraiment une chance, effectivement. Profites-en bien et fais toujours en sorte que ça ne change pas. J’essaie de mettre en place une relation avec ma soeur. On y arrive. Mais pour se rapprocher, ça prend beaucoup, beaucoup de temps.

  4. Bloody Lucy Répondre

    Elle est bouleversante ton histoire, mais ça me rappelle cet adage : « On ne choisit pas sa famille. » La société nous enjoint à aimer les membres de notre famille mais moi je pense que ce n’est pas obligatoire. Bien sûr, c’est plus sympa que tout le monde s’aime et se pardonne ! Quand c’est possible…
    J’ai quatre ans d’écart avec mon petit frère. A partir du moment où il a pu gesticuler sans l’aide de notre mère, j’ai commencé à le trouver gonflant. Nous avons passé toute notre enfance et notre adolescence à nous disputer, nous insulter et nous battre (physiquement). Je n’ai trouvé le soulagement que quand j’ai quitté le foyer familial pour mes études à l’âge de 20 ans. Aujourd’hui, nous vivons à 200 km de distance et je ne le vois que trois fois par an en moyenne. Ca se passe très bien mais ça reste superficiel, nous sommes tellement différents qu’il y a des tas de sujets dont nous ne pouvons pas discuter, soit par manque d’intérêt de l’un ou de l’autre, soit par incompréhension. Nous ne sommes pas du tout proches l’un de l’autre, j’aurais sans doute aimé le contraire.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Effectivement, on n’est pas obligé d’aimer ses frères et soeurs. Personnellement, j’ai profondément aimé ma soeur à son arrivée dans la famille. C’était un sentiment assez étrange et submergeant pour la petite fille de 3-4 ans que j’étais alors.
      Mais c’est sûr qu’il ne faut pas forcer les choses. Ce n’est pas parce qu’une personne fait partie de ta fratrie que vos personnalités vont forcément « matcher » … Tu en es la preuve.
      Néanmoins, il reste ce lien du sang, qui ne peut ne vouloir rien dire mais qui, chez moi, veut dire beaucoup de choses parce que je crois en l’héritage familial, la transmission tout ça … Ca dépend de ta manière de voir les choses.
      L’essentiel est d’arriver à tout de même bien s’entendre lorsqu’on se voit, même si ça reste superficiel. C’est surtout ça qui était le noeud du problème entre nous. Maintenant, ça va !

      Merci pour ton partage, c’est toujours intéressant d’avoir les points de vue et expériences des autres !

  5. Peanuts Répondre

    Etant l’aînée d’une fratrie de trois, je te comprends… j’étais très proche de ma sœur cadette et quand ma mère a refait sa vie avec un homme qui avait une fille deux ans plus jeune qu’elle, j’ai littéralement « perdu » ma sœur, elle me l’avait volée et de quasi jumelles, on était totalement séparées toutes les deux. J’avais bien un frère, mais il avait 8 ans de différence avec moi, c’était pour ainsi dire pas possible de passer tout le temps avec lui quand on est ado de 16 ans, un gamin de 8 on a vite envie d’aller voir ailleurs !

    Depuis, ma mère s’est séparée de l’ancien beau père, et elle a quitté définitivement nos vies, mais le mal était fait : et si les choses ont beaucoup changé entre ma sœur et moi, si on s’adore malgré tout, si on était des pestes quand nous n’étions que toutes les deux petites, faisant les 400 coups ensemble, mais crêpage de chignon pour des broutilles à chaque bisbille, aujourd’hui, j’ai cette impression que l’on n’est plus aussi proches depuis quelques décennies (depuis qu’elle est mariée notamment, mais surtout depuis qu’elle a eu son deuxième enfant, dont je suis pourtant la marraine, puis son troisième, quand moi j’espérais seulement avoir un second que je n’aurai jamais)… ceci dit, nous sommes très proches en âge (c’est un peu différent quand on a quelques années de différence).

    Ce que je voulais pointer ici surtout, c’est que lorsqu’un parent fait des préférences manifestes à l’un de ses enfants, puis à son mari et à leurs enfants ensuite, en comparant l’un avec l’autre même lorsqu’ils sont devenus eux-mêmes parents, et que ce parent fait cela sans en être vraiment conscient, ça vous détruit le coeur de celui qui est le moins adulé des deux et qui passe pour le raté de la famille… et c’est ce que je ressens actuellement.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Chez nous, chacun a sa préférée, celle en laquelle il se reconnaît. Il y a quelques semaines, ma tante m’a dit « Ton père, il est fou de toi ». Et c’est vrai. C’est même trop et ma soeur doit être triste de ne pas attiser autant de sentiments chez notre père. Ma mère et fusionnelle avec ma soeur, ce qui ne m’a jamais laissé de place …
      Tout cela rend les choses complexes.
      Mais pour l’instant, j’ai nettement l’impression que dans la tête de mes parents, celle qui « réussit » c’est moi. Je ne pense pas une seconde qu’ils estiment que ma soeur est le vilain petit canard mais peut-être qu’elle, elle le ressent comme ça … Je ne sais pas.
      Notre relation terrible nous a fait beaucoup de mal à toutes les deux. J’en prends la responsabilité et la faute. J’étais la plus grande, j’aurais dû arrêter ça plus tôt … Mais on ne dicte pas les sentiments.
      On essaie de remettre les pendules à zéro aujourd’hui.

      Merci d’avoir partagé ce moment de ta vie avec moi. Le mal est fait, comme tu le dis, mais j’espère que tes sentiments réussiront à s’apaiser. Je te le souhaite en tout cas <3.

  6. Julie Répondre

    Quel dur parcours que le tien ! J’ai aussi une petite soeur (et un petit frère, entre nous deux) et malgré de grosses différences de caractère et des disputes assez épiques quand nous étions petites, aujourd’hui on s’entend assez bien toutes les deux. Je pense que le fait d’être trois enfants empêche peut-être de s’accaparer un parent chacun et de créer des rivalités par rapport à cela … Cela dit, il y a tellement de sujets de conflit quand on est petit que c’est difficile de s’entendre tout le temps avec ses frères et soeurs de toute façon ! La place d’aînée est en plus assez compliquée, il faut montrer l’exemple, ne pas répondre aux provocations parce qu’on est censé être plus grand donc pouvoir comprendre les colères des petits … Pas facile tout ça !

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Oui, je pense qu’être trois ou plus aide un peu à gérer tout ça. Mais certains parents montrent encore leurs préférences, même s’ils ne l’avoueraient jamais ! Je suis clairement la préférée de mon père et ma soeur celle de ma mère. C’est comme ça.
      Tu as raison, il y a mille sujets qui feront qu’une fratrie se divisera … Ou pas 😉 ! C’est une question d’âge et de personnalité.
      La place d’aînée n’est pas évidente. Elle me correspond bien mais c’est vrai que je devais beaucoup plus batailler pour avoir quelque chose alors que ma soeur, quelques années plus tard, avait tout sans forcer et même plus tôt ! C’est notre lot, les responsabilités. Mais ça aide pour l’avenir !

  7. ellea40ans-Stéphanie Répondre

    Ton témoignage est poignant. Comment on réagit tes parents face a l’agressivité d’un coté et l’indifférence de l’autre? Je suis maman de jumelles. Elles se complètent mais une commence a aspirer a de l’indépendance pendant que l’autre la vampirise. Ce n’est pas toujours facile a gérer en tant que parents. J’espère que le temps vous réconciliera. Merci pour ce texte. Bon w.end

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Mon père, qui était « de mon côté » n’a que très peu remarqué la violence de ma soeur envers moi. Elle s’arrangeait pour le faire quand personne ne pouvait le voir, et je ne m’en plaignais jamais auprès d’eux. Ma mère a cependant dû le remarquer et a dû faire ce qu’elle pouvait. Ce que je ne m’explique pas, c’est comment elle a pu tant me laisser sur le côté. Je ne lui en veux pas, mais je regrette.
      Par contre, ils voyaient très bien tous les deux mon indifférence pour ma soeur, mais ils ne m’en ont jamais parlé ! Pourtant, je suis persuadée que ma soeur, très fusionnelle avec ma mère, lui disait qu’elle en souffrait … Ma famille n’est pas très communicante, alors je pense qu’ils n’ont tout simplement pas le réflexe de gérer ça. Ils ont laissé filé. Ils ont sans doute pris ça pour une indépendance accrue. Je ne sais pas.

      Le temps nous réconcilie doucement. Les rapports entre jumelles doivent être complexes, surtout quand elles ne sont plus sur la même longueur d’ondes ! Je ne peux pas te donner de conseil, je ne suis pas parent et c’est toujours difficile d’expliquer à quelqu’un qu’il doit laisser l’autre vivre alors que justement il souffre d’être mis à l’écart … Le temps fera son office !

      Merci d’avoir pris le temps de me lire et de m’écrire ! Bienvenue :).

  8. marie kléber Répondre

    Je crois que l’amour fraternel n’est pas quelque chose d’inné, enfin pas toujours. Il se construit.
    Ma mère est fille unique et mon père a deux soeurs qu’il n’aime pas. Pour eux c’était inconcevable que ma soeur et moi nous ne soyons pas proches et pourtant nous ne l’avons pas été pendant de longues années. Quand ma soeur est arrivée dans ma vie, j’avais à peine 3 ans. Elle a rapidement pris beaucoup de place – et moi je me suis faite toute petite, sans lui en vouloir. Nous étions très différentes. Nos deux ans en Irlande nous ont rapprochées. Nous sommes devenues deux amies. Nous passions notre temps ensemble et nous étions heureuses. Puis j’ai rencontré mon ex-mari et tout s’est effondré. J’ai plongé et j’ai perdu ma soeur en même temps – comment lui en vouloir? Cela fait 4 ans que nous reconstruisons nos liens. C’est long mais ça en vaut la peine. Je crois que comme dans toutes relations, il faut des hauts et des bas pour trouver un équilibre.
    Merci pour ton partage Rozie.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Non, ce n’est pas inné. Enfin si. C’est inné d’aimer son frère/sa soeur (en tout cas, c’est mon cas), mais ce n’est pas inné de construire une relation saine avec lui/elle.

      C’est étonnant que ton père ne conçoive pas que tu ne sois pas proche de ta soeur alors que lui même n’aime pas les siennes …

      Je me retrouve dans ce que tu décris. Ma soeur a pris toute la place et je me suis fait minuscule. En soi, ça ne me dérangeait pas, j’ai vu rouge quand elle est devenue violente envers moi pour rien ! Nous sommes le jour et la nuit. En grandissant, l’inverse s’est produit. Je réussissais quasiment tout, mes parents ne parlaient que de moi. Ca a dû être très difficile pour elle de se construire face à la « fille modèle » que j’incarnais alors … C’est compliqué tout ça.

      Je peux dire que nous commençons à devenir amies. Oui, je comprends, comment lui en vouloir … Mais tu as raison, le chemin est long pour reconstruire ce lien mais ça en vaut pleinement la peine ! Je vous souhaite de vous retrouver, et de redevenir amies !

      Merci à toi de me lire avec tant de bonnes intentions.

  9. themetis Répondre

    Je crois que ton texte va rencontrer beaucoup de monde. Je suis fille unique mais j’ai trois filles, alors, forcément, je suis touchée…

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Trois filles qui s’entendent bien ? C’est tout ce que je leur souhaite en tout cas !
      On aime toujours ses frères et soeurs, malgré soi. Quoi qu’on en dise, même si on refuse de témoigner cet amour, même si on refuser tout contact à cause d’une erreur impardonnable, l’amour filial reste présent et fort. On en souffre.
      Merci.

  10. Je ne suis pas une poule Répondre

    C’est poignant ce que tu écris. J’ai, moi aussi, eu beaucoup de difficulté à aimer pleinement cette soeur qui me volait la vedette. Il y a eu beaucoup d’envie entre nous, mais nos parents nous ont toujours valorisés l’une et l’autre et ont réussi à « casser » cette rivalité. Peut être que l’arrivée d’une troisième soeur a aussi aidé ce processus. Aujourd’hui je suis plus que proche de mes soeurs et je les aime de tout mon coeur mais je sais que nous ne sommes pas passés très loin de la haine. Bientôt (si tout va bien) ma fille aura une soeur elle aussi et je veux à tous pris qu’elles aient une belle relation. J’espère qu’il en sera ainsi.

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Je le leur souhaite en tout cas, parce que ce n’est pas terrible de passer son enfance seule alors qu’on a une soeur qui s’ennuie aussi dans la pièce d’à côté …
      Ma soeur, je l’ai adorée. Et puis, elle s’est mise à me frapper. A me pousser. A m’éloigner. C’était incompréhensible pour moi. Après, c’est moi qui l’ai rejetée, par vengeance, par haine.
      Heureusement, tout se dénoue un jour, le temps est un précieux allié et je suis certaine que toutes les relations peuvent s’arranger. Même si tes puces ont un jour des rapports difficiles, ça passera …

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