Auto-sabotage.

Ce matin, je n’arrivais pas à me lever. J’ai senti mon amoureux quitter le lit avant 6h30. J’ai pensé : « Encore trente minutes. » Je me suis rendormie. Mon réveil a sonné. « Il faut que j’aille m’occuper du chien, sinon, il va se sentir seul toute la journée, et moi, je vais me sentir coupable. »

Je ne suis pas sortie du lit. Pas avant 8h30. Alors que je devais être au travail à 9 heures et que j’ai 45 minutes de trajet.

C’était un de ces matins, où je me réveille un peu triste et désabusée. Un visage dans la tête : une femme métisse, ses cheveux frisés autour de son visage. Elle fait une moue désagréable. Je crois que dans mon rêve, elle m’engueulait, ou quelque chose du genre. Je ne la connais pas dans la vraie vie, mais elle me marque beaucoup.

Je pouvais clairement choisir de partir du bon pied. Mais, sans que je ne comprenne pourquoi, j’avais déjà décidé que non, cette fois, je partirais du mauvais. Auto-sabotage. Les premières minutes de cette journée me semblaient déjà désagréables alors autant que ce soit le cas, une bonne fois, toute la journée !

En sortant du lit, je n’ai pas ouvert les volets comme à mon habitude, pour ne pas qu’Indiana m’entende. Je ne me sentais pas capable de le gérer aujourd’hui, son attachement, sa fougue, son bonheur de me voir et sa tristesse quand je m’en vais, c’était trop pour moi.

Je me suis fait toute petite pour ne pas qu’il m’entende et je me suis dit : « Tu vas passer devant lui pour sortir et prendre la voiture, et ce sera encore pire. Il te verra seulement deux minutes, comment peux-tu lui faire ça ? » J’ai eu envie de pleurer, mais je n’ai rien fait pour rectifier le tir.

Je me suis souvenue que mon amoureux souhaitait que j’étende le linge qu’il avait mis à laver hier soir. « Et merde ! J’ai pas le temps ! » J’ai culpabilisé encore d’avoir si sévèrement lâché tout ce qui est de l’ordre de l’intendance de la maison.

Hier soir, il m’a dit : « Je ne te reproche rien. Je ne vais pas te forcer si tu ne veux pas le faire. Mais je suis fatigué de le gérer. » Le fait qu’il ne me le reproche pas m’a mise encore plus mal à l’aise. J’aurais préféré qu’il me gronde.

Donc, j’ai tout de même pris le temps d’étendre le linge tranquillement. « Tant pis pour le travail, ils m’attendront. » J’ai imaginé un mensonge à raconter pour ne pas qu’on me prenne pour la feigne que je suis et je me suis dit que ça irait bien comme ça. Juste une heure de retard, ça ne tue personne.

J’ai vu Indiana, à travers la fenêtre, qui jouait. « T’as peut-être fait une erreur, Rozie, avec ta lubie de chien. » J’ai pesté contre moi, contre mon mari, puis contre ma mauvaise foi parce que je pestais sur lui alors qu’il n’avait rien fait ou dit de mal, bien au contraire. « Décidément, tu ne mérites pas de l’avoir, lui non plus. »

Je me suis retrouvée assez désemparée avec mon linge mouillé étendu devant le radiateur. D’un coup, je ne voyais plus que la mauvaise face des choses. La vieille maison où tout est à refaire, le groupe qui vient ce week-end, les courses à faire, les poubelles à jeter, la cuisine toute sale, et moi.

J’étais en colère pour rien, ça me rendait indigne de vivre.

Je suis allée aux toilettes et dans le miroir au dessus du lave-main, j’ai vu trois petits boutons sur mon menton. « Putain mais c’est pas vrai ça ! J’avais une peau pas trop mal toute la semaine et il faut que ça tombe pour ce week-end, sérieusement ! » Je ne savais plus quoi faire.

J’ai fait pipi. Une petite tâche rose sur mon papier. « C’est suspect, ça. J’ovule quand, déjà ? Ah oui, demain. Mais j’ai mal dans l’utérus depuis deux jours. J’ai mal de plus en plus souvent là-bas. » Et c’était reparti pour des scénarii tous plus inquiétants les uns que les autres.

J’ai mis du tea-tree sur mes boutons, j’ai fini par trouver de quoi m’habiller, je me suis peignée à la va-vite et j’ai décidé de partir sans me brosser les dents. Au point où j’en étais … J’ai avalé un morceau de brioche et bu un peu. J’ai mis mes bottines sans grande conviction, ma veste. « Il fait froid. Faut prendre mon manteau. Il est encore sur cintre dans la chambre. La flemme. Faut le laver en plus, je l’ai pas fait l’année dernière. Je suis une grosse crade et il fait froid … »

Ca n’allait pas, rien n’allait et j’ai ouvert la porte. Indiana m’a vue, est venu me fêter. Je devais partir tout de suite pour ne pas trop abuser au travail, quand-même. « Tant pis, qu’à cela ne tienne, je ne peux pas le laisser comme ça. » Je me suis assise sur le transat au soleil, et je lui ai fait un gros câlin. Certainement beaucoup trop court. J’avais le nez plongé dans la fourrure de son cou. J’ai fermé les yeux quelques instants. Et j’ai souri.

Il a bien fallu le laisser, lui et son excitation pas tout à fait contenue. J’ai encore pensé que franchement, j’étais incapable de bien m’occuper d’un animal. Il m’a vue ouvrir le portail et prendre la voiture. Il a compris. Je suis partie sans me retourner pour ne pas craquer là, sur le chemin.

Au travail, j’ai sorti mon bobard en arrivant et c’est passé comme une lettre à la poste. Comme à chaque fois. Quelle naze je suis. Tout le monde pense que je suis droite, que je respecte tout, que je suis les règles, que je ne mens pas, que je suis efficace. Et c’est faux. C’est faux au moins aujourd’hui.

La journée a fini par passer sans trop de mal. Je n’ai pas vraiment bossé, fidèle à mon auto-sabotage de 24 heures. C’est plus drôle de s’enliser dans l’inconfort pour les dead-line ! J’ai erré au gré des pages web et des petites missions qu’on me confiait ça et là. Je faisais semblant. Et évidemment, je culpabilisais deux fois plus.

Voilà, je ne me sentais pas. J’avais toutes les capacités pour, mais je ne pouvais pas faire. Tout juste bonne à attendre que les heures creuses passent. Sourires et rires de circonstance pour les collègues. Fuite des obligations ménagères. « Et si le temps s’arrêtait, là, maintenant ? »

Ma journée de travail est terminée, je vais rentrer chez moi. Je vais passer un jogging et peut-être sortir mon manteau. Promener Indiana. J’ai une heure pour le balader à fond, avant mon yoga. Mon yoga. J’ai tellement hâte d’y être. Je suis à fleur de peau et il se pourrait bien que je me mette à pleurer là, position « chien la tête en bas », parce que je prends le temps de m’occuper de moi pour de vrai. Parce qu’aujourd’hui, j’ai besoin de pleurer sans que je sache pourquoi.

Après, je vais rentrer et je serai seule pour une heure encore. Mon mari à son propre cours de sport. Je vais prendre une douche si chaude qu’elle en fera fondre le carrelage. Je vais laver mes cheveux.

Il faudra que je trouve de quoi faire à manger et cette simple idée me désempare déjà. Je n’ai pas envie. Ni de faire à manger, ni de ranger la cuisine pour pouvoir le faire. Vraiment pas envie. De cette façon qui fait que tu te sens incapable. Tu pourrais, mais tes muscles restent amorphes.

Je vais m’installer sur le canapé une fois ce problème réglé. Je préparerais notre série du jeudi. En espérant que cette fois encore, le câlin de mon amoureux y fasse quelque chose. Pour terminer la journée plutôt bien, avec mes chocolats, ma tasse de thé, mon plaid, mon mari et mon chien. Loin de la colère et du blues qui m’ont envahie ce matin au réveil.

Journée sans … Bon. Ca ira mieux demain, hein ?


15 thoughts on “Auto-sabotage.

  1. Ornella Répondre

    J’ai ressenti dans ton texte tout le côté empêtré, embourbé complètement désemparé que tu as dû éprouver ce jour-là. Ca m’emplit de compassion mais j’avoue que ça m’a donné du stress. C’est fort dans une lecture donc MERCI ! J’adore ce sentiment quand je lis. 🙂

    1. Rozie Répondre

      Je t’en prie ! 😉

      J’ai au moins la « chance » de pouvoir en faire quelque chose, de ces sentiments !

  2. Pétale Répondre

    Bonjour Rozie,

    J’espère que ça ira mieux comme dit dans un commentaire peut-être que c’est de la déprime saisonnière.
    ou une simple « déprime » passagère lieu aux hormones ou juste de la tristesse tout court.
    Pour les rêves, en ce qui me concerne j’aime bien chercher leurs significations simplement pour m’amuser car je suis curieuse bien que je n’y crois pas du tout.
    Le point positif c’est qu’un rêve n’est pas réel.
    Je pense aussi que c’est normal de ne pas faire tout ce qu’on devrait faire parfois ou d’être de mauvaise humeur.

    -Je pense aussi que tout le monde a le droit d’avoir des coups de mou et de ne pas respecter les règles parfois (pour des trucs futiles uniquement).-
    Dans ces cas-là soit j’explose soit je n’y prête plus attention ce qui est selon les fois difficiles.
    cela dit, le fait de ne quasiment rien ressentir m’aide beaucoup.

    Je t’envoie des ondes positives.

    Bises

    Pétale.

    1. Pétale Répondre

      P S : a l’approche de l’hiver je suis moi-même assez « triste ».

    2. Rozie Répondre

      Bonjour Pétale,

      Oui, ça va mieux. C’est toujours passager chez moi, et mes humeurs fonctionnent comme des vagues. Parfois elles sont lentes et la même reste plusieurs jours. Parfois, elles sont plus rapides et une même journée voit 10 vagues complètement différentes.

      Par exemple, après avoir écrit cet article, d’autres sentiments m’ont animée et j’ai fini la journée bien. C’est étrange. C’est ce qui participe au fait que je me sente instable.

      Il y a certains rêves dont les significations sont très claires. Par exemple, j’ai rêvé hier qu’une amie était enceinte. Et après, c’était moi qui l’étais sans l’être. En me réveillant, je savais que c’est cette question de maternité, du fait que j’ai l’âge pour y penser mais que malgré ça, je n’en ressens aucune envie, tout en souhaitant être comme les autres (quelle longue phrase !) qui me travaille.

      Mais ce rêve avec cette femme métisse … Aucune idée ! Il faut dire qu’elle était la seule « chose » du rêve dont je me souvenais, et elle ne m’évoquait rien.

      Bises !

  3. MissTexas Répondre

    Coucou Rozie,

    Je suis en train de vivre (car pour moi ce n’ est que 13h 😉 ) la même journée que toi ! Sauf que… je ne suis pas allée travailler. Je me sentais incapable de gérer ma journée de 9h à l’école, avec seulement 30 mns pour manger… Quand je passe une journée comme ça, je me dis deux choses : c’est nécessaire, et c’est passager.
    C’est nécessaire de temps en temps de relâcher la pression, de se sentir moins bien, d’avoir peu d’énergie. Le corps et l’esprit ont besoin de pauses pour se ressourcer. Et c’est passager, car après un petit passage à vide, on repart souvent d’un meilleur pied 😉 Le plus important je crois est de l’accepter comme une étape de la vie.
    Je suis désolée de ne pas avoir répondu à ton mail, qui pourtant était très inspirant. Comme dit plus haut, ma charge de travail cette année ne me laisse presque plus de temps libre, et j’essaie d’en profiter pour être avec mes enfants et mon mari dès que je peux un peu souffler. Thanksgiving et Noël approchent, j’ai bon espoir de pouvoir te répondre bientôt 🙂
    Je t’embrasse, bon courage pour cette fin de semaine !

    1. Rozie Répondre

      Et bien j’espère que tu as pu joliment terminer ta journée malgré tout !

      « C’est nécessaire, et c’est passager. » Oui, tout à fait. Après une semaine un peu difficile, je suis repartie du bon pied. Bon, la fatigue par contre, n’est toujours pas enrayée. Mais ça .. !

      Ne t’inquiète pas, je ne t’en tiens pas rigueur ! J’avais moi-même pris mon temps pour répondre. Profites-bien des fêtes qui approchent. Et racontes-nous Thanksgiving. Tu as déjà dû le faire les années précédentes mais c’est chouette.

      Je te souhaite une belle semaine,

      Bises !

  4. Marie Répondre

    Déprime saisonnière ou dépression plus profonde ? Ça n’a pas l’air d’aller fort en tout cas. Je la connais bien cette fatigue qui rend la moindre action insurmontable. Sois indulgente avec toi-même. C’est déjà suffisamment dur à vivre, pas la peine de culpabiliser en plus !

    1. Rozie Répondre

      C’est plus ou moins passé. Disons que ça s’est calmé. Le point culminant, c’était samedi, et là, ça va mieux au niveau des émotions que je ressens. Mais la fatigue est encore là, et je commence à en avoir ras le bol. Elle me suit depuis … Mars, je crois. C’est long, et rien n’y fait.

      J’ai calmé le jeu, je m’écoute, ne fait que ce que je me sens de faire (ou presque parce que j’ai quand-même quelques obligations). J’ai fait des démarches, j’ai pris des compléments. Je n’ai « rien », mais il y a bien quelque chose. Et je sens que si ça continue, ça va finir par sérieusement entamer mon moral. C’est chiant d’être pleine de vie dans la tête, mais pas dans le corps, vraiment !

      Merci pour tes mots.

  5. Myriametre Répondre

    La douche brulante qui détruit tout sur son passage… j’en ai tellement abusé il y a quelques années ! 🙂
    Demain sera différent, il y a de grandes chances pour ! Ton chien t’aime beaucoup, ton mari aussi et ils ne te gronderont pour si peu pour eux et tant pour toi. Demain, si tout va mieux, ils te feront peut-être comprendre un truc du genre : Oh mais tu es resplendissante aujourd’hui et la journée de la veille sera oubliée.
    Moi c’est ma journée de lundi que j’avais complètement sabotée, avec la participation de l’enfant qui s’en est donné à coeur joie en sus ! Quand je pars de chez moi sans me brosser les dents, c’est terrible : je suis continuellement sur le qui-vive et donc, vite très fatiguée. Quand j’oublie de mettre des boucles d’oreille aussi, même si c’est un poil moins fort.

    1. Rozie Répondre

      Oui, j’ai lu ce que tu as écris concernant cette journée particulière, et on ressentait bien ce mélange qui désempare et agace.

      Il est très rare que je sorte sans me brosser les dents. Je déteste parce que j’ai l’impression d’avoir une haleine horrible, donc je fais très attention tout le temps …

  6. Maman délire Répondre

    Olala !!! Tellement de matière pour un coaching !!!! Si cette journée devrait te délivrer un message, quel serait il ?

    1. Rozie Répondre

      Grande question, madame la coach !

      … Peut-être ça : « Tu abandonnes tout. »

      Parce qu’avant, je menais tout de front, et maintenant … Non ! ^^ Et que ça m’énerve qu’on puisse me juger là-dessus (mais je ne dis pas que c’est le cas, c’est ma représentation du regard des autres sur mes actes !). Parce que ce n’est pas à moi de tout faire, que j’ai le droit de ne rien faire.

  7. Marie Kléber Répondre

    Il y a des jours comme ça. Des heures parfois aussi.
    J’essaye de lâcher prise dans ces cas là. Demain est un autre jour.
    Tu as raison de te bichonner, de prendre du temps pour toi. C’est toujours important mais ces jours là encore plus.
    Plein de douces pensées Rozie.
    Je t’embrasse.

    1. Rozie Répondre

      Oui, ça arrive et il ne faut ni chercher à y échapper, ni l’occulter. C’est une vague, et elle va finir par se retirer.

      C’est allé mieux après ! Ca n’a finalement pas duré toute la journée.

      Je te renvoie de belles pensées en échange, et t’embrasse.

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