Les Etats d’Esprit du Vendredi (17.11.17)

… Me faire rire !

Voilà bien longtemps que je n’ai plus participé aux Etats d’Esprit ! Il faut dire que les semaines sont bien remplies ces derniers temps …

Début : 16h48

Fatigue : Présente. Mais il y a du mieux. Depuis la séance de shiatsu, je me réveille bien le matin, comme si j’avais assez dormi.

Humeur : Bonne.

Estomac : Un quignon de pain, et j’ai bien envie de me faire du thé. Celui qu’on a acheté au marché est un vrai délice.

Condition physique : Yoga hier. Un gros travail au niveau des muscles des épaules, qui fait du bien. Le reste est OK.

Esprit : Mon esprit est un océan remué par les vents. Un coup oui, un coup non. Un coup peut-être. Je passe par un tas d’état d’esprit différent en une seule journée, c’est … Impressionnant.

Boulot : J’ai eu l’idée de créer une série sur Youtube. Ils adorent. Du coup, ce sera mon job pour 2018. 12 épisodes. C’est ….. Trop génial !!!!

Lundi, rdv annuel avec le directeur. J’avais un tas de papiers à remplir, je ne l’ai toujours pas fait d’ailleurs. Je ne sais pas du tout ce que je vais mettre, comment faire pour m’auto-évaluer. Dire la vérité, ou pas ?

Culture : On a vu plein de choses ces dernières semaines, mais ce que je retiens surtout, c’est la série Netflix « Captive ». J’étais captivée, c’est le cas de le dire. Je l’ai trouvée si excellente que j’ai envie de lire le bouquin (l’auteure est la même que celle des livres dont est tirée The Handmaid Tales, série tout aussi excellente). J’ai même dit à mon amoureux que je la revisionnerais. Jusque là, ça n’est arrivé qu’une fois !

Lecture : manuscrit.

Penser à : Planter les lavandes demain. Ce sera magnifique l’été prochain. Aller à la braderie de vêtements. Passer à la Poste pour un retour colis.

Avis Perso : J’ai de plus en plus envie de proposer des rendez-vous ici. Je réfléchis à un format novateur et chaleureux.

Message Perso : … !

Amitiés : Je crois que ça va pour tout le monde !

Love : Croule sous les choses à faire. Se fait un sang d’encre pour Indiana.

Indiana : Je l’ai retrouvé ce matin étalé dans l’herbe, dans une position qui ne laissait rien présager de bon. Lorsqu’il s’est approché de moi, j’ai remarqué que ses babines semblaient très grosses. Et puis j’ai compris qu’elles avaient triplé de volume.

Le pauvre chien avait toutes les chairs de la tête qui enflaient, enflaient … Les babines, le nez, les paupières, le front … Moment de panique.

Habituellement plein d’énergie, la fatigue se lisait dans ses yeux. Je n’ai pas réfléchi plus longtemps, j’ai enfilé un jean, j’ai pris son carnet de santé, direction le vétérinaire.

Je me disais : « Il va mourir après un mois chez nous. » J’avais vraiment peur. Ne vous moquez pas, c’était assez effrayant à voir.

Et puis finalement, ça n’était qu’une allergie, probablement due à une piqûre d’insecte. Mais lequel ? Mystère.

Là, ça va mieux. Ca désenfle tout doucement. Il a passé la journée à dormir, à se mettre au chaud, à quémander les câlins. Plus jamais ça !!!

Sorties : Nous avons du monde ces derniers temps. Là, j’aspire à du repos.

Divers : Ce matin, je lisais l’article d’une blogueuse, Angie, qui s’interrogeait sur les heures miroir. Je lui ai écrit que dans ma vie, à chaque fois que j’en voyais beaucoup, c’était quand j’étais perdue mais que je prenais le bon chemin malgré tout. Je pense donc que les heures-miroir sont des signes qu’on m’envoie pour me dire « Tu t’en sors bien, continues. »

Tout à l’heure, le vétérinaire a écrit la date sur le carnet du chien. 17.11.17. Et il a dit : « Tiens, une date miroir ! »

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire jusqu’aux oreilles et de mentalement remercier qui de droit pour ce signe magique. J’étais morte de trouille ce matin, pas vraiment rassurée dans le cabinet, et voilà qu’on me fait remarquer ça comme pour me dire « Tu es perdue, mais tu t’en sors bien. »

Croyez-y ou pas, mais moi, j’adore penser que le monde est magique, poétique, et rassurant !

Courses : Il faut que j’achète ma brosse à cheveux en bois. Et une brosse pour Indiana aussi.

Envie de : Chiner de jolis vêtements pour mes proches demain. Planter les lavandes dans le soleil de novembre (on peut sortir sans veste ni manteau dehors, et on regrette encore d’avoir pris un pull !).

Musique : En ce moment, mon coeur se sert particulièrement à l’écoute de « Tous les cris, les SOS » de Daniel Balavoine. Je ne sais pas, c’est comme si enfin, je comprenais intrinsèquement cette chanson. Après 20 ans d’écoute, je la chante pour la première fois avec …. La « vraie » sincérité. Celle quand tu connais ce qu’on dit.

Fin : 12h30

Vous souhaitez participer aux Etats d’Esprit du Vendredi, créés par Zenopia et Postman ? Il vous suffit de copier le formulaire et de le remplir à votre envie ! Ensuite, laissez un commentaire sur leurs deux blogs respectifs avec le lien de votre participation, afin qu’ils puissent vous inclure à la liste des participants. Retrouvez le tableau pinterest collectif et la playlist sur youtube.

L’enfant que j’étais.

Mon père et moi, à Paris cet été …

J’étais une enfant …

Très sage. J’étais toujours « dans la lune ». Très peu bavarde, timide, mais « grande » chanteuse très tôt. J’obéissais, je ne demandais jamais rien à personne. J’étais si docile qu’à l’école, une autre petite fille m’avait choisie pour être son esclave et que j’ai obéi sans rien dire … Elle me demandait de la porter elle, ou son cartable et ses jouets. Elle me dirigeait complètement. Quand j’y repense, je comprends mieux certains évènements de ma vie !

Je jouais tout le temps seule, je m’inventais un château dans le ventre des lauriers et de nombreux amis imaginaires. J’ai successivement été Pocahontas, Nala (Le Roi Lion), Bloom (Winx Club) et Ondine (Pokemon). En général, je me targuais toujours d’être la rousse du groupe !

J’avais de nombreuses passions. Ca a commencé avec les félins. Je voulais tout savoir d’eux, connaître toutes les espèces dans les moindres détails. J’avais un classeur rempli de photos découpées ça et là, je me faisais des « fiches » (comportement, caractéristiques physiques, lieu de vie …), je me prenais pour un véritable chercheur/explorateur …
J’ai ensuite eu exactement les mêmes manies avec les minéraux. J’en avais une très belle collection et les connaissais comme le fond de ma poche ! Je regrette aujourd’hui d’avoir oublié.

Mes bêtises se comptent sur les doigts d’une main. J’en ai fait peu, mais j’en ai fait des belles !

J’ai coupé un fil électrique (de radio) avec une paire de ciseaux. Et là, vous vous demandez pourquoi je ne suis pas morte ? Les ciseaux étaient doublés de plastique au niveau des encoches pour les doigts … Je me souviens très bien de ce moment. J’étais toute seule, je découpais du papier pour en faire une guirlande et le fil me faisait de l’oeil. Je crois que c’est la seule fois de ma vie où j’ai voulu faire une connerie juste pour la défiance. Où l’appel de l’illicite était plus fort que tout.

Il y a eu un grand éclair bleu dans la pièce, un grand « PAF ! » et beaucoup de fumée. J’ai fermé les yeux. Quand je les ai rouverts, ma mère était devant moi et me secouait comme un prunier pour savoir si j’allais bien. A l’heure actuelle, mes parents ont toujours la paire de ciseaux. Ils sont rouges, et les lames ont fondu. Mythique.

Mon jouet préféré …

Les barbies, évidemment ! Et je n’en ai pas honte !

A la fin, j’en avais une bonne dizaine. Avec la boutique (Barbie vendeuse), toutes les tenues et chaussures et accessoires, la voiture, le « Ken », le bébé et ce qu’il faut pour s’en occuper, et j’en passe !

Ma préférée reste sans conteste ma Barbie-fée. Elle avait des ailes bleues pailletées magnifiques, elle pouvait voler. Je me souviens tout à fait quand je l’ai reçue, la fête de famille, le gâteau, et le moment merveilleux où je l’ai essayée pour la première fois. C’était de la pure magie ! Ca me rend très nostalgique d’y repenser … !

En revanche, je détestais les poupons. Je les avais en sainte horreur, limite si ça ne me donnait pas de l’urticaire (et je n’exagère pas vraiment !). Quand ma cousine m’obligeait à y jouer (c’est surtout que je n’osais pas dire non vu qu’elle ne s’amusait qu’avec ça), c’était le pire des supplices. Qu’est-ce que ça m’emmerdait !

Je me régalais de …

Hahaha, il faut la liste complète ?

J’adooooorais les Chocapic devant les Minikeum’s, sur ma table en plastique rouge, en rentrant de l’école à quatre heure et demie ! Je me ruais comme une folle dans le salon avec mes céréales, c’était tellement génial !

J’étais aussi en pâmoison devant les Kinder Country (précisément), et les tablettes de chocolat blanc, Galak ! Vous savez, celles avec les dauphins ?

En été, j’adorais me faire un « bébé rose » avec les copines. Qu’est-ce qu’on aimait ça, le parasol au dessus de nos têtes ! Si vous ne savez pas ce que c’est, voici la recette : un verre de lait froid dans lequel on verse une bonne dose de grenadine ! On mélange le tout avec une paille et …. Tadaa ! Bonne dégustation, messieurs dames !

Je me suis fait gronder parce que …

J’ai fait semblant d’avoir disparu. Voici le contexte :

Ma mère gardait ma meilleure amie en été. Comme je le disais plus haut, j’étais gentille donc j’étais la suiveuse, et elle, la meneuse ! Sa mère était venue la récupérer. Nos parents étaient très bons amis, si bien que pendant qu’ils discutaient, nous en avons profité pour nous faufiler sous les tombereaux en bois garés dans la vieille étable.

A la fin de la discussion, ils se sont mis à nous appeler. Logique. Et nous, nous n’avons rien trouvé de mieux que de rester cachées et de ne pas répondre. C’était drôle cinq minutes, mais quand j’ai compris qu’ils commençaient vraiment à paniquer, j’ai eu envie de sortir. C’était sans compter mon acolyte qui m’a retenue un bon moment !

J’ai fini par sortir et mon père, dans sa peur transformée en colère, m’a donné un bon coup de pied au cul. C’était la première, et la dernière fois qu’il levait la main (le pied !) sur moi. J’ai vraiment eu mal.

J’entends encore la mère de ma copine lui dire : « Mais non Gilles, la frappe-pas, elle n’a rien fait ! » Pas idiote, elle avait compris à qui je devais ma désobéissance et ma punition …

Je rêvais de …

Devenir chanteuse, clairement. Toute à ma passion pour Mylène Farmer, Christina Aguilera (« Come on over ! Come on over baby … ! »), Britney Spears et quelques autres. A l’époque, il y avait les « 100% » sur une des chaînes du cable. A 21 heures, pendant trente minutes, ils passaient tous les grands succès d’un chanteur/groupe. Il fallait me voir chanter et danser ! Je ne comprenais rien à l’anglais, mais je baraguinais quelque chose d’approchant, c’était drôle !

D’être un être magique aussi. Ca par contre, c’est bien resté et j’y arrive, à ma manière !

Je lisais …

Et bien pas grand-chose, étonnement !

Quand j’ai appris à lire, j’ai voulu dévorer tout ce que la bibliothèque nous proposait. Les histoires à visées éducatives qu’on faisait lire aux enfants m’ont satisfaite quelques semaines et puis … J’ai vite compris que c’était toujours la même chose. Donc, je savais super bien lire mais je ne trouvais rien d’assez intéressant à mon goût (sans vouloir paraître prétentieuse, c’est vraiment comme ça que je l’ai vécu !).

J’empruntais 10 livres par semaine. Je lisais le début dans l’espoir d’y trouver du changement, et puis j’abandonnais. J’ai accroché un moment sur les collections verte et rose et puis … Plus rien.

J’ai fini par croire que tous les livres racontaient toujours les mêmes histoires et je n’ai plus rien lu du tout (il faut dire que chez moi, il n’y avait aucun bouquin !), avant qu’une camarade de classe ne fasse un exposé sur « Métaphysique des tubes » d’Amélie Nothomb.

J’avais 14 ans, elle avait raté son exposé mais piqué ma curiosité. Et là, tout un pan s’est ouvert à moi pour ne plus jamais se refermer !

Si l’enfant que j’étais trouvait mon moi de maintenant …

J’imagine qu’elle serait très fière et hyper admirative !

… Oui, je me lance des fleurs, mais j’ai le droit ! …

Elle trouverait une petite nana qui s’épanouit, qui a une maison magique, qui s’habille avec des robes et des fleurs, qu’a les cheveux longs, un super amoureux, un petit chien incroyable … Qui tisse un lien fou avec le monde, qui « est », pour ses petits yeux d’enfant, un être magique.

Vous aurez compris que je suis très satisfaite de celle que je suis et qu’à aucun moment je n’ai l’impression d’avoir trahi l’enfant que j’étais, ni oublié ses aspirations. Bien au contraire !

Ca, c’est du point de vue de l’enfant, donc.

L’adulte ne dirait jamais à l’enfant qui elle est. Pour garder la surprise et toute la magie (oui, j’y tiens !) qui en découlerait au moment de la redécouverte.

Mais si l’enfant comprenait d’elle-même, alors l’adulte lui dirait qu’elle est géniale et qu’elle le restera ! Elle lui dirait aussi : « Ca ira mieux avec ta soeur, c’est promis. » Elle ne dévoilerait rien d’autre.

Ce serait génial de pouvoir me rencontrer plus jeune ou plus vieille. J’aimerais beaucoup !

Picou, je trouve l’idée de ce TAG « L’enfant que j’étais … » merveilleuse ! Voici ma réponse :). J’adore lire celles des autres, c’est tout particulier. Très chouette !

Et vous, vous participez ? C’était comment, l’enfance ?

Auto-sabotage.

Ce matin, je n’arrivais pas à me lever. J’ai senti mon amoureux quitter le lit avant 6h30. J’ai pensé : « Encore trente minutes. » Je me suis rendormie. Mon réveil a sonné. « Il faut que j’aille m’occuper du chien, sinon, il va se sentir seul toute la journée, et moi, je vais me sentir coupable. »

Je ne suis pas sortie du lit. Pas avant 8h30. Alors que je devais être au travail à 9 heures et que j’ai 45 minutes de trajet.

C’était un de ces matins, où je me réveille un peu triste et désabusée. Un visage dans la tête : une femme métisse, ses cheveux frisés autour de son visage. Elle fait une moue désagréable. Je crois que dans mon rêve, elle m’engueulait, ou quelque chose du genre. Je ne la connais pas dans la vraie vie, mais elle me marque beaucoup.

Je pouvais clairement choisir de partir du bon pied. Mais, sans que je ne comprenne pourquoi, j’avais déjà décidé que non, cette fois, je partirais du mauvais. Auto-sabotage. Les premières minutes de cette journée me semblaient déjà désagréables alors autant que ce soit le cas, une bonne fois, toute la journée !

En sortant du lit, je n’ai pas ouvert les volets comme à mon habitude, pour ne pas qu’Indiana m’entende. Je ne me sentais pas capable de le gérer aujourd’hui, son attachement, sa fougue, son bonheur de me voir et sa tristesse quand je m’en vais, c’était trop pour moi.

Je me suis fait toute petite pour ne pas qu’il m’entende et je me suis dit : « Tu vas passer devant lui pour sortir et prendre la voiture, et ce sera encore pire. Il te verra seulement deux minutes, comment peux-tu lui faire ça ? » J’ai eu envie de pleurer, mais je n’ai rien fait pour rectifier le tir.

Je me suis souvenue que mon amoureux souhaitait que j’étende le linge qu’il avait mis à laver hier soir. « Et merde ! J’ai pas le temps ! » J’ai culpabilisé encore d’avoir si sévèrement lâché tout ce qui est de l’ordre de l’intendance de la maison.

Hier soir, il m’a dit : « Je ne te reproche rien. Je ne vais pas te forcer si tu ne veux pas le faire. Mais je suis fatigué de le gérer. » Le fait qu’il ne me le reproche pas m’a mise encore plus mal à l’aise. J’aurais préféré qu’il me gronde.

Donc, j’ai tout de même pris le temps d’étendre le linge tranquillement. « Tant pis pour le travail, ils m’attendront. » J’ai imaginé un mensonge à raconter pour ne pas qu’on me prenne pour la feigne que je suis et je me suis dit que ça irait bien comme ça. Juste une heure de retard, ça ne tue personne.

J’ai vu Indiana, à travers la fenêtre, qui jouait. « T’as peut-être fait une erreur, Rozie, avec ta lubie de chien. » J’ai pesté contre moi, contre mon mari, puis contre ma mauvaise foi parce que je pestais sur lui alors qu’il n’avait rien fait ou dit de mal, bien au contraire. « Décidément, tu ne mérites pas de l’avoir, lui non plus. »

Je me suis retrouvée assez désemparée avec mon linge mouillé étendu devant le radiateur. D’un coup, je ne voyais plus que la mauvaise face des choses. La vieille maison où tout est à refaire, le groupe qui vient ce week-end, les courses à faire, les poubelles à jeter, la cuisine toute sale, et moi.

J’étais en colère pour rien, ça me rendait indigne de vivre.

Je suis allée aux toilettes et dans le miroir au dessus du lave-main, j’ai vu trois petits boutons sur mon menton. « Putain mais c’est pas vrai ça ! J’avais une peau pas trop mal toute la semaine et il faut que ça tombe pour ce week-end, sérieusement ! » Je ne savais plus quoi faire.

J’ai fait pipi. Une petite tâche rose sur mon papier. « C’est suspect, ça. J’ovule quand, déjà ? Ah oui, demain. Mais j’ai mal dans l’utérus depuis deux jours. J’ai mal de plus en plus souvent là-bas. » Et c’était reparti pour des scénarii tous plus inquiétants les uns que les autres.

J’ai mis du tea-tree sur mes boutons, j’ai fini par trouver de quoi m’habiller, je me suis peignée à la va-vite et j’ai décidé de partir sans me brosser les dents. Au point où j’en étais … J’ai avalé un morceau de brioche et bu un peu. J’ai mis mes bottines sans grande conviction, ma veste. « Il fait froid. Faut prendre mon manteau. Il est encore sur cintre dans la chambre. La flemme. Faut le laver en plus, je l’ai pas fait l’année dernière. Je suis une grosse crade et il fait froid … »

Ca n’allait pas, rien n’allait et j’ai ouvert la porte. Indiana m’a vue, est venu me fêter. Je devais partir tout de suite pour ne pas trop abuser au travail, quand-même. « Tant pis, qu’à cela ne tienne, je ne peux pas le laisser comme ça. » Je me suis assise sur le transat au soleil, et je lui ai fait un gros câlin. Certainement beaucoup trop court. J’avais le nez plongé dans la fourrure de son cou. J’ai fermé les yeux quelques instants. Et j’ai souri.

Il a bien fallu le laisser, lui et son excitation pas tout à fait contenue. J’ai encore pensé que franchement, j’étais incapable de bien m’occuper d’un animal. Il m’a vue ouvrir le portail et prendre la voiture. Il a compris. Je suis partie sans me retourner pour ne pas craquer là, sur le chemin.

Au travail, j’ai sorti mon bobard en arrivant et c’est passé comme une lettre à la poste. Comme à chaque fois. Quelle naze je suis. Tout le monde pense que je suis droite, que je respecte tout, que je suis les règles, que je ne mens pas, que je suis efficace. Et c’est faux. C’est faux au moins aujourd’hui.

La journée a fini par passer sans trop de mal. Je n’ai pas vraiment bossé, fidèle à mon auto-sabotage de 24 heures. C’est plus drôle de s’enliser dans l’inconfort pour les dead-line ! J’ai erré au gré des pages web et des petites missions qu’on me confiait ça et là. Je faisais semblant. Et évidemment, je culpabilisais deux fois plus.

Voilà, je ne me sentais pas. J’avais toutes les capacités pour, mais je ne pouvais pas faire. Tout juste bonne à attendre que les heures creuses passent. Sourires et rires de circonstance pour les collègues. Fuite des obligations ménagères. « Et si le temps s’arrêtait, là, maintenant ? »

Ma journée de travail est terminée, je vais rentrer chez moi. Je vais passer un jogging et peut-être sortir mon manteau. Promener Indiana. J’ai une heure pour le balader à fond, avant mon yoga. Mon yoga. J’ai tellement hâte d’y être. Je suis à fleur de peau et il se pourrait bien que je me mette à pleurer là, position « chien la tête en bas », parce que je prends le temps de m’occuper de moi pour de vrai. Parce qu’aujourd’hui, j’ai besoin de pleurer sans que je sache pourquoi.

Après, je vais rentrer et je serai seule pour une heure encore. Mon mari à son propre cours de sport. Je vais prendre une douche si chaude qu’elle en fera fondre le carrelage. Je vais laver mes cheveux.

Il faudra que je trouve de quoi faire à manger et cette simple idée me désempare déjà. Je n’ai pas envie. Ni de faire à manger, ni de ranger la cuisine pour pouvoir le faire. Vraiment pas envie. De cette façon qui fait que tu te sens incapable. Tu pourrais, mais tes muscles restent amorphes.

Je vais m’installer sur le canapé une fois ce problème réglé. Je préparerais notre série du jeudi. En espérant que cette fois encore, le câlin de mon amoureux y fasse quelque chose. Pour terminer la journée plutôt bien, avec mes chocolats, ma tasse de thé, mon plaid, mon mari et mon chien. Loin de la colère et du blues qui m’ont envahie ce matin au réveil.

Journée sans … Bon. Ca ira mieux demain, hein ?

Ma grand-mère va bientôt mourir.

Je le sens. Ma grand-mère paternelle va bientôt mourir. Est-ce que ça se compte en mois, en jours ? En années, ça m’étonnerait.

Mes parents ne m’en parlaient pas. C’est ma tante qui est venue me dire que son coeur battait moins. J’ai dit à mes parents qu’ils devaient me tenir au courant, parce que je ne veux plus vivre la chute brutale de la première fois. Je veux être prévenue. Je veux avoir le temps de me faire à l’idée. Je veux savoir, connaître les étapes du déclin.

Mon père vient donc de m’envoyer un message pour me tenir informée de l’état de son coeur. Il nécessiterait une pile, mais elle refuse de se la faire poser. Elle est tombée la semaine dernière. Si elle retombe, on l’hospitalise. Mon père écrit : « On sait que l’hospitalisation, c’est le dernier recours. » Elle veut rester vivre seule chez elle, refuse d’aller ailleurs. Je crois qu’elle a raison. Je crois qu’elle est juste. Avec elle-même.

Nous, on n’a pas à vouloir égoïstement la protéger. Tenir la mort éloignée plus longtemps juste parce qu’on sait qu’on aura mal. Nous, on doit respecter ce qu’elle veut. Mais tout le monde ne le voit pas comme ça. Mon père si, et c’est ce que j’aime chez lui.

Alors ma grand-mère a le coeur bien fatigué. Une chute de tension et elle meurt. Mais en fait, c’est ça, mourir de vieillesse. Quand le coeur cesse tout simplement de battre. Je trouve ça beau. Je veux qu’elle meure comme ça. Je suis contente qu’elle refuse la médicalisation. A quoi ça servirait de relancer son coeur si sa tête commence déjà à partir ? Pour en faire un corps désincarné ? Merci, mais je ne veux jamais voir ça. Je suis reconnaissante qu’elle ne le veuille pas non plus. Elle me semble tout à fait consciente des choses.

On approche une période délicate de l’année. Celle des fêtes. Le 4 janvier prochain, c’est l’anniversaire de la mort de mon grand-père paternel. Si je compte bien, ça fera 15 ans (et je compte bien !). Je suis sûre que ça n’est pas une coïncidence. Je passerai donc cette journée fébrile. Tiraillée par l’attente d’une nouvelle que je pressens.

Peut-être que je me monte la tête encore une fois, et qu’elle ne mourra pas le 4 janvier 2018. Peut-être plus tôt, peut-être plus tard. Pour moi, le jour de sa mort ne changera rien. C’est un jour et puis c’est tout. C’est pour mon père que j’aimerais qu’elle « attende » de passer les fêtes. Après la mort de mon grand-père, mon père déprimait systématiquement à l’approche de Noël. C’était dur.

J’ai mal tout de même pour lui. Il sera bientôt orphelin. A 50 ans, je sais, c’est normal. Mais on est toujours un petit enfant, face à la mort d’un parent, non ? A la mort de mon grand-père, j’avais dix ans, et l’impression nette qu’à ce moment particulier, mon père avait le même âge que moi. Il n’y avait plus de rapport adulte/enfant entre nous. Nous étions deux âmes qui nous soutenions l’une l’autre, qui posions des questions d’enfant, qui réagissions comme si ni lui, ni moi, n’avions plus d’éléments que ça. L’innocence dans toute sa splendeur.

J’appréhende. Pas sa mort en tant que telle, mais tout ce que cet évènement fera remonter à la surface. Je verrais les mêmes gens, entrerais dans la même église, mangerais un gueuleton dans la même maison que la première fois. Me retrouverais devant la même tombe ouverte, dans la même allée de ce même cimetière qui ne m’accueille jamais d’ordinaire. Cette première fois que j’ai si mal vécue, dont il m’a fallu plus de 10 ans pour réussir à l’apprécier à peu près sereinement dans le cercle de mes souvenirs. Il me semble que ça n’est pas tout à fait guéri d’ailleurs. Alors j’espère, au plus profond de mon coeur, que cette prochaine fois pourra définitivement apaiser la première.

Au regard de ce que je sais aujourd’hui, des certitudes que j’ai, j’aimerais faire en sorte de ne pas le vivre comme un traumatisme. Au contraire, j’aimerais vivre cette mort comme un moment particulier à fêter. Je vais sans doute choquer certains d’entre vous mais il me faudrait une conversation entière pour vous l’expliquer : pour moi, la mort ne termine pas, elle débute. C’est donc une fête. Comme on fêterait une naissance, un mariage. Une belle étape. La dernière du monde qu’on voit, certes. Mais faut-il systématiquement craindre ce qu’on ne connaît pas ?

J’aimerais pouvoir danser et chanter comme dans les films. Pleurer de joie et de peine – parce qu’elle me manquera fort, tout de même, ma grand-mère – pendant la cérémonie. Porter une tenue pastel, joviale et colorée. Rire. Bon, je crois que je ne le ferais pas parce que ma grand-mère est très attachée aux règles et je pense qu’elle n’apprécierait pas du tout …

Je le ferai chez moi en rentrant. Peut-être le jour même de sa mort, quand je l’apprendrais. Quand je sentirais la boule d’énergie me quitter d’un coup. Et si cette fois, elle ne revenait pas se caler sous ma cage thoracique, chargée de gris ? Et si cette fois, je laissais partir l’énergie ? Si je la dépensais en m’exprimant tout de suite comme je veux, ne serait-ce pas mieux ?

C’est étrange de préparer la mort de quelqu’un pour soi, de se familiariser à l’idée. Après celle de mon grand-père, j’avais tellement peur d’être encore fauchée par la stupéfaction que je passais mes soirées à imaginer la mort brutale de mes parents. Je l’ai fait jusqu’à mes 18 ans, date légale de mon indépendance. Quand mon père rentrait plus tard, je me disais : « Bon, il ne reviendra pas, il est mort. Il faut que tu fasses avec. »

Je m’entrainais. A continuer ma vie. Je m’imaginais comment je ferais pour me débrouiller seule. Faire la cuisine pour ma soeur, ce genre de choses. Tout ça pour ne pas crever le jour où, peut-être, ça arriverait. Je le fais encore, de temps en temps. « Il faudra vendre la maison, payer les crédits en cours, donner tous les objets, récupérer les souvenirs … » Je m’accroche à des choses matérielles.

Même si elle me blessera, je suis à peu près (impossible de l’être tout à fait !) sereine face à la mort prochaine de ma grand-mère. Je la vois plutôt d’un bon oeil. Je pense que je ne serais pas dévastée pour tout un tas de raisons. Je serais triste, nostalgique. Mais pas en colère, sans regrets ou remords, il me semble. Dans « l’acceptation » – vaste mot pour décrire quelque chose de précis !

Je suis heureuse d’être capable, aujourd’hui, d’envisager les choses de cette façon. En action, en … Je ne sais pas trop, mais c’est mieux qu’avant. Ma grand-mère va bientôt mourir, et je vais bien, malgré le travail et la digestion qui commencent. Quelque part, je commence mon deuil prématurément, non ?

C’est stupéfiant pour moi, d’être capable de ne plus subir tout à fait la mort. Avant, j’étais persuadée que c’était toujours un moment qui écrase. Je croyais qu’on était obligé de le souffrir. Je découvre que même pour ça, on peut choisir. Je ne me fais pas d’illusions, ce sera quand-même difficile, mais dans cette difficulté que je ne contrôle pas, je peux beaucoup. Vous voyez ?

Quand l’émotion fatigue.

« Je suis fatiguée. »

Voilà une phrase que je dis plusieurs fois par jour. Je vis toujours le même paradoxe que cet été. Je suis heureuse, j’adore tout ce que je vis au quotidien, mais je suis épuisée et j’ai des symptômes qui pourraient faire penser que je suis malade.

La fatigue, surtout elle. Cette immense fatigue qui n’en finit jamais, même après une sieste, même après une nuit de douze heures, même après trois semaines de vacances.

J’ai d’abord cru que l’origine de cet épuisement était physique. Une carence, une malnutrition. La conséquence d’une maladie, peut-être celle des blocages de mon corps (ça arrive, parfois). Mais rien ne se voit, et rien n’y fait.

Ce n’est pas le physique qui m’épuise. Une longue promenade ne m’éreinte pas. Je peux bouger autant que je veux, ça ne me fera rien.

J’ai remarqué par contre qu’une conversation, le flux de mes pensées, les émotions que je ressens me volent une énergie folle. Je me suis mise à penser : « Et si c’était ce changement là, qui me fatiguait ? L’éveil. »

Je n’aime pas trop parler d’éveil parce que ça suggère qu’avant je ne l’étais pas, éveillée. Ca suggère aussi qu’il y a des stades, des gens plus éveillés que d’autres, et je trouve ça assez présomptueux. Mais d’un autre côté, ce mot « éveil », décrit parfaitement le processus qui est en marche chez moi, depuis plus d’un an maintenant.

Que se passe-t-il alors ? Difficile à décrire. Je crois que je peux dire une chose : je ressens tout. Tout très fort. D’un coup, chaque seconde de la vie est pleine. Chaque instant bat. J’imagine que pour vous, tout ça ne veut pas dire grand-chose, des lieux communs tout au plus.

Mais je ne peux pas, je crois, dire. Je vis. Je vibre. Tout le temps. Et ces vibrations prennent de l’énergie. La résonance avec l’autre, avec le temps.

Ce soir, en rentrant du travail, le soleil se couchait à ma droite. Il y avait des nuages fins dans tout le ciel au dessus de moi. A ma gauche, les monts. Les monts étaient d’or, illuminés, des géants scintillants. C’était incroyable.

J’avançais sur la route, les monts avaient disparu. Je voyais alors ces nuages fins. Oranges, roses, violets qui côtoyaient le ciel bleu. C’était complètement fou toute cette beauté offerte aux yeux de tous, lovée dans le quotidien des petites gens. J’étais là, enveloppée par le parme des nuages, les arbres roussis. On aurait cru vivre dans un film aux images filtrées pour l’esthétique, l’espace de 45 minutes dans ma peugeot 107.

Tout cet amour dans l’univers m’a épuisée. C’est épuisant de s’extasierDe reconnaître la magnificence des matières. D’avoir le coeur si ouvert que tout te touche infiniment. Couler des larmes de joie ou de tristesse devant les scènes redondantes de la vie. C’est épuisant parce qu’on est plus tranquille une seule seconde. On est concentré, tout le temps. Chaque personne qu’on rencontre, c’est comme le coeur d’un volcan dans lequel on plonge la main.

C’est épuisant d’être soi. De ne plus rien cacher. De palper. De comprendre. De sortir les antennes. J’aime bien la métaphore des antennes. J’avais 12 ans, je crois, la première fois que ma professeure de danse contemporaine m’en a parlé.

« Quand tu danses, tu dois avoir conscience des mouvements prochains de l’autre pour trouver l’harmonie. » Je me demandais comment c’était possible de savoir ça intuitivement. Ce qu’allait faire la personne à l’autre bout de la scène. « Tu sors tes antennes pour te connecter aux siennes. »

Les antennes sont invisibles, mais on en a partout sur le corps. Elles se connectent à tout ce qu’il y a autour de soi si on les laisse faire. On peut danser les yeux fermés, on ne se fera jamais mal, on ne heurtera jamais rien. J’ai compris et je l’ai fait. Ca a fonctionné, tout de suite. Incroyable, les pouvoirs de l’humain. Je donnerai tout aujourd’hui pour pouvoir à nouveau danser si intimement et en si parfaite harmonie avec des inconnus. C’était magique. Faire l’amour, à côté, c’est presque moins bien.

Tout ça pour dire qu’aujourd’hui, je ressens ça tout le temps. J’ai l’impression que je me suis réveillée. Toute cette nature au fond de moi explose. Toutes ces remises en question et ces apprentissages me fatiguent, oui. Drastiquement. Mais j’ai compris une chose. Je ne dois pas lutter contre elle. Je dois l’accepter. Je sais que je trouverais bientôt le moyen de créer ma propre énergie autrement qu’en dormant.

Pour l’instant, je ne sais que la dépenser, mais ça changera. Il me faut de grands instants de solitude. Ils sont trop rares, malheureusement. J’aime quand mon amoureux est là, mais il vit donc il crée des sons. Tous ces sons me parasitent énormément. Je ne suis pas tranquille et je me fatigue encore, et encore, et encore. Même si je ne fais rien à côté. Le simple fait d’entendre ces sons, le bruit de la vie d’un autre, c’est éreintant.

J’imagine que ce n’est pas simple à comprendre pour qui ne le vit pas. Là, par exemple, il fait à manger pour nous, ce dont je le remercie. Mais j’ai l’impression que c’est un boucan d’enfer (je sais que ça n’est pas le cas, pourtant, objectivement). Ma tête dit : « Par pitié, stop ! Je veux du silence, du silence ! Je donnerais tout pour une 24 heures de silence complet. De solitude. Tout ! »

Ces derniers temps, je me ressource dans le silence de mes trajets en voiture, et dans celui des cours de yoga. Ils sont mes seuls moments de parfaite solitude. De tranquillité absolue. Ils sont tout à fait insuffisants pour constituer un repos. Je ne suis pas reposée.

C’est un grand paradoxe parce que comme je le disais au début de cet article, je suis heureuse. J’aime mon mari, j’adore qu’il soit à mes côtés. Je voudrais qu’il soit là, et qu’il ne soit pas là en même temps. Pas parce qu’il m’énerve ou qu’il m’irrite. Juste pour que je puisse pleinement me ressourcer dans les confins du calme. Comme si ma tête et mon corps ne pouvaient s’éteindre qu’en étant plus du tout sollicités. Or, le son, on ne peut pas y couper. Il est là même la nuit.

Alors … Je suis fatiguée. Mais c’est, je crois, une fatigue initiatique.

Si quelqu’un parmi vous voit de quoi je parle … Je serai très heureuse d’en discuter ! Alors, avez-vous vécu une fatigue similaire ? Qui découle d’une ouverture complète de soi, d’une transition, d’une renaissance, quelque part ?