Quand l’inceste touche ma famille.

Vitraux

L’inceste. En voilà un sujet difficile à aborder. J’ai appris, il y a quatre ans, qu’on comptait dans nos rangs une victime et un bourreau. Je les appellerais Alyson et David. Ils sont frère et soeur, j’ai grandi avec eux, ils font partie de ma famille.

Je les aime beaucoup tous les deux. On se voit régulièrement au cours des repas familiaux qui ponctuent l’année. A les voir comme ça, on croirait que tout va bien. On sait tous qu’Alyson a quelques problèmes qui l’empêchent d’avancer mais les médecins sont incapables d’en comprendre la source. « C’est mental, vous savez. On ne peut rien faire, elle n’a rien. » Alors souvent, on la voit s’affaisser, perdre connaissance. Elle a du mal a respirer, elle ne peut plus bouger, elle s’en va. La crise dure des heures et lorsqu’elle revient, elle est épuisée. Il lui faut des jours pour s’en remettre. « Sans doute un traumatisme datant de l’enfance. »

David n’est pas en reste, lui aussi il galère. Diagnostiqué hyper-actif, puis handicapé physique et déficient mental, les médecins le bourrent de médicaments pour calmer ses crises de nerf. Il en a fait voir de toutes les couleurs à ses parents et à sa soeur. Maintenant, ça va mieux. C’est un adulte.

On se dit régulièrement que la vie est injuste. Leurs parents, si bons, sont assénés par les problèmes de leurs enfants. Ils ne voient pas le bout du tunnel, il y a toujours quelque chose. Quand c’est pas l’un, c’est l’autre. Nous, on regarde ça de loin. Parfois on en a marre d’entendre parler de leurs soucis à tout bout de champ. On se dit « Ils devraient penser à autre chose, sortir de cet engrenage. » Mais on n’y est pas et on ne peut pas comprendre. Alors on demande à Dieu, s’il existe, de les soulager un peu. On aimerait qu’un jour ils soient vraiment heureux, que la vie leur donne ce qu’elle leur doit.

J’essaie d’être là pour Alyson, je veux lui changer les idées. Je l’invite chez moi, à une centaine de kilomètres de ses soucis. Seules, en tête en tête, nous sommes assises sur le sofa lorsqu’elle me raconte qu’elle sait. « J’ai rêvé qu’un homme me touchait, dans ma chambre. Je faisais souvent ce rêve mais je ne voyais jamais son visage. Cette fois-là, je me suis réveillée, j’ai croisé mon frère et j’ai compris. Après j’ai eu des flashs, au fur et à mesure des journées. Mes souvenirs ont refait surface. »

David a abusé d’Alyson. J’ai essayé de réagir de la meilleure des façons : être à son écoute, ne pas juger, faire acte de présence et la reconnaître dans son statut de victime. Elle en avait tellement besoin. Ma mère, qui le savait depuis peu, m’avait prévenue. « Elle va t’annoncer quelque chose de grave, il faut que je t’en parle avant. » Ca m’a aidé à digérer la nouvelle : ne pas être trop surprise m’a permis de choisir mes mots.

Etrangement, je n’étais pas si étonnée que ça. J’y avais parfois songé, son blocage cachait forcément un évènement très grave. Seulement je n’imaginais pas David. L’abus sexuel oui, l’inceste non. Que faire ? Condamner David à tout jamais, l’exclure de la famille ? Comment réagiraient les autres ?

Leurs parents ont d’abord nié. Puis ils ont demandé à David de confirmer ou d’infirmer les accusations que portaient sa soeur à son encontre. « Je ne sais pas, je ne m’en souviens pas. » La grand-mère n’a pas voulu y croire. « Avec ses crises, elle peut se tromper. » De mon côté, nous l’avons tous crue. Quant aux autres … Je ne sais pas (*musique*). Lorsque j’ai annoncé la nouvelle à mon cousin, un long silence a suivi.

Nous étions tous dans le flou. « Elle devrait porter plainte. Contre son propre frère ? Lui ou un autre, il a abusé d’elle !Mais il est malade …Je sais …Ca va faire imploser la famille. » Très vite, la nouvelle a fait le tour de leur quartier, puis du village. Ces langues de vipère m’écoeurent. Qu’elles le sachent est une chose, qu’elles se permettent des réflexions abjectes en est une autre.

« Comment devra-t-on réagir face à lui ? » Comme d’habitude. Nous l’avons embrassé en lui demandant « Comment ça va ? » et le sujet n’a jamais sali la nappe qui recevait nos trente assiettes. Nous en parlions en petit comité mais pas d’annonce publique, pas de pour-parler familial. Ils géraient le problème en souterrain.

Alyson ne supportait plus son frère, elle ne voulait plus le voir, jamais. Et puis les choses se sont tassées et avec les années, elle a toléré sa présence. Elle fait force de courage et d’esprit. David est instable, il est fragile et le temps ne lui permet pas de remonter la pente. Il a tenté de mettre fin à ses jours sans que ce soit vraiment dit. Là aussi, nous taisons l’insoutenable.

Ils font partie de ma famille. Je soutiens Alyson de tout mon coeur et condamne ces gestes destructeurs cependant je ne peux pas refuser David. Rien n’est tout noir ou tout blanc, les choix que nous faisons ne peuvent pas toujours être tranchés. La situation est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait. Je les aime et j’ai cette tendance au pardon qui m’abîme parfois. Tout le monde mérite une deuxième chance. Facile à dire quand on n’est pas victime.

Je crains le futur. Lorsque leurs parents ne seront plus, pourra-t-elle s’occuper de lui ? Devrait-elle seulement le faire ? La famille peut devenir un poids terrible. Si elle choisit de l’oublier, prendrais-je le relais ? Quelqu’un s’en acquittera ?

Face à cette annonce terrible, je me suis parfois demandé « A-t-il posé les mains sur moi ? Ou sur ma soeur ? » Le doute s’installe et on prend peur. Alyson est toujours en proie aux crises, personne ne parvient à l’aider. Et si quelque chose de plus horrible encore devait remonter ?

Alors nous sommes là, hébétés, face à une situation qui nous échappe. La philosophie ne nous est d’aucun secours et après le déni, le dégoût, la colère, la tristesse et la pitié, il ne reste rien. Avons-nous bien fait ? Qu’aurions-nous pu faire ? Cet inceste me pose un véritable problème de conscience. J’y pense régulièrement et je n’ai pas de réponse. Je voudrais les aider, tous les deux.

Nous ne pouvons pas soulager complètement les victimes et parfois, écouter ce qu’elles ont à dire est trop douloureux. L’inceste fait mal. « Si David était normal tout serait différent, on l’aurait foutu à la porte avec perte et fracas ! » … En sommes-nous bien sûrs ? .. Je n’en mettrais pas ma main à couper. Et vous, avez-vous connu des dilemmes de cette ampleur ? Avez-vous réussi à choisir ? Vivez-vous en paix avec votre choix et les histoires que portent votre famille ?

Mon rapport compliqué au plaisir.

Sextoy

S’il y a un domaine dans ma vie qui n’évolue pas, c’est bien celui de ma sexualité. Je suis bloquée à de nombreux égards à ce sujet, et ai finalement très peu de liberté. Mon esprit m’entrave et m’empêche de m’épanouir, alors que je suis en mesure de ressentir le bien que pourrait m’apporter une libération.

Je ne me souviens pas qu’on m’ait tenu un jour un mauvais discours sur la sexualité. Mes parents ne m’en ont jamais parlé, j’ai donc découvert cet univers avec les copines, la télévision et les quelques cours d’éducation sexuelle qui nous étaient donnés au collège.

Je devais avoir douze ans la première fois que, dans mon lit, j’ai imaginé faire l’amour avec un petit-ami fantasmé. Je ne me touchais pas, je pensais simplement. Je n’avais pas d’image concrète de ce qui se passait au niveau de nos organes. Je savais que les corps s’enlaçaient, que les bouches s’embrassaient, que les lits grinçaient et que c’était bon. L’acte d’amour ultime. C’est assez révélateur. Je fonctionne d’une façon assez cérébrale. Et dès que j’imagine des choses trop concrètes, je me braque. Je trouve ça … Un peu dégradant.

Petit à petit, je me suis mise à découvrir cette partie de mon anatomie. Physiquement, l’effet était nul. Ce qui me plaisait, c’était de recréer l’acte « pour de vrai ». Ca a duré quelques semaines, et je me suis lassée. Avant ça, je n’avais jamais rien ressenti d’agréable au niveau de mon pubis, je ne l’avais jamais exploré. Aussi étais-je étonnée quand mes amies me confiaient que, petites, elles se frottaient contre les chaises ou les balançoires parce que ça leur faisait du bien. Et je ne comprenais pas que ma soeur, de quatre ans ma cadette, glisse parfois ses doigts dans sa culotte. Je trouvais ça sale alors que pour son âge, c’était tout à fait normal. Elle se découvrait.

Toujours est-il qu’aujourd’hui, je suis dans l’incapacité mentale de me toucher et que je ne sais pas comment me faire du bien. Ca pose un problème à mon mari, qui aimerait que je lui montre ce qui me plait. « Oui mais … J’en sais rien. » Je n’ai pas non plus envie qu’il me touche trop cette zone-là, cette idée me dérange particulièrement. Parfois, quand j’arrête de penser, ça me fait beaucoup de bien, mais c’est vraiment rare. Je déconnecte très peu quand on fait l’amour.

J’adore m’occuper de lui, mais je n’apprécie pas qu’il s’occupe de moi. Les préliminaires me gênent. Une sensation de dégout se développe et coupe mon désir à chaque fois qu’on est concentré que sur moi. Souvent, durant nos ébats, j’écarte sa main. Il m’arrive régulièrement d’être réveillée par un songe érotique, c’est l’orgasme qui me fait ouvrir les yeux. Dans ces moments-là, je sais que si j’osais me toucher j’atteindrais le Nirvana, mais rien n’y fait, mes répulsions m’obligent à me frustrer. Il m’est arrivé une fois de m’éveiller et de constater que j’avais la main déjà positionnée entre mes cuisses. Troublée, je l’ai immédiatement retirée : des images de Black Swan (le film), très étranges, me revenaient.

Ces derniers temps, j’ai tout de même avancé dans ma recherche de l’épanouissement. Parfois je le veux, d’autres fois je me sens poussée par l’envie de mon mari et par notre société hyper-sexuelle. Est-ce obligatoire de se connaître, de jouir souvent, de jouir seul ? J’ai n’ai réussi qu’une fois à atteindre l’orgasme avec la pointe de mon clitoris. C’était très fort. Une sensation violente mais pas désagréable. Généralement, ce sont les parois à l’entrée de mon vagin qui m’extasient, et même s’il s’agit là aussi du clitoris, la sensation est différente, plus sourde, plus douce.

J’ai sauté un premier pas en m’offrant un sextoy. J’en ai choisi un qui vibre, un tout doux, violet, qui ne ressemble pas directement à un pénis. Il est encore inenvisageable que j’utilise mes propres doigts pour me parcourir. Je le fais pourtant pour positionner ma cup, pour trouver mon col, pour tâter mes parois, mais jamais à des fins sexuelles. Mon sextoy patiente, dans le tiroir de ma table de chevet, depuis six mois. Je ne m’en suis pas servie. Et je pense que je ne m’en servirai jamais. Pas pour moi. Mon mari rêve de l’utiliser sur moi mais je l’en empêche. « Je ne suis pas prête. » J’avais déjà acheté des sextoys auparavant, par curiosité. Ils ont tous finis à la poubelle lorsque, lucide, j’ai compris qu’ils ne me serviraient jamais. Alors pourquoi retenter ? Je ne sais pas.

Peut-être que s’il est là, à portée de main, un jour j’oserais. En ai-je vraiment envie ? Je ne suis pas sûre. Je ne suis pas certaine qu’il faille que je débloque ça. Finalement, certaines personnes n’apprécient pas certaines pratiques, ce n’est pas forcément parce qu’elles sont bloquées. Elles n’aiment pas ça, c’est tout. Ce quelque chose qui m’intime de tenter l’expérience, est-ce mon corps réclamant ou est-ce ma conscience qui me prie d’être normale ?

Le fond du problème, c’est sans doute mon homme. Il ne m’oblige à rien, il tente parfois mais ne force pas les choses. Seulement, je sais qu’il aimerait, et j’aimerais pouvoir lui donner ça aussi. Nous fonctionnons différemment, il a besoin de m’aimer physiquement et de ce fait, il a des envies plus poussées que les miennes. Je n’ai pas une libido très développée, si rien ne se passe pendant deux semaines je me porte bien. Une semaine, c’est un intervalle idéal pour moi, ça laisse le temps à mon désir de doucement monter.

Mon amoureux me trouve paradoxale. J’aime l’érotisme, je suis coquine au quotidien, j’aime l’attiser à coups de « Déshabillez-moi » (*musique*). Mais dès qu’il s’agit de passer aux choses sérieuses, je me débine. Je n’ai pas envie d’aller plus loin. Suis-je différente des autres ?

Adolescente, je pensais que j’étais asexuelle et je désespérais de trouver une personne comme moi, que je pourrais aimer platoniquement. Finalement, j’ai bien un désir. Toute la question est de savoir s’il est à son paroxysme, ou si je peux encore le pousser. Le dois-je ?

L’image de la sexualité que donnent les médias n’est pas là pour me rassurer, et si j’ai appris à ne plus me fier à eux, il n’en reste pas moins que j’ai souvent l’impression d’être en retard. Tout cela finit par me peser. J’ai encore un long chemin à parcourir avant d’être complètement à l’aise avec le sexe. Mais j’ai toute la vie devant moi, n’est-ce pas ?

Ma robe de mariée : ma Précieuse.

Avant que je ne rencontre mon héros du quotidien, je n’avais jamais songé à me marier. Je ne m’imaginais pas à la recherche de cette robe fameuse qui rend belle et unique chaque femme. Il m’en faudrait une pourtant, et je me demandais si, dans les mille collections existantes, je trouverais mon bonheur.

J’avais déjà entamé mes recherches sur le net, mais tout me paraissait trop .. Rangé. Elles étaient magnifiques, ces tentures de dentelles, ces drapures de satin, mais elles ne semblaient pas véhiculer l’image d’une femme libre. Affublée de telle sorte, j’aurais eu l’impression que mon père me mariait. Or, je ne voulais pas être l’objet du mariage, mais son actrice principale !

J’ai vite compris qu’il me faudrait débourser une coquette somme pour être vêtue d’une facture de qualité. Il me fallait du fait-main, de la minutie, du fin détail. J’ai d’abord jeté mon dévolu sur la collection 2015 de Cymbeline. Rien que le nom de la marque m’attirait. Leurs créations semblaient toutes droit sorties des contes de Grimm. Elles scintillaient et les mannequins semblaient porter des nuages de beauté. 2000 euros dans une robe, le fallait-il vraiment ? Oui.

Mars arrivait et avec lui les nouvelles conquêtes des mariées empressées. Nombre de boutiques se débarrassaient donc des modèles orphelins au moyen de ventes-privées. Par acquis de conscience, avant de visiter les vitrines magiques de Cymbeline, j’ai pris rendez-vous pour la vente privée de Pronovias.

Pronovias est une boutique espagnole qui garantit le fait-main sur chacun de ses modèles. Leurs robes sont impériales, et il y en a pour tous les goûts. Si par chance, je trouvais là-bas mon bonheur, je pourrais diviser mon budget de moitié, ça n’était pas négligeable. C’est tout de même sans grande conviction, et seule, que je me suis rendue à cette séance d’essayages.

Arrivée dans le salon de la boutique, je me retrouvais perdue au milieu d’une dizaine d’autres femmes accompagnées. Je les voyais se disputer silencieusement les modèles, jetant un oeil avisé aux choix de leurs concurrentes, au cas où celles-ci partiraient avec leur coup de coeur envisagé. Les murs étaient tapissés de robes en tout genre. Que choisir ? Par où commencer ? C’est un peu dépitée que je m’approchais des tringles pour tirer du jeu quelques toisons à essayer.

Après trente minutes de délibération mentale, j’ai décidé d’enfiler un bustier façon princesse, une robe vintage et une taillée en fuseau. Si rien ne me plaisait réellement, au tant que je profite de cet instant pour essayer plusieurs styles. Je saurais au moins, pour les prochaines fois, quelle coupe privilégier.

Une charmante vendeuse m’a accompagnée en cabine et aidée à enfiler cette fameuse robe de princesse. « Vous êtes magnifique. Vous avez exactement la taille qu’il faut pour ce genre de modèle. » Je dois avouer que le miroir me rendait une image qui faisait palpiter mon coeur. « Je vais me marier », voilà ce que j’ai pensé. Et j’ai pris toute la mesure de cette décision à cet instant précis. C’était réel. Le bustier m’offrait un porté gracieux et une taille fine. Quant à l’avalanche de tissu auquel il était rattaché, elle m’enveloppait littéralement. Une princesse.

La vendeuse me laissa seule en cabine une quinzaine de minutes, le temps pour moi d’admirer sous toutes les coutures ce tissu qui me transformait. Une fois passée l’exaltation des sentiments, j’ai compris que je ne choisirais pas ce modèle : il était magnifique mais ne reflétait en rien l’image que j’avais de moi. Et puis, qu’est-ce qu’elle était lourde cette robe ! Voilà un quart d’heure que je l’avais sur le dos et j’en ressentais déjà les effets. Elle faisait aussi un boucan d’enfer (*musique*) à chaque fois que je tournais sur moi-même. Comment réussirais-je à m’asseoir avec ? Pour ne pas l’abîmer le jour J, il m’aurait fallu un périmètre de sécurité !

« Alors, qu’en pensez-vous ? » J’ai expliqué à cette charmante jeune femme que la robe ne me correspondait pas et elle m’aida gentiment à la retirer. « Qu’est-ce qu’on essaie ? » C’est alors que j’ai remarqué une autre tenue, restée de l’essayage précédent : fluide, ornée de perles aux accents naturels, elle m’attirait irrésistiblement. « Je peux essayer celle-là ?Bien sûr ! »

J’eus à peine le temps de jeter un coup d’oeil au miroir que je tombais amoureuse de cette parure. Le décolleté était sublime, le dos nu était si raffiné, et la traîne si douce … Sans parler de cet ornement de perles incroyable ! Et la matière .. J’avais l’impression de ne rien porter. Elle était simple à enfiler, elle m’offrait un corps de rêve, elle représentait l’amour élégant et champêtre à elle seule ! Tout ce que je souhaitais signifier en ce jour précieux. Elle était parfaite.

La dizaine de minutes que j’ai passé à la porter terminèrent d’affirmer mon coup de coeur. Il fallait voir mon sourire ! Il fallait sentir ce sentiment de douceur et de joie infinies qui m’emplissait ! Toutes les femmes ne ressentent pas ce genre de chose en enfilant leur robe pour la première fois, ça n’a absolument rien d’obligatoire. Surtout, il ne faut pas attendre indéfiniment que ça arrive, vous pourriez passer à côté de belles trouvailles. Néanmoins, j’ai adoré que ça me tombe dessus, comme ça, au moment où je m’y attendais le moins. J’ai aimé être seule pour que personne ne m’influence même si, c’est vrai, j’aurais adoré que ma mère m’accompagne. C’était magique.

« Alors, qu’est-ce ça donne ? Elle est magnifique !Oui, c’est vrai. Je la trouve incroyable aussi. On en essaye une autre ?Non, je prends celle-là.Vous êtes sûre ?Absolument ! » Au moment où je suis sortie de la cabine, la cliente précédente est revenue, elle avait finalement décidé d’acheter ma robe. « C’est trop tard, madame, elle est déjà prise. » La pauvre était dépitée. « C’est ça, le principe des ventes privées ! »

Je suis repartie le jour-même avec ma précieuse sous le bras dans l’allée piétonne de Bellecour. Je l’ai payée 1100 euros au lieu des 2200 euros initiaux. C’est une belle affaire. Le seul hic, c’était la taille : le modèle m’était proposé en 40, je rentrais dans du 36. Il allait falloir dénicher une couturière digne de ce nom !

En effet, durant les ventes privées, les boutiques mettent souvent à la vente leurs modèles d’exposition à prix cassés et ne se chargent pas des retouches. Il faut donc vérifier que la robe ne soit pas abîmée, ni trop sale, et régulièrement, il s’agit de tailles 40 pour que la « majorité » des femmes (selon leurs critères, je ne veux vexer personne !) puissent rentrer dedans et avoir un aperçu de ce que ça donnerait dans un modèle taillé pour elles. A prendre ou à laisser. L’expérience fut très concluante pour moi, je ne saurais que vous conseiller d’aller jeter un oeil, juste au cas où ! 😉

J’ai déniché ma précieuse par hasard, comme l’amour m’est tombé dessus par hasard. S’agit-il de chance ? Je ne sais pas, mais toutes ces coïncidences m’incitent à penser que j’ai véritablement trouvé l’amour de ma vie. Le bonheur ne doit pas être un but, mais une voie, n’est-ce pas ? Et vous, comment avez-vous trouvé votre robe ?

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Ce premier enterrement.

Cimetière maya
Cimetière maya, au coeur du Mexique

J’avais dix ans et demi, la première fois que j’ai assisté à un enterrement. Je perdais mon grand-père paternel : un deuil difficile, douloureux, insurmontable, le premier, dont je vous parlerais sans doute une prochaine fois. Il nous a quitté un samedi, le 4 janvier de l’année 2003. Nous l’avons enterré le samedi suivant.

Je me souviens de l’instant terrible où sa mort a pointé. J’étais à la maison avec ma mère et ma soeur, pendant que mon père tenait compagnie au sien pour ses derniers instants. Nous savions que l’heure était proche. Mes parents m’avaient prévenue, mais je n’avais pas voulu comprendre. Le téléphone a sonné en début d’après-midi. J’ai compris au son de sa voix que ma mère apprenait la triste nouvelle. Elle a raccroché calmement, elle est venue s’asseoir à côté de nous, sur le canapé, et elle nous l’a dit. « Il est parti. »

Je ne l’avais pas vu depuis des mois, et je suis incapable de me souvenir de la dernière fois où il m’a serrée dans ses bras. Il nous disait toujours bonjour comme ça, en nous serrant fort contre lui. Il était malade. On n’avait pas le droit d’aller le voir parce qu’on était trop petites, alors je m’appliquais à dessiner des rosaces que je colorais de mille nuances, qu’il placardait, je l’espère, dans sa chambre d’hôpital.

Maman nous l’a dit et j’ai senti une grosse boule d’énergie sortir de mon ventre, pour revenir m’enserrer m’alourdir plus fort encore. « Vous avez le droit de pleurer les filles, c’est normal. » Je me suis levée, j’ai retrouvé mon lit, et j’ai pleuré toute seule.

Les jours suivants me parurent incompréhensibles. Pourquoi personne ne pleurait dehors ? Pourquoi devais-je retourner à l’école ? Pourquoi ma vie ne s’arrêtait-elle pas non plus ? Je me revois dire au maître de ma classe que « je serai absente samedi », parce qu’on enterrait mon grand-père. Je me revois lui tendre le mot de mes parents, je le revois me présenter ses sincères condoléances.

J’ai appris plus tard que mon grand-père souhaitait être incinéré, qu’il ne souhaitait ni messe, ni curé. Evidemment, les survivants n’en ont fait qu’à leur tête et le voilà dorénavant enterré et béni par la grâce d’un Dieu catholique en lequel il ne croyait pas.

Je me souviens de ma mère au téléphone, ma grand-mère maternelle à l’autre bout du fil. « Parle, lui dit mon père, ça te fera bien, vous avez des choses à partager. » Ma mère aimait tendrement son beau-père. Elle s’est isolée dans le couloir pour revenir, interloquée, la minute suivante et le téléphone dans les mains. « Je t’avais dit de lui parler !Je sais, mais elle m’a raccroché au nez quand je lui ai dit que je venais avec vous le voir une dernière fois … »

Ce samedi matin là, j’ai accompagné mon père chez le fleuriste. Il nous fallait choisir sept roses blanches que nous, les sept petits-enfants, irions déposer sur le cercueil durant la messe. « Celles-là, qu’est-ce que tu en penses, elles sont assez jolies ? » Mon pauvre papa qui perdait le sien, il avait tant besoin de soutien. Je faisais ce que je pouvais du haut de mes dix ans et demi. Je l’écoutais quand il se confiait un peu à moi, je le rassurais face à ses questions aux allures enfantines. Je l’aimais de mon petit coeur tout troublé.

Avant la messe, nous nous sommes tous réunis chez ma grand-mère, désormais seule. Elle pleurait tout son saoul et ses larmes n’ont jamais tari. Ma tante, infirmière, fit boire à tous les enfants un verre rempli d’eau et de gouttes homéopathiques. « Il faut que tu boives, ça t’empêchera de pleurer. » Qui a dit que les enfants ne devaient pas pleurer ? J’ai bu le verre, et mes larmes n’ont pas coulé. Aujourd’hui je lui en veux. J’aurais voulu laisser mes larmes polir mes joues. Peut-être que ça m’aurait évité des années de souffrance, peut-être que ça m’aurait permis de moins culpabiliser, peut-être que j’aurais vécu cet instant comme je le devais.

Devant le parvis de l’église, tout le monde était là. C’est qu’il était aimé mon grand-père. Il y avait un corbillard, des gerbes de fleurs, des tenues endeuillées, et moi. Nous sommes rentrés dans le monument, et nous nous sommes assis sur les premiers bancs qui nous étaient alloués. Il y avait ce cercueil, là, devant, et je ne pouvais pas imaginer que dedans, était enfermé mon papi.

Les chants, lectures et discours ont ponctué la messe magnifique. Mon cousin a lu un poème qu’il avait soigneusement choisi, et mon père qui sait manier les mots comme personne avait écrit un bouleversant discours. Il l’a récité, calmement, doucement, avec charisme et amour, puis il est revenu s’asseoir à côté de moi. « Je l’ai bien lu ? » qu’il me demande. « Oui, très bien. Je n’ai pas bafouillé ?Non, tu n’as fait aucune erreur. Quand j’étais là-haut, je ne me rendais compte de rien, je lisais et j’étais loin … »

Et puis nous nous sommes levés, nous, les sept petits-enfants. En une mignonne procession, nous sommes passés derrière l’autel, avons déposé la rose sur le cercueil et la bougie à ses pieds. Une femme s’est alors levée pour rectifier le tir. Elle a prit nos bougies une à une et les a replacées sur la boîte lisse. Ce geste anodin m’a beaucoup contrariée. Qu’est ce que ça changeait, que nos bougies soient par terre ?

La messe a pris fin et nous nous sommes rangés devant l’autel. Un à un, les voisins et amis venaient nous serrer la main, nous glisser un mot doux à l’oreille et écrire dans le livre d’or. Les crocs-morts sont venus soulever le cercueil, l’ont placé doucement dans la voiture noire et ont récupéré les fleurs. La foule suivait le véhicule lent, quand nos parents ont choisi de nous déposer chez ma grand-mère en passant. « Ca les choquera trop. »

Nous étions là, nous les enfants trop jeunes, à patienter dans la cour pendant que quelques mètres plus loin, notre grand-père glissait dans sa concession. Nous n’avons pas pu dire au revoir. Dans un soucis de bien faire, les adultes m’ont privée de cet instant cruel mais précieux.

Les minutes ont passé puis ils nous ont rejoint. On a mangé tous ensemble et le temps a reprit son cours, comme ça, comme si rien n’avait changé. On a placé la stèle soigneusement choisie quelques jours plus tôt, quelques mots gravés dans le marbre froid et on a fleuri le gravier terne. Les lettres d’or ne consolent pas mon coeur. Quinze années sont passées et je suis toujours incapable de pénétrer ces allées dans lesquelles il repose. Je m’étouffe à chaque fois, je redeviens toujours cette enfant triste. Cette enfant qui se demandait à quoi ressemblait désormais son grand-père, cette petite fille qui s’inquiétait que le cercueil ne soit pas assez étanche, qui pensait que son papi avait froid, tout seul là-bas.

Cette expérience forte et douloureuse a définitivement façonné mon rapport à la mort. Je deviendrais plus tard une adolescente meurtrie, incapable d’amorcer un travail de deuil, pleine de colère et de ressentiment à l’encontre de ces personnes qui avaient honte de mes larmes, qui me croyaient trop fragile pour dire adieu et qui m’ont privée des derniers instants que j’aurais pu vivre à ses cotés.

J’ai réussi à lui présenter mon amoureux, parce qu’il le fallait. Il fallait qu’ils se rencontrent d’une manière ou d’une autre. Face à une tombe, c’est mieux que rien. Je pense que mon papi me regarde tous les jours, je sais qu’il m’aime. Je crois qu’il est le gardien de mon bonheur, et à chaque fois que mes projets s’accomplissent, je lève les yeux au ciel, je souris et je remercie ma bonne étoile (*musique*). Il est ma bonne étoile, j’en suis sûre.

Enterrer un être cher n’est jamais une partie de plaisir. En tant qu’adulte, on fait le maximum pour que les enfants n’aient pas trop mal. Néanmoins, trop les préserver n’est, je crois, pas la solution. Ils ont besoin de voir pour comprendre, ils ont besoin qu’on leur montre puis qu’on leur explique. C’est comme ça qu’on apprend, n’est-ce pas ?

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Ces périodes d’accalmie pour lesquelles je suis restée.

Verdure

Lorsqu’on entend parler de violence conjugale, et des ces histoires qui trainent sur des années, on se demande pourquoi les victimes restent. « Moi, à la première gifle, je le fous dehors ! » La réalité est toute autre.

Non, on ne part pas quand la personne qu’on aime dérape une fois. Parce qu’on l’aime. Dans le cas de la violence psychologique, il est encore plus difficile de s’en séparer. On ne sait jamais vraiment si ça dérape et souvent, on se dit qu’on y est bien pour quelque chose aussi.

Je suis restée deux années parce que malgré tout le mal que j’ai subi et que je vous décris au fil des articles, il y avait aussi des bons moments. Ils étaient rares mais précieux. Ces minutes hors du temps, magiques, ravivaient à mon souvenir l’homme bon, l’homme amoureux, l’homme capable de gestes tendres.

Je me souviens de cette fois où, dans les allées de la Fnac, j’ai craqué pour un Pikachu en peluche (on ne juge pas!). Il était tellement mignon ! Il avait fallu que je prenne mon courage à deux mains pour réfréner mon désir, je pensais que D. trouverait ça complètement ridicule, alors je ne l’avais pas acheté. Deux jours plus tard, je me rendais chez lui. Il m’attendait à la porte de son immeuble, une main derrière le dos.

« Qu’est-ce que c’est ? » Je me souviendrais toujours de son sourire, de sa joie et de sa fierté à ce moment précis. Notre connivence enfantine quand j’essayais de lui subtiliser la peluche alors qu’il la perchait au dessus de sa tête. La seule fois où il m’a fait plaisir, comme ça, pour rien. J’ai dormi avec cette peluche toutes les nuits. Je l’apportais même chez mes parents lorsque je leur rendais visite un week-end. Aujourd’hui Pikachu a rejoint la salle de jeu de ma mère, assistante maternelle. A chaque fois que je le croise, j’ai mal au coeur.

Et ce séjour passé chez ses parents en Savoie. Nous nous promenions dans la neige, je me suis mise à courir, il m’a rattrapée puis balancée dans la poudreuse. Quelle bataille joyeuse ! Quel bonheur de découvrir les stations, les chalets, les parties de poker entre potes et les raffineries fromagères ! Les lacs grandioses, les montagnes imposantes, l’air pur. Bons souvenirs.

Il y a aussi cette fois où il m’a offert une place de concert. L’un de ses groupes japonais favoris passait en France, il trépignait et souhaitait que je l’accompagne. On est parti à quatre, traversant la France dans une petite voiture pour admirer l’évènement qui avait lieu devant un château breton. Les spectateurs étaient tous vêtus de couleurs pétantes et affublés de perruques fluorescentes. Durant les deux heures de show, D. m’a tenue dans ses bras en dansant. C’était bien (*musique*).

Je suis restée parce qu’il me demandait pardon quand il allait vraiment trop loin. Il s’excusait, il pleurait et sa peine me transperçait. Il me suppliait de ne pas l’abandonner, et ses supplications ont fini de me faire de l’effet lorsque j’ai compris que pour m’en sortir, je devais me couper de tous les sentiments qui m’animaient. Il fallait devenir un être froid pour survivre, sans quoi sa souffrance devenait mienne et, fidèle à moi-même, je reprenais mon rôle de maman infirmière.

Je suis restée parce que son côté bad-boy m’enivrait. Ce musicien, cet artiste transi et incompris pour lequel je jouais le rôle de muse rédemptrice, m’attirait. J’adorais l’ambiance des concerts, j’aimais que les guitares, tables de mixage et micros envahissent l’appartement. Il était beau quand il fumait la nuit, son instrument dans les mains. Je suis restée pour la teneur de ses yeux bleus azur, et pour ces instants innommables qu’on passait ensemble dans la nuit noire, quand la ville est endormie et que nous sommes là à la contempler, dans le silence poudré qui suit les minutes d’amour farouche.

Je suis restée parce qu’il était le premier. C’aurait pu être beau, c’aurait pu être bien. Il me fantasmait et à travers ses désirs, j’étais nouvelle. Il me voyait chanteuse, il me voyait sexy, il me voyait déjantée. Je voulais devenir cette nana qu’a peur de rien, cette gosse qui prend les coups et qui les rend, cette gamine qui lâche les chiens. Mais je n’y arrivais pas.

Je suis restée parce que les disputes amenaient toujours derrière elle les feux de la passion. On s’en voulait, on se détestait et pour réparer ça, nos corps s’entrechoquaient. Ces coups déchirés, ces secondes transpirantes, remettaient les pendules à l’heure. C’était reparti pour une semaine de calme avant la tempête. Un cercle infernal dans lequel il se retrouvait, dans lequel je me perdais.

Je suis restée parce qu’au début, ça fonctionnait. On enregistrait des chansons, on planifiait des concerts juste tous les deux, on travaillait la musique. Il m’emmenait visiter des parcs fleuris, il m’invitait pour manger, il avait toujours de bonnes idées pour qu’on se retrouve. Au début, il avait besoin de me conquérir.

On a bien rigolé au cours de ces soirées pleines d’alcool et de fumée. Il hurlait qu’il m’aimait et j’enchainais les shots. Nos deux premiers mois de vie commune étaient si bons. « La première fois de ma vie que je suis heureux », c’est lui qui l’a dit. Et puis ça a foiré.

Deux années et les bons moments se comptent sur les doigts d’une main. A chaque attaque, je me remémorais vainement ces mémoires fugaces. Comment pouvions-nous en arriver là ? « C’est une mauvaise période, on en ressortira plus fort .. » J’avais peur d’être lâche, je ne voulais pas être de ceux qui partent à la première difficulté. Un couple, ça ne se jette pas, ça se répare. Je voulais que notre amour dure, que notre union grandisse, que mon premier soit aussi le dernier. J’y croyais.

Pas un coup, pas une trace, qui aurait pu croire que j’étais une victime ? Moi-même je ne m’en doutais pas. Si vous les connaissez, celles qui restent, prenez les par la main. Rares sont celles qui partent d’elles-même, il leur faut un soutien, une assurance, quelqu’un. Il n’y a qu’en le vivant qu’on peut comprendre, n’est-ce pas ?

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