Asymétrie mammaire, féminité et acceptation de soi.

Boules chinoises

Je connais peu de femmes qui n’ont pas un jour été complexées par leur poitrine. Ma grand-mère se courbait pour qu’on ne remarque pas sa poussée spectaculaire, moi je me demandais combien de temps encore je devrais attendre avant qu’elle ne pointe le bout de son nez. Insignifiante ou protubérante, poire ou volcan, petit mamelon ou large téton, nous la regrettons toutes à un moment donné.

Pré-adolescente, j’étais persuadée que mes seins seraient à l’identique de ceux dont on couvre les panneaux publicitaires : ronds, blancs, suffisamment pleins, avec de jolis boutons roses à leur extrémité. Je pensais que ça viendrait comme ça, tout seul, et qu’en dessous de leurs T-shirts, nos mamans avaient toutes le même exemplaire.

Quelle déception alors, quand je me suis rendue compte qu’un seul poussait ! Ma mère tentait vainement de me rassurer. « C’est normal, bientôt l’autre le rattrapera, ne t’inquiète pas. » Les deux me démangeaient pourtant de la même manière, alors pourquoi le droit se remplissait-il si peu ? J’ai élaboré plusieurs théories : je suis gauchère donc tout s’accélère de ce côté là – mon coeur est à gauche, juste en dessous, il lui donne plus de force qu’à l’autre – je dors peut-être sur le mauvais côté – je suis malade, j’ai un cancer du sein ou alors j’ai une atrophie mammaire. ?

J’ai patiemment attendu la fin de mon adolescence que les choses rentrent dans l’ordre, mais j’ai dû me rendre à l’évidence : j’ai un sein plus gros que l’autre. Je fais un bonnet B à gauche, un A à droite. Une taille d’écart. Pratique pour choisir un soutien-gorge. Préférais-je comprimer l’un ou nager avec l’autre ? Il n’y a pas de bonne réponse.

C’est un complexe qui m’a longtemps secouée, je pensais que les autres ne voyaient que ça. En été, mes T-shirts étaient emportés par le poids du plus lourd, impossible de porter un décolleté correctement. J’évitais la piscine car l’eau pesait sur le tissu et mon sein droit se retrouvait souvent à découvert. Je me déshabillais face aux murs dans les vestiaires et passais mes soirées à me scruter dans le miroir en imaginant des techniques de camouflage. J’ai essayé le rembourrage quelques jours, mais ça faisait plus faux qu’autre chose. Je me disais que « quand je serai grande et indépendante, je m’offrirai un implant mammaire », juste pour égaliser.

Les seins sont la féminité, avec les cheveux et les jambes épilées. Voilà ce qu’on me laissait penser à quatorze ans. Avec ma poitrine difforme, je n’avais pas l’allure d’une femme, mais d’une bête de cirque ! J’étais laide. On ne pouvait que se moquer. En réalité, personne n’a jamais ri de ma particularité. La première fois que je me suis réveillée nue en plein jour aux côtés de mon petit-ami, j’ai caché ma poitrine de mes mains par pudeur, honte et réflexe. « Je les ai touchés toute la nuit, ça ne sert à rien de les cacher ! » m’a-t-il dit en souriant. Si tout le reste s’est mal passé avec lui, ça, au moins, il ne l’a pas raté. Il m’a acceptée avec ce que je vivais comme ma tare personnelle, et grâce à son regard, j’ai entrepris de m’accepter. Maintenant, mon mari me dit qu’ils sont parfaits : « Un normal et un plus petit, il y en a pour tous les goûts ! »

A l’époque, sans internet pour vérifier, je me sentais seule au monde (*musique*). Ma mère niait l’évidence et ma grand-mère me racontait l’histoire d’une femme au torse poilu pour me rassurer. Au collège, une amie trouvait les siens trop éloignés l’un de l’autre et la plupart des autres filles se trouvaient trop plates. J’étais en sixième quand un garçon que j’affectionnais s’est planté devant moi, me mirant de bas en haut, pour me traiter avec dédain de planche à pain, comme si lui avait des couilles de taureau ! Malaise dans la cour de récré. Et puis j’ai rencontré cette amie, à laquelle j’ai osé me confier : « Ben t’as de la chance ! Moi j’ai deux tailles de différence ! C d’un côté, A de l’autre ! Comment tu fais ???Je mets du papier pour rembourrer. »

A la fac, une amie passait sur billard pour subir une réduction mammaire. Son bonnet G lui cassait le dos. Elle avait dormi chez moi une fois et laissé son soutien-gorge dans la salle de bain après sa douche. Je n’ai pas pu résister. J’ai placé la bête sur mon torse, et ai remercié le ciel d’avoir échappé à ce fardeau. J’étais impressionnée. Comme quoi, on n’est jamais aussi mal loti qu’on l’imagine.

Depuis les choses ont bien changé. J’ai compris que j’étais belle avec mes défauts qui n’en sont pas, je m’aime, je suis fière de mon corps. J’adore mes seins, je les ai même libérés ! Je ne suis plus du tout complexée, mais je crains encore un peu le regard des autres. Quand je ne porte pas de soutien-gorge (soit la majorité du temps), mais tétons ne sont pas synchronisés. Si je devais tracer une ligne à l’horizontale sur chacun, les deux ne se superposeraient pas mais seraient séparées de plusieurs centimètres. Donc ça se voit. Beaucoup. Je prends sur moi et décide de faire fi de mes craintes. Etre libre, ça s’apprend.

J’ai aussi intégré le fait que j’étais loin d’être la seule dans ce cas ! D’ailleurs, la majorité des femmes n’ont pas les seins identiques. Il y a souvent une différence, mais légère. La mienne est un peu plus prononcée, et alors ? Je vis très bien avec.

Si vous lisez cet article et que c’est votre cas, je vous rassure, tout va bien. Le plus difficile est d’appréhender son propre jugement et de se détacher des diktats de la beauté. Je suis un « putain de canon », comme adore me le dire en riant mon mari ! Vous l’êtes aussi, n’est-ce pas ?

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12 thoughts on “Asymétrie mammaire, féminité et acceptation de soi.

  1. Ophélie G. Répondre

    Très chouette ce témoignage ! On est tellement formatées depuis qu’on est petites, sur ce à quoi doit ressembler son corps ou au contraire, sur ce qu’il ne doit surtout pas être, qu’il est difficile de s’accepter telles que l’on est. C’est un combat de tous les jours, que ce soit pour les seins, les hanches, le poids, etc. En tout cas, tu n’es pas la seule, moi non plus mes seins ne sont pas de la même taille. 😉 xx

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci beaucoup 🙂 !
      Oui, on nous dicte tellement à quoi ressembler qu’on se trouve forcément difforme ou anormale quand on est naïf ! C’était complètement mon cas. A l’époque, je ne pouvais pas comprendre que ce qu’on voyait n’était, et ne devait pas être, la réalité. C’est très perturbant à l’adolescence.

  2. l0uanne Répondre

    Plus jeune je faisais un 90B et j’étais complexée car je la trouvais trop petite. Quand j’ai été enceinte, j’ai fait péter les mensurations en passant à un 95D et maintenant je regrette fortement ma poitrine d’avant, car c’est la misère pour trouver un soutif. Le pire ça à été la gueule des vendeuses l’autre jour quand je leur est donné ma taille de soutif, elles se sont lancé un regard genre « c’est pas possible » pourtant je suis loin d’y nager dedans….

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Wouahou, en effet, c’est un sacré changement ! Ca a du te faire tout drôle !
      Des vendeuses de lingerie affolées devant un 95D ? C’est incroyable, tu n’es certainement pas la seule à tailler grand à ce niveau-là … Parfois les gens sont indélicats. En tous cas, j’espère que tu te sens bien dans ton corps 😉 !

      1. l0uanne Répondre

        Ben ça s’est fait tout au long des 9 mois donc je l’ai pas trop ressenti enfait. Ben, elles ont eu l’air de penser que je mentais en donnant mes mensurations, pourtant au prix du soutif, je vais acheter n’importe quoi lol Avec un bon soutien gorge j’arrive à l’accepter mais sans j’ai l’impression d’avoir deux gros sac à patate xD Mais c’est super que toi tu arrives à t’accepter 🙂

        1. Rozie & Colibri Répondre

          Oui c’est sûr, vu le budget que ça représente, il n’y a pas de raison pour que tu mentes sur tes mensurations !
          Le non port du soutien-gorge, je ne sais pas si c’est si évident quand tu dépasse le bonnet B. J’ai vu des nanas le faire et elles se sentaient très bien mais d’une manière générale, ce qui ressort, outre l’aspect esthétique, c’est qu’il faut un soutien pour contrer la douleur du poids.

  3. Misstexas Répondre

    Et bien je te remercie pour ce texte juste et sincère ! C’est chouette de pouvoir s’accepter tel qu’on est dans notre société si normée ! Moi j’ai détesté mes pieds pendant des années, j’étais en baskets tout l’été même quand on mourrait de chaud… Et puis je me suis forcée à mettre des sandales, ca a été penible au début car je pensais que tout le monde passait son temps à les regarder… Et puis je me suis rendue compte que tout le monde s’en foutait en fait 😉 Et j’ai libéré mes pieds !

    1. Rozie & Colibri Répondre

      C’est drôle comme on peut tant détester une partie de soi ! Je suis heureuse que tu aies pu faire fi de ce complexe car comme tu le dis, tout le monde s’en fiche et personne ne regardera tes pieds en hurlant « Oh mon Dieu, quelle horreur ! », et heureusement !
      Parfois, on se complique la vie pour rien. On a le corps qu’on a, et si j’ai bien compris une chose, c’est que le seul moyen de se sentir bien dedans, c’est d’apprendre à l’aimer tel qu’il est. Tâche pas toujours évidente.

  4. La belle bleue Répondre

    Sur les affiches de pub, tout est retouché de toute manière 😉

    Sinon, moi aussi j’ai le sein gauche qui est plus gros que le droit (mais de pas beaucoup, je pense qu’ils sont tous les deux du même bonnet), et le mamelon du sein gauche est moins centré (il est plus vers le bas) alors que le droit est bien centré. Mais bon ça ne m’a jamais complexée, après tout on a tous une jambe légèrement plus longue que l’autre et un pied fort, alors les seins c’est pareil 😉

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Oui, tout est toujours retouché .. Et c’est bien là le problème ! Pourquoi ?
      C’est ça, mon mamelon gauche est aussi un peu plus pendant et ça se voit. Mais comme tu le dis si bien, personne n’est complètement symétrique et c’est très bien comme ça !

  5. Illyria Répondre

    Joli article et beau message d’amour de soi 🙂 Je ne sais pas si tu connais le forum Madmoizelle et sa « seinte fresque », où des filles du forum ont posté leur poitrine pour montrer à quel point tous les seins sont différents. C’est vrai que je ne pensais pas qu’il y avait tant de poitrines différentes… On voit toujours les mêmes, et comme je corresponds plus ou moins à ce modèle, je ne l’ai jamais remis en cause. Pourtant on devrait…

    J’essaie de me libérer de mon soutien gorge aussi, mais avec la tenue que j’ai pour mon travail, mes tétons et mes seins sont trop visibles, et j’ai toujours une veste, donc pas de pull pour les cacher, donc je me résous à garder mon soutien gorge, même si on est bien mieux sans…

    1. Rozie & Colibri Répondre

      Merci Illyria !
      Oui, je connais la Seinte Fresque ! Et ça faut du bien de voir qu’on démocratise enfin nos différences. Si je l’avais vue à quatorze ans, ça m’aurait beaucoup rassurée !
      Je comprends qu’au travail, ne plus porter de soutien-gorge n’est pas une évidence ! Je n’aurais pas sauté le pas en travaillant en restauration ou en n’ayant qu’une chemise et une veste. Ne le fais que si tu te sens prête et à l’aise. Le plus dur, c’est vraiment au travail, je trouve.

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