Alyson est malade.

Il est des livres qu’on devait lire, des lignes qui interrogent, des réflexions qui cognent et des parcours qui nous rappellent. Durant mes vacances, j’ai lâché l’ordinateur pour me plonger dans les livres. Ceux que j’avais commandé il y a un an ou plus, que pour une raison ou une autre, je n’avais pas encore ouverts.

J’ai commencé par Wally Lamb, « Nous sommes l’eau ». Mille pages qui interrogent les liens familiaux et l’impact des évènements, des traumatismes sur les générations. Je l’avais justement choisi pour ça, parce que c’est un sujet que je vis chaque jour, moi qui suis touchée par un drame que je n’ai pas connu, survenu 25 ans avant moi, mais qui me constitue et me touche, comme si je portais le chagrin de la mort brutale et inacceptable dans mes veines.

Puis je suis passée à « Rien ne s’oppose à la nuit », de Delphine de Vigan. Cette fois, je savais mieux où je posais les yeux. Je m’attendais à ce que les pages me bouleversent, à ce que je pleure à la lecture, et j’étais portée par cette curiosité de savoir à quel point certains actes détruisent, à quel point certains moments cristallisent les souffrances, les non dits et les secrets qui tuent. Je n’ai pas terminé ma lecture encore, il me reste quelques pages. Je n’ai pas pleuré, je n’ai pas été bouleversée. Je suis entrechoquée, dérangée.

Ce que je n’avais pas prévu, c’était que l’inceste soit à chaque fois le drame qui casse tout. Les deux livres contiennent leur lot de morts brutales, injustes et inattendues. Je m’attendais à ce qu’elles soient seules responsables des malheurs des uns et des autres, de cette transmission d’angoisse et de tristesse caractéristique. Or, c’est l’inceste, à chaque fois survenue après, qui tue.

Je vous ai déjà raconté Alyson et David. Le fait est que la situation ne s’améliore pas (qui étais-je pour le croire ?). Le fait est qu’Alyson est malade, et que je me sens responsable.

« Rien ne s’oppose à la nuit » décrit l’histoire d’une famille qui existe. Le courage de l’auteure – mettre à jour de cette façon les zones d’ombre de ses aïeuls et contemporains – m’inspire une solution pour sortir Alyson de l’abîme.

***

Dimanche, toute la famille était réunie chez mes parents pour l’incontournable pique nique estival du 15 août, auquel chacun participe en apportant un plat ou quelques fruits de saisons. Entre les pièces de rôti, les verres de pastis dilué et les parts de pizza mal coupées, les cousins éloignés se retrouvent et partagent, le temps de quelques heures, les grandes lignes de l’année écoulée.

Evidemment, Alyson et David étaient là. J’ai bien senti qu’elle s’accrochait à moi dans l’espoir que je l’emmène loin de lui, dans d’autres conversations, autour d’une table où il ne serait pas assis. Ce fut chose faite. Plus ou moins habilement, j’ai éloigné Alyson de ses parents et de son frère. A l’autre bout de la tablée, elle avait tout le loisir de profiter de sa journée et de son repas, libre d’être qui elle était.

Tout se passait pour le mieux quand elle partit se rafraîchir aux toilettes. Captivée par mes nouveaux interlocuteurs, je n’ai pas remarqué que le temps filait et qu’Alyson ne reparaissait pas, jusqu’au cri étranglé et fatidique de sa mère qui la gardait toujours à l’oeil, éternellement inquiète : « Elle est tombée ! »

Elle est tombée. Alyson était couchée à même le sol, devant la porte des sanitaires, les yeux révulsés et le corps secoué de tremblements. Depuis combien de temps était-elle dans cet état ? Un quart d’heure, peut-être une demie-heure … Elle faisait une crise. Une autre. Alyson m’avait expliqué que ces dernières semaines, les crises étaient très régulières, de l’ordre de trois à quatre fois par semaine. Je ne m’en étais pas inquiétée outre mesure, c’était devenu « habituel » en période de rentrée et de stress.

Mais là, elle était devant moi, devant nous tous. Nous tous, sa famille qui l’avons lâchement abandonnée quand elle nous a annoncé se souvenir des gestes de son frère. Nous tous qui n’avons rien fait, qui avons laissé le temps passer dans l’espoir qu’il émiette les paroles avouées. Nous tous qui étions responsables, au moins en partie, de sa descente aux enfers.

Alyson, ces derniers mois, était tombée dans l’anorexie. Elle mangeait le matin, mais plus à midi ni le soir. Elle avait d’abord minci, puis affreusement maigri. Elle était devenue pâle, se tenait comme un cadavre, et promettait qu’elle ne se privait pas. « Je n’ai pas faim, c’est tout. » Son psy avait déclaré à sa mère que son anorexie n’était pas la priorité.

Dimanche, quand je l’ai vue sortir de la voiture et s’avancer vers moi, j’étais rassurée. Elle avait repris du poids, ça se voyait. « Deux kilos », m’a-t-elle confié plus tard, inconsciente du pas de géant que ça représentait. A présent, elle convulsait. Raide comme une planche. Les cheveux collés au front, les vêtements humides.

Les convulsions ont duré des heures sans discontinuer. Elle était inconsciente. Il nous fallait rester près d’elle pour lui tenir la langue afin d’éviter qu’elle ne s’étouffe, et la retenir pour ne pas qu’elle tombe du lit de fortune qu’on avait bricolé. Attendre, il n’y avait que ça. Les pompiers avaient jeté l’éponge et ne se déplaçaient plus pour elle. « Elle est classée. » Les urgences la renvoient dans le même état, en taxi.

Nous avons attendu jusqu’à ce que tout le monde parte, la gorge nouée, la larme à l’oeil et l’estomac en vrac. Ma grand-mère craquait. « Mais qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? » David s’était éloigné et attendait que quelqu’un veuille bien le ramener au centre (il est handicapé). Leur mère était tout en tension, pleine de désespoir. Leur mère m’a dit : « Elle n’a plus envie de vivre tu sais. Et je la comprends. Moi non plus, je n’ai plus envie … » Elle m’a dit : « Un jour, elle se fera très mal en tombant et ce sera fini. On sera tous soulagés. » En partant, elle s’est accrochée à moi comme à son dernier espoir, et m’a chuchoté dans l’oreille : « Appelle-la, Rozie. Elle a besoin de toi, appelle-la. »

A ce moment-là, je n’y tenais plus. Je suis allée m’isoler quelques secondes dans la salle de bain, et j’ai pleuré moi aussi. J’ai fait ce que j’ai pu pour que ça ne dure pas trop et que ça s’efface vite. J’ai pensé que si mon père me voyait comme ça, il replongerait dans sa dépression, de laquelle il n’est pas vraiment sorti. Il m’a vue, est allé dans la cuisine, est revenu avec deux verres et un alcool fort, s’est avancé vers mon amoureux et lui a demandé s’il avait besoin d’un antidépresseur lui aussi, le bras tendu.

Alyson est rentrée chez elle dans cet état. La crise a cessé au milieu de la nuit. Le lendemain, elle ne se souvenait plus de rien, comme d’habitude. Elle était vraiment fatiguée, vraiment éreintée. Elle ne pouvait plus bouger la nuque, sans doute mal tombée. Une bonne entorse cervicale.

***

Je ne suis pas comme sa mère, triste et résignée, dans l’attente d’un sinistre soulagement. Alyson a commencé à sérieusement dérailler après les révélations qu’elles nous a faites. Je crois qu’elle déraille parce qu’autour d’elle rien ne bouge, parce que l’information ne semble indigner personne depuis plus de quatre ans.

Ce livre me perturbe par la vérité qu’il contient. Il me perturbe parce qu’il me montre que oui, j’ai un pouvoir, je peux renverser les choses. Seulement, comme l’auteure l’a craint, je crains les réactions que la levée de ma voix éveillera.

Je le sais depuis le début. Il faut que je fasse quelque chose. Il faut que je dise quelque chose. J’ai l’impression que je suis obligée de tenir ce rôle, être celle qui jette le pavé dans la marre, celle qui éclabousse les autres, celle qui sort de l’inertie. C’est exactement ça : dans ma famille, je suis celle qui sort de l’inertie. Celle qui décide. Celle qui se refuse au fatalisme.

J’ai donc eu l’idée d’écrire une lettre à Alyson. Je ne l’ai pas encore fait, il faut que je réfléchisse à l’impact qu’elle va avoir (sur elle, sur moi, sur tous les autres). Je veux lui faire du bien, pas du mal. J’aimerais lui demander pardon d’abord, lui dire que je la crois, que je suis de son côté, qu’elle peut m’en parler et tout un tas d’autres choses. J’ai le vague espoir qu’être la première amènera les autres à sortir de leur torpeur. C’est peut-être naïf. En tout cas, j’aurais fait ma part.

Je ne veux pas regretter plus tard, avoir des remords, me reprocher de n’avoir pas eu le courage de mes idéaux, porter une culpabilité que j’aurais pu éviter. Oui, c’est aussi pour moi que je veux le faire. Je ne veux pas apprendre demain qu’elle est morte. Je veux qu’elle vive, et qu’elle vive bien. Je veux qu’elle avance, qu’elle devienne heureuse. Je veux être à la hauteur de mes responsabilités. Je crois que je commence à en être capable.

Que feriez-vous à ma place ? Oseriez-vous dire ce qui est caché ? Oseriez-vous vous positionner ? Prendriez-vous le risque de vous mettre tout le monde à dos, d’être accusé.e de remuer la merde ? Que me conseillez-vous ? Suis-je sur la bonne voie ? Est-ce la bonne décision ? Sur ce coup-là, j’ai besoin d’aide.


14 thoughts on “Alyson est malade.

  1. val Répondre

    Ton geste est courageux mais surement nécessaire. Rien que le fait qu’une personne la croit et ne se tait pas sera surement un soulagement pour elle. C’est un premier pas.
    La responsabilité est lourde, mais je n’ai pas de doute que tu trouveras les mots. Une fois que tu auras commencé il est probable qu’ils viennent tout seuls.

    Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi son psy ou son entourage n’essaie pas de l’éloigner un peu de son cercle familiale. C’est peut-être un peu dur, mais un espace de respiration loin de son frère (même s’il ne vit pas avec eux) et de ses parents serait peut-être bénéfique. De même que les pompiers, qui ne se déplacent plus … c’est scandaleux.

    Après il est facile pour moi derrière un écran et sans connaître la situation en détail, de donner mon opinion. Je te souhaite beaucoup de courage et à « Alyson » de retrouver la paix.

    1. Rozie Répondre

      Tu sais, je pense comme toi. Mais comme tu le dis, s’ils font ce qu’ils font, c’est qu’il y a une raison et qu’on n’a pas toutes les données. Pour les pompiers, j’imagine surtout la perte d’argent que cela génère à chaque fois. Ils l’ont fait des dizaines de fois, tout ça pour voir qu’ils sont impuissants et qu’elle n’est jamais en danger de mort, et en avaient surement marre d’être pris pour le taxi qui l’emmène jusqu’à l’hôpital. D’autres services sont sans doute plus adaptés comme les ambulances, je pense. Enfin, j’imagine que c’est la réflexion qu’il y a derrière ce refus.

      Elle s’est déjà éloignée par elle-même, mais il y a des phases (comme maintenant) où elle ne peut plus vivre seule, c’est trop dangereux (imagine une personne qui peut faire une « attaque » et se fracasser le crâne à chaque seconde sans prévenir). Elle a déjà été internée plusieurs fois, sans résultat. Et je crois même que c’était pire, elle n’était clairement pas au bon endroit. En gros, son psy pense qu’il serait dangereux de la placer, elle baisserait complètement les bras, et ce serait lui dire « En fait, tu es folle » (je schématise). Je suis assez d’accord avec ça.

      Mais à côté, aucun particulier n’a la force de vivre et de supporter ça. Seule sa mère prend cette responsabilité. Ce qui fait que forcément, elle se retrouve chez ses parents, dans un milieu qui la fait souffrir. Cercle vicieux.

      Je vais tendre la main. Mais tu vois, je me dis que je pourrais faire plus comme l’accueillir chez moi. Mais je ne me sens pas les épaules. Ce serait trop dur pour moi, et pour l’intimité de mon couple. Bref, ce que tout le monde doit penser, en fait.

  2. Ornella Répondre

    J’ai pleins de choses à te dire, ma belle !

    1/ Un très joyeux anniversaire en retard…. Pardon, mille pardons, de ne pas avoir été ponctuelle. Cet été fût bourrés d’aventures…
    2/ J’aime beaucoup les modifications que tu as faites sur ton site, je trouve que çela rend la lecture beaucoup plus agréable. Et l’univers fait plus « femme » avec tout ce que cela implique.
    3/Au sujet d’Alyson : tu as 100 fois raison d’agir. Et tu es absolument dans le vrai quand tu pis penser être celle qui fait bouger les choses. Peut-être que pour l’instant, c’est trop lourd pour toi, mais tu te rendras compte bien assez tôt que c’est effectivement ton « destin ». Tu seras celle qui changera les aiguillages, qui bousculera les certitudes des uns, et consolidera les doutes des autres. Tu peux proposer ton aide. Après, si Alyson ne se sent pas les épaules de vivre, ce ne sera pas de ton fait. Personne ne sera coupable. Elle est seule à pouvoir décider et savoir si oui ou non son âme peut endurer ces plaies.

    Je t’embrasse mon amie.

    1. Rozie Répondre

      Et moi plein de choses à répondre !

      1. Merci beaucoup ! Ne t’en fais pas, je me fiche bien qu’on me le souhaite, mais le fait que tu y penses me touche. Ce qui me fait penser que je ne connais pas ta date d’anniversaire !

      2. Mille mercis. C’est exactement ça, « femme ». Le cap de mes 25 ans me fait me sentir femme pour de vrai, pour de bon. Plus jeune fille, plus jeune femme, mais juste femme. C’est très plaisant.

      3. Je vais écrire cette lettre. Peut-être pas tout de suite parce que j’ai mille choses sur le feu en ce moment, dans ma tête. Mais le passage à l’acte n’est pas loin.
      Est-ce que c’est mon destin ? C’est bien possible. En tout cas, je ressens très fort que je me rapproche de moi, de ce que je suis vraiment.

      Je t’envoie de baisers en retour, Ornella. Prends soin de toi !

  3. Sweetie Julie Répondre

    J’ai été bouleversée par ton articles… Je le lis après des années passées seule, après un chemin parcouru seule pour tenter de guérir, et après avoir eu le courage d’affronter le silence que mes parents s’évertuaient à tisser autour de ce secret de famille salissant. Et tu as lu mon article : la vérité libère.

    Ta prise de position, ta décision sont courageuses. Alors qu’il paraît plus simple d’ignorer et de tenter d’endiguer les symptômes du mal-être, tu portes ton attention et ton amour sur la cause de la maladie d’Alyson. Comment peut-elle vivre décemment si elle n’est pas reconnue en tant que victime ? Si chaque jour elle doit voir l’auteur du crime – parce que c’est un crime ! – et faire comme si de rien n’était ? Ce n’est pas elle qui gêne, c’est la honte qui pousse à avoir ce genre de discours. Serait-il vraiment préférable qu’elle meure ? Comment peut-on penser une chose pareille ? Je ne juge pas mais je ne supporte pas ce genre de pensées. Sa mort ne résoudrait rien, ni pour elle, ni pour David, ni pour votre famille, ni pour toutes ces autres victimes.

    Nous avons besoin d’être entendu(e)s, reconnu(e)s et accompagné(e)s, soutenu(e)s, aimé(e)s. Alors cette lettre, écris-la. Tu fais ce qu’une victime d’inceste attend : tu tends la main, tu fais un pas vers elle, tu lui donnes de l’amour. Ce peut être le point de départ d’un renouveau pour Alyson, d’une renaissance. Elle est seule actuellement, seule et elle a mal, elle souffre et elle a besoin de toi, ou besoin que quelqu’un se réveille et ose dire les choses telles qu’elles sont, peu importe la honte et le mal que ça peut faire, peut importe la condition de David. Parce qu’Alyson est en vie aujourd’hui, et elle a besoin qu’on l’aide à ce que sa vie soit belle et qu’elle y puise la force de vivre…

    Je pense bien fort à toi, à elle, à vous <3

    1. Rozie Répondre

      Depuis le début, enfin depuis que je sais, j’en parle régulièrement. A mes parents pour les sonder et leur demander de « m’appuyer » (ce n’est pas eux qui feront le premier pas, c’est certain), à mon amoureux qui est prêt à le faire avec moi, à mes amis pour avoir des avis extérieurs … Bref, je n’ai jamais pu fermer les yeux et ne pas y penser. Ca me torturera, je crois, jusqu’à ce que ce soit fini, mais le sera-ce un jour ?

      Quand sa mère me parle de l’hypothétique mort d’Alyson, ce n’est pas comme ça qu’elle le voit, pas juste pour soulager les autres, détruire le problème. Elle aime sa fille profondément, plus que tout au monde. Elle s’est battue des années pour tenter de l’aider et de la soigner, s’est tournée vers tous les médecins et thérapeutes qu’elle a trouvé. Rien n’a fonctionné.

      Sa mère vit un profond désespoir. Elle veut le meilleur pour sa fille mais aujourd’hui, pour elle, le meilleur, c’est l’apaisement d’une mort, pour que cesse la douleur. Elle-même n’a jamais vraiment expérimenté le bonheur. La vie se résume à une suite de contraintes à ses yeux. Alors la vie de sa fille lui parait être une longue et agonisante souffrance.
      Je ne sais pas comment décrire ça mieux, mais si tu l’avais vue, entendue me le dire … C’était bouleversant. C’est triste, et en même temps, tu sentais le caractère « altruiste » derrière. Indescriptible.

      Je n’essaie pas de la défendre, mais je comprends comment elle en est arrivée là.

      Tout ce que tu dis est très juste. Je dois lui tendre la main, être là pour elle, faire quelque chose. Je le sais. Il ne me reste plus qu’à choisir la tournure de mes phrases.

      Merci Julie d’avoir encore pris le temps de me donner ton point de vue précieux. Il m’aide beaucoup.

      Je t’embrasse bien fort.

  4. Sophie Répondre

    Les mots qui me viennent en tête à te lire sont ceux d’un discours d’Emma Watson : « if not me, WHO ? If not now, WHEN ? ».
    Je te souhaite plein de courage et j’espère de tout coeur que quelle que soit ta décision, tu te sentiras apaisée et qu’Alyson s’en sortira.
    Sophie

    1. Rozie Répondre

      Merci Sophie.

      Je crois qu’Emma Watson a raison. Je mentirais si je disais ne pas me poser les mêmes questions ..

  5. zenopia Répondre

    As-tu parlé de ton envie d’agir à ta famille proche ? Que disent-ils ?
    C’est une situation très compliquée… Et le psy d’Alysson ? ne peut-il aider ? N’y a-t-il pas une forme de non assistance de sa part ? (je demande mais sans savoir le travail qu’il fait avec elle, hein…)
    Je trouve la réaction de sa maman un peu, euh… étrange quand même… ça reste Alysson la victime et on dirait qu’elle dérange… C’est dur et triste :/
    Courage

    1. Rozie Répondre

      Oui, j’en ai parlé. J’en parle souvent à vrai dire, pour tenter de les secouer. Ca ma rassurerait quelque part de ne pas aller « au front » toute seule. Mais ils n’ont pas ce courage. Du coup, il faut que je l’aie pour eux.

      Ils sont d’accord avec moi. Enfin, mes parents et ma soeur tout du moins. Mais bon … Ca ne suffit pas. Il faut agir. Je vais prendre mon courage à deux mains et faire ma part (et je te jure, c’est vraiment pas facile, j’ai l’impression de lutter pour sortir de sables mouvants prêts à m’engloutir).

      Je ne sais pas plus que toi le travail que fait son psy avec elle. Ca m’arrache un peu les cheveux de savoir que pour lui l’anorexie n’est pas une priorité. D’un côté je comprends, elle n’est qu’un symptôme du traumatisme sur lequel ils travaillent … Mais d’un autre … Dans tous les cas, je ne peux pas juger et je n’ai pas à le faire. Je ne sais pas ce qu’il fait, ou pas, pour elle.

      La réaction de sa mère est terrible, mais comme je l’expliquais à Julie, il faut la remettre dans le contexte. C’est comme quand tu choisis de débrancher quelqu’un à l’hôpital, tu vois .. En pensant que c’est mieux parce qu’au moins, il ne souffrira plus et que tu sais que la vie n’a plus rien à lui apporter d’autre que la souffrance.

      Bien sûr, pour Alyson, il y a encore ENORMEMENT d’espoir. Mais sa mère le voit comme ça. Elle est épuisée et vit ça sans discontinuer depuis 25 ans …

      Merci beaucoup.

  6. Grou Répondre

    Je te souhaite d’abord beaucoup de courage. Pour continuer à vivre avec ce « secret » sur le dos. Tu n’es pas plus responsable que les autres, mais chacun réagit différemment, tous doivent avoir les mêmes peurs au fond, celles de déranger un équilibre de façade, de déranger une belle famille. Après tout, on préfère le bonheur à la vérité…
    Si tu penses pouvoir faire quelque chose, je crois qu’il ne faut pas te retenir. Ça a l’air de trop te tenir à cœur, ça te ferait trop de mal de continuer comme « spectatrice ». Une lettre, ça me paraît une bonne idée, surtout si elle est adressée à Alyson, après tout c’est elle qui prendra des décisions.
    Je ne sais pas trop quoi conseiller, je ne souhaite pas que tu te mettes en danger non plus, tout ce que je sais c’est que, un jour ou l’autre, la merde doit être remuée et c’est douloureux. Mais au bout du compte, ceux qui ont besoin que les choses soient dites sont plus nombreux qu’on ne le croit.
    Par contre, ne reste pas seule. Pense à toi d’abord. Courage.

    1. Rozie Répondre

      Bien sûr, nous avons tous les mêmes peurs, celles de briser notre famille. On préfère alors cristalliser le mal plutôt que de l’éradiquer. Je comprends, je suis moi aussi restée dans l’inaction jusqu’à maintenant pour ça. Les autres me font douter du bien fondé de mes prochains actes.

      Tu as raison, la merde doit être remuée de toute façon, la vérité doit sortir. Et c’est un mal pour un bien, on le sait tous d’expérience. Reste qu’on peut trouver des façons plus « douces » de le faire, sans doute. C’est ce que je cherche !

  7. l0uanne Répondre

    C’est pas du tout simple comme situation… Si tu as quelque chose en tête, je te conseillerai de le faire car elle à l’air vraiment mal en point, mais de l’extérieur c’est facile à dire N’y a t-il pas d’autres membres de ta famille qui pourrait t’épauler dans cette démarche ?

    1. Rozie Répondre

      Non, je suis seule sur ce coup-là ! Peut-être que d’autres veulent agir mais sont comme moi, isolés et indécis. Je ne sais pas.

      Ah, rien n’est jamais simple en famille, je crois !

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