Agressions, harcèlement … Etre une femme au quotidien.

J’ai lu avec attention l’article de Cueille Le Jour sur le sujet. Ainsi que les différents hashtag qui circulent sur les réseaux sociaux. J’ai moi aussi beaucoup à dire sur le sujet. Retour d’expérience de 6 années passées à Lyon, entre mes 18 et 24 ans :

Lorsque je vivais à Lyon, j’avais peur de marcher seule dans la rue parce que j’étais consciente d’être une proie. De jour comme de nuit.

Il y a eu cette fois où j’attendais le tramway à 6h45. Le quai était vide, j’étais seule debout. Trois personnes étaient assises, plus loin. Là, un homme est passé. Tellement près de moi que sa main a ostensiblement touché mon fessier. Il avait pourtant toute la place pour passer ailleurs.

Cette fois aussi, dans le métro. Un homme s’est collé contre moi et m’a chuchoté quelque chose à l’oreille, son corps collé au mien, son souffle dans mon cou. Je n’ai pas eu le temps de comprendre ni de réagir avant qu’il descende.

Cette fois encore, où j’avais suivi une copine en soirée. Le bâtiment fermait et nous faisions tous la queue au vestiaire pour retirer nos effets personnels. Derrière moi, deux garçons et une fille. L’un des deux pose sa main bien à plat sur ma fesse et me pince fort. Ce n’est pas furtif, ça dure, c’est un message. Je ne réagis pas, stupéfaite.
Après quelques secondes de latence, la fille dit : « Recommence, elle a pas compris ! » Il faudrait être une sacrée buse pour ne pas comprendre, non ? Je suis de plus en plus médusée. Elle, elle trouve ça normal.
Le mec recommence en gloussant. Même pression équivoque. Je réagis en tournant la tête vers eux, le regard noir. Ils rient. Je n’en parle pas à mon amie qui n’a rien vu. Nos affaires nous sont rendues et nous quittons les lieux.

Cette fois je sortais du travail à 14h. J’étais assise en attendant le métro, les jambes légèrement écartées. J’étais crevée … => Et je suis en train de me rendre compte que j’ai le réflexe de justifier cette position, c’est dingue !
Un homme s’est placé devant moi, le regard planté entre mes cuisses. J’ai croisé les jambes.
Le métro est arrivé et je suis allée m’asseoir à l’intérieur. Je devais passer à la banque, déposer un chèque. Il s’est installé en face de moi, le regard toujours rivé sur mon sexe. J’ai naïvement pensé que je serai tranquille une fois sortie, mais il est descendu à la même station que moi. Je me suis dit : « C’est pas de chance, mais tu seras bientôt débarrassée. » 
Il me collait les talons. J’ai pris peur et j’ai marché plus vite. Il a accéléré le pas. Il s’est mis à me héler en des termes plus qu’insultants. « Salope ! Pute. Retourne-toi ! Retourne-toi connasse ! Je veux baiser ton cul, arrêtes-toi ! » 
Bien sûr, je n’étais pas seule dans la rue mais personne pour m’aider. La banque était encore à quelques centaines de mètres, je me suis mise à courir pour m’y réfugier. C’étaient de la haine et de l’effroi qui coulaient dans mes veines. J’avais envie de me retourner, de le frapper mais je ne faisais physiquement pas le poids et cette idée me rendait complètement folle de rage. Je n’avais aucune garantie que quelqu’un prendrait ma défense donc je n’avais qu’un choix : déposer mon chèque et rester avec le banquier un moment.
En sortant, j’ai fait attention à ce qu’il ne soit pas caché quelque part. Il avait disparu.

Cette fois-là, je devais prendre le premier métro à 4h40 pour attaquer mon travail à 5 heures. Il me fallait un quart d’heure pour atteindre la station de chez moi à pieds. Je n’étais jamais bien rassurée puisqu’il faisait nuit et que je croisais souvent des « zonards ».
Arrivée devant la station, une voiture est arrêtée au feu d’en face. Des appels de phares. Je fais comme si je n’avais rien vu et je descends les marches. La voiture klaxonne plusieurs fois. Je ne réagis pas et me place juste devant la grande grille du métro qui n’est malheureusement pas ouverte. Je suis seule.
Un homme descend les marches à son tour. Il reste trois marches au dessus de moi, il parait très grand. Il me dit poliment « Bonjour ». Il me demande si je rentre de soirée et s’il peut me déposer jusque chez moi plutôt que de prendre le métro. Je refuse tout aussi poliment et le remercie pour ne pas le contrarier. Il insiste. J’explique que je vais au travail, mais je comprends qu’il ne me croit pas. Il pense que j’esquive.
Il insiste encore mais je suis ferme et je tiens bon. Dix minutes de négociations passent. Il est toujours poli et ne tente rien de physique, mais son positionnement et les tournures de ses phrases en disent long. Il tâte le terrain. Il espère que j’ai bu et que je suis encore soûle. Je résiste encore. Il finit par s’en aller en me disant que je n’avais pas à avoir peur, il ne me voulait pas de mal …

Et il y a toutes les autres fois qu’on ne voit plus, qu’on n’entend plus parce qu’elles sont quotidiennes. Les viols conjugaux au sein de mon couple, par exemple, que j’ai mis beaucoup de temps à envisager comme tels. Les baisers par surprise. Les entretiens d’embauche où on me dit que je suis assez jolie pour combler les clients et pour vendre plus. L’agent de police qui me dit qu’avec ma gueule (blanche, blonde, jeune), je n’ai pas intérêt à traîner seule. Une fille qui hurle « Arrêtes de me toucher, laisse-moi tranquille ! » dans une rue près de moi, mais que je n’arrive pas à localiser.

Les fois où j’étais obligée de servir des croissants aux fêtards fraîchement sortis de boîte. Qui comparaient mes seins à des pâtisseries. Qui m’ordonnaient de sourire quand, après vingt minutes d’obscénités déguisées, je perdais patience. Ceux qui me demandaient une bouteille d’eau. Une autre. Une autre. Parce qu’elles étaient tout en bas du frigo à boissons, m’obligeant à adopter une position qu’ils jugeaient suggestive pour me baisser … Tous ces hommes inconnus qui prenaient un malin plaisir à caresser mes mains à chaque pièce rendue, embrasser mes joues, me serrer contre eux dès qu’une occasion se profilait.

Ces fois où j’appelais mon collègue pâtissier parce que je commençais à me sentir en danger, toute seule à la vente. Ces fois où, apprentie contrôleur dans les trains, je voyais les hommes me suivre jusqu’à ma cabine à l’autre bout des wagons et attendre que j’en sorte, encore et encore, à chaque arrêt, pour me regarder passer, pour sentir mes cuisses frôler leurs bras pendants. Ceux qui me bloquaient le passage dans les trains de nuit. Le refuge auprès du conducteur alors que c’est interdit. Cette bande de potes installée dans le même compartiment que moi, seule femme, qui profite de mon impossibilité de changer de place pour détailler à voix haute toutes les particularités de mon anatomie et ce qu’ils en « feront tout à l’heure ».

Ce collègue qui reste assis et exige toujours que je l’embrasse, profitant à chaque fois du mouvement pour jeter une oeillade à mon décolleté. Cet autre qui pose TOUJOURS les mains sur moi quand il me parle, et qui m’accuse de voir le mal partout quand je lui demande gentiment d’arrêter sans lui préciser les raisons … Cet inconnu qui met ses mains à plat sur les sièges du bus pour m’obliger à m’asseoir dessus, qui ne les retire pas, un sourire en coin, quand je lui en fais la remarque.

Ce sentiment d’être une proie, une victime potentielle, de la viande fraîche à chaque pas en société, c’est Lyon qui me l’a appris. Ca ne m’empêchait pas de sortir, mais je me trouvais très régulièrement dans ce genre de situations. Un geste, un mot, un regard, une façon d’insister ou de contraindre. Dans les métiers que j’exerçais, j’avais droit chaque semaine à une attaque plus ou moins subtile.

On me rappelait sans cesse que j’étais une femme (souvent en dénigrant, puisque j’étais serveuse/cuisinière/vendeuse), que j’étais bonne (je ne vous fais pas un dessin), que j’étais obligée d’accepter les avances et les contacts physiques/visuels/oraux des hommes, que je les connaisse/désire ou non. Je me méfiais – et me méfie toujours – de chaque homme inconnu. J’avais fini par tous les envisager comme des agresseurs potentiels, sans cesse sur mes gardes. Je ne croisais jamais un homme sans regarder ailleurs que dans sa direction.

Puis-je à chaque fois parler d’agression ou de harcèlement ? Les limites sont ténues. Nombre d’entre eux savent s’y prendre sans qu’on puisse les accuser de quoi que ce soit. Ils ne s’en prennent jamais à la même fille, ou agissent juste en deçà du non-condamnable.

Quand il s’agit de clients, c’est terrible. On ne peut pas les empêcher de venir chaque jour, et d’exiger qu’on les serve. On subit donc un harcèlement quotidien en poste et on ne peut rien dire. On use de stratagèmes pour être au moins deux quand ils arrivent. On demande aux collègues de le faire à notre place. Si on est seule, on se débrouille pour qu’ils n’aient aucune occasion de nous toucher, de nous regarder là où ils voudraient, de nous sortir une énième fois cette « blague » qui fait passer un message … Ils ne font rien de méchant, et pourtant, on craint que s’ils en aient un jour l’occasion, ça dérape. Leur colère face à un refus (donner un nom, un prénom, un numéro, un âge, une adresse) en dit déjà beaucoup.

Bien sûr, il y avait aussi les bons moments. Les instants de flirt, de drague, les tentatives que je n’ai jamais mal prises. C’est agréable de plaire, on ne va pas se le cacher. Je sais donc faire la part des choses et être contente quand il s’agit vraiment d’un compliment et non d’une tentative malséante. Oui, il y a clairement une différence entre ces deux cas de figure. Dans l’un, on m’oblige et on me manque de respect. Dans l’autre, on me laisse le choix et on me considère. Est-ce si difficile à comprendre ?

Je me souviens très bien de la toute première fois où j’ai eu à subir ce genre de sévices. J’étais en 5e. Les garçons avaient un nouveau jeu : mettre la main aux fesses du plus de filles possible. Bien sûr, les plus « bonnes » d’entre nous étaient les plus palpées, ce qui instaurait un concours … Révoltant !
Les enseignants étaient au courant puisque la pratique ne se limitait pas à la cour de récréation. Les pions le voyaient tous les jours. Les garçons ont-ils été punis ? Non. Et les filles ? On nous a demandé de garder nos cartables sur le dos pour limiter l’accès à nos fessiers. Voilà.

Est-ce qu’il m’arrive d’imposer mon contact aux autres ? Non. De tenter de les toucher intempestivement ? Non. De regarder leurs attributs avec insistance ? Non. De les pister ? Non. De limiter leurs déplacements ? Non. De verbaliser devant eux les fantasmes que je projette sur leur corps ? Non. De les obliger à subir (par n’importe quel sens) mes délires sexuels ? Non. De les menacer pour qu’ils me laissent faire ? Non. De critiquer leur physique ? Non. De les mettre en scène dans des blagues à caractère érotique/sexuel ? Non. De colporter des rumeurs sur eux ? Non. D’exiger qu’ils répondent favorablement à mes avances ? Non !

Depuis que je suis à la campagne, je ne le subis quasiment plus. Il y a moins de population, j’ai changé de métier et je me tiens loin des centre-villes. Ca aide. Mais ça ne règle pas le problème. Et vous, avez-vous subi ce genre d’expériences ? Etes-vous conscient.e de cet état de fait ? Faites-vous partie de ceux qui pensent que « ce n’est rien » ?


34 thoughts on “Agressions, harcèlement … Etre une femme au quotidien.

  1. Ornella Répondre

    Ahlala tout ce que tu racontes, m’est bien familier. Je crois que ce sont des rites de passage maintenant. Je crois que la chance qu’il faut tirer de tout ça, c’est la sensation de grandir plus, de se sentir plus élevée spirituellement qu’eux. De contempler leurs bassesses en réalisant qu’ils ne sont que des moins que rien, pour le moment, et que tout se paie, un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre.

    1. Rozie Répondre

      Certes, certes …

      Tu as raison de le vivre comme ça, après coup. C’est le mieux. Moi, ce qui me perturbe, c’est que ça ne devrait pas être un rite de passage. Ca ne devrait pas exister. D’autant plus que parfois, ce rite de passage dure de 10 ans jusqu’à 60 ! C’est un peu longuet …

  2. val Répondre

    ayant vécu à Lyon une partie de mon adolescence et de ma jeunesse, je vois tellement ce dont tu parle. J’avais enfoui tout ça et oublié mais avec ce qui se passe en ce moment, ça revient :
    celui qui écarte les cuisses pour toucher les tiennes dans le tram
    celui qui vient te parler de défloraison en pleine après midi toujours dans le tram, qui te demande de lui raconter ta première fois
    celui qui nous couvre sous un flot de propos salace avec une amie, sans que personne bouge, sans qu’il se sente honteux sous nos remarques
    celui qui te suit dans un centre commercial, se pensant discret
    celui qui te hèle à la sortie du bus qui te fait faire à l’inverse le chemin que tu as fais (pensant que tu avais oublié quelque chose) juste pour te demander si tu veux le suivre ailleurs

    et j’en oublie

    tellement

    A la campagne, ce n’est pas mieux, je suis parfois obligé d’être sur le bord de la route avec un gilet jaune dans le cadre de mon travail, je ne compte plus le nombre de fois où on m’a klaxonné (même sans d’ailleurs). Difficile ensuite de conserver sa crédibilité dans un domaine déjà bien sexiste.

    Ce qui se passe en ce moment est salutaire, mais parfois quand j’entends certains commentaires, ça me fait froid dans le dos

    1. Rozie Répondre

      Celui qui ouvre les cuisses pour toucher les tiennes, oui ! Ca m’est arrivé plein de fois aussi !

      Tu travailles sur les abords des routes ? Ah oui, j’imagine la complexité de la tâche, en tant que femme, de se faire respecter dans un milieu majoritairement masculin. Et les réactions des passants n’aident pas … C’est intéressant d’ailleurs, comment réagissent tes collègues quand ça t’arrive ?

      Les expériences de certaines personnes sont juste hallucinantes. Quand on entend parler de tentative de kidnapping, par exemple, j’hallucine complètement !

  3. Manon Woodstock Répondre

    Merci pour cet article, ce témoignage. Il est important que nous sortions toutes du silence afin que l’ensemble de l’humanité se rende compte ce que signifie vraiment être une femme en 2017. Belle semaine à toi !

    1. Rozie Répondre

      Merci beaucoup Manon !

      C’est tout à fait important et essentiel de délier la parole, de faire en sorte que tout le monde soit conscient de cet état de faits pour qu’on puisse y remédier. Tu as raison !

  4. Anne-So Répondre

    Je croyais que Lyon était une ville plutôt safe, comme quoi, les salauds sont vraiment partout…
    C’est véritablement terrifiant ces histoires de harcèlement sexuel, d’autant plus qu’on n’a souvent pas le réflexe de réagir (faut bien avouer que c’est toujours extrêmement violent ces histoires et forcément, c’est difficile de savoir quoi dire/que faire) . C’est odieux de se sentir en insécurité permanente du fait de son génome. Tout aussi odieux que d’accepter de « s’écraser » devant de tels comportements parce qu’on a peur pour sa sécurité ou son job.
    Une question que je me pose, c’est : comment en sommes-nous arrivé.e.s à cette situation dégénérée ? Je ne peux pas croire que les mères de tous ces fumiers irrespectueux n’aient jamais eu à subir ces comportements malsains ; alors pourquoi ne pas éduquer leur marmaille XY au respect ? Ça me dépasse…
    Je te souhaite de ne plus avoir à vivre de telles situations à l’avenir Rozie.
    Belle soirée à toi !

    1. Rozie Répondre

      Tout à fait, on se fait prendre au dépourvu à chaque fois du coup on ne sait pas quoi faire, ou on n’ose pas ! Durant mes derniers moi sur Lyon, je répondais systématiquement. Je levais des doigts d’honneur à tout bout de champ, je rendais les insultes, j’osais m’approcher des mecs en leur demandant d’oser répéter, ou de me le dire en face … Et j’ai remarqué que la plupart du temps, ils sont tellement hallucinés qu’on réponde qu’ils s’écrasent, s’excusent ou prennent la fuite !

      Du coup, je recommencerais les prochaines fois, sauf si j’ai affaire à un type vraiment dangereux, genre le connard qui m’a poursuivie.

      Comment en sommes-nous arrivé.e.s là ? … L’hypersexualisation dans les pubs, les médias ? Les femmes sans cesse représentées comme des potiches à la télé ? L’éducation encore très genrée (un garçon doit réagir comme ça, une fille faire ça) ? A mon avis, il y a un tas de facteurs.

      Les femmes ont-elles été un jour considérées autrement, d’ailleurs ? Honnêtement, je n’en suis pas sûre. Ca pose des questions très intéressantes. Comment ça se passait avant nos sociétés modernes ? Je crois qu’on avance vers une conscientisation de chaque chose, chaque geste, ce qui fait qu’on se rend compte des sévices qu’on fait subir aux autres, qui avant, n’étaient pas envisagés comme tels. Je pense aux LGBT, mais aussi à la condition animale par exemple.

      Tu sais, avant 1975 l’inceste était quelque chose de parfaitement normal dans les familles. Il a fallu attendre qu’une femme témoigne à visage découvert à la TV avant que les gens pensent qu’ils faisaient du mal à leurs enfants en leur imposant des relations sexuelles, c’est complètement fou … J’ai lu cette histoire récemment et je n’en reviens pas.

      Et en même temps, c’est logique. Nous sommes dans une ère où nous remettons tout en question parce que nous sentons la nécessité d’avancer vers plus de conscience, qu’en penses-tu ?

      Je pense aussi que ce ne sont pas forcément les mères qui ont failli. Je connais beaucoup de personnes qui avaient été très bien éduquées mais dont l’éducation a été reprise les autres personnes qu’ils rencontraient à l’extérieur des foyers. On a beau éduquer son enfant au mieux possible, il rencontrera le sexisme à l’extérieur et choisira, de par ses nouvelles connaissances, d’y adhérer ou non. De suivre de nouveaux comportements ou non … C’est complexe ! C’est à la société entière d’être rééduquée !

      1. Anne-So Répondre

        Tu as entièrement raison : il est certain qu’il s’agit d’un problème sociétal et d’une éducation multi-centenaire – probablement même millénaire. Il est tout aussi certain que chacun garde en fin de compte ce qui lui convient de l’éducation qui lui a été inculquée pour l’associer à ce qui l’intéresse venant de l’extérieur ; parfois, c’est plutôt une bonne chose – pas toujours malheureusement. Ma question était presque rhétorique dans le sens où j’ai bien conscience qu’il s’agit d’un problème de société dégénérée et que tout ceci ne date pas d’hier ; d’un autre côté, j’ai du mal à comprendre qu’on puisse considérer un comportement ouvertement malsain et agressif comme acceptable/normal. Je suppose que c’est une question de point de vue et que d’autres se demandent peut-être pourquoi je me sens concernée par ce qui me tient à cœur. A ce compte-là, on n’est pas tirés d’affaire.

        Je ne savais pas que la condamnation sociale de l’inceste était si récente. Un petit pas à la fois…

        J’aimerais te dire que je pense que tu as raison sur la remise en question de fond pour une évolution vers plus de conscience, mais j’avoue que je me sens moyennement convaincue sur ce coup-là. C’est peut-être le cas. Je crois plutôt que les technologies de l’information/la communication sont le seul facteur différenciant avec les époques précédentes. Je crois qu’il y a toujours eu autant de « combats » d’idéalistes pour aller vers un mieux, et que ce n’est que maintenant avec notre hyper connexion que ces phénomènes sont amplifiés et répandus plus facilement et leur donne un tel « semblant » de poids. Est-ce que cette représentation (plus) massive de ces causes va permettre de faire évoluer les mentalités ? Bonne question… qui vivra verra !

        Bon, mon message ne ruisselle pas d’espoir et d’amour universel ; en même temps, je n’ai pas grand foi en l’animal humain.

        Des bises Rozie, et bravo d’avoir osé répondre à ces petits merdeux, ravie de lire que ça a eu l’effet escompté 🙂

        1. Rozie Répondre

          Je pense que pour pas mal de mecs, ça passe par le fait qu’ils veulent être acceptés socialement par des groupes, qui adoptent déjà ces comportements, qu’ils reproduisent donc sans se poser de question. Qui plus est, ils voient que « ce n’est pas si grave » puisqu’il n’y a pas mort d’homme et ne réfléchissent pas plus avant sur ce que peut ressentir la victime.

          Au collège, j’ai vu mes copains garçons littéralement se transformer pour devenir ça. D’un coup, dans leur tête, j’étais une fille. Et « malheureusement » pour moi, pas une fille sexy. Un garçon dont j’ai été secrètement amoureuse pendant quelques années au primaire m’a dit des choses très violentes à propos de mon physique arrivé en 6e et 5e. Et pourtant, il venait d’une bonne famille. Je me demande où il en est de ses comportements aujourd’hui, tiens !

          Tu as raison, la communication change tout, l’internet change tout, et c’est sans doute ça, en fait, qui donne toutes ces prises de conscience et qui fait qu’on avance. Sans internet, il y a un tas de choses auxquelles je n’aurais pas été sensibilisée, et je ne serai certainement pas celle que je suis aujourd’hui. C’est clair et net. C’est chouette !

          Tu connais mon naturel optimiste … 😉 ! J’ y crois à fond, c’est une question de survie, pour moi !

  5. Little Miss Sun Shy Répondre

    C’est triste de voir que les femmes sont obligées de faire attention parce que les hommes ne sont pas éduqués.

    1. Rozie Répondre

      … A qui le dis-tu !

  6. Zazimutine Répondre

    Ce qui est terrible c’est que ça me paraisse si vieux maintenant que je ne me souviens plus. Je sais que j’ai vécu plein de choses comme ça, je reconnais la peur dans ce que tu décris, je me souviens des regards lubriques, des obscénités murmurées, c’était l’été, c’était à Lyon aussi, j’avais 20 ans, je mettais des jupes et chaque fois, j’avais l’impression d’être une proie. 20 ans plus tard, je ne suis plus embêtée, mais je me rends compte que je ne mets plus de jupes, ou de robes. seulement le week-end ou quand je suis avec mon compagnon. C’est un véritable phénomène de société et la question que je me pose, c’est si c’est propose à la France? Existe-t-il des sociétés ou ce phénomène est moindre ou absent??

    1. Rozie Répondre

      C’est une très bonne question dont je n’ai pas la réponse … !

      Je ne pense pas qu’il existe de société où les femmes ne subissent pas d’injustices mais je ne suis pas experte alors … C’est juste ce que j’imagine. Est-ce pire en France ? On sait qu’il y a pire encore ailleurs dans le monde. Y-a-t-il mieux ? Je l’espère, oui ! Mais je n’en suis pas sûre. C’est triste à dire, mais on a déjà une chance énorme ici.

      Il faudrait que je me renseigne, tiens !

      1. Pétale Répondre

        Bonjour,

        Il paraît qu’en Islande d’après des reportages vus à la télévision, c’est un peu mieux.
        Je ne me rappelle plus exactement, mais pour beaucoup de gens je crois qu’ils considèrent plutôt bien les femmes.
        Au Danemark, dans la capitale, j’avais vu aussi dans un autre domaine : les femmes sont payées pareil que les hommes et ne sont pas harcelées comme en France.
        Il paraît aussi que la nuit les gens au Portugal ne vont pas harceler les femmes.

        Bises.

        Pétale

        1. Rozie Répondre

          Bonjour Pétale,

          Ca ne m’étonnerait pas que dans ces pays-là, ça se passe mieux ! Ce sont des sociétés géniales à bien des égards, que je serai curieuse de rencontrer une fois dans ma vie.

          Bises !

  7. Nadège Répondre

    J’ai vécu aussi à Lyon et je confirme cette sensation terrible qu’on a dans les rues, et les transports de cette ville.
    Je n’avais pas 10 ans la première fois où j’ai compris qu’être une fille allait me créer des problèmes toute ma vie. Je devais en avoir 8 ou 9. J’habitais dans une petite ville, et après un cours de musique j’attendais avec une camarade l’arrivée de ma mère qui passait me récupérer. Un homme d’une soixantaine d’année, l’air louche et miteux s’est approché de nous. Il nous disait vouloir nous montrer comme il était fort, musclé, il voulait qu’on s’approche et qu’on l’accompagne, qu’on parte avec lui. Il était insistant, il commençait à monter les marches pour nous rejoindre. Terrifiées, on a pu se réfugier dans la salle. Et déjà à cette âge là j’ai eu honte. Je n’en n’avais jamais parlé à personne sauf très récemment.
    A 16 ou 17 ans, les premières soirées un peu alcoolisées avec les amis. J’avais un peu bu, mais toujours absolument consciente de ce que je faisais. J’ai embrassé un ami qui me plaisait, on se tournait autour depuis un petit moment. Il a mis sa main sous ma jupe, je ne voulais pas, j’ai longuement insisté et je me suis débattue pour qu’il arrête.
    L’année de mes 18 ans, ma soeur organisait une fête dans la maison de mes parents. J’étais là, mais j’étais fatiguée, je ne connaissais pas les personnes qu’elle avait invité, alors j’étais allée me coucher. Un mec qui s’était incrusté à sa soirée est rentré dans ma chambre, m’a réveillé, et m’a proposé d’avoir des relations avec lui. Je lui ai dit non, j’avais peur il avait bu, il aurait pu me faire n’importe quoi et personne n’aurait entendu. Il insistait, j’ai continué à refuser jusqu’à ce qu’il sorte de ma chambre. J’ai dormi avec la porte de ma chambre fermée à clé pendant 2 mois après ça. J’ai eu de la chance qu’il n’ait pas été violent.
    Le quotidien de ma vie lyonnaise a été presque chanceux, comparé à ce que tu décris dans ton article. Je n’ai pas eu de main aux fesses (en fait, pas que je m’en souvienne, c’est terrible). « Seulement » des sifflements, des regards pesants. Vivre au quotidien les écouteurs dans les oreilles et le regard au sol.
    La fin -la suite- on en a un peu discuté par mail (et merci pour tout), c’était ces viols conjugaux. C’était la manipulation, le harcèlement quotidien, la menace des disputes. La douleur à chaque rapport, les pleurs pendant, le saignement après.

    Alors non, pour moi, ce n’est pas rien. Je suis à la fois extrêmement impressionnée, encouragée par toutes ces femmes qui témoignent, et d’ailleurs bravo de l’avoir fait. C’est la première fois que je parle de certaines choses dans ce commentaire, et c’est ce mouvement mondial qui m’encourage à le faire, parce qu’il ne faut plus se taire. Et même si ces derniers jours sont extrêmement difficiles à vivre, parce que je n’arrive plus à m’échapper de tous ces souvenirs qui me hantent, c’est nécessaire pour faire évoluer la société et surtout les hommes. Ceux qui ne respectent pas les femmes, qui les sifflent, les insultent, les harcèlent, les agressent, les violent. Et ceux qui ne font rien, qui nous demandent pourquoi on n’a pas porté plainte, qui minimise.

    Bref je pourrais écrire une dissertation sur ce qui pèse trop lourd dans mon coeur ces jours-ci mais j’ai dit le principal. Merci d’en avoir parlé sur ton blog et désolée pour ce long roman. Mais ça fait vraiment du bien de s’exprimer.

    1. Rozie Répondre

      Tes expériences sont assez terribles, Nadège. Le mec qui se faufile dans ta chambre, et l’adulte qui veut profiter d’enfants … C’est sacrément dingue ! Et le reste dont on a discuté, bien évidemment …

      Je suis heureuse si ça te permet à toi, et a plein d’autres femmes, de parler de leurs expériences malheureuses, et d’enfin oser poser des mots dessus. Même deux phrases dans un tweet ou dans un commentaire ont toute leur importance pour la victime, je sais de quoi je parle. Ca fait du bien de se libérer de ça, au moins un peu.

      Moi aussi, ça m’impressionne, la force de ce mouvement. Je trouve ça super parce que c’est nécessaire ! Les mecs (et les femmes, parce qu’on n’est pas blanches non plus) se posent enfin des questions, remettent enfin en perspective leurs comportements ! Et même si ça n’est pas le cas, le fait que ça les heurte est déjà une victoire en soi. Ils réagissent. Ce qui prouve qu’il y a matière à réagir. Le reste fera son chemin dans leurs têtes comme dans les nôtres, avec le temps, les années.

      Il y aurait de quoi écrire pour l’éternité, je crois … !

  8. Crystila Répondre

    Oh que oui, nous y avons toutes le droit malheureusement.
    Ma pire expérience : il y a 10 ans, un dimanche après-midi où je me baladais seule en bord de mer à Marseille, une voiture avec 4 mecs (l’air normaux) m’ont interpellée à un feu rouge pour me demander un renseignement, un plan à la main. Je ne me suis pas méfiée pas car ils pouvaient chercher une adresse. Je me suis approchée pour voir si je pouvais les renseigner, et les deux mecs à l’arrière sont sortis pour essayer de me faire monter de force dans leur véhicule! A 16h, devant pleins de gens, de familles, de joggeurs…
    Je les ai frappés, j’ai gueulé (j’ai de la voix) et le feu étant passé au vert, les autres voitures les clayonnant, ils ont pris la fuite!
    Je regrette encore de ne pas avoir noté la plaque pour porter plainte.

    1. Rozie Répondre

      Wouah.

      C’est terrible ! Ca me laisse sur le cul (pardonne-moi l’expression !). Ils ont tenté de te kidnapper, non mais c’est dingue !!! Ca me donne la rage !! Mais comment est-ce possible d’en arriver à de telles extrémités, sérieusement ??

      Je suis sincèrement désolée que tu aies eu à subir ça, quel choc, quelle peur. C’est assourdissant.

  9. Claire Répondre

    Très bon article et excellente conclusion (la partie en italique) qu’il faudrait faire lire à tous les détracteurs de ce mouvement. Je suis contente qu’on parle enfin massivement de ce sujet de société ; j’espère que cela aidera à faire changer les mentalités en France (eh oui, dans d’autres pays, les femmes sortent tranquilles).

    1. Rozie Répondre

      Merci beaucoup Claire !

      Je suis très contente, moi aussi, que ça éclate enfin. Même si les réactions sont parfois mauvaises, c’est positif ! Ce serait beaucoup plus inquiétant si ça ne générait aucune réaction !

  10. Sel Répondre

    En te lisant et en lisant tous ces témoignages, je suis affolée du monde dans lequel nous vivons…Et me dis que je vis dans une bulle, un univers protégé, car j’ai très peu d’anecdotes de ce genre à raconter (il faut dire que je sors peu). J’ai beaucoup de chance de ce point de vue là. Et puis, en y repensant, certains souvenirs remontent. Au collège, en particulier, une jupe super jolie (grise et toute simple, relativement courte, mais pas « mini » non plus), que je n’ai mise qu’une fois, parce que justement, filles et garçons m’avaient trouvée trop jolie avec…Pas de geste violent à mon souvenir, mais regards et ce que je prenais pour des moqueries, oui (de la part d’élèves, pas d’adultes, hein) ! Et par la suite, il a fallu des années avant que je ne mette la moindre jupe, sans que je sache bien pourquoi à l’époque (je disais que ce n’était pas pratique, que ça ne m’allait pas, que je n’aimais pas porter des collants…Bref). Ce n’est rien à coté de tout ce que toi et tant d’autres ont vécu… J’espère vraiment que la société va évoluer de ce point de vue là.

    1. Rozie Répondre

      J’ai des souvenirs similaires (le collège, je trouve que c’est un moment très dur à passer pour ça !). Ma mère m’avait offert un manteau dont je rêvais (très girly-chic). Je ne l’ai porté qu’une fois. Les remarques que je me suis prise dans la gueule de la part des filles comme des garçons (pas forcément sexistes d’ailleurs, moqueries, railleries, difficile à démêler !) m’avaient vaccinée.

      Ma mère n’a jamais compris, je n’ai jamais osé lui dire. Elle avait été très triste et en colère contre moi, parce que ce manteau représentait un budget pour mes parents et que c’était sensé me faire plaisir … Je ne le portais même pas en famille ou chez moi.

      Je suis tout à fait optimiste, et je me dis qu’on ne peut que faire mieux ! Ces hashtags sont un bon élement malgré toutes les critiques qu’on peut leur faire, je trouve …

  11. Melgane Répondre

    Ça m’est arrivé trois fois en deux ans (rien d’aussi pire que toi) et je dirais que, plus que l’acte en lui-même c’est le ressenti qui compte (jusqu’à une certaine limite, on est bien d’accord : imposer un contact physique par exemple). Je m’explique.
    L’année dernière je devais aller chercher un McDo, c’était l’été. J’ai une chemise sans manches beige et une jupe longue rose poudré/terne qui, comme j’ai des chevilles fines et une taille marquée, gomme un peu ma culotte de cheval (j’avoue, je suis élégante dedans) (un petit auto-compliment au passage ne fait de mal à personne). J’ai 5 minutes à marcher, on est pas dans le centre-ville. Quand j’en reviens une bande de mecs en sens inverse me siffle avec admiration. Ça m’a gavée, après j’ai trouvé ça « rigolo » dans le sens où c’était la première fois, et où c’était franchement pas méchant. Un an plus tard le même genre : je passe devant des mecs et l’un d’eux dit « salut ! » j’ai pas répondu, ça m’a gavée (je portais la même tenue d’ailleurs, va falloir que j’arrête xD), mais pour moi ce n’était pas du harcèlement, je ne l’ai pas ressenti comme tel, ce n’était pas malveillant ou méchant. Je pense que dans les phénomènes légers de « harcèlement de rue » (comme ces exemples) il y a aussi le fait que les filles et les garçons ne se mélangent pas, on ne sait pas toujours comment s’aborder (en plus des questions de genre, on est d’accord). Bref. C’était pas méchant, ça m’a saoulée mais je ne me suis pas sentie comme une proie.
    Par contre, quelques mois plus tard j’étais dans un escalator pour descendre au métro, je revenais de Paris. Je sens un type derrière moi se pencher et me dire à l’oreille « hmmm ça sent la campagne » (la campagne à Paris, tu parles !). C’est bouché, je suis obligée d’attendre que la machine arrive en bas, et je décide de ne pas me retourner, optant pour la technique dite de « je l’ignore et il va me laisser tranquille ». Jolie tentative pourtant soldée par un échec. Arrivée en bas je marche le long de la voie pour dégager le passage, au bout d’un moment il me passe devant, s’arrête, me regarde de bas en haut comme s’il me déshabillait du regard et évaluait ma « qualité » et me dit « salut » de ces « salut » qui traînent sur le « u », un petit sourire aux lèvres, et il s’en va. Je crois que je l’ai insulté. Avec un temps de retard et dans ma barbe tant je n’ai pas su comment réagir. Là je me suis vraiment sentie comme une proie, une pauvre petite chose. Et si jamais certains, en lisant ce commentaire, se demandent comment j’étais habillée je vais vous répondre : le truc le moins sexy du monde : pantalon noir type sarouel, débardeur et gilet en grosses mailles marronnasse. On fait plus aguicheur.

    1. Rozie Répondre

      Pour ce qui est des sifflements et des « wouaich mad’moiselle ! » … Je les classe différemment. Il est clair que ça peut aussi s’assimiler à du harcèlement (parce que j’en entendais quasiment tous les jours / parce que les mecs le font avec toutes les nanas qui passent). Mais je comprends aussi ce que tu dis (ça peut être pris comme un compliment, et ces mecs ne savent pas toujours comment aborder les nanas, ils ont toujours vu faire ça donc pour eux c’est logique, et ils ne sont ni insultants, ni vindicatifs, ça s’arrête là). Donc, pour tout un tas de raisons, je ne les ai pas mentionnés dans l’article.

      Ca se corse quand ces mecs se mettent à t’insulter si tu ne t’arrêtes/réponds pas. Ou quand ils te klaxonnent en bagnole ou ouvrent les fenêtres pour hurler en arrivant à tes oreilles histoire de te faire flipper (c’est du vécu), ou bien te font des signes obscènes (tu sais, le trou avec une main, le phallus avec l’autre …), ou bien te traitent de « chaudasse » et j’en pense, profitant du fait d’être en voiture pour le faire même quand tu es avec ton mec …

      Donc … Bon. J’étais indulgente avec ceux qui n’insistaient pas. Par contre, avec les autres, à la fin, j’étais sévère. Je leur faisais des doigt d’honneur ou les insultais en retour, je ne pouvais plus me retenir ^^.

      Ta dernière expérience … Je vois tout à fait la scène. Et j’hallucine que des mecs puissent s’imaginer que ça donne envie aux nanas. Parfois je me dis « Mais s’ils le font, c’est bien que ça doit marcher des fois, non ? » Et ça me rend encore plus perplexe.
      Parfois, ils le font juste pour montrer leur supériorité, et là, c’est pire que tout. J’ai l’impression que c’est un peu un mélange de tout ça dans ton cas. Je compatis grandement.

      1. Melgane Répondre

        Haha 🙂 L’autre jour je devais traverser la terrasse d’un café qui prenait tout le trottoir avec juste un passage ménagé au milieu. Les mecs (assez âgés en plus !) invectivaient toutes les femmes qui passaient en voiture (toutes j’imagine parce que quand une femme est passée ils ont gueulé des trucs, ce serait étonnant qu’ils ne fassent ça qu’une fois). Donc après cette fameuse voiture et la pauvre dame qui se crispe dans son véhicule je traverse. Sans les regarder (ben ouais tu penses, je les avais repérés) et ils me disent un truc du genre « vous avez de la chance, on laisse pas passer normalement » euh… je me suis retenue de justesse de faire un doigt d’honneur… xD Pas que je me sois sentie particulièrement agressée (enfin moins que le mec du quai de métro dans tous les cas) mais ça m’a franchement gavée (surtout qu’ils faisaient ça à toutes les femmes, donc c’était clairement une agression).

        Je pense en effet que c’était histoire de marquer une domination… tout à fait ce genre de mecs (plutôt musclé, à marché en roulant des épaules, etc.). Le grand n’importe quoi… maintenant, c’est malheureux, mais quand je marche dans la rue ça m’arrive de me dire « je suis un prédateur » en me disant que ces mecs ne s’en prennent qu’aux filles perçues comme « faibles » un peu à la manière des loups qui attaquent les animaux blessés ou malades… C’est quand même triste d’en arriver là… (et c’est pas gentil pour les loups, eux c’est pour se nourrir, pas pour une histoire de domination…).

        1. Rozie Répondre

          C’est pas si bête en fait, cette méthode de te penser prédateur. Je pense que oui, ça joue énormément.

          Les derniers mois à Lyon, j’étais très vindicative (j’en avais ras le bol de me faire marcher dessus) et je voulais en découdre. Je peux te dire que ça changeait tout ! J’allais les voir, je me mettais devant eux, je faisais des doigts d’honneur en réponse (je sais, c’est pas la meilleure façon de gérer un problème mais ça me mettait teeeeeeellement en colère !), je répondais. Et bien … Ils fuyaient, s’excusaient. Plus rarement m’insultaient deux fois plus mais j’élevais la voix aussi et ils se barraient par « honte » en me traitant de folle.

          Ca m’irritait très profondément mais finalement, c’était moins émotionnellement douloureux que de baisser le yeux et de fuir comme une proie. Mais on ne peut pas faire ça avec tous les prédateurs, je ne l’aurais par exemple pas fait avec le fou qui m’a suivie à la banque, c’est trop risqué.

  12. Cueille le jour Répondre

    Je suis a mon tour affolée de voir tout ce que tu as vécu… Je n’ai plus les mots… Ce qui se passe en ce moment avec tout les hashtags et autres témoignages, prouvent bien qu’il y a un réel soucis et que non il ne faut pas banaliser ces comportements !

    1. Rozie Répondre

      Je suis bien d’accord ! Et ravie que ce soit utile à libérer la parole !

      Tu vois, je trouvais qu’à côté de toi, je n’avais pas vécu grand-chose … On doit tout.e.s penser ça, c’est fou !

  13. maman délire Répondre

    tout cela me donne la nausée… j’aurai été traumatisée si j’avais vécu ne serait ce que la moitié de ce que tu décris…

    1. Rozie Répondre

      Hormis la violence conjugale, je pense que tu peux sensiblement trouver des choses similaires dans ton vécu, non ? Et en même temps, si tu me dis que non, je serais hyper contente et soulagée ! Ca prouverait que c’est possible !

      Ma mère se pensait complètement épargnée avant que je ne lui rafraîchisse la mémoire. Elle m’avait raconté qu’à 14 ans, alors qu’elle traînait dans les champs avec sa soeur (en pleine campagne, donc), un homme très bizarre qu’elles connaissaient les avais suivies et avais voulu les forcer à le suivre dans les bois … Elle n’avait jamais envisagé la chose comme ça. Et pourtant … !

  14. delphine Répondre

    C’est vraiment pas jolie se que ta vécut. Les hommes c’est vraiment des porcs, ils se croivent vraiment tout permis. Quand j’avais 13 ans 1/2 des filles de 4ème (moi j’étais en 6ème) mon soulever ma robe, après j’arrêter pas de pleurer et de trembler pendant le cours de l’après midi et le prof ne ma jamais demander se qui se passe.

    1. Rozie Répondre

      Ils ne le sont pas tous, fort heureusement. Mais il est à noter que même les bons ont des comportements abusifs. D’ailleurs, même entre femmes, ces comportements existent ! Parce qu’on est éduqué.e.s comme ça, malheureusement …

      La dernière fois, j’expliquais à mon mari qu’une blague qu’il m’avait racontée était à proscrire parce qu’elle participait à la culture du viol (une femme se faisait violer par son médecin). Le viol passait totalement inaperçu dans la blague, ça n’était pas le point central. Mais il était là et tout le monde s’en foutait et en riait.

      … Voilà, ce sont ces petites (et plus grosses !) choses qu’il faut changer pour espérer créer un monde où les femmes pourront vivre et se sentir en sécurité en toutes circonstances. J’en suis intimement convaincue. Je fais très attention à ce que je dis, ce que je pense, ce qu’on m’a appris à penser. Il faut reconnaître qu’on a tous ça au fond de nous, qu’il faut qu’on fasse tous un travail sur soi. Il faut éduquer les autres et ne pas hésiter à reprendre un ami s’il dit quelque chose de pas terrible … Il faut avoir le courage de sa pensée et ce n’est pas simple ! A l’exemple de ce prof qui te voyait souffrir mais qui n’est jamais venu s’en inquiéter.

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