Notes d'Existence

Agressés.

Je sors d’un concert. C’était Juliette Armanet. Mon cousin est avec moi et nous marchons tranquillement jusqu’au véhicule qui nous ramènera chez nous.

C’est moi qui conduis. Jérémy est un peu embêtant, il fait du zèle. Rien n’est assez bien pour lui.

Je ne suis plus qu’a deux ou trois kilomètres de chez mes parents. La nationale file dans la nuit. J’aperçois un jeune homme sur le bas côté, à droite. Il rampe.

Je ne saisis pas tout de suite l’expression de peur sur son visage. Je continue de rouler et je mets un moment – quelques secondes, mais ce laps de temps m’interpelle et me semble trop long – à comprendre que je dois m’arrêter pour lui apporter de l’aide.

Lorsque l’idée me frappe enfin, je freine fort. Pas trop brusquement pour éviter une embardée, mais assez pour que la voiture se couche sur le flanc gauche. Je roulais du mauvais côté de la route. Ca me paraît normal. Heureusement, il y a un talus. La voiture n’est pas abîmée. Elle est juste couchée dessus, on dirait qu’elle le câline. Elle se repose.

Je sors, Jérémy crie. Il s’énerve, c’est injustifié. Il veut qu’on reparte.

Je ne vois plus le jeune homme.

Deux personnes me font signe. Elles fuient. Je les croise à contre-sens et je lis dans leur esprit qu’un danger se cache de le petit lac d’à côté. Je crois qu’un plongeur tire.

Je retourne voir Jérémy, et lui dis qu’il faut partir à pied. Il refuse, pique une crise. J’insiste, je lui tire le bras. Il se débat et m’envoie sur les roses. J’insiste encore, jusqu’à ce que l’effroi devienne trop fort.

Je décide de sauver ma peau et l’abandonne. Je pleure en courant, quelle lâche je suis ! J’ai mon téléphone dans les mains. Je tape le numéro de mes parents. 04 – 78 – 07 – 49 – **. Mon père décroche.

Je l’entends mal, ça grésille, mais je reste calme. Je lui explique posément qu’on est sur la nationale juste en bas, qu’on va se mettre en sécurité et qu’il doit venir nous chercher. J’entends « OK » et je raccroche.

Soudain, ma soeur est là, devant moi, avec quelques autres jeunes personnes. Toujours avec beaucoup de sang-froid, j’explique qu’on va passer entre les champs ici, devant la maison des Tardy juste là-bas, pour rejoindre la petite route qui nous mènera à bon port, chez mes parents.

On traverse. On marche avec vigueur. Il n’y a personne sur la route, on avance à notre rythme. Plus que 500 mètres et la maison est là.

A l’intersection, deux hommes à la mine douteuse se dirigent vers nous. Mon instinct se réveille. Je rappelle mon père. « Papa, on est juste en bas, il faut absolument que tu viennes maintenant. » Je suis ferme. « D’accord. » Je raccroche.

J’essaie de les éviter, je garde ma soeur dans mon champ de vision. On reste le plus au bord possible, on presse le pas.

Mais c’est trop tard. Ils s’approchent de nous, ma soeur est devant moi. Ils commencent à l’embêter, j’arrive à la secourir. Elle avance avec les autres, j’essaie de discuter avec les deux hommes.

D’un coup, je comprends que l’un d’eux va se mettre à courir pour la rattraper. Alors j’hurle. « Cours Elie, cours ! Le plus vite que tu peux ! » Je suis mortifiée à l’idée qu’ils la blessent ou l’abusent, et devant moi. Je suis en danger aussi – je tremble dans ma cage thoracique, je sens mon sexe moite – mais elle est plus importante.

Elle est arrivée sur le chemin de la maison, mais il la rattrape quand-même. Elle se débat. L’autre m’empoigne. J’ai les yeux rivés sur elle. Je suis survoltée. Je suis morte de trouille.

Deux autres garçons sont mis à mal. Ils sont KO. Et là, tout devient horreur.

Les agresseurs se transforment. Ils prennent l’allure d’insectes géants. Leurs longues trompent viennent se planter en nous. Elles récoltent un pollen blanc à l’allure de cachets d’aspirine.

Deux cachets.

D’un coup, je réalise que les deux garçons endormis sont nos alter-ego. Nos frères. On a le même sang. Ces deux cachets qui m’hypnotisent, je sais ce que c’est. Je n’arrive pas à mettre le mot dessus mais putain, je sais que c’est ça.

Je panique. A mesure qu’ils approchent de la bouche des garçons, je comprends et je panique. Non, non, non, NON.

Je ne les vois plus. Les bouches sont fermées. Ils l’ont fait.

INCESTE.

C’est ça le mot. Je suis touchée. C’est irréparable.

L’ambiance devient alors surréaliste. Les garçons-frères, les agresseurs et ma vraie soeur : tous disparaissent. Je flotte. La lune descend jusque devant moi, l’horizon devient un mercure liquide qui gronde au dessous de mon corps.

Je file, sans pouvoir rien y faire. Je suis tractée par l’arrière, en apesanteur, tout le long du chemin qui ramène à la maison. Ca ne me rassure pas. Je ne veux plus être là-bas.

Je file et je me remémore la voix de mon père au téléphone. Elle semblait amorphe. Vide. Mon père avait dû être touché avant nous. Un artefact.

Je file toujours, les abricotiers sont là autour de moi, mais je n’arrive pas à me retenir à leurs branches.

Alors, tout devient noir, opaque. La maison est juste derrière moi, je le sais. Je me retourne et ne vois que le rideau d’une scène, sur lequel un projecteur placarde une lumière blanche.

Une salle de cinéma. J’approche ma main, je caresse le velours des pans. Mes pieds touchent enfin terre.

Je me réveille.

En sueurs, j’ai du mal à évaluer ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas. Mon amoureux s’éveille à côté de moi, je lui raconte. J’ai l’impression que ça n’a ni queue ni tête, mais le profond malaise que je ressens m’incite à le garder en mémoire. Mon mari me dit quelque chose que je réfute d’emblée.

« Mais non, ça n’a rien à voir ! » Et si. C’est exactement ça.

L’un de mes pires cauchemars. Ca faisait des années que ça ne m’était pas arrivé. Et celui-là, il m’en dit, des choses ! « Les songes sont des âmes que l’on trouve éveillées au creux de nos têtes. » Et vous, vos songes vous parlent ?

Semer un peu de magie et de poésie dans le quotidien.

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