A ton (mon) image.

Il me faut vous avouer quelque chose. Depuis que je sais qu’ici me lit une personne qui me connaît dans la vie, je me suis mise à voir tous les défauts de ce blog.

J’ai relu mes articles. Des plus anciens aux plus récents. De prime abord, je cherchais à imaginer ce que cette personne avait dû ressentir en lisant telle ou telle chose. Puis ce qu’elle avait pensé de moi. M’avait-elle trouvé hautaine, cette fois-là  ? Avait-elle pensé que j’en rajoutais ici ? Me trouvait-elle vraiment sincère au regard de ce qu’elle connaissait déjà de moi ?

Me trouvait-elle différente ? S’imaginait-elle que je pensais ça, que j’avais vécu ça comme ça ? En quelle mesure ce qu’elle découvrait ici changeait le regard qu’elle portait sur moi ?

D’un coup, j’ai trouvé que j’écrivais mal. J’ai reconnu mon « style ». Celui-là même qu’à 17 ans, je trouvais surfait et bancal. Il faut dire que quand je relis ces nouvelles que j’écrivais à l’époque, j’ai un peu honte.

J’utilisais quantité d’adjectifs, de qualificatifs. Mes phrases étaient trop longues, trop « tourmentées ». Je cherchais la précision, je cherchais à ressembler à ces grands écrivains dont les textes ressemblent à de la dentelle ajourée devant laquelle on s’émerveille.

Mais je n’étais pas écrivain. Et le résultat, quelques années plus tard, empourprait mes joues de gêne plutôt que de me rendre fière.

Voilà que le schéma se répétait. Ce que j’ai écrit l’année dernière me fait le même effet aujourd’hui. Un peu moins violemment tout de même. J’ai compris que quoi que je fasse, c’est moi. Je pense comme j’écris (et je n’essaie plus de ressembler à qui que ce soit). Ce n’est pas modifiable. Mais ça ne me plaît pas pour autant.

Je me suis mise à réfléchir à l’image que donnait de moi ce blog. Voilà ce qu’à travers ce prisme, j’ai reconnu : une jeune femme « noire », qui ressasse sans cesse son passé, qui remâche les plus sales périodes de sa vie. Une femme tournée vers l’arrière, qui réfléchit trop, qui ne sait pas lâcher prise. Une femme gangrenée. Trop « psychologique » (et les mots que je suis présentement entrain de taper n’échappent pas à la règle …).

J’ai vu mon père, ma mère, ma soeur, mes oncles et tantes. Je me suis dit : « Je ne suis finalement pas différente d’eux. Tout pareil. »

J’ai pris conscience tout d’un coup, que vous deviez penser que je suis malheureuse. Pathétique, peut-être (dans le sens « pathos » du terme, je précise). Un abîme de souffrance.

Mais alors .. Qu’est-ce que je suis vraiment ?

La chanson de Zazie m’est revenue.

« J’écris sur ce que j’endure, les petites morts, sur les blessures. J’écris ma peur, mon manque d’amour. J’écris du coeur mais c’est toujours sur ce que je n’ai pas pu dire, pas pu vivre, pas su retenir. J’écris envers et contre tous, c’est toujours l’enfer qui me pousse à jeter l’encre sur le papier … »

L’histoire de ce blog est là. « On n’écrit pas qu’on ne manque de rien, qu’on est heureux, que tout va bien. »

Quelle image avez-vous de moi ? Que vous imaginez-vous de mon quotidien, de mon humeur, de mon bonheur ? Est-il palpable, d’ailleurs, ce bonheur que je vis depuis plus de quatre ans ?

Pourtant, au quotidien, il me semble que je le reflète bien. On me dit souvent que j’ai de la chance d’être si calme et zen, si emplie de pensées positives, d’avoir cette capacité à tirer du bon de tout. On me dit que je respire le bonheur. On m’envie clairement.

Pour sûr, ma famille n’imagine pas une seule seconde que je réfléchis à des choses si dures. Ils ont une image solaire de moi. Je l’ai lu dans des écrits sur lesquels je n’aurais pas du tomber. J’avais ressenti beaucoup de colère sur l’instant (j’avais 12 ou 13 ans). Ils pensent que c’est facile pour moi, que je suis heureuse « comme ça », que je n’ai pas un tempérament torturé comme eux, que j’ai échappé à la malédiction. Ca les soulage beaucoup.

Je le leur fais croire. Non pas que mon bonheur soit factice, mais je ne les laisse pas apercevoir qu’à l’intérieur de moi gisent aussi les questions, les angoisses (que je me suis toujours défendue de vivre), et tout le reste.

J’ai très tôt adopté cette position de force tranquille. C’était pour me sauver. C’était pour les calmer. C’était pour les rendre heureux par procuration. J’ai remarqué que ça fonctionnait avec tout le monde (sauf, peut-être mes amis, qui eux, me connaissent plus profondément). Je ne compte plus le nombre de fois où on m’a dit que ma présence apaisait.

Aujourd’hui, à chaque fois que mon mari et moi passons un week-end chez mes parents, le reste de la famille se bat pour avoir un droit de visite. Nous sommes une bouffée d’air frais pour eux. Au début, ça nous amusait. Ca emplissait notre ego d’être aimés comme ça, qu’on nous trouve si « géniaux ». A vrai dire, c’est toujours un peu le cas.

Avec le temps, c’est devenu un véritable travail. Que va-t-on inventer, cette fois encore, pour leur tirer des rires ? Heureusement, mon mari est un homme plein de ressources, qui ne rechigne jamais à prendre le rôle du clown du village. Il sait amuser la galerie.

C’est un poids pour moi, à présent. Pas d’être heureuse (qui pourrait s’en plaindre ?). Mais de n’être que ça. C’est à moi qu’on demande d’appeler la cousine qu’est à l’hôpital et qui n’a personne à qui parler. « S’il te plaît, écoute-là, change-lui les idées. » 

Je retrouve ce rôle partout. Au travail. Mon directeur m’a clairement dit que s’il m’avait choisie, c’était pour ma capacité d’écoute visible, et pour le sourire que j’arrive à redonner aux autres. Dans de nombreuses amitiés avortées. Je n’étais qu’une oreille attentive et en avais plus que marre de récolter les problèmes des autres. Je fuyais donc, mais ces personnes s’accrochent – deux d’entre elles se rappellent encore à moi plusieurs fois par an alors que je ne leur envoie plus un signe de vie depuis fort longtemps. On ne peut pas sauver tout le monde.

Ce blog est donc la face cachée de l’iceberg. Je vous donne à lire en pâture tout ce que les autres ne peuvent pas entendre, ne veulent pas savoir de moi. J’ai trouvé la réponse. Voilà pourquoi j’ai besoin d’être lue. Il me fallait un espace de décompression. Je l’ai créé. Vous êtes mon psy.

Maintenant, ces deux mondes distincts, ces deux parties de moi, entrent en collision. Elles fusionnent. Je ressens le besoin d’être entière tout le temps.

Je n’arrive pas à trouver de fin à cet article. Ma pensée s’éparpille en plusieurs ramifications qui me semblent toutes importantes et qui mériteraient chacune leur propre post. Que ressort-il de tout ça ? Que je suis toujours sévèrement atteinte du syndrome de l’infirmière. Que l’image (et l’avis) que les autres ont de moi est très importante – pour ne pas dire primordiale – à mes yeux. Que je suis très critique envers moi-même, et envers tout ce que je crée.

Et bien ! Il s’en passe des choses là-dedans (imaginez-moi entrain de tapoter ma tempe avec mon index, c’est plus parlant) ! Si j’étais douée de télépathie, j’irai chercher quelle image ont de moi tous ceux qui m’ont déjà rencontrée. Vous feriez pareil, non ? Histoire de voir si ça colle bien avec ce que je pense être …

Et vous, quel rapport avez-vous avec l’image ? Celle qu’on a de vous ? Celle que vous souhaitez donner ? Est-elle en accord avec ce que vous êtes réellement ?


17 thoughts on “A ton (mon) image.

  1. Cueille le jour Répondre

    Rozie tu as un réel talent pour donner vie aux mots alors ne te torture pas ! Moi je te vois comme une personne entière avec ses parts d’ombres et de lumières, avec son passé et son futur, ses rêve et ses appréhensions… et c’est ça être humain… Être l’un et l’autre 🙂 Tu es un belle personne et tu as le droit toi aussi d’avoir tes parts d’ombres 🙂

    1. Rozie Répondre

      Merci beaucoup Sarah :).

      Bien sûr que j’ai le droit. C’est la perspective de ne donner que ça à voir qui me déplait.

  2. Marie Kléber Répondre

    J’ai plaisir à te lire, je trouve d’ailleurs que tu écris très bien Rozie, tu parles des choses qui te touchent, qui t’ont fait du mal avec beaucoup de pudeur.
    En même temps je peux comprendre ton état d’esprit. Nous jouons tous plus ou moins un rôle dans nos vies en fonction des personnes avec qui nous sommes. Mais au fil de la vie, de nos expériences, nous apprenons sur nous et à nous détacher du regard des autres, progressivement. Nous apprenons à dire non, quand nous apprenons à nous regarder avec indulgence et à nous aimer.
    Je t’embrasse Rozie et ne doute pas de qui tu es.

    1. Rozie Répondre

      Merci Marie !

      Effectivement, nous apprenons tout ça et je suis en plein dedans, comme chacun d’entre nous, je crois … Parfois, j’ai l’impression que je me fous complètement du regard des autres, que je suis infaillible. D’autres fois, la faiblesse revient et le moindre regard un peu « sombre » me touche en profondeur et me rend vulnérable.

      Je navigue entre deux eaux. Entre deux états. Comme tout le monde, je crois. C’est toujours fascinant de voir comme notre perception peut d’un coup basculer en fonction de l’humeur dans laquelle on se trouve. Il faut garder en tête que ce n’est que passager.

  3. Pétale Répondre

    Bonjour Rozie,

    J’espère que ce « problème » va s’arranger.
    J’ai aussi ce « problème » de rôle, je pense que je dégage qqch qui fait que les gens veulent souvent me protéger et me materner malgré moi.

    Je t’envoie des ondes positives.

    Bises
    Pétale

    1. Rozie Répondre

      Bonjour Pétale,

      Nous jouons tous des rôles, je crois. Les autres nous perçoivent à leur façon. Est-ce que ça vient de ce qu’on dégage ? Est-ce que ça ne vient que d’eux ? Un mélange, il me semble.

      Je vois ce que tu veux dire par « me materner ». A l’écrit en tout cas, tu renvoies beaucoup « d’innocence » (il ne faut pas le prendre mal, je ne dis pas ça péjorativement). Ca a un côté peut-être « enfant » qui place les autres différemment, si cette innocence transparaît aussi dans ta manière d’être au quotidien.

      Je pense à toi,

      Bises !

  4. maman délire Répondre

    que tu es dure avec toi même ! ton écriture est si belle, si posée ! ne dis pas que tu écrit mal s’il te plait. oui tu as vécu de choses très dure, mais maintenant tu vis des choses très belles ! j’ai même l’impression que tu as vécu les 2 extrêmes.. c’est sans doute difficile pour toi d’être celle qui « va bien » et qui doit soutenir les autres, car on a aussi besoin d’être soutenu. ca ne peut pas aller toujours dans le même sens, tu es humaine, tout simplement. donne toi la possibilité de dire non quand tu ne te sens pas la force d’aller remonter le moral a quelqu’un. c’est peut être dur, mais tu dois aussi te protéger er prendre soin de toi. bisous rozie

    1. Rozie Répondre

      C’est vrai, j’ai aussi l’impression d’avoir vécu les deux extrêmes. Comme si quelque part, c’était une nécessité.

      C’est difficile pour moi de dire non, parce que j’ai un sens de … Je sais pas comment dire mais quand je sais que je peux faire quelque chose (pour aider quelqu’un), je ne peux pas ne pas le faire. Les gens ont dû le comprendre ^^. Surtout quand il s’agit d’écouter. En général, c’est quelque chose que j’aime bien, mais parfois ça devient très lourd. C’est un peu le cas en ce moment.

      Le problème qui se pose c’est que personne ne veut écouter la/les personne/s en question. Et moi, je sais le mal que ça fait de n’avoir personne à qui se confier, d’être condamnée au silence .. J’aurais dû être psy !!! Blague à part, à chaque fois, je suis un peu coincée.

  5. Melgane Répondre

    Ouhlalalalalalalalalalalalalalala pas du tout ! Je n’ai pas du tout pensé que tu es pathétique, un abîme de souffrance ou quoi que ce soit ! Je pense que, considérant ce que tu as vécu, tu peux légitimement y penser souvent. Et au contraire je trouve que tu montres quelqu’un d’assez enjouée et heureux, au contraire. Je ne saurais pas trop dire pourquoi, en revanche. Mais disons que tu me donnes l’impression de savoir aller de l’avant. Et je ne dis pas ça pour te faire plaisir !

    Pour ma part je n’irais pas chercher quelle image les autres ont de moi. Je m’en cogne. Ce n’est pas une position, une posture : c’est la vérité. J’en ai rien à battre. Très tôt, au collège, début collège, j’ai profondément intégré qu’on ne pouvait pas plaire à tout le monde et donc je n’ai pas cherché à me faire aider (déjà avant je ne cherchais pas vraiment à avoir des tas d’amis, je n’avais rien à combler, et j’aimais déjà pas les gens que je trouvais un peu bête, j’avais plus de facilité avec les personnes plus âgées ou avec les gens de mon âge ou plus jeunes mais mâtures). Je sais qu’on peut me trouver froide, distante, à part, et c’est la vérité, c’est comme ça que je peux paraître à la première rencontre parce que je ne sais pas faire confiance, je n’aime pas vraiment les gens (et ça veut travailler à la radio, donc…). Je sais qu’une amie me trouve incroyable par ma persévérance. Elle a raison. C’est d’ailleurs presque plus de l’acharnement que de la persévérance x) Une autre me trouve bizarre mais bizarre « bien » haha x) Au contraire de ma mère qui me dit parfois (moins maintenant, elle a peut-être intégré que j’en avais rien à foutre et que je ne changerai pas) « tu n’es pas normale » sur un ton de reproche. C’est tout ce que je sais. Je sais ce qu’on me dit, pas ce que je devine. Je m’en fiche. Je sais que mes amis ne jugent pas le fait que je ne sois pas une fêtarde, que je sois une couche-tôt un peu distante, un peu solitaire : ils ne me reprochent jamais de ne pas faire la fête, d’ailleurs ils ne m’invitent jamais à leurs soirées et je préfère penser que c’est parce qu’ils savent que ce n’est pas mon caractère. Je me fiche de ce que l’on pense de moi. Je ne m’habille pas en fonction des autres, je n’agis pas en fonction des autres… on va dire que j’assure le minimum syndical (parfois j’use de l’euphémisme pour ne pas blesser, évidemment). Pour les grandes questions… j’assume. J’assume qui je suis et ce que je suis. Mais si tu me demandes comment je fais je ne pourrais pas te dire : c’était un déclic au collège qui s’est confirmé dans les années suivantes.

    1. Rozie Répondre

      Merci Melgane ! Quand je dis « pathétique », c’est plus dans le sens originel que celui qu’on lui donne aujourd’hui.

      Et bien je te dirai bravo. Moi, je suis incapable de ne pas me soucier de ce qu’on pense de moi. J’ai toujours fait en sorte que tout le monde m’aime. J’ai généralement été la fille qu’est amie avec tout le monde et qui fait « tampon » entre les groupes. J’ai toujours navigué de l’un à l’autre, d’ailleurs. Je n’aime pas rester que dans un groupe, j’aime bien multiplier au contraire. J’en apprends plus de cette manière.

      Au collège, j’ai remarqué qu’on était très durs les uns envers les autres et je n’ai vraiment pas compris pourquoi. Du coup, j’ai fait l’inverse de toi ! J’ai essayé de temporiser par tous les moyens. Peut-être parce qu’à la différence de toi, j’aime profondément les autres, les gens (même si j’ai un mal fou à m’intégrer parfois !).

      C’est drôle, on me disait les mêmes choses. Et comme toi, je ne suis pas une fêtarde, ni rien de ce genre. Disons que ces « différences » que j’avais avec le reste du monde, je tentais de les « faire passer ». Et d’un autre côté, je surenchérissais par ma manière de m’habiller par exemple. J’aplatissais mon caractère, mais je m’affirmais visuellement, c’est étrange !

      A l’école, je jouais avec les petits. Parce qu’ils étaient encore innocents, et dans un certain sens, beaucoup moins puérils que ceux de mon âge qui s’insultaient à tours de bras. Au collège, j’étais amie avec tous ceux qui étaient en marge et « exclus ». Au lycée, je me suis mise à être intégrée normalement, pour mon plus grand bonheur. Et après … Plus rien !

      Mais j’ai toujours mis beaucoup d’énergie à être appréciée par tout le monde et je le fais encore. Je suis très mal quand une personne ne m’apprécie pas. Je ne comprends pas ce qui cloche et ça me perturbe vraiment. Impossible de passer outre. Pourtant aujourd’hui, j’ai tendance à faire moins d’efforts (ce qui explique peut-être pourquoi je me sens plus seule qu’avant), j’en ai marre de me plier aux autres, et j’ai envie qu’ils s’intéressent à moi pour ce que je suis. Mais je dois mal m’y prendre, parce que ça ne fonctionne pas !

      Bref, on pourrait en parler pendant des heures. Mais je t’admire pour cette faculté à ne pas être touchée par le regard des autres. Moi, la moindre critique me fait l’effet d’une balle en plein coeur !

    2. Melgane Répondre

      Oui mais même… on peut parler des émotions sans tomber dans le pathos, je crois… 🙂

      Oui, peut-être que c’est parce qu’on est radicalement opposées sur ce point haha 🙂 En même temps moi je te dis aussi bravo, parce que je suis incapable d’avoir des tas d’amis comme on le voit dans les films et alors ça correspond plus au « modèle du bonheur », d’ailleurs je crois que j’en voudrais plus, ce qui n’est pas réaliste vis à vis de mon caractère, mais j’ai bien intégré les schémas demandés par la société… pauvre de moi… x)

      Je trouve que ça n’a rien d’étrange, bien au contraire ! Dans les articles de sociologie que j’aie lus ces derniers temps ils parlaient de quelque chose comme ça : le corps sert à exister dans le monde, à s’imposer d’une certaine manière (je peux te retrouver l’article si tu veux) : par le tatouage, par le piercing, par la mode, les vêtements, on change notre image, on joue avec, on change notre « beauté » et on dit « coucou, j’existe ». Donc le fait que tu aplanisses ton caractère est parfaitement logique avec l’action miroir de jouer avec les vêtements : puisque tu ne peux pas t’exprimer par la bouche tu t’exprimes par le corps.

      A l’école la cours des plus petits était reliée à celle des plus grands et j’étais souvent entre les deux avec les petits, aussi. Faut dire qu’en même temps j’avais pas trop d’amis de mon âge non plus x) Je suis un peu le boulet des relations humaines. Au cours du collège j’ai intégré qu’on pouvait pas plaire à tout le monde (merci l’amie qui tentait de se faire aimer tellement de tout le monde que du coup elle n’avait vraiment le temps de rester avec personne) et je suis restée avec ma poignée d’amis, ; la première année du lycée a été super compliquée parce que j’avais une classe d’imbéciles et que la seule fille que je connaissais (même classe au collège) au lieu de m’aider m’a lâchement abandonnée (en même temps on n’est jamais mieux servi que par soi-même), ensuite j’ai changé de lycée (pour une filière L qu’il n’y avait pas dans l’autre) et là c’est allé mieux, comme au collège, sur le même modèle, puis pareil à la fac.

      Je crois que si pour le moment ça ne fonctionne pas c’est peut-être parce que tu es dans une période de transition, du coup ils sont un peu perdus et c’est juste une question de temps ?

      Il n’y a rien d’admirable, c’est juste à cause de mon sale caractère. Je ne suis pas particulièrement attachée aux groupes (familial, amical, etc.). Je veux dire… évidemment j’aime mes amis (encore heureux) mais le « groupe », la meute, la colonie, la troupe, qui fonctionne comme un, tout ça, bof. Je suis une solitaire qui a quelques relations d’amitiés mais qui parle peu d’elle-même (ce qui ne pousse pas vraiment les gens à créer des liens plus resserrés). Comme je suis assez peu attachée au « groupe » dans un sens un peu « sociologique » je dirais, eh bien je m’en fiche de ce que l’on pense de moi puisque ça n’aurait pas d’effets… si quelqu’un dans un groupe ne m’aime pas et me rejette, et donc me rejette aussi le droit de faire partie du groupe, j’en ai rien à cirer. Et en même temps, truc complètement paradoxal, je souhaiterais être dans des groupes, pour correspondre au modèle social qui m’a intoxiqué l’esprit et dont je n’arrive pas à me défaire tout en sachant que c’est complètement stupide et que le fait de n’être dans aucun groupe ne veut pas dire ne pas avoir d’amis…

      1. Rozie Répondre

        Je n’ai pas non plus des tas d’amis tu sais, loin de là ! Mais j’ai eu la chance immense de vraiment faire partie d’un groupe comme on voit dans les films au lycée. Et j’ai adoré ça. Ca m’a vraiment marquée. C’était vraiment des années de bonheur intense avec ces amis-là. La chute et mon actuelle « solitude » ont été d’autant plus rudes !

        Oui, c’est vrai. Les vêtements et le corps expriment tout ce qu’on ne dit pas (on en revient à l’idée évoquée dans les blessures de l’âme ^^). Et effectivement, vu comme ça, ça prend toute sa logique. C’est même évident.

        A l’école, j’avais des amis. Les premières années, ça se passait bien et plus on s’approchait des 8-10 ans, plus j’étais en décalage. Donc je jouais avec les petits, qui m’adoraient ! Peut-être que c’est une période de transition. Disons que D. est passé par là. Il a tout piétiné. Si bien qu’une fois que je l’ai quitté, j’avais un mal fou à savoir qui étaient mes amis (enfin non, mais disons que j’avais du mal à de nouveau dessiner les contours de l’amitié, ça n’avait plus rien d’évident et d’un coup, je ne savais plus comment être amie). J’avais honte de revenir vers eux alors que je m’étais grandement absentée pendant deux ans. Et deux ans, c’est beaucoup. On a loupé les nouvelles rencontres, les nouveaux « membres », les délires, les souvenirs … Je me suis sentie complètement en dehors du noyau duquel je faisais auparavant partie. Et je ne pouvais pas leur en vouloir, c’était de ma faute. Je n’avais qu’à pas disparaître.

        Et aujourd’hui, ça a plutôt guéri. Mais comme tu le dis, ma transition personnelle va sans doute remettre d’autres liens en cause. Je suis entrain de radicalement changer, ou plutôt de radicalement devenir « moi ». Alors je perds certains liens. Avec ma « meilleure amie », je crois que c’est perdu. On aurait pourtant beaucoup à partager sur nos Foi respectives mais trop de choses nous séparent désormais. C’est le cas aussi avec un cousin duquel j’étais très très proche. Et ça me fait flipper parce que les deux sont devenus parents. Et depuis ….. Ben les conversations ne m’intéressent plus du tout. Je fais l’effort, tout ça, je m’intéresse vraiment. Mais je ne peux plus leur parler de ma vie, j’ai l’impression. Mes considérations sont difficiles à placer entre l’apprentissage de la propreté et l’éducation bienveillante, tu vois ! Et au delà de ça, je trouve que même dans leurs nouveaux sujets de prédilection, ils restent en surface, les « mondanités ». Pour moi, ils sont vraiment devenus des « adultes » dans le sens pas cool du terme .. Pour tous les autres, pour l’instant, ça roule ! Et j’ai aussi des discussions supers avec des parents d’enfants en bas âge donc je crois que c’est vraiment un état d’esprit.

        Je comprends ta dualité. Oui, on est énormément conditionnés par tout, pour tout. Et quand ça ne colle pas à ce qu’on est vraiment au fond de soi, et bien … Ca crée ce genre de choses. Et être classé comme « asocial », c’est pas cool .. Il faut quand-même mieux que tu sois en adéquation avec ce que tu es au fond de toi.

        1. Melgane Répondre

          Y’a rien de pire que d’être avec des gens qui discutent que de trucs dont t’as rien à faire x) Mais ta vraie personnalité attirera forcément de nouvelles personnes ! Et la qualité des relations sera meilleure !

          C’est mieux d’être en adéquation avec le dedans, mais c’est pas toujours facile !

  6. Suny Répondre

    Moi non plus, je n’ai pas ressenti ce que tu décris de toi, cette image triste, sombre et pathétique, mais bien le côté solaire et apaisant, malgré les blessures et déchirures que tu racontes. Tu racontes avec franchise et honnêteté, et non pas avec auto-apitoiement. Bref, vu d’ici, tu n’as à avoir honte de rien ^^
    Pour ce qui est de l’image qu’on renvoie aux autres dans la vraie vie, je crois qu’on est tous, ou quasiment, un jour étonnés de se rendre compte que les gens ne nous voient pas du tout comme on se voit. Est-ce que c’est une façade qu’on se crée pour se protéger ? Est-ce que ce sont juste les autres qui nous construisent comme ils le souhaitent ? ça doit être un peu de tout ça…

    1. Rozie Répondre

      « Auto-apitoiement ». Tu touches sans doute le bon truc. C’est ça qui fait la différence, et je suis soulagée de voir que je ne parais pas m’apitoyer. Je n’ai jamais eu l’impression de faire ça, mais parfois, ça n’est pas parce qu’on ne le pense pas qu’on ne le fait pas ! ^^

      C’est un peu de tout, oui. On n’est rarement objectif sur soi, donc l’image qu’on pense donner est tout aussi rarement calquée à la vraie image qu’on donne. Et oui, bien sûr, les autres nous construisent. Et donc, on construit aussi les autres. C’est fou, non ? C’est toujours vertigineux pour moi de l’imaginer : qu’est-ce que je connais vraiment des gens que je côtoie, finalement ?

      Parfois, j’y réfléchis. Je prends la personne qu’il me semble connaître le mieux (mon mari, donc), et j’imagine tout ce que je ne sais pas de lui. Je pense à la représentation que je m’en fais et j’essaie de savoir en quelle mesure je me trompe peut-être. Ca peut paraître insécurisant (et un peu maso, peut-être ^^), mais c’est fascinant. La seule personne que je pourrais connaître à fond, finalement, c’est moi. C’est peut-être pour ça qu’en ce moment, la connaissance de soi me paraît si primordiale.

  7. zenopia Répondre

    Je n’ai jamais eu l’impression que tu étais une « jeune femme noire » ni que tu étais pathétique…. Il m’est arrivé souvent d’être étonnée de l’image que je renvoyais de moi. Il est difficile d’être et de se sentir jugée. Mais au fond, nous savons ce que nous sommes. Ceux pour qui on compte nous connaissent vraiment. Qu’importe les autres ?
    Bisous Rozie <3

    1. Rozie Répondre

      Quand je disais pathétique, je pensais au côté pathos. Je l’ai rajouté dans l’article, du coup, parce que c’est le mot qui vous marque.

      « Au fond, nous savons ce que nous sommes. » Je l’espère, oui ! Mais je crois que pour bon nombre de personnes, ce n’est pas si évident. Pour moi non plus d’ailleurs. Ce qu’on est, c’est parfois très concret, mais à chaque fois que je me penche plus sérieusement dessus, finalement, c’est totalement abstrait. En quelle mesure est-on quelque chose (d’autre qu’un corps concret, je veux dire) ? En quelle mesure choisit-on, ou pas ? Ca m’évoque tout un tas de considérations dans lesquelles il est facile de se perdre.

      Cela dit, je vois ce que tu veux dire. On sait quand-même qui on est. On a une identité sur laquelle se baser. Et ceux pour qui on compte la connaissent bien, oui.

      Qu’importe les autres ? Tu as raison, je devrais ne pas y prêter trop d’attention. Mais … ^^

      Bisous Cécile ! <3

Répondez-moi :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *