Pascal : Hors cadre, la solitude de la connaissance.

Je m’appelle Pascal. J’ai 28 ans. J’ai « fêté » récemment, c’est-à-dire que je n’ai rien fait. Je n’aime pas mon anniversaire. C’est une occasion qui me rappelle bien trop à ma solitude, et à ce besoin d’amour non comblé. Certes, j’ai quelques amis. Mais la tension entre organiser quelque chose et avoir l’impression que trop peu de monde se déplacerait n’est pas supportable. Plus, je ne supporte absolument pas les attentions « artificielles » déployées durant ces fêtes convenantes et convenues. Eh oui, j’ai le même problème avec les anniversaires des autres et les fêtes de Noël et de Nouvel An.

Comme toi, j’ai commencé dans la vie en ayant quelques amis. Mais aussi, mon hypersensibilité et des dérangements hérités d’une famille semi-dysfonctionnelle, ajoutés à des capacités cognitives marquant la différence avec la moyenne m’ont rapidement mis de côté d’un grand nombre de relations… Ce qui est une ironie douce compte tenu de mes capacités sociales : j’ai été commercial dans une partie de mes études, et un très bon. Mais dès lors que les rapports sociaux ne sont plus encadrés, tout éclate. C’est comme si ma personnalité, l’effet qu’elle fait sur les autres, fait qu’ils ne supportaient pas la mise « hors cadre ».

« Hors cadre ». Ce vocable me décrit si bien. À la fois pour ce que je suis et représente, mais aussi pour mes intérêts et mes activités professionnelles et académiques. C’est-à-dire que les sujets qui retiennent mon attention sont dérangeants. (Ils confrontent l’individu avec la finitude inhérente de la vie humaine.) Et dans cette catégorie « hors cadre », qui s’exprime pas une différenciation avec les autres, la solitude est le lot de celui qui l’adopte [la catégorie]. C’est horrible, et c’est libérateur à la fois. Mais en ce moment, c’est très difficile.

J’ai beaucoup soigné mon mal de contacts sociaux par un repli sur la consultation, plus la rédaction de contenu intellectuel et stimulant. J’ai fait la même chose pour toutes sortes de formations en développement personnel. Si je peux rencontrer des personnes « lumière », j’en rencontre également beaucoup de misère dans ces milieux, qui me font relativiser mon expérience. Mais de l’autre côté, cela ne m’aide pas à vivre mieux, bien au contraire. C’est presque dangereux.

C’est une démarche d’alcoolique, et je trouve cela pervers. Peut-être que d’autres l’ont déjà vécu ou expérimenté de la sorte. En général, elle se déploie comme cela : je pratique l’activité A pour oublier le monde et la solitude qu’il m’impose, mais ce que je retire (enseignements, apprentissages, expériences, connaissances) m’abstrait et me distancie encore plus de celui-ci. Cela entraîne alors encore plus de recherche dans une activité B qui entraînera encore et toujours les mêmes effets. C’est un cauchemar à terme, d’où ma dénomination de comportement alcoolique (« boire pour oublier que je bois »).

La solitude de la connaissance. C’est bien le résultat de cet engrenage terrible. Plus les apprentissages sont recherchés, plus la connaissance (et les incertitudes) du monde sont connues (ou inconnues), plus la nécessité de voir différemment s’impose, plus la façon de vivre en société est questionnée, plus les contacts sociaux apparaissent pour la plupart sans goût, convenus et stupides.

Il y a trois ans, je supportais encore la bêtise pour nouer des liens sociaux. Mais l’acquisition de connaissances me rend à présent intolérant à l’ignorance et surtout, à cet avachissement de mes coreligionnaires et passants de vie dans un manque structurel de curiosité (1). Cela étant dit, il n’en reste pas moins que cette solitude est très pesante, alors même qu’elle est en partie recherchée. J’ai trouvé en internet un exutoire à une partie de mes frustrations en me permettant de me mettre en lien avec d’autres individus partageant des préoccupations identiques. Et c’est là aussi une épée qui coupe double. Si les liens sociaux sont extrêmement nourrissants, ils tuent l’envie d’en développer dans mon entourage proche, tant le désintérêt apparaît manifeste.

J’imagine que le lecteur tombant sur cet écrit me trouve bien arrogant. Il a probablement raison. Mais malgré tous mes efforts (à huit ans, j’avais des problèmes similaires, mais pas de cette ampleur, et je disais déjà à mes parents que je voulais « me faire enlever une part du cerveau pour être comme les autres »), je n’ai pas réussi à m’adapter au mainstream. Si en grandissant, j’ai appris à m’adapter et à trouver des milieux où le « hors cadre » est bienvenu, ou toléré, le mainstream ne m’a jamais fait une place, malgré que je veuille devenir et me contribuer en tant que « membre productif » de la société.

Peut-être qu’il y en a d’autres qui se trouvent « solitudisés » – structurellement – par une volonté perverse de toucher à l’arbre de la connaissance. Sans serpent, ne serait-ce que celui, intérieur, qui aimerait tout savoir, le fruit défendu ne fait que du mal parce que cette connaissance isole, rend dingue, car la communauté ne veut pas s’en emparer, que les jeux de pouvoir, d’inertie et surtout de conservation d’équilibre psychique par le déni comme attitude de vie, ont détruit le ferment d’évolution qui pourraient influencer positiver nos groupes sociaux.

Au sens anglais, cette situation apparaît comme un predicament, à savoir un problème pour lequel il n’y a pas de solution a priori. C’est donc armé de cette inévitabilité que seul un aguerrissement résolu dans la solitude s’impose. Pour en faire une amie. Car poussée à l’extrême, l’alternative est la mort, à travers la fuite dans les dépendances, ou pire, le suicide. Au fond, ce texte est un appel à l’aide. Mais pas à d’autres personnes. Car c’est le dilemme de la connaissance. Plus on apprend, moins en rencontre de personnes capables de saisir de quoi on parle ou ce dont on fait référence. C’est un appel à l’aide à moi-même. Car il n’y a que moi qui puisse m’aider. Et c’est un défi d’autant plus délicat qu’il faut jouer à la fois le thérapeute, le patient et l’intermédiaire. De cette entreprise, pourrait naître (enfin) une coexistence paisible avec le monde.

J’ai 28 ans et je ne le dirais pas à mes parents, mais il y a des jours où j’aimerais encore effectivement « qu’une partie du cerveau me soit retirée ». Et vous ?

(1) . J’ai découvert il y a deux semaines un concept pour tenter d’expliquer cette curiosité et en quoi celle-ci est absolument requise pour saisir la complexité du monde qui nous entoure : le quotient de curiosité. Le mien doit être très élevé, car je ne me satisfais pas d’une journée où j’ai l’impression d’avoir peu appris.

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Les cadeaux de Noël.

Il est une chose qui nous embête grandement cette année (mon amoureux et moi), ce sont les cadeaux de Noël.

Depuis quatre ans que nous sommes ensemble, nous pensons avoir fait le tour des grands et beaux cadeaux à offrir. A nous évidemment – nous nous sommes mutuellement noyés sous un flot de présents les premières années – et aux autres – nous leur avons offert toujours plus merveilleux et recherché chaque année.

Il faut savoir que de mon côté, les cadeaux, c’est toute une culture. Ce n’est pas à celui qui offrira le plus cher (quoique ça joue) mais à celui qui fera le plus original tout en touchant parfaitement son but : plaire absolument. Il faut faire plaisir tout en étonnant. Pas simple.

Jusque là, j’excellais absolument en la matière. Mes cadeaux font toujours sensation et j’avoue que j’aime beaucoup ça. J’aime faire plaisir, et j’aime y arriver en dénotant. Bref, je suis LA personne de la famille qui a toujours l’idée excellente et sur laquelle on compte pour pallier à sa panne d’idée.

Cette année, j’ai laissé faire les autres. J’ai pris la position de celle qui participe financièrement sans réfléchir parce que je n’avais pas le temps de m’y pencher. J’ai été bien occupée, c’est vrai. Mais le fond du problème n’est pas là. Le problème, c’est que je suis dorénavant tellement atteinte par « le non-matérialisme » (impossible de trouver le mot qui décrirait parfaitement mon sentiment) que … Je n’ai pas envie.

Ca y est. J’ai atteint un stade où je trouve ça absolument dérisoire, cette histoire de cadeaux. Je n’ai pas envie d’en recevoir. Je dis ça sérieusement. La perspective de recevoir un cadeau ne me réjouit pas et, au contraire, elle m’emmerde un peu.

Mes parents, ma soeur, mes oncles et tantes, mes grands-parents vont encore se casser la tête pour trouver quelque chose qui me fera plaisir. Ils m’offriront sans doute des produits de beauté, des livres de cuisine avec des ustensiles (vous savez, ces coffrets !), des babioles … Dont je n’aurais absolument PAS BESOIN. Que je n’aurais jamais eu envie d’acheter. Pire : que je n’utiliserai jamais et dont j’aurais honte de vouloir m’en séparer le lendemain, que je rechignerai à ramener et ranger chez moi, avec tout le temps et l’énergie que ça me prendra de les traiter, même si je finis par les donner.

Avec mon amoureux, nous avons donc décidé de mutuellement ne rien nous offrir. On a décidé de chacun tenir une liste que l’autre pourra souffler aux membres de la famille afin d’éviter ce genre de déconvenues. On a choisi de s’offrir ensemble quelque chose pour la maison, si on trouve ce qui fait battre notre coeur. Et c’est tout.

Dans cette liste, j’ai donc inscrit deux cadeaux qui pourraient vraiment me faire plaisir sans froisser mes nouvelles convictions : des places pour deux concerts différents. J’ai aussi mis le nom d’un parfum que j’affectionne car je n’en ai bientôt plus, mais je ne suis même pas certaine de vouloir reporter du parfum une fois ma dernière bouteille finie (c’est dire si j’ai changé !).

Parlons-en, de ces nouvelles convictions, parce qu’elles sont le noeud du « problème ». Ne croyez pas que je n’aime pas offrir, j’adore ça. Je le fais quotidiennement d’ailleurs, et vous vous doutez que pour moi, offrir a un sens plus large que : acheter un objet, l’emballer et le donner. J’offre de plus en plus, c’est absolument génial. Un immense cercle vertueux. On me donne beaucoup, et plus on me donne, plus j’offre. Pas parce que je me sens redevable, non. Parce que je ressens de l’amour envers tout. J’ai ce besoin d’en donner le plus possible.

Pour moi, un nombre incalculable de choses sont devenues d’un futile … ! J’ai encore des relents de matérialisme et je ne lutte pas contre, c’est assez normal. Il y a une magnifique table en bois que j’ai envie d’avoir par exemple. J’ai déjà une table pourtant. Mais elle n’est pas si grande, et elle n’est pas en bois. Une table en bois, massive, donnerait beaucoup de douceur à notre intérieur. Avec le poêle à bois normalement installé l’hiver prochain, ce serait top !

Donc, je ressens encore ça. Pour la maison. Pour le reste par contre … Plus rien ne me fait envie. J’ai absolument tout ce qu’il me faut et plus encore. Je me sens presque encombrée, malgré le vide que j’ai fait ces derniers mois. Ca, c’est l’impact du minimalisme, que je ne pratique pourtant pas dans les règles de l’art.

Parfois, je m’amuse à faire le tour des ventes privées comme avant et je constate que ce qui me faisait craquer ne me fait plus aucun effet. Je n’ai plus envie de ça. La course à l’achat, c’est fini. Je n’étais pourtant pas une grosse dépensière, mais de nombreux vêtements-bijoux-expériences me faisaient baver.

Parmi les choses devenues futiles, il y a aussi les règles. Avant, j’étais très à cheval sur la bienséance, sur ce qu’on DOIT faire, comment on doit se comporter … J’étais intransigeante. J’avais des protocoles pour tout, hérités de mon père. Aujourd’hui, tout ça me paraît d’un ridicule et d’une inutilité affolantes ! Avec du recul, j’ai l’impression que la Rozie d’avant était très emprisonnée.

Donc, Noël. Noël est une fête chrétienne qui n’a pas beaucoup de sens pour moi, bien que j’en comprenne l’importance pour certains croyants et que je la respecte. Ma Foi est ailleurs. J’aime beaucoup retrouver ma famille pour Noël et toute l’ambiance qu’il y a autour. J’aime l’instant propice au partage des cadeaux, c’est assez génial.

Mais j’ai cet autre sentiment qui me partage. Si je n’ai pas d’idées, pourquoi me forcer ? Pourquoi acheter un objet par défaut, qui n’aura de toute façon pas l’effet escompté ? Pour la bienséance ? Je me dis que si je manque à ce devoir, certains proches seront très déçus et touchés dans le mauvais sens du terme. Malheureusement, même en leur expliquant, si leur coeur y tient, ce sera compliqué de ne pas les attrister en les privant d’un cadeau qu’ils attendent. C’est dur. Je ne me sens pas capable de faire ça.

Il y a aussi tout ce qui se cache derrière l’achat, qui me froisse beaucoup. L’injonction à la consommation, évidemment. Mais aussi l’impact qu’a eu la fabrication de l’objet, son acheminement, sa construction étudiée pour décliner. Il existe des objets écolo et éthiques et mettre le prix ne me dérange pas. Seulement, je ne ferai pas plaisir à la personne en lui offrant un smartphone éthique alors qu’elle rêve du dernier Xperia.

Offrir des cadeaux faits-main (j’entends par là : fabriqués par moi) ? Je trouve l’attention sublime, et dans un monde idéal, tout le monde serait beaucoup plus touché par un vase fait-main que par un objet industriel. Notre meilleur cadeau de mariage, c’est un album photo que la personne a fabriqué elle-même. Tout l’argent reçu, à côté, ça n’a aucune valeur. Si je n’avais qu’un souvenir physique à garder de notre mariage, ce serait celui-là, sans hésiter ! Hélas, tout le monde ne ressent pas les choses de cette façon et c’est normal.

Ces dernières années, j’ai offert beaucoup d’expériences. J’aime l’idée que mon cadeau soit un futur souvenir plutôt qu’une matière prenant la poussière quelque part. Seulement, j’ai l’impression d’avoir fait le tour. Plus d’idées ! Si je savais ce dont ils ont besoin, j’aurais la satisfaction d’offrir de l’utile mais ils ont tout ce qu’il faut, ou alors c’est carrément hors budget, même à plusieurs.

C’est fou comme il y a cinq ans en arrière, un cadeau utile m’aurait déçue ! A présent, c’est complètement l’inverse.

Il y a d’autres questions autour de Noël, qui me taraudent. Le sapin ? En plastique car réutilisable, ou un vrai qui va mourir dans mon salon ? Ou pas de sapin ? Mais c’est un peu triste, non ?

Le papier cadeau ? J’adore, ça brille, c’est fun d’emballer et de déchirer. Mais le papier, c’est précieux aussi. Et ça fait beaucoup de déchets pour pas grand chose, non ?

Le repas ? J’adore le goût du foie gras, mais pas le reste de sa condition. J’en mange ou pas ? Je risque de fortement contrarier mon père si, à ce repas-là, je fais « ma végétarienne ».

Bref, je ne sais plus trop où je me situe par rapport à tout ça. Si j’y pense, c’est parce que Noël, c’est un sacré budget en temps normal, et que ça tombe dans deux mois. L’achat des cadeaux, ça se planifie ! Mon amoureux commence à m’en parler : « Qu’est-ce qu’on fait ?? »

Il faut concilier ma vision des choses avec le bonheur et le plaisir des autres, et savoir ce qui importe le plus. Est-ce viable de m’asseoir sur tout ce qui me constitue à présent, l’espace de deux jours ? Est-ce viable d’être intransigeante, sans imposer aux autres bien sûr, mais exiger d’eux qu’ils ne m’imposent rien non plus, et de m’asseoir sur leurs joies ? …

Bref, les cadeaux de Noël, cette année, ça m’embête !

Et vous, quelles sont vos positions sur le sujet ? Que privilégiez-vous ? Etes-vous en désaccord avec certaines façons de faire ? Comment conciliez-vous tout ça ?

Accueillir un chiot.

Dimanche dernier, nous sommes allés au Lac du Verdon le chercher. Il nous attendait. Il est tout de suite venu nous sentir, regarder dans nos sacs, quémander une caresse. « C’est le plus curieux de tous, le moins craintif ! », nous a-t-elle dit.

Elle avait la larme à l’oeil. Elle nous a expliqué qu’elle allait stériliser ses chiens. « C’est trop dur, c’est trop lourd comme responsabilité, leur trouver une bonne famille … » Elle nous a demandé d’envoyer des nouvelles du « p’tit loup ». J’étais très reconnaissante d’être là, chez elle. J’avais l’assurance qu’il avait vécu ses deux premiers mois entouré d’amour et d’affection, choyé comme jamais. Je me faisais la promesse, en silence, dans ma tête, de perpétrer cette atmosphère.

Elle l’a mis dans mes bras et il n’a plus bougé, la tête posée sur mon épaule. Il devait sentir comme on l’aimait déjà. Je me suis installée dans la voiture, lui sur mes genoux, curieux de tout. Il a vomi un peu. La route était longue et sinueuse. Nous avons fini par l’installer à l’arrière mais il fallait que je reste avec lui. Il ne supportait pas d’être seul. Le contact physique, toujours. Ses petites pattes sur mes cuisses, sa tête enfouie au creux de mon ventre. C’était génial.

Nous étions absolument émerveillés de faire ça, maintenant. On souriait comme des benêts. Cette humeur joviale ne nous a pas quittée depuis. Mon amoureux fond à chaque fois qu’il le regarde écouter, jouer, aboyer, dormir, hoqueter, rêver, demander, pleurer. Moi aussi !

Arrivé à la maison, il nous suivait déjà à la trace. Sage comme une image. Tout calme. Il avait l’air de se sentir relativement à l’aise, mais la timidité l’emportait. Il fallait le rassurer beaucoup. Rester tout près de lui.

Il a tout de suite adopté son panier et ses coussins. C’est son coin refuge. Depuis, on lui a construit une niche avec du parquet en bois (que les anciens propriétaires nous avaient laissé et dont nous n’allions rien faire). On lui a acheté trois jouets pour ses dents qui le travaillent. On lui a donné un peu (trop) de friandises pour le dérider et lui apprendre quelques petites choses.

Petit à petit, il prend ses aises et nous découvrons sa personnalité pétillante. Il râle quand on dit « non » mais obéit quand-même docilement (c’est trop mignon !). Il grogne et jappe pour nous signifier qu’il s’ennuie pendant qu’on (tente de) regarde(r) un épisode de Mindhunter. Il couine pour demander un câlin. Il est tellement heureux quand on joue avec lui ! Quand on se balade, il nous signifie qu’il fatigue en se couchant à nos pieds toutes les deux minutes. Il se met à courir comme un fou dès qu’il aperçoit la maison, pour rentrer.

Il était déjà propre en arrivant, ce qui nous a grandement soulagés ! Il comprend tout, tout de suite. Il sait comment ouvrir les portes, déjà. Quand il sait qu’il n’a pas le droit mais que la tentation est trop forte (les chaussures !), il chaparde discrètement. On s’inquiète alors parce qu’on ne l’entend plus … Il nous suit toujours à la trace ! On s’amuse d’ailleurs à partir chacun d’un côté pour voir qui il va suivre.

On le fait dormir dehors, ce qu’il a du mal à supporter. Huit heures, c’est trop long ! Mais c’est pire dedans, et il faut instaurer des règles. Il n’a pas le droit d’aller dans la chambre. Comme on n’a pas de porte mais un rideau, il pose quand-même ses coussinets sur le parquet de la chambre, avec son petit museau ! Il n’a pas le droit de mordre le côté droit du canapé. Donc il essaie le côté gauche. Interdit aussi. Ha. Bon. Le milieu alors ? Non plus. C’est trop nul la vie, je vais râler comme un ado en m’affalant dans mon panier, dos tourné, na ! (Et pendant ce temps là, on oscille entre être pliés de rire ou être compatissants, voire se sentir coupables. ^^)

Un tas de questions se posent. Le nourrir comment ? Lui apprendre quoi ? L’occuper comment ? Le vacciner ? Le pucer (je sais que c’est obligatoire) ? Et quand ?

Il faut se rendre compte qu’il a tout à apprendre et qu’il n’est pas naturel pour lui d’être embêté par une laisse. Il faut le sociabiliser, l’habituer à la voiture, aux autres animaux, aux autres personnes. Il faut s’assurer qu’il assimile la corvée du collier à quelque chose de positif. Il faut le stimuler. Il faut l’aider à devenir indépendant parce que pour l’instant, sa vie s’arrête complètement dès qu’il est seul : il nous attend pour dormir, manger, boire, faire ses besoins. C’est assez affolant quand on y pense ! Sa dépendance. Notre responsabilité. Nous sommes garants de son bonheur, de sa bonne santé physique et mentale pour les quinze années à venir (minimum !).

Il ne peut pas s’empêcher de mordiller les doigts. Je ne sais pas comment faire pour qu’il arrête. On utilise des jouets faits pour ça, mais les doigts, c’est plus rigolo ! J’ai remarqué qu’il prenait peur, arrêtait et venait s’excuser quand je signifiais ma douleur par un bon « Aie ! » Je tente l’expérience de le faire à chaque fois pour qu’il comprenne qu’il me blesse. Frapper ne m’intéresse pas. Je ne veux pas qu’il m’assimile à une menace ou une douleur. Je mise tout sur le ton de ma voix. Ca fonctionne plutôt bien pour l’instant !

Il adore qu’on lui gratte le ventre. Il se met toujours sur le dos pour qu’on lui gratte le ventre. On l’entend ronronner, c’est amusant ! Il pleure beaucoup quand un obstacle nous sépare, ça l’angoisse qu’on le laisse là, tout seul.

On dirait qu’il est monté sur interrupteur. On/Off. Il a de grandes périodes d’excitation qui semblent ne jamais finir et, d’un coup, il tombe dans un abîme de sommeil. Imprévisible ! Là par exemple, il vient de sauter comme un damné de son panier pour courir dans le salon et attraper au vol le coin de la nappe pour la tirer. Pourtant, il y a deux secondes, il était relativement tranquille … On était morts de rire car très surpris, mais bon, c’est une bêtise et il faut le lui signifier. Sentence : une petite engueulade et un tour à l’extérieur pour calmer ses esprits.

Il faut aussi qu’on lui apprenne à ne pas griffer les portes pour nous signifier qu’il veut rentrer et là … J’avoue ne pas savoir trop comment m’y prendre ! C’est pas inné, la pédagogie ! On est parfois pris au dépourvu. Mais on se documente, on essaie, on se tient à nos règles, à nos mots, à nos intonations, à nos gestes.

Voilà, on accueille un chiot pour la vie. Un petit ouragan qui vient bousculer notre petit train de vie rangé. Grâce à lui, je prends l’habitude de me lever plus tôt. Ca implique de prendre un petit-déjeuner, un thé, de faire quelque pas dehors, de profiter de ma matinée pour jouer avec lui. Ce que je ne faisais pas du tout avant. Mais là, c’est naturel, j’ai envie !

Grâce à lui, on sort plus, on profite de la nature, on se balade, on prend l’air. Ca implique une activité physique. Marcher, courir, se dégourdir les jambes. On ne le faisait pas beaucoup avant, pour pleins de raisons pas vraiment valables. Mais maintenant c’est pareil, on a vraiment envie de le faire, ça a plus de sens.

Un nouveau rythme s’installe, qu’il faut tenir, mais je ne me fais pas trop de soucis pour ça, c’est tellement bien ! Avant de l’accueillir, je pensais que ce chien nous aiderait à améliorer notre mode de vie. J’avais raison, je crois … !

Et bien sûr, c’est beaucoup d’amour au quotidien. Il nous saute dans les bras le matin quand on lui ouvre, le soir quand on rentre. Il vient toujours faire un gros câlin quand on se met à sa hauteur. Il cherche notre attention, il fait tout pour nous plaire … Il est absolument a-do-ra-ble !

Cette première semaine à trois était riche. J’ai l’impression qu’il a déjà énormément grandi, il pousse à vue d’oeil ! Il se renforce chaque jour et nous sommes témoins de ce spectacle éphémère de la vie. C’est très beau. Ca va trop vite … Et vous, comment se sont passés les premiers jours ? Comment éduquez-vous vos animaux, quelles sont vos méthodes ? Comment vous comportez-vous avec eux ?

Les Etats d’Esprit du Vendredi (20.10.17)

Début : 12h06

Fatigue : Ca va. Je rattrape mon sommeil ces derniers jours. Vive la sieste !

Humeur : Au top !

Estomac : Ca s’améliore. Chocos ce matin, rien depuis.

Condition physique : Yoga hier. Ca tire beaucoup sur la nuque et le bas du dos. Il va falloir que je retourne voir l’ostéopathe. Ou peut-être du shiatsu ? J’ai envie d’essayer.

Esprit : Dans une bonne phase. Content de tout.

Boulot : Semaine plus cool, mais le repos est de courte durée. J’ai plein de trucs à faire ! Mais j’aime bien.

Culture : Toujours pas de lecture à part sur le web, je m’endors comme un bébé le soir. Nous avons terminé Mindhunter. Je crois que nous ne l’avons pas apprécié à sa juste valeur, nous étions souvent plus accaparés par le chien ^^.

The Good Place, saison 2. Riverdale (toute seule) saison 2. Star Treck mais c’est pour faire plaisir à mon amoureux. Et un film sur Spiderman que j’ai trouvé vraiment hyper nul !

Penser à : Toujours laver les radiateurs. Mais je le fais demain, cette fois, c’est sûr ! Et ramasser les olives, sinon notre olivier va mourir étouffé. Que vais-je en faire par contre … C’est le grand mystère !

Avis Perso : Tu as raison, libérer la parole c’est bien, écouter et agir, c’est mieux ! Mais comme on dit, un pas amène le suivant, non ?

Message Perso : Félicitations !!!

Amitiés : Une amie est enceinte ! J’appréhendais l’annonce, j’avais peur de ne pas réussir à me réjouir (plus emportée par mes propres peurs, tout ça …) et en fait je suis super contente. Et je suis contente d’être contente !

Une autre a commencé son road-trip en Amérique.

Love : Hyper heureux d’accueillir un chien. Il fond complètement et se met à avoir des angoisses de « parent », c’est très drôle (mais je crois que je ne suis pas mieux ^^) ! Hâte de passer un week-end en famille, au calme, sans rien avoir à faire d’autre que de profiter.

Indiana : S’adapte super bien. Est très sage. Commence à prendre ses aises et à dévoiler son caractère ! Là, il dort à côté de moi (il ne nous quitte pas d’une semelle).

Sorties : On accueille ma belle-famille ce week-end.

Divers : J’avais une idée, elle a disparu.

Courses : Drive ce soir, pour la semaine. Il faut aussi que j’acquiers une brosse à cheveux en bois.

Envie de : Me promener et d’enfin profiter de l’automne.

Musique : L’amour en solitaire – Juliette Armanet. Je suis tellement fan ! (J’écoute en boucle alors je laisse encore.)

Fin : 12h30

Vous souhaitez participer aux Etats d’Esprit du Vendredi, créés par Zenopia et Postman ? Il vous suffit de copier le formulaire et de le remplir à votre envie ! Ensuite, laissez un commentaire sur leurs deux blogs respectifs avec le lien de votre participation, afin qu’ils puissent vous inclure à la liste des participants. Retrouvez le tableau pinterest collectif et la playlist sur youtube.

Agressions, harcèlement … Etre une femme au quotidien.

J’ai lu avec attention l’article de Cueille Le Jour sur le sujet. Ainsi que les différents hashtag qui circulent sur les réseaux sociaux. J’ai moi aussi beaucoup à dire sur le sujet. Retour d’expérience de 6 années passées à Lyon, entre mes 18 et 24 ans :

Lorsque je vivais à Lyon, j’avais peur de marcher seule dans la rue parce que j’étais consciente d’être une proie. De jour comme de nuit.

Il y a eu cette fois où j’attendais le tramway à 6h45. Le quai était vide, j’étais seule debout. Trois personnes étaient assises, plus loin. Là, un homme est passé. Tellement près de moi que sa main a ostensiblement touché mon fessier. Il avait pourtant toute la place pour passer ailleurs.

Cette fois aussi, dans le métro. Un homme s’est collé contre moi et m’a chuchoté quelque chose à l’oreille, son corps collé au mien, son souffle dans mon cou. Je n’ai pas eu le temps de comprendre ni de réagir avant qu’il descende.

Cette fois encore, où j’avais suivi une copine en soirée. Le bâtiment fermait et nous faisions tous la queue au vestiaire pour retirer nos effets personnels. Derrière moi, deux garçons et une fille. L’un des deux pose sa main bien à plat sur ma fesse et me pince fort. Ce n’est pas furtif, ça dure, c’est un message. Je ne réagis pas, stupéfaite.
Après quelques secondes de latence, la fille dit : « Recommence, elle a pas compris ! » Il faudrait être une sacrée buse pour ne pas comprendre, non ? Je suis de plus en plus médusée. Elle, elle trouve ça normal.
Le mec recommence en gloussant. Même pression équivoque. Je réagis en tournant la tête vers eux, le regard noir. Ils rient. Je n’en parle pas à mon amie qui n’a rien vu. Nos affaires nous sont rendues et nous quittons les lieux.

Cette fois je sortais du travail à 14h. J’étais assise en attendant le métro, les jambes légèrement écartées. J’étais crevée … => Et je suis en train de me rendre compte que j’ai le réflexe de justifier cette position, c’est dingue !
Un homme s’est placé devant moi, le regard planté entre mes cuisses. J’ai croisé les jambes.
Le métro est arrivé et je suis allée m’asseoir à l’intérieur. Je devais passer à la banque, déposer un chèque. Il s’est installé en face de moi, le regard toujours rivé sur mon sexe. J’ai naïvement pensé que je serai tranquille une fois sortie, mais il est descendu à la même station que moi. Je me suis dit : « C’est pas de chance, mais tu seras bientôt débarrassée. » 
Il me collait les talons. J’ai pris peur et j’ai marché plus vite. Il a accéléré le pas. Il s’est mis à me héler en des termes plus qu’insultants. « Salope ! Pute. Retourne-toi ! Retourne-toi connasse ! Je veux baiser ton cul, arrêtes-toi ! » 
Bien sûr, je n’étais pas seule dans la rue mais personne pour m’aider. La banque était encore à quelques centaines de mètres, je me suis mise à courir pour m’y réfugier. C’étaient de la haine et de l’effroi qui coulaient dans mes veines. J’avais envie de me retourner, de le frapper mais je ne faisais physiquement pas le poids et cette idée me rendait complètement folle de rage. Je n’avais aucune garantie que quelqu’un prendrait ma défense donc je n’avais qu’un choix : déposer mon chèque et rester avec le banquier un moment.
En sortant, j’ai fait attention à ce qu’il ne soit pas caché quelque part. Il avait disparu.

Cette fois-là, je devais prendre le premier métro à 4h40 pour attaquer mon travail à 5 heures. Il me fallait un quart d’heure pour atteindre la station de chez moi à pieds. Je n’étais jamais bien rassurée puisqu’il faisait nuit et que je croisais souvent des « zonards ».
Arrivée devant la station, une voiture est arrêtée au feu d’en face. Des appels de phares. Je fais comme si je n’avais rien vu et je descends les marches. La voiture klaxonne plusieurs fois. Je ne réagis pas et me place juste devant la grande grille du métro qui n’est malheureusement pas ouverte. Je suis seule.
Un homme descend les marches à son tour. Il reste trois marches au dessus de moi, il parait très grand. Il me dit poliment « Bonjour ». Il me demande si je rentre de soirée et s’il peut me déposer jusque chez moi plutôt que de prendre le métro. Je refuse tout aussi poliment et le remercie pour ne pas le contrarier. Il insiste. J’explique que je vais au travail, mais je comprends qu’il ne me croit pas. Il pense que j’esquive.
Il insiste encore mais je suis ferme et je tiens bon. Dix minutes de négociations passent. Il est toujours poli et ne tente rien de physique, mais son positionnement et les tournures de ses phrases en disent long. Il tâte le terrain. Il espère que j’ai bu et que je suis encore soûle. Je résiste encore. Il finit par s’en aller en me disant que je n’avais pas à avoir peur, il ne me voulait pas de mal …

Et il y a toutes les autres fois qu’on ne voit plus, qu’on n’entend plus parce qu’elles sont quotidiennes. Les viols conjugaux au sein de mon couple, par exemple, que j’ai mis beaucoup de temps à envisager comme tels. Les baisers par surprise. Les entretiens d’embauche où on me dit que je suis assez jolie pour combler les clients et pour vendre plus. L’agent de police qui me dit qu’avec ma gueule (blanche, blonde, jeune), je n’ai pas intérêt à traîner seule. Une fille qui hurle « Arrêtes de me toucher, laisse-moi tranquille ! » dans une rue près de moi, mais que je n’arrive pas à localiser.

Les fois où j’étais obligée de servir des croissants aux fêtards fraîchement sortis de boîte. Qui comparaient mes seins à des pâtisseries. Qui m’ordonnaient de sourire quand, après vingt minutes d’obscénités déguisées, je perdais patience. Ceux qui me demandaient une bouteille d’eau. Une autre. Une autre. Parce qu’elles étaient tout en bas du frigo à boissons, m’obligeant à adopter une position qu’ils jugeaient suggestive pour me baisser … Tous ces hommes inconnus qui prenaient un malin plaisir à caresser mes mains à chaque pièce rendue, embrasser mes joues, me serrer contre eux dès qu’une occasion se profilait.

Ces fois où j’appelais mon collègue pâtissier parce que je commençais à me sentir en danger, toute seule à la vente. Ces fois où, apprentie contrôleur dans les trains, je voyais les hommes me suivre jusqu’à ma cabine à l’autre bout des wagons et attendre que j’en sorte, encore et encore, à chaque arrêt, pour me regarder passer, pour sentir mes cuisses frôler leurs bras pendants. Ceux qui me bloquaient le passage dans les trains de nuit. Le refuge auprès du conducteur alors que c’est interdit. Cette bande de potes installée dans le même compartiment que moi, seule femme, qui profite de mon impossibilité de changer de place pour détailler à voix haute toutes les particularités de mon anatomie et ce qu’ils en « feront tout à l’heure ».

Ce collègue qui reste assis et exige toujours que je l’embrasse, profitant à chaque fois du mouvement pour jeter une oeillade à mon décolleté. Cet autre qui pose TOUJOURS les mains sur moi quand il me parle, et qui m’accuse de voir le mal partout quand je lui demande gentiment d’arrêter sans lui préciser les raisons … Cet inconnu qui met ses mains à plat sur les sièges du bus pour m’obliger à m’asseoir dessus, qui ne les retire pas, un sourire en coin, quand je lui en fais la remarque.

Ce sentiment d’être une proie, une victime potentielle, de la viande fraîche à chaque pas en société, c’est Lyon qui me l’a appris. Ca ne m’empêchait pas de sortir, mais je me trouvais très régulièrement dans ce genre de situations. Un geste, un mot, un regard, une façon d’insister ou de contraindre. Dans les métiers que j’exerçais, j’avais droit chaque semaine à une attaque plus ou moins subtile.

On me rappelait sans cesse que j’étais une femme (souvent en dénigrant, puisque j’étais serveuse/cuisinière/vendeuse), que j’étais bonne (je ne vous fais pas un dessin), que j’étais obligée d’accepter les avances et les contacts physiques/visuels/oraux des hommes, que je les connaisse/désire ou non. Je me méfiais – et me méfie toujours – de chaque homme inconnu. J’avais fini par tous les envisager comme des agresseurs potentiels, sans cesse sur mes gardes. Je ne croisais jamais un homme sans regarder ailleurs que dans sa direction.

Puis-je à chaque fois parler d’agression ou de harcèlement ? Les limites sont ténues. Nombre d’entre eux savent s’y prendre sans qu’on puisse les accuser de quoi que ce soit. Ils ne s’en prennent jamais à la même fille, ou agissent juste en deçà du non-condamnable.

Quand il s’agit de clients, c’est terrible. On ne peut pas les empêcher de venir chaque jour, et d’exiger qu’on les serve. On subit donc un harcèlement quotidien en poste et on ne peut rien dire. On use de stratagèmes pour être au moins deux quand ils arrivent. On demande aux collègues de le faire à notre place. Si on est seule, on se débrouille pour qu’ils n’aient aucune occasion de nous toucher, de nous regarder là où ils voudraient, de nous sortir une énième fois cette « blague » qui fait passer un message … Ils ne font rien de méchant, et pourtant, on craint que s’ils en aient un jour l’occasion, ça dérape. Leur colère face à un refus (donner un nom, un prénom, un numéro, un âge, une adresse) en dit déjà beaucoup.

Bien sûr, il y avait aussi les bons moments. Les instants de flirt, de drague, les tentatives que je n’ai jamais mal prises. C’est agréable de plaire, on ne va pas se le cacher. Je sais donc faire la part des choses et être contente quand il s’agit vraiment d’un compliment et non d’une tentative malséante. Oui, il y a clairement une différence entre ces deux cas de figure. Dans l’un, on m’oblige et on me manque de respect. Dans l’autre, on me laisse le choix et on me considère. Est-ce si difficile à comprendre ?

Je me souviens très bien de la toute première fois où j’ai eu à subir ce genre de sévices. J’étais en 5e. Les garçons avaient un nouveau jeu : mettre la main aux fesses du plus de filles possible. Bien sûr, les plus « bonnes » d’entre nous étaient les plus palpées, ce qui instaurait un concours … Révoltant !
Les enseignants étaient au courant puisque la pratique ne se limitait pas à la cour de récréation. Les pions le voyaient tous les jours. Les garçons ont-ils été punis ? Non. Et les filles ? On nous a demandé de garder nos cartables sur le dos pour limiter l’accès à nos fessiers. Voilà.

Est-ce qu’il m’arrive d’imposer mon contact aux autres ? Non. De tenter de les toucher intempestivement ? Non. De regarder leurs attributs avec insistance ? Non. De les pister ? Non. De limiter leurs déplacements ? Non. De verbaliser devant eux les fantasmes que je projette sur leur corps ? Non. De les obliger à subir (par n’importe quel sens) mes délires sexuels ? Non. De les menacer pour qu’ils me laissent faire ? Non. De critiquer leur physique ? Non. De les mettre en scène dans des blagues à caractère érotique/sexuel ? Non. De colporter des rumeurs sur eux ? Non. D’exiger qu’ils répondent favorablement à mes avances ? Non !

Depuis que je suis à la campagne, je ne le subis quasiment plus. Il y a moins de population, j’ai changé de métier et je me tiens loin des centre-villes. Ca aide. Mais ça ne règle pas le problème. Et vous, avez-vous subi ce genre d’expériences ? Etes-vous conscient.e de cet état de fait ? Faites-vous partie de ceux qui pensent que « ce n’est rien » ?