Ma blessure d’abandon.

Ca fait quelques jours que ça couve. L’élément déclencheur ? Une vidéo. La Carologie, une chaîne youtube que j’adore, s’est appuyée sur le livre « Les 5 blessures de l’âme » de Lise Bourdeau, pour en faire un résumé très enrichissant.

La théorie ? Nous sommes tous régis par 5 grandes blessures : l’abandon, l’injustice, la trahison, le rejet et l’humiliation. Il semblerait que nous soyons généralement constitués de 4 de ces blessures à des degrés variables, mais il y en a toujours une qui prédomine. Elle impacte toute notre vie : nos réactions, nos émotions, notre interprétation des faits, notre inconscient, et même notre physique.

La vidéo ne dure pas plus d’une dizaine de minutes. Je l’avais trouvée intéressante, elle ne m’avait pas touchée outre mesure mais, par curiosité, je m’étais alors demandé à voix haute quelle pourrait être ma blessure prédominante.

La réponse m’est parvenue dans un rêve tout à fait particulier, le lendemain matin. Un rêve si pressant de vérité qu’il m’ordonnait de l’écrire quelque part, pour ne surtout pas l’oublier. Comme je n’avais pas de carnet sous la main et personne à qui en parler sur le moment, j’avais choisi de vous le partager sur Facebook.

Ce matin, j’ai rêvé de ma famille.

Ma soeur et moi devions partir ensemble en voiture. J’avais une entorse à la cheville, elle devait conduire.

Nous étions chez mes grand-parents. Mes parents allaient rentrer chez eux sans nous dire au revoir. « Vous partez ? Oui, on se rejoint à la maison pour manger tous ensemble ! » Il était tard, ma soeur et moi avions beaucoup de route à faire. « Non Papa, nous on s’en va directement, on ne repassera pas par chez vous ! » C’est moi qui le dis.

Mon père accuse le coup et s’en va. Ma soeur décide de partir avec eux, il est convenu que je passerai la prendre.

Il se passe ensuite d’autres choses, et le fait est que je ne récupère jamais ma soeur. Je la retrouve chez nous (dans mon rêve, nous habitons dans le même appartement). Je suis angoissée parce que je ne reçois pas de sms de mes parents, ils ne me répondent pas. Je me demande ce que j’ai mal fait.

J’en parle à ma soeur, et voilà ce qu’elle me répond : « C’est normal, tu casses leurs liens à chaque fois. »

C’est brutal, ça me fait mal. Je me vois lui expliquer que si je fais ça, c’est parce qu’ils m’ont abandonnée pour s’occuper d’elle, à cause de ses phobies qui détruisaient notre vie de famille. Je précise : « Mais je ne t’en veux pas, ce n’est pas de ta faute à toi. »

Là, elle se met à pleurer. Je pleure aussi. Elle s’en va quelques instants puis revient. Elle veut dormir avec moi. Je refuse, je lui dis d’aller dans sa chambre. Et le rêve s’arrête là.

… Je ne sais pas trop pourquoi je vous en parle. Je ressentais l’urgence de l’écrire quelque part. Il y a quelque chose de tellement vrai là-dedans. C’est le mot « abandonnée » qui retient le plus mon attention. Abandonnée.

Si je comprenais pourquoi je disais, pour la première fois, que j’avais eu l’impression d’être abandonnée, je ne comprenais absolument pas le message derrière « C’est normal, tu casses leurs liens à chaque fois. » Comment ça, je casse leurs liens ? Qu’est-ce que ça signifie ? Que je culpabilise de vivre ma vie ? Que je fais quelque chose de mal ? Mystère.

Cet après-midi, je flânais encore sur Youtube dans l’idée de profiter de mon ennui pour apprendre quelque chose d’intéressant, quand je suis tombée sur cette vidéo, proposée par l’algorithme : Les 5 blessures, leur impact sur votre vie – Carole Rinaldi. Ni une, ni deux, je décide tout naturellement d’approfondir le sujet.

Evidemment, la vidéo – qui dure plus d’une heure mais que je vous conseille si le sujet vous interpelle – commençait avec la blessure d’abandon, et une présentation du physique caractéristique des personnes qui en souffrent : épaules voutées, le corps qui ne soutient rien, les bras « de trop ».

… Premier choc : c’est moi. C’est contre cette image de mon physique que je me bats chaque jour. Les ostéopathes, kinésithérapeutes, et praticiens en tous genres n’ont jamais réussi à redresser quoi que ce soit, malgré nos efforts communs. Je me suis toujours demandé « Pourquoi ? » Pourquoi mon corps, jeune et élancé, souffre-t-il comme ça ? Pourquoi ne tient-il jamais la route quand il s’agit de donner dans l’effort ? Pourquoi ne tient-il tout simplement pas droit ?

« Des gens particulièrement lents dans leur démarche. » Cette fois, c’est moi qui accuse le coup. C’est vrai.

Carole explique que les personnes souffrant d’abandon croient qu’elles ne peuvent pas faire les choses toutes seules, qu’elles ne sont pas capables. Cette image d’elles-mêmes se reflète alors sur leur physique qui, en réponse, manque cruellement de soutien. Au fond de moi, ce n’est pourtant pas l’impression que j’ai (au contraire, tout le monde me dit que j’agis toujours la première), mais j’écoute la suite.

D’un coup, tout prend sens.

Ma propension à jeter l’éponge s’il n’y a pas quelqu’un derrière moi pour me pousser ou me soutenir : un professeur, un directeur, un ami …

La solitude qui me paralyse à un point tel que j’ai préféré continuer à vivre avec un Pervers Narcissique plutôt que de partir, au risque de mener la vie de célibataire durant quelques mois.

Etre sans cesse dans la plainte et la manipulation affective – avec mon mari, tout particulièrement – pour attirer l’attention et qu’on s’occupe de moi (beaucoup moins maintenant, je détestais cette partie de moi qui me rappelait beaucoup trop D. ! D’ailleurs, quand j’y pense, c’était le stéréotype même de la blessure d’abandon, cet homme !) …

Je flanche quand elle évoque le fait que ces blessés là demandent souvent si on les aime. Ca fait beaucoup rire mon amoureux, mais c’est une réelle nécessité pour moi. Je le lui demande une dizaine de fois par jour. « Tu m’aimes ? » Sans compter mon exigence accrue en terme de preuves d’amour.

Carole évoque ensuite l’isolement dans lequel se conduisent seules ces personnes. « Elles abandonnent les autres sans s’en rendre compte. Comme ça, elles ne sont pas abandonnées. » La claque. C’est dur à avouer, mais OUI, je fais ça. J’abandonne tout le monde. Mes amis en ne donnant aucun signe de vie, en m’effaçant (mon article précédent prend d’un coup une toute autre mesure). Mes anciens collègues en disparaissant. Et ma famille.

« C’est normal, tu casses leurs liens à chaque fois. » C’était donc ça … Ce qu’essayait de me dire ma soeur dans mon rêve. J’abandonne mes parents en écourtant toujours les « au revoir », comme si j’étais pressée de les quitter, comme s’ils m’agaçaient subitement. Je les abandonne en ne les contactant pas durant des semaines.

La seule personne que je n’ai jamais abandonnée, c’est mon amour. La seule. La seule avec laquelle je n’ai pas ce comportement déviant. Je me promets de ne jamais l’avoir. Je me promets de l’épargner. Je me promets de réparer les relations que j’ai dégradées sans le savoir, sans le vouloir.

Quelle douleur d’entrevoir ces parts d’ombre, et quelle libération aussi. Ce n’est pas vraiment moi, c’est la blessure qui parle. Je ne peux pas m’en débarrasser comme ça, mais je peux conscientiser, je peux évoluer. Je peux observer et rattraper en conséquence.

La solution qui est donnée, pour nous âmes blessées par l’abandon (réel ou perçu), c’est de prendre nos responsabilités. Nous sommes capables. Je suis capable. J’ai les ressources en moi. Je ne suis pas seule, je suis aimée, entourée, chérie. Et quand bien même ça ne se serait pas le cas, je peux tout faire moi-même.

Nous devons, dans un premier temps, observer dans quelles circonstances notre blessure se réveille et réagit à notre place.

Ca peut sembler douloureux. Ca l’est. C’est douloureux de constater que nous blessons à notre tour, que nous nous empêchons de nous exprimer, que c’est « de notre faute. » C’est un mal pour un bien.

Cette semaine, quelque chose de très fort s’est produit pour moi. Une parole, un mot, une question posée à voix haute, a touché la plaie invisible. Je suis reconnaissante, et fière aussi. Fière de faire ce travail de profondeur, fière qu’il m’apporte les réponses et les solutions. Fière de guérir, de grandir et de devenir, au fil des jours, des mois, et des années qui passent, résolument moi.

Et vous ? Y prêtez-vous foi ? Quelle est votre blessure prédominante ? Comment impacte-t-elle votre vie ? Y avez-vous déjà pensé ?

Edit : Plus d’une semaine après, j’ai pris du recul. Je suis consciente que toute une vie n’est pas seulement régie par une blessure, et heureusement. C’est juste un morceau de soi, une part. Ces derniers temps, je mets beaucoup d’énergie à la compréhension de ce que je suis. J’ai besoin de poser des mots sur moi, de me définir, de savoir de quoi je suis faite. Séparer le « profondément moi » du moi créé par mon environnement, du « moi en réaction à … » (ça fait beaucoup de « moi » dans un seul article …)

J’en ai besoin pour avancer, c’est très important. Cette théorie des 5 blessures est un outil de plus pour partir à la conquête de soi. Tout n’est pas à prendre au pied de lettre. Tout n’est pas juste et c’est bien normal, nous sommes tous uniques. Mais c’est une clé qui me permet à un instant T de révéler quelque chose que j’avais longtemps cherché à dissimuler.

J’ai retrouvé mes amis.

Il y a plus d’un an, je dressais le constat de ma solitude. J’avais l’impression d’avoir perdu tous mes amis, je m’étais éloignée d’eux, ils s’étaient éloignés de moi. Ce constat douloureux m’a suivie pendant de nombreux mois encore, ou à chaque rencontre, je me demandais si ces gens m’appréciaient vraiment, moi, où s’ils m’invitaient par simple convention, en souvenir du bon vieux temps. J’avais l’impression de vivre dans le faux.

Je passais de bons moments en compagnie de mes amis, et le lendemain, je remettais tout en question. Persuadée d’avoir tout inventé, comme si je ne me sentais pas digne d’être considérée. Je le fais encore. Après chaque sortie, chaque restaurant, chaque apéritif, j’ai l’impression de m’être fourvoyée. C’est étrange. Je me demande sans cesse si c’est moi qui fantasme ou si, véritablement, les liens que j’ai avec eux se resserrent.

Je n’ai pas beaucoup d’amis. Je les compte sur les doigts d’une main. Je veux dire, ceux dont je suis certaine qu’ils m’apprécient vraiment, ceux que j’aime énormément. Ceux avec lesquels je ressens cet amour. Allez, on va dire que j’ai 6 amis ! 7, peut-être. 8 ? Pas sûr.

Ces derniers mois, j’ai ressenti un grand changement.

Il y a d’abord eu ce mariage. Cet enterrement de vie de jeune fille auquel j’étais conviée. J’ai passé ce week-end entre deux eaux. Tout au long de ces deux jours, je me suis demandé si ma place avec ces filles était légitime. Qui étais-je à présent à l’égard de la future mariée ? Toujours incapable de m’intégrer pleinement, de répondre normalement aux questions qu’on me posait, d’alimenter la conversation que l’une d’elles tentait parfois d’établir, je me sentais comme la cinquième roue du carrosse.

Pourtant, j’ai aussi vécu de très bons moments. En particulier la nuit, avec Lydie. Lydie que j’ai rencontrée au lycée, Lydie qui a le don de faire rire tout le monde, Lydie la fille singulière et attachante. Nous ne nous étions pas revues depuis plus d’un an. J’étais persuadée (décidément, c’est récurrent) qu’elle n’était plus tellement attachée à moi, mais j’étais rassurée qu’elle soit là : au moins une personne avec laquelle je pourrais me sentir bien.

Lydie et moi partagions la même chambre. Elle m’avait serré fort contre elle à mon arrivée, ça m’avait beaucoup touchée. Cette nuit-là, nous nous sommes endormies aux alentours de 4h, après avoir déposé à nos pieds nos sentiments. Elle m’a parlé de sa famille, de son frère, de nombreuses autres choses avec une sincérité vraie. Une conversation intime, comme je les aime, d’amie à amie. J’ai réalisé que je comptais pour elle. Que je pouvais être moi-même avec elle. Que quelque chose de très particulier me reliait à elle. Que je l’aimais et que je n’allais pas en souffrir.

J’ai revu Lydie trois autres fois cette année, avant qu’elle ne parte pour de nouvelles aventures. Je ne pense pas qu’elle ait conscience de l’impact qu’elle a sur moi, comme je ressens l’amour qu’elle me donne quand je la vois, comme je le bois et comme il me désaltère. Je lui en suis extrêmement reconnaissante. J’espère que je continuerai à la côtoyer toute ma vie. J’espère qu’elle ressent mon attachement.

Le jour du mariage, Lydie était la témoin. Vanessa, la mariée, était mon ancienne coloc’. Clément, le marié, était un ami précieux. Son témoin était mon « Best Friend Forever ». Pourtant, je me suis encore demandée si j’avais ma place.

C’était une très belle journée. Pour la première fois, j’ai vraiment dansé, je me suis amusée. J’avais écrit un discours pour eux. L’angoisse. J’avais peur de ne pas avoir choisi les bons mots, de dire quelque chose de trop fade et pas assez vrai, de faire tâche.

J’ai revu tout ce beau monde en avril, chez moi. Cette fois-là, j’ai annoncé à Vanessa que je pensais avoir été victime de viol. Elle avait vécu d’assez près ma relation désastreuse avec D., mais je n’avais pas imaginé une seule seconde que ça la toucherait vraiment.

Vous avez dit « idiote » ?

Sa réaction, teintée de délicatesse, m’a fait l’effet d’une onde de choc. Elle m’a dit que c’était violent, j’ai pris sur moi pour rester droite alors que ma voix commençait à s’étrangler, j’ai remarqué les traits tordus sur son visage, j’ai souffert son silence et sa circonspection dans les minutes qui ont suivi, et je m’en suis voulue à mort.

Avais-je vraiment besoin de l’accabler avec ça ? J’ai pensé que j’étais la pire des connes, que ce n’était pas comme ça qu’on traitait une amie. Après tout, j’en étais quasiment guérie de cette histoire, à quoi servait-il d’en parler encore, de pourrir l’esprit des autres avec ça ? Je l’avais touchée. Ce que j’avais vécu la touchait.

Ce week-end là, Vanessa et Clément sont restés juste avec moi. Nous sommes allés nous promener, nous avons mangé au restaurant, nous avons regardé un film blottis sous le même plaid, comme avant. Ils avaient réussi à me redonner confiance, à me montrer que quelque chose de fort subsistait entre nous, que je pouvais compter sur eux. Ils ont toujours été un pilier stable vers lequel je pouvais me tourner en cas de besoin.

Plus tard dans l’année, mon amoureux et moi sommes allés leur rendre visite. Excellent souvenir. Pour la première fois depuis bien longtemps, je me suis sentie à l’aise en société. Je ne me sentais pas inférieure aux autres, je savais pourquoi j’étais là, j’avais ma place, j’avais le droit de prétendre à mon bout de canapé.

Ca peut paraître ridicule, je sais. Je suis ma propre entrave.

Mon BFF était là, lui aussi. L’alcool aidant, alors que nous parlions de notre première année séparés par nos choix d’université, il m’a dit qu’on lui avait beaucoup manqué. Que ça avait été difficile, déstabilisant. Il n’en fallait pas bien plus pour que je me rende compte de ma méprise. Il m’avait énormément manqué, je m’étais sentie comme amputée. J’avais cru que ce n’était pas réciproque. Je croyais toujours que mes sentiments n’étaient pas réciproques, qu’on m’oubliait vite.

Mais de quoi avais-je eu peur, toutes ces années ? D’être déçue ? D’être abandonnée ? D’être mal aimée ? Quelle blessure me poussait à m’isoler de la sorte ? A sous-estimer les liens qui m’unissent aux autres ? Je ne sais pas. Je ne sais pas de quoi je souffre, mais putain, ça fait mal !

Et mon amie Sophie s’est rappelée à moi après tout ça. Elle partait faire le tour du monde, entreprenait alors un tour de France d’au revoir. Je faisais partie de la liste. Je l’ai accueillie à bras ouverts pour trois jours, immensément heureuse de pouvoir enfin passer du temps avec elle. L’idée qu’elle découvre ma maison, mon rythme de vie, mes nouvelles valeurs, m’enchantait. J’attendais sa visite avec impatience. Trois jours formidables. L’effet qu’elle me fait a toujours été … Impressionnant. Elle me vivifie.

Sophie grandit au même rythme que moi, dans la même direction. On a beau faire des choix et des expériences complètement opposés, on se ressemble. Elle est une âme-soeur. Ce n’est pas la première fois que je le dis. Ca ne s’explique pas. On se comprend, on est toujours bien ensemble. On s’aime.

Son départ m’a noué l’estomac. Je ne savais pas quand je la reverrais ni même si je la reverrais un jour. Notre relation est comme ça, formidablement solide. Pas de fausses promesses, pas de plannings, mais l’assurance de penser l’une à l’autre chaque jour que Dieu fait. D’être là, quelque part.

Je suis revenue de tous ces évènements le sourire dans l’âme. Une des petites boîtes cachées au fond de l’armoire de ma maison secrète venait de se rouvrir. Elle déverse son lot de gros chagrins, de peurs et de craintes. Elle se vide pour s’emplir d’une sensation nouvelle. Une petite chose solaire et chaleureuse. Une petite chose toute douce, toute rassurante. Qui chatouille le coeur.

Alors je crois que j’ai retrouvé mes amis. En réalité, je n’en suis pas tout à fait sûre encore, je doute. Disons que j’ai réussi à voir qu’ils m’apprécient « pour de vrai ». Aujourd’hui, je vois une nouvelle amitié se dessiner au loin. J’ai encore ce vieux réflexe de prendre peur, de croire qu’elle se joue de moi, que je ne l’intéresse pas vraiment. Je laisse passer les jours, et la certitude qu’elle ne se moque pas de moi m’envahit alors avant de s’évanouir à nouveau. Pense-t-elle à moi autant que je pense à elle ? Qui sait …

Et vous, quelles relations entretenez-vous avec vos amis ? Avez-vous l’impression d’être votre propre fardeau, comme moi ? Avez-vous réussi à dépasser ça ?

Ode aux contrats aidés, bientôt disparus.

Il est une nouvelle dont personne ne parle, une nouvelle que les médias se gardent bien d’aborder, alors même qu’elle est d’une importance capitale et nationale. Une très mauvaise nouvelle : les contrats aidés ont été gelés en juillet 2017, pour probablement disparaître dans la glace ensuite.

Mon expérience :

Je suis actuellement en poste grâce à un contrat d’avenir, qui n’est autre qu’un contrat aidé. Le principe est simple : mon employeur m’emploie alors que je n’ai pas les qualifications requises pour le poste, et se charge de me former dans le but de m’embaucher ensuite, au mieux en CDI, au pire en CDD de six mois ou plus. En contrepartie, l’Etat lui reverse 75% de mon salaire pour ne pas le pénaliser.

Autant dire que pour moi, c’est une aubaine de taille ! J’ai réussi à intégrer un poste que même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais jamais dû avoir. Je ne gagne pas grand chose de plus que le SMIC, je ne bosse pas dans une super entreprise à renommée mondiale, je n’ai pas à gérer une équipe de collaborateurs monumentale. Je suis chargée de communication pour une association.

Chargée de communication, voilà bien un titre que je n’espérais pas. En effet, rien ne le justifie : pas d’études dans le domaine, aucune expérience, aucun parallèle possible avec mes précédents travaux. En poste depuis dix mois à présent, j’apprends au jour le jour.

Ce gel des contrats aidés n’aura aucun impact direct sur moi. L’Etat ne peut pas revenir sur sa signature et est obligé de continuer de l’honorer jusqu’à la fin. Enfin, j’espère !

Le cas des chantiers d’insertion et autres associations :

Je vous ai raconté que je travaille dans un chantier d’insertion, structure qui emploie et aide les « cas sociaux » – encore une fois, je ne mets aucun a priori négatif derrière ce terme, c’est juste plus simple que d’énumérer toutes les catégories de populations que nous essayons de sortir de la misère, dont j’ai fait partie – grâce aux contrats aidés.

Les chantiers d’insertion ont droit à un certain nombre d’ETP (Equivalent Temps Plein) en contrats aidés par an. Pour faire simple, c’est la région, donc l’Etat, qui décide combien.

En temps normal, les chantiers d’insertion ayant le meilleur taux de réussite – comprendre : le meilleur pourcentage de personnes ayant quitté la structure avec un CCD de plus de 6 mois ou un CDI en poche – qui récoltent le plus d’ETP. Mais ce nombre varie énormément en fonction des élus du département (puis de la région) aux commandes, des périodes d’élection et, surtout, du gouvernement mis en place.

2017 est donc une année complexe pour les associations. Du 1er janvier jusqu’à l’élection du nouveau président, personne n’a voulu prendre de risque, ce qui signifie que les élus n’ont pris AUCUNE décision, laissant les associations dans le flou le plus total. Tout ça, pour qu’à la fin on nous annonce un gel des contrats aidés – plus personne ne peut donc y prétendre en France – et qu’on ne les dégèlera sûrement jamais.

C’est une catastrophe.

C’est une catastrophe pour toutes les populations défavorisées, qui trimaient déjà bien assez pour trouver une place dans la société. C’est une catastrophe pour tout le personnel associatif qui n’aura à terme plus de travail, car plus de moyens, et sera donc licencié. C’est une catastrophe pour le pays tout entier : attendez-vous à voir le taux de chômage remonter en flèche, les disparités sociales se creuser, avec toutes les conséquences néfastes que cela engendre.

Les contrats aidés sont une perte d’argent injustifiée pour l’Etat ? Je n’en crois pas un mot. En fait, je SAIS que c’est faux. Chaque personne embauchée grâce à ces contrats retrouve un semblant de vie. Je sais que tout n’est pas rose et que certaines entreprises en profitent grassement (en ne formant pas les personnes, en les employant à moindre coût, en ne les embauchant pas derrière, en profitant tout simplement d’elles …). L’une de mes cousines, elle aussi embauchée en contrat d’avenir, en a subi les conséquences. Mais ne vaudrait-il mieux pas cloisonner cela plutôt que de pénaliser tout le monde ?

Prenons un exemple type :

Avant de signer son contrat aidé avec la Mission Locale/Pôle Emploi et son employeur, Mr A. était au chômage depuis plus de six mois. Il coûtait donc à l’Etat : l’allocation chômage, les aides de la CAF (allocations familiales, APL …), le RSA, le salaire de l’assistante sociale, les impôts dont il était exonéré, le salaire de son conseiller Pôle Emploi/Mission Locale, et sans doute d’autres frais encore.

Le temps de son contrat, Mr A. travaille et coûte à l’Etat entre 50 et 75% de son salaire. Mais à côté de ça, Mr A. recommence à payer ses impôts. Mr A. retrouve un pouvoir d’achat. Mr A. ne bénéficie plus des autres aides. Mr A., à chaque fois qu’il achète quelque chose, paie la TVA. Mr A. reverse alors environ 50% de ses revenus en impôts (tous confondus) à l’Etat, comme chacun d’entre nous.

Mr A. termine ensuite son contrat. Normalement, il est définitivement embauché par la structure. Si ce n’est pas le cas, il aura au moins de nouvelles expériences et compétences à rajouter à son CV. En toute logique, il aura moins de difficultés à retrouver un poste.

Mr A. travaillera. Il ne coûtera plus grand chose à l’Etat. Au contraire, il lui reversera de l’argent. Et ce, sans parler des liens sociaux qu’il aura créé, de sa qualité de vie largement améliorée au fil de temps, de son estime personnelle et de sa confiance en soi. Sans parler de la re-dynamisation du territoire,  de l’économie locale et nationale, des bénéfices divers et variés engendrés …

Tous ces aspects que nous, membres associatifs, manipulons au quotidien et tentons de pousser vers le haut. Supprimer les contrats aidés, c’est tuer les associations. Tuer les associations, et c’est comme la mort des loups en pleine nature. Tout un écosystème qui sombre à la défaveur du reste du pays. L’effet papillon. Un désastre social et économique.

Je terminerai cet article avec les vidéos très bien ficelées du Fil d’Actu – superbe chaîne Youtube sur l’actualité, que je vous recommande chaudement – sur cette problématique. Je suis frustrée de ne pouvoir vous expliquer mieux que ça l’impact réel qu’aura cette malheureuse décision politique. Vous comprendrez sans doute mieux en visionnant ces vidéos.

J’aimerais que vous puissiez voir ce que je vois chaque jour, entendre ce que j’entends chaque jour. Travailler au sein d’un chantier d’insertion me permet d’aiguiser mes choix politiques, me permet de me confronter à la réalité des autres, de ceux qui n’ont rien ou pas grand chose. Je suis indignée. Révoltée. En colère. Bref, j’ai peur.

Si vous aussi êtes préoccupé.e.s par ces décisions, si vous aussi pressentez les difficultés qu’un tel choix fera émerger, si vous aussi vous sentez concerné.e.s (parce que vous l’êtes, c’est sûr ;)) par cette question : partagez les vidéos du Fil d’Actu. Je précise qu’il ne s’agit pas là de partenariat (ils ne me connaissent pas !) mais d’un réel élan de solidarité. D’avance, un grand merci !

Et vous, qu’en pensez-vous ? Travaillez-vous dans un milieu concerné ? Etes-vous en difficulté à cause de cela ?

Edit : Les pourcentages donnés dans l’article ne sont sans doute pas exacts, mais ils s’en rapprochent. Je n’ai jamais eu une excellente mémoire pour les chiffres ! S’il vous semble que je dis quelque chose d’erroné, ou que certains aspects sont manquants, n’hésitez-pas ! Je serai heureuse que vous m’en appreniez davantage :).

Delphine : Je me demande pourquoi on ne peut pas être amies ?

J’ai rencontré cette professeure en septembre 2013, j’avais 16 ans. Je venais  de rentrer en 3 ème Prépa Pro.
Elle était très belle, toujours bien habillée, avec un regard très doux. Je sentais qu’elle aimait son travail, elle était très passionnée. A mes yeux, c’était la meilleure des enseignantes.

A ce moment-là, j’habitais chez ma belle-mère et mon père. J’étais mal dans ma peau, j’étais harcelée. Ma belle-mère me disait souvent : « T’es nulle et tu n’arriveras jamais à rien. » Pendant ce temps, cette professeure était là, à me parler, me conseiller.

En janvier 2014, je me suis aperçue que je l’appréciais beaucoup. A la fin de l’année scolaire, je lui ai offert une carte pour la remercier. Quelques jours après, elle m’en a offert une en retour. Elle m’a dit : « Ta carte m’a touchée. » A chaque fois qu’elle me voyait, elle me remerciait.

En septembre, je suis rentrée en CAP et, malheur, je ne l’ai pas eu comme enseignante. Cela m’a beaucoup attristée.

En octobre 2014, ma belle-mère m’a mise à la porte. Je me suis retrouvée en foyer, j’étais seule, abandonnée. Ma prof était venue me voir après l’avoir appris. C’est à ce moment-là que je me suis aperçue que je l’aimais. Je n’étais pas amoureuse, non, mais je l’admirais, j’étais attachée à sa personnalité, à sa manière d’être. On parlait beaucoup ensemble.

Un jour, ma professeure principale m’a dit qu’elle ne voulait plus que je lui parle : elle n’était plus ma prof, je n’avais plus à lui parler. Cela m’a bouleversée. Ca ne nous a pas empêché d’échanger nos e-mails quelques semaines plus tard, après une conversation qui m’avait fait fort plaisir, et m’avait prouvé qu’elle tenait à moi.

Je me demande pourquoi on ne peut pas être amies ?

Avant d’être prof ou élève, on est des êtres humains, avec des sensibilités, des goûts qui peuvent s’accorder. Les étiquettes ne sont là que pour nous empêcher de franchir la limite. Je sais que c’est très naïf ce que je t’écris, mais c’est comme ça que je vois les choses.

Nous avons continué à nous parler mais en juin 2015, elle m’a expliqué en avoir marre : j’étais beaucoup trop collante. Cela m’a anéantie, comme si j’avais reçu un poignard en plein cœur. Cette professeure
était comme moi, comme la meilleure amie que je n’avais jamais eue, comme la grande sœur que je n’aurais jamais.

J’étais inconsolable. La CPE de mon établissement, qui était au courant, m’a dit quelque chose
qui m’a aidée : « Tout n’est pas perdu. » Ma maman m’a soutenue pendant cette période. Cela m’a permis de me rendre compte que j’avais dépassé les limites.

Un jour, j’ai appris qu’elle était enceinte qu’elle allait partir en congés maternité bientôt. Passé « le choc », je me suis imaginée lui faire un cadeau, ça me tenait à cœur. Un beau cadeau que j’aurais fabriqué moi-même.

J’ai d’ailleurs fait une erreur à ce sujet. J’ai envoyé mon cadeau – un bavoir – au lycée, à son nom.
Quand je l’ai revue en juin 2016, pour lui dire au revoir, gros choc, elle ne l’avait pas reçu. Mais la conversation que nous avons eue fut très positive pour moi. Je me suis excusée, elle m’a montré une photo de son bébé magnifique, elle m’a dit qu’elle voulait bien qu’on se réécrive.

Aujourd’hui, nous sommes en 2017 et je n’ai toujours pas reçu d’e-mail de sa part. Je lui
en ai pourtant envoyé trois. Je ne peux m’empêcher de garder espoir. J’ai d’ailleurs une devise à ce sujet : « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. » Cette prof, c’est une personne très fidèle aux gens qu’elle apprécie …

Et toi, as-tu vécu une histoire similaire à la mienne ? Ai-je des raisons d’espérer ? Viens me le dire.

Delphine

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Mon hypersensibilité au quotidien.

J’ai longtemps considéré les gens qui s’auto-proclamaient hypersensibles assez pompeux et énervants. Soit ils avaient des problèmes et se reposaient sur leur « maladie » en déclarant qu’ils ne pouvaient rien y faire, soit ils avaient un ego inqualifiable et évoquaient leur hypersensibilité comme une mutation extraordinaire, les classant forcément au dessus du reste de la plèbe.

Bref, ils me tapaient sur le système.

Puis j’ai rencontré Céline. Céline m’a tout de suite profondément irritée aussi. Elle avait 14 ans à l’époque, moi 15, et son excitation perpétuelle pour les affaires quotidiennes la rendait chiante. Elle sautait partout tout le temps, elle parlait sans cesse avec une voix très aiguë et trop vite, elle manifestait beaucoup trop sa joie.

Au fil du temps, Céline est devenue l’une de mes meilleures amies, qui fait toujours partie de mon entourage aujourd’hui. Je me reconnaissais en elle, en ses goûts, en ses aspirations, en sa façon singulière de percevoir le monde et d’interagir avec lui.

Céline vivait toutes les émotions avec une intensité rare. Quand elle était triste, elle semblait se morfondre dans un abîme sans commencement ni fin. Quand elle se sentait victime d’injustice, quand elle était en colère, elle était incapable de se contenir et finissait toujours par pleurer à chaudes larmes, le visage rouge et la voix vacillante, ce qui lui valut nombre d’humiliations.

Céline avait honte de ses réactions que d’aucun jugeait surfaites, Céline ne comprenait pas qu’on ne la comprenne pas. Bref, elle était une véritable hypersensible qui s’ignorait. Comme moi.

Je ne sais plus quelle est la première personne à m’avoir classée dans cette catégorie à laquelle je ne souhaitais pas appartenir. Non, je n’étais pas cette personne ridicule qui fait toute une montagne de rien ! Si, je savais parfaitement gérer mes émotions et sentiments ! Mais si enfin, tout le monde était indisposé comme moi par le trop-plein de stimulis extérieurs !

Je n’en démordais pas. Je voulais être une personne stable et équilibrée. Une personne normale. Pas fragile. Une personne à l’aise avec ses 5 (6, 7, 8 ?) sens. J’ai longtemps fait semblant, j’ai longtemps supporté, pour finalement renouer avec cette magnifique part de mon être.

L’hypersensibilité au quotidien, ça se traduit comment ?

Ca se traduit d’abord par mes cinq sens exacerbés. Je suis, par définition, une personne extrêmement sensible sur le plan physique, ce qui me rend particulièrement exigeante. Le quotidien peut rapidement devenir lourd à supporter, éreintant.

L’ouïe :

Chez moi, le sens le plus vivant, c’est l’ouïe. Là, par exemple, j’ai dû m’isoler pour écrire, parce que mon amoureux fait du bruit en nettoyant le jardin et que c’est pénible. Les sons, les bruits en tous genres m’indisposent et m’épuisent.

A l’école, je mettais toujours un temps fou à lire les textes et à les comprendre. Chaque chuchotement, chaque grincement de chaise, chaque crayon tombé par terre me déconcentrait à un point tel que j’étais obligée de m’arrêter.

En voiture, je demandais à mes parents de baisser le son. Pour écouter de la musique ou un quelconque enregistrement, il me faut une enceinte de qualité, sans quoi je subis les petits grésillements suraigus, ces fréquences que les autres n’entendent pas mais qui me rendent folle.

Pour que vous vous rendiez compte de l’effet que ça me fait, je pourrais utiliser cette expression : ça fait saigner mes oreilles. J’ai des acouphènes très régulièrement.

Heureusement, mon ouïe sensible est aussi une véritable source de joie. Ce n’est pas pour rien si je suis passionnée de musique ! Ecouter des sons harmonieux provoque en moi un profond bien-être, une paix, un amour indescriptible.

La vue : 

Mon vilain petit canard. Je n’ai pas une excellente vue, je suis un peu myope et porte des lunettes pour conduire et aller au cinéma.

On voit grâce à la lumière, et c’est précisément là que le bât blesse. La lumière, lorsqu’elle est « mal dosée », est un véritable facteur de gène. Je ne supporte pas les néons, ni les leds des supermarchés. Je règle toujours les ordinateurs au minimum. Je me fatigue très vite. Chez moi, les sources de lumière sont principalement diffuses, dites d’ambiance.

Le soleil que j’aime tant est une véritable source de souffrance, surtout ici, en Provence ! Dès que je sors, ça m’handicape. La lumière crée de violentes migraines ophtalmiques, et je suis incapable de dormir si je ne suis pas plongée dans le noir complet. Un vampire !

L’odorat :

Chez moi, vous ne trouverez aucune source de senteurs non naturelle. Les parfums d’ambiance ? Quelle horreur ! L’encens ? Sortez-moi de là ! Les Febrez’ et autres purificateurs ? Hors de question ! Ca pue comme c’est pas permis.

L’odeur peut s’avérer violente pour moi. Je sens tout. Si vous avez embrassé votre cher et tendre deux heures avant de me dire bonjour, vous pouvez être sûrs que je reconnaîtrais son parfum sur vous. La moindre trace d’une quelconque fragrance parvient toujours à mes narines. Parfums, savons, shampoings, crèmes, lessives … Mon passage au naturel est un soulagement sans nom !

Je vous laisse imaginer ce que ça donne dans le métro, ou bien dans une parfumerie. Même combat, c’est insoutenable. Ce n’est pas tant l’origine de l’odeur qui m’indispose – bonne ou mauvaise – que son intensité. Là aussi, les migraines sont fulgurantes.

Mais c’est également une source de sentiments très positifs. J’adore me parfumer le matin, j’ai toujours su dénicher des perles de délicatesse, et être entourée d’une odeur salvatrice me fait sourire tout au long de la journée. De la même façon, je demande toujours à mon amoureux un T-shirt porté pour pouvoir dormir paisiblement. Ca me rassure infiniment.

Le goût : 

Là, par contre, c’est une source de jouissance rare !

Ce qu’il y a de bien avec le goût, c’est qu’il est le seul sens qu’on peut choisir, ou non, de solliciter. Si je ne peux rien contre les sons et les odeurs, je peux décider de ce que je donne à découvrir à mon palet. C’est génial !

Sans rire, je jouis vraiment en mangeant des plats raffinés.

Je ne peux pas manger ni piment, ni épices, ni poivre, ni sel, en trop grande quantité. La majorité du temps, je n’assaisonne rien. Ce qui est insipide pour vous, est vraiment goûteux pour moi. Les légumes ont beaucoup de goût sans rien. En fait, je ne connais aucun aliment (proprement produit) ayant besoin d’un exhausteur.

Tout ce qui est saturé me déplaît,(presque) tout ce qui est issu de l’industrie me laisse de marbre. Je suis difficile à contenter. Par contre, les produits « purs » m’offrent une satisfaction sans nom. Je me régale. Manger est un grand moment de plaisir. J’adore ça !

Le toucher :

Aaah, le toucher … ! Pour faire court, je peux dire que je supporte particulièrement mal la douleur. Avoir faim est insupportable. Combien de fois ai-je entendu que j’étais trop douillette ? Que je pleurais pour rien ? … En réponse à ma perception, mon corps marque pour un rien. Je suis pleine de bleus, tout le temps.

Je frissonne beaucoup. Je suis très sensible aux écarts de température. J’adore les caresses du bout des doigts, ainsi que les massages profonds. J’ai souvent l’impression qu’on m’agresse en me touchant.

J’atteins difficilement l’orgasme parce que la limite entre trop fort et pas assez est très ténue. C’est compliqué. Si je sens un souffle dans mes oreilles, ça me coupe. Si sa barbe chatouille mon cou ne serait-ce qu’une seconde, ça me coupe. Si mes tétons sont stimulés par les poils de son torse, ça me coupe. Et je ne vous parle même pas des sensations de mon clitoris, ni de celles plus intérieures …

Je fais très attention aux matières de mes vêtements, je ne les supporte pas toutes. A leur taille aussi. Une étiquette oubliée et c’est l’enfer. Une simple couture peut me préoccuper.

Je suis très sensible à tout ce que je touche au quotidien : objets, meubles, linge, matières organiques. Faire la cuisine à mains nues m’a toujours déplu. J’ai détesté ça longtemps – ça me révulsait – et suis à peine entrain d’apprivoiser cet état de fait, maintenant que je comprends d’où il vient.

Au delà des sens physiques ?

L’hypersensibilité ne s’arrête pas au physique, vous le savez. C’est aussi et surtout là dans l’émotivité, dans les sentiments, dans notre perception de l’autre, de l’univers.

L’impression que le monde entier m’en veut :

Comme mon amie Céline, je prends de plein fouet mes émotions et celles des autres. J’ai souvent eu l’impression que tout était personnel, que les gens m’en voulaient personnellement. Je me suis sentie sans cesse attaquée et, en réponse, je suis devenue une personne à forte susceptibilité. Je prenais tout mal. Je me vexais pour des broutilles. J’étais pleine de ressentiment à l’égard des autres. Un pas de travers de la part d’un ami et c’était fini, je lui en voulais éternellement. Ce n’est plus le cas à présent.

Je suis très attentive aux détails, j’enregistre tout. Avant de comprendre que l’autre avait ses propres démons à combattre et que ses réactions étaient muées par ses propres problématiques, j’étais persuadée d’être la source de tous les problèmes.

L’empathie :

Sans que je m’en rende compte, mon empathie me jouait des tours. Mon humeur s’adaptait toujours à celle de la personne avec laquelle j’étais, sans que je ne puisse le contrôler. Je fusionnais littéralement avec elle, en particulier avec mon père. Mon père, cet homme génial, mais aussi cet être torturé, triste et désabusé.

Ses regrets, ses remords, sa vision noire de la vie sont devenus miens. Je prenais tout sur mes épaules. Je détestais les fêtes sans savoir pourquoi, c’était plus fort que moi. Tout ce qui le faisait souffrir, sans qu’il ne le formule, me torturait aussi.

Les gens heureux, voire euphoriques, m’emplissaient d’une énergie nouvelle, qui s’affaissait dès que je n’étais plus en contact avec eux. J’avais l’impression de ne pas avoir de personnalité, de dépendre des autres pour vivre et pour ressentir, pour décider si j’étais heureuse ou pas. Les gens malades me rendaient malades. Quand on me parlait de cancer, je le ressentais en moi.

Je pleurais de joie aux mariages, l’angoisse de ma soeur me parasitait le coeur, le désespoir d’une chanson écroulait mon monde. Je ressentais tout très très fort, et n’avais qu’un exutoire : chanter.

Comme si quelque chose partait de moi, une antenne, et allait se connecter directement au coeur de l’autre. Je sens généralement quand on me ment, quand c’est à fleur de peau, quand une personne est sournoise. J’ai la larme à l’oeil facile, et j’ai besoin de montrer à l’autre que je comprends et que je suis là pour lui.

Cette empathie fait aussi de moi une personne très indignée par l’injustice, une personne qui souhaite, sinon guérir, aider.

S’émouvoir de rien :

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été profondément bouleversée.

Bouleversée par ce poème, bouleversée par le baiser que déposait mon père sur mon front, bouleversée par la cruauté du camarade de classe qui écrasait les fourmis, bouleversée d’avoir à manger de la viande, bouleversée par les gouttes d’eau qui tombent du ciel.

Une véritable drama-queen ! Je gardais toujours pour moi ces sensations et n’en parlais à personne. Tout le monde semblait trouver tout ça banal : passer pour une hystérique était contraire à l’image de stabilité, de roc, que je souhaitais donner au monde.

Ca se traduit par des périodes de désespoir dingue : pensées suicidaires, auto-mutilations (rares, heureusement !), dormir 15 heures par jour, pleurer tous les soirs, imaginer un monde monstrueux dont on ne peut se sortir, et j’en passe.

Ca se traduit aussi par un bonheur si intense qu’on le sent venu tout droit de contrées divines : soulèvement du coeur, chaleur dans la cage thoracique, sourire qui décrocherait la lune, confiance inébranlable, certitude, paix profonde. Tout ça en étant tombée par hasard sur une abeille les pattes pleines de pollen. Dans mes phases de bonheur, comme actuellement, c’est un émerveillement de tous les instants.

Etre instable, réagir trop fort :

Comme Céline, je réagis très fort. Mes colères sont brutales, violentes. Elles ne durent que quelques minutes, voire secondes, pètent comme un éclair pour « rien ». Une tâche sur un papier important, un petit truc qui foire. L’instant d’après, tout le monde est tétanisé mais moi, je suis passée à autre chose et je ris. Mon amoureux trouve ça particulièrement déstabilisant.

Je suis instable dans le sens où je passe d’une émotion à l’autre sans prévenir, ce qui est particulièrement fatiguant pour moi, et pour ceux qui me côtoient intimement.

J’aime intensément, à la folie. Je fais tout ce qui revêt de l’importance à mes yeux à fond.

Comme je le disais plus tôt, c’est quelque chose que j’ai particulièrement renié. En façade, je suis très calme, très zen. C’est une demie façade parce que c’est aussi vrai, je suis d’un naturel calme. Mais je cache le plus possible à la société mes tornades internes.

Nervosité, incapacité à ne « penser à rien » :

Quand Ornella m’a dit que j’étais nerveuse, je n’ai pas compris. Depuis, j’ai fait du chemin, et j’ai accepté que ça faisait partie de moi. Je ne laisse plus mon ego me donner une fausse image de moi-même (du moins j’essaie !).

Je suis nerveuse, et l’hypersensibilité fait de mon esprit un endroit dénué de pauses. Je pense à mille choses en même temps, de façon non linéaire. Mon mode de pensée fonctionne plus comme un arbre à multiples branches qui se côtoient et interagissent, que comme une pyramide dont les étages se succèdent logiquement et sont distincts.

Je suis en constante ébullition. Je mets du temps à m’endormir. Mes rêves sont peuplés de myriades d’évènements sur lesquels je réfléchis sans cesse. Je ne connais pas de moments de répit. Méditer m’apporte beaucoup, même si j’y arrive très (vraiment très) peu.

J’ai soif d’apprendre. Je ne peux pas m’arrêter d’apprendre.

Souffrir d’être seule et différente mais accentuer mon « originalité » :

Je me sens profondément en marge du reste du monde. C’est un sentiment qui n’a jamais changé. J’ai mis du temps avant de rencontrer d’autres personnes avec lesquelles partager ça, et je me demande même si j’y suis vraiment arrivée.

Cette différence m’isole et me fait souffrir. J’aimerais être quelqu’un qui n’a pas de problème pour s’intégrer, qui est animé par des sujets de conversation normaux. J’aimerais être quelqu’un de moins « profond », parfois.

Mais d’un autre côté, je cultive cette différence, j’en fais mon étendard. J’aime être originale, j’aime casser les standards et montrer qu’on peut faire autrement, ouvrir les portes, creuser de nouveaux passages. Si j’en parle ici, c’est parce que j’ai constaté que c’est quelque chose que les hypersensibles expérimentent beaucoup. Ca me rassure.

Je crois avoir fait le tour de ce que l’hypersensibilité apporte et génère au quotidien. On peut le vivre comme un fardeau – je crois que nous l’expérimentons tous de cette façon les premières années – ou comme un splendide cadeau. Aujourd’hui, c’est de cette façon que je choisis de le vivre, que je me teste. Je vois que grâce à ça, je peux apporter beaucoup autour de moi et vivre en harmonie.

C’est un article beaucoup plus long et différent des autres. Il était nécessaire. Il me fallait vous expliquer ça pour ensuite vous parler de mon éveil, pour vous raconter quels enjeux se jouent désormais dans ma vie, pour vous décrire ce que c’est que de mettre un pied dans ce qu’on appelle la spiritualité.

Et vous ? Dites-moi, comment gérez-vous votre sensibilité ? Comment ressentez-vous ? De quelle manière vibrez-vous ?