Les Etats d’Esprit du Vendredi (28.04.17)

Début : 15h38

Fatigue : En dents de scie ! Le début de la semaine a été particulièrement difficile. Mon corps avait besoin de rattraper ces deux week-ends de folie et cette semaine dernière ou je n’ai pas pu me reposer. Maintenant, ça va mieux. Je reprends le dessus petit à petit.

Humeur : Bonne, mais perturbée par mon esprit qui tourne, tourne, tourne …

Estomac : Granola fait maison (c’est bon !), un peu de lait. Des superaliments. Pour midi, ce sera fenouil, salade et yaourt.

Condition physiqueCa va bien, rien à signaler. Douleurs toujours disparues comme par enchantement ! Mais toujours pas de sport à l’horizon.

Esprit : Pas serein du tout. Empoisonné par ce choix crucial à faire pour notre avenir. Je passe mon temps à lire sur le sujet, à m’imprégner du ressenti collectif. Je pense aussi à d’autres choses pour ma vie perso, mais ça m’empoisonne beaucoup. Oui, avant, tout le monde gardait ses opinions politiques pour soi. Mais j’ai absolument besoin d’avoir celles (toutes celles) des autres pour me forger la mienne et prendre une décision. Et j’ai aussi beaucoup besoin d’en parler ! Mon cerveau crie : à l’aide !! Délai court, urgence. Parfois, j’envie ceux qui résonnent mathématiquement. Pour eux, certaines questions ne se posent pas … Pour moi, c’est … Très, très, compliqué.

Boulot : J’avance tranquillement. Sans forcer, c’est vrai, mais j’arrête de culpabiliser. Je fais tout ce qu’on me demande en temps et en heure, j’ai la chance de pouvoir travailler sereinement, je n’ai pas à culpabiliser pour ça. Si ? J’ai été trop habituée aux postes ou chaque seconde est cruciale, parce que tu as le travail de 5 personnes à faire seule. Ce n’est plus le cas maintenant. Ca fait du bien.

Culture : La saison 3 de Broadchurch. On n’a pas tellement avancé. D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan. Je n’ai pas tellement avancé non plus. Je manque de temps !

Penser à : Emballer le cadeau de ma soeur. Ne rien oublier pour notre départ demain.

Avis Perso : Hier, j’ai cherché un cadeau pour ma soeur. Et pour la première fois, ça a été compliqué. Je voulais lui prendre un tableau, avec lequel elle pourrait décorer son nouvel appartement. Il n’y avait pas de tableaux. Alors j’ai tourné, tourné … Je voyais des jolies choses, mais … Quelque chose me froissait. « Ca ? Il faut des piles. Des tonnes de piles. La planète … »« Ca ? Vu le manque de qualité, si c’est pour le jeter au bout de quelques utilisations …. » » Punaise mais c’est fou, comment les gens peuvent acheter ces trucs ? »« Est-ce que je dois obligatoirement lui offrir quelque chose alors que je ne trouve rien qui convient ? »

Voilà, j’en suis à ce stade dans mon avancée du « consommer mieux ». De l’obligation de consommer. Je me dis qu’elle serait déçue si j’arrivais les mains vides, puisqu’elle n’est pas dans la même démarche que moi. Mais ça m’arrache un peu le coeur d’acheter quelque chose par obligation, et surtout quelque chose de polluant, et de mauvaise facture. J’aurais dû m’y prendre plus tôt. Bref, j’ai fini par trouver, mais en reniant mes idées. Le fait de lui faire plaisir prend le pas sur le reste, évidemment.

Loulou : Le chien arrive avant la fin de l’année ! Peut-être fin juillet, début août.

Message Perso : Je vais te/vous répondre, promis ! Les deux dernières semaines ont été intenses, et je n’ai pas trouvé le moment, mais je vais me rattraper :).

Amitiés : Pas revues depuis la dernière fois. Quand sera la prochaine ? Je ne sais pas. Je reprends contact avec mon coup de foudre amical. Elle va partir faire le tour du monde, bientôt ! Je l’admire beaucoup.

Love : Il est fatigué. Pour lui aussi, ces week-ends ou on ne se repose pas, c’est difficile à gérer. Il est toujours génial. Toujours amoureux. Il supporte mes petites humeurs avec docilité. Je lui suis tellement reconnaissante ! Il pense au déménagement dans un mois.

Sorties : Ce week-end, on part à Uzès, dans le Gard. Chez ma soeur, pour son anniversaire. Elle est née le 1er mai. Facile à retenir !

Divers : .. ?? ..

Courses : Biocoop, me manquait de l’huile de coco.

Envie de : Repos. En ce moment, je ne mets plus de musique durant mes longs trajets en voiture. J’ai besoin de silence. De silence. De calme. Mes pensées font déjà tellement de bruit !

Musique : La ballade de Jim – Alain Souchon. Elle m’évoque un sentiment lointain, presque indescriptible. Elle touche mon coeur. Vous savez, cette petite chose qui gratte, qui semble se réveiller au milieu de la poitrine, presque infime. Pourtant, ce ne sont pas spécialement les paroles …

Fin : 16h30

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Mon deuil.

Ma grand-mère, aujourd’hui seule, mais toujours aussi belle.

Il y a quelques semaines, je vous dévoilais comment j’ai vécu mon premier enterrement, du haut de mes 10 ans et demi. Mon Dédé, comme on aimait l’appeler, mon grand-père adoré, s’envolait. Je vous ai parlé de cette journée, sans vous décrire l’avant ni l’après. Aujourd’hui je reviens sur ce deuil, sur cette expérience douloureuse et formatrice, qui m’a blessée autant qu’elle m’a fait grandir.

Je me souviens particulièrement de mes 10 ans. La veille, nous nous étions rendus chez mes grands-parents. La soirée commençait à peine, le temps moite d’août nous enveloppait. J’étais tout sourire. « Demain, j’ai 10 ans ! Si tu m’crois pas hé … » (*musique*). Mes grands-parents m’ont offert mon premier bijou de grande : une bague en or jaune, ornée de deux saphirs, d’une traînée de petits diamants et d’une perle de culture. Un cadeau beaucoup trop onéreux, beaucoup trop adulte, absolument démesuré. Une bague de femme.

J’étais émerveillée.

Les mois qui suivirent, je nageais toujours dans mon grand bonheur d’enfant. Je passais au CM2, et mon enfance merveilleuse continuait sa route, m’apportant chaque jour son lot de bonnes surprises et de découvertes. J’étais la gamine la plus heureuse de la Terre, ma bague magique autour du doigt. Mon papi était à l’hôpital depuis peu, dans une grande ville. Le soir, quand mon père rentrait du travail, il avait besoin de prendre l’air. J’aimais bien l’accompagner.

Il semblait loin de moi. Il me racontait que son père à lui n’allait pas bien. Que mon Dédé était fatigué, mais qu’il avait adoré mes rosaces colorées. « Pourquoi on peut pas aller le voir, nous aussi ?Tu sais, il est très fatigué. Il a besoin de beaucoup se reposer. » Je ne me souviens plus exactement de ses mots, mais je sentais dans son attitude que quelque chose clochait. Il a sans doute tenté de me préparer à l’inévitable, mais sans jamais me parler concrètement de la mort. A 10 ans, je ne savais pas que les hommes aussi pouvaient mourir.

Je voyais ma grand-mère seule, les mois filaient et mon père passait de plus en plus de week-ends loin de nous. Jusqu’à ce fameux samedi après-midi, où une grosse boule d’énergie m’a quittée à l’annonce fatidique, pour revenir m’enserrer plus fort encore, toute chargée qu’elle était de mauvaises ondes. A cet instant précis, mon enfance est partie. Je ne saurais comment l’expliquer mais vraiment, en une seconde, tout un pan de ma vie, le premier, s’est refermé, pour laisser place au chemin tortueux des douleurs adolescentes.

Je l’ai souffert cette mort. Horriblement. Avant l’annonce, j’étais dans un déni euphorique. L’évidence ne venait pas frapper les carreaux de ma maison dorée. Le vent soufflait, mais le dôme de mon innocence résistait bien. Puis la bombe a explosé, et toutes mes certitudes les plus solides ont volé en éclat. Quand j’ai compris que mon grand-père était mort, que c’était irrémédiable et que plus jamais je ne le reverrais, j’ai culpabilisé.

J’ai culpabilisé de ne pas savoir quoi répondre à ses questions quand, seuls sur la table de sa cuisine, alors qu’il sentait que je m’éloignais temporairement de lui, il me demandait « Comment ça se passe à l’école ? » Sérieusement, je n’avais pas mieux à répondre que « Bien » ? Un mot, c’est tout ? C’est tout ce dont j’étais capable de partage pour cet être qui me manquait si atrocement que je m’en griffais les jambes la nuit ?

J’ai culpabilisé d’être repoussée, les derniers temps, par son odeur pastel de vieil homme. J’ai culpabilisé de ne plus apprécier ses étreintes, ni ses baisers trop mouillés sur mes joues lisses de gosse. Je m’essuyais compulsivement après. Idiote. J’aurais tout donné pour ressentir ça une nouvelle fois. J’ai culpabilisé de n’être pas digne de tout l’amour qu’il m’a porté, j’ai culpabilisé de ne pas assez l’aimer, de ne pas assez le considérer.

Puis j’ai culpabilisé d’oublier son visage. Je craignais tellement de perdre ses traits de vue que je dormais avec trois photos de lui au dessus de mon lit. Juste au dessus de ma tête. Chaque soir, j’embrassais les photographies cornées. J’ai pleuré tous les jours de ma vie, jusqu’à mes 14 ans. Un pilier de mon existence était tombé. Une colère sourde me rognait, une tristesse profonde m’envahissait. Des années noires.

Je m’accrochais comme je pouvais aux quelques souvenirs que j’avais de lui. « Surtout, ne pas oublier ça. Rappelle-toi, souviens-toi. » Cet instant où il faisait la sieste sur le canapé, et où on l’observait avec mamie. « Regarde comme il beau. Surtout, ne le réveille pas! » Ce moment où, assise sur ses genoux alors qu’il jouait à la belote, il m’apprenait à faire sauter les pions comme des puces. Le surnom qu’il me donnait. Ses longs ongles de sorcière. Ses tonneaux de vin dans la cave. Quand il ramassait les framboises avec moi. Quand il venait me chercher à la danse, comme j’étais fière !

Et la bague. Je me suis accrochée à cette bague comme à un talisman. Je la portais jour et nuit. Un morceau de mon Dédé. Elle était une part de lui, de son amour pour moi, de mon amour pour lui. Elle était le lien. Je n’ai jamais tant aimé un objet. Même ma bague de fiançailles n’est pas emplie de tant d’attachement. Quand, à force d’être étirée et agrandie, elle a fini par céder, quand le bijoutier m’a annoncé que je ne pouvais plus la porter sans risquer de la perdre, c’était une seconde mort …

Ne plus me souvenir du son de sa voix, c’est terrible. Ca me fend le coeur. Une nuit, j’ai rêvé qu’une voiture arrivait dans la cour. Il faisait beau, c’était un matin de printemps. Il descendait de l’auto et je n’en revenais pas de le voir. Il arborait un sourire radieux. Tout son amour transcendait. « Je vais bien, je te regarde. »

Je me suis réveillée, persuadée que je n’avais pas rêvé. « Il m’a vraiment dit ça. » Subjuguée. Je devais avoir 12 ans, et à l’époque, je faisais tout le temps les mêmes rêves, assez angoissants. Je rêvais que mes parents mouraient, que je devais m’occuper seule de ma soeur, et que le mausolée dans lequel ils reposaient en pleine forêt s’écroulait quand on allait leur rendre visite. Très caractéristique. Mais ce rêve-là, alors que je souhaitais ardemment qu’il revienne, n’est jamais reparu.

Peut-être parce que ce n’était pas un rêve, mais une autre expérience. C’est con, mais cette pensée m’a aidée. Chez moi, on ne croyait en rien. La vie commençait et se terminait, rien n’était dessus ni dessous. Alors, toute seule, je me suis mise à ajouter un peu de magie dans ce quotidien en 2D. Je me suis mise à croire profondément qu’il me regardait, qu’il me guidait, qu’il était là pour moi. Je ne pouvais pas le voir, mais il était là, quelque part. Ma bonne étoile. Il était venu m’apporter un message pour me soulager.

J’y crois toujours. Peut-être que c’est mon inconscient/subconscient qui a édicté cette stratégie pour me soulager. Peut-être que c’est juste un rêve comme un autre. Peu importe, tant qu’il m’aide à vivre mon deuil et à me reconstruire. Tant qu’il comble l’absence.

Petit à petit, mes larmes se sont taries. J’ai pu recommencer à penser à lui avec le sourire, j’ai pu en parler sans trembler. J’ai arrêté de me griffer les jambes et j’ai réussi à retrouver l’envie de me lever le matin. J’ai même réussi à aller le voir sur sa tombe, quand avant, les portes du cimetière m’étaient infranchissables. Mon père a pleuré et rappelé son absence terrible pour mon mariage. Moi, je savais qu’il était là. J’ai arrêté de me détester.

Mon adolescence pourrait se résumer à ce deuil. Ce deuil de lui, ce deuil de mon enfance bénie et protégée. J’étais l’écorchée vive. Je crois que j’ai moins souffert de mes deux ans de violences conjugales que de ça. A ce point-là. J’espère vivre mes prochains deuils différemment, avec beaucoup plus de recul et de philosophie. Avec de la spiritualité. J’espère que cette souffrance n’est pas vaine.

L’enchaînement de réactions qu’a amené cette mort est sans fin. Je me suis détachée de mes parents et de ma grand-mère, par crainte de souffrir encore s’ils mourraient. J’ai tenté de n’être plus atteinte par rien avant de me rendre compte que je prenais le mauvais chemin … Puis je suis revenue à la vie, pleine de nouvelles joies et de nouveaux sentiments. Ca a pris du temps, 15 ans, mais j’y suis parvenue. Et vous, comment avez-vous vécu vos deuils ?

L’histoire d’Aude.

Pour ce troisième volet des victimes et bourreaux que j’ai pu croiser dans ma vie, je vous parlerai d’Aude. Aude fait également partie des enfants que ma mère a aimés, élevés, éduqués. Elle était adorable, cette petite blondinette aux yeux bleus. Elle tenait la teneur de ses traits de sa mère, une femme très douce, infirmière. Son père était professeur des écoles. J’avais 16 ans à son arrivée chez nous.

Lors de leur toute première visite, leur comportement nous frappa. Deux personnalités aux antipodes l’une de l’autre. Lui parlait tout le temps et posait mille questions, plus pointilleuses les unes que les autres. Elle ne disait rien et suivait la visite en souriant. C’était d’autant plus étonnant qu’en règle générale, c’était plutôt l’inverse qui se produisait. Les femmes, futures mères inquiètes, vérifiaient souvent les moindres recoins de la maison tandis que leurs conjoints trompaient l’ennui en parlant « finitions » avec mon père. Quand ma mère posait une question, c’était toujours lui qui répondait.

Les premiers mois de garde se déroulèrent à merveille. On adorait Aude, surtout ma mère ! Elle la choyait comme sa propre enfant. Les parents étaient satisfaits et nous tissions des liens agréables avec eux. La petite parlait très peu, elle semblait prendre un peu de retard. Nous avons commencé à nous alarmer quand nous nous sommes rendus compte qu’elle mangeait ses cheveux. Elle avait toujours une mèche dans la bouche et sur les côtés de son visage, des trous apparaissaient dans sa chevelure. Elle tirait sans cesse sur ses boucles d’or et semblait terriblement anxieuse, sans que rien ne nous indique la nature de ses angoisses.

Et puis, de fil en aiguille, le comportement du père nous sembla de plus en plus étrange. Lorsque c’était à lui de venir chercher Aude, il nous appelait régulièrement pour nous signaler un retard. « Je suis dans les bouchons. – J’ai un conseil de classe qui finit tard. – Je suis sur la route mais il y a un accident. » Ca arrive. Sauf qu’il prétextait toujours être ailleurs alors que le numéro qu’affichait le combiné était celui de son téléphone fixe … Lorsque ma mère, au détour d’une conversation, en parla à sa compagne, elle sembla très surprise. Il ne lui avait jamais dit.

« Il l’a trompe. » Voilà ce que nous avons pensé, mais nous nous sommes bien gardés d’y mettre notre grain de sel. Ca ne nous regardait pas. Son manège continuait et les excuses devenaient légion. Parfois, c’est moi qui décrochais. « Allo ?Rozie ? Oui ?C’est le Papa d’Aude. J’ai eu un grave accident de voiture, quelqu’un m’est rentré dedans. Ma voiture est morte ! Je vais avoir beaucoup de retard. » Cette fois, nous nous sommes inquiétés. Au téléphone, il semblait furax.

A son arrivée, il s’est plaint. Il a raconté à mes parents comment une horrible personne lui avait foncé dedans, comment sa voiture avait été détruite et combien il avait eu peur de mourir. Il a raconté ses quelques heures passées aux urgences et le miracle que c’était d’en être sorti indemne. Nous aurions pu y croire, si la voiture en question ne stationnait pas au même moment dans notre cour sans la moindre bosse. Tout juste une égratignure au niveau du pare-choc.

Mon père lui diagnostiqua la folie. « Ce type est dingue. Sa voiture était devant nous et il pensait vraiment qu’on allait croire à son histoire ? » Ayant assisté à la scène, j’étais perplexe. « Papa, je crois qu’il y croyait vraiment, à ce qu’il nous racontait … » Mon père a ri de mon innocence et nous sommes passés à autre chose.

Après ça, ma mère a passé quelques mois de galère. Les places de garde se libéraient mais elle ne trouvait plus d’enfants à pouponner. C’était plutôt rare comme situation. En général, ses bons soins faisaient des émules et les parents se passaient la bonne adresse entre eux. C’est tout juste si elle n’avait pas à prévoir de places sur les deux prochaines années ! C’est comme ça que je l’ai vue revenir un soir de l’école, les yeux mouillés.

« Maman, qu’est-ce qu’il y a ? » Elle mit beaucoup de temps à me l’avouer. « Une rumeur circule à l’école. On dit que je maltraite ta soeur. » Vous vous en souvenez, je vous ai raconté que ma soeur était victime de violentes angoisses à cause desquelles elle ne sociabilisait pas. On disait que si ma soeur était si peureuse, c’est parce que ma mère la frappait. On disait aussi qu’elle infligeait le même traitement aux petits qu’elle gardait et qu’un parent témoignait. Vous l’aurez deviné, il s’agissait du père d’Aude.

Cette nouvelle bouleversa ma mère et enragea mon père. Tout se passait pourtant bien avec lui ! Nous couvrions même pas omissions ses écarts de conduite ! Le lendemain, ma mère décida de lever le voile, et d’en parler avec la Maman qui emmenait sa fille tous les matins. Quel choc se fut pour elle ! Elle s’est assise, puis elle a fondu en larmes. Elle se doutait de la tromperie mais déplorait la mauvaise rumeur. A partir de ce moment, tout s’enchaina très vite.

En parlant avec elle, nous l’avions révélé. Il déploya une énergie folle à détruire la carrière de ma mère dont la plus grande hantise désormais, était que ma soeur tombe un jour dans l’une de ses classes. Il entreprit de divorcer en mettant sa conjointe à terre. Il disait à qui voulait l’entendre qu’elle n’était rien sans lui, tout juste une profiteuse qui s’était servie de son argent pour payer ses études de médecine. Il dépeignait un terrifiant portrait d’elle et nous terrifiait par la même occasion.

Il nous harcelait, et venait intempestivement nous rendre visite les week-ends pour copieusement nous insulter. La grand-mère d’Aude s’y était mise aussi. On ne pouvait pas vraiment lui en vouloir, il était légitime qu’elle croit son fils mais tout de même … La violence dont ils ont fait preuve était inouïe. Quant à la Maman d’Aude, elle se démenait tant bien que mal pour sortir de l’emprise. Il lui a tout pris : la maison, l’argent, l’enfant, l’image, les amis, la famille … Elle s’est retrouvée seule, à nous raconter comment sa vie se délitait, comment il se débarrassait d’elle et ce qu’elle avait vécu en 5 ans de vie commune avec lui. C’était terrible. « Elle ne peut rien prouver, il ne la frappait pas. »

Nous n’avons plus jamais revu Aude. Ni sa mère, ni son père. Cette histoire m’a vraiment marquée et c’est d’ailleurs de là que vient l’initiale que j’utilise pour vous parler de ma Mauvaise Rencontre. Mon bourreau n’avait ni un prénom, ni un nom qui commençait parla lettre « D ». Mais lui oui. Son patronyme désignait un animal imaginaire, cracheur de feu, que les chevaliers combattaient pour sauver les princesses … D. Ca vient de là. Sacré nom, il le portait à la perfection.

Je n’ai rien inventé. Aude existe vraiment, toute comme Coralie et Joanna, dont je vous ai raconté les histoires précédemment. Je continue ma chronique sur les violences psychologiques en vous parlant pour quelques semaines des autres. Des autres bourreaux et des autres victimes que j’ai pu croiser dans ma vie, furtivement ou plus profondément. Il y en a quelques uns. Et je voudrais que le monde comprenne que ce n’est malheureusement pas exceptionnel … Et vous, en avez-vous croisé ?

Les Etats d’Esprit du Vendredi (21.04.17)

Début : 15h38

Fatigue : Ca va pas trop mal. J’ai eu beaucoup de mal, cette semaine, à sortir de mon lit le matin. Je manque d’énergie physique.

Humeur : Bonne ! Calme. Sereine.

Estomac : Pâtes, yaourt et eau. Il faut en boire au moins un litre par jour, j’essaie de le faire.

Condition physiqueCa va bien, rien à signaler. Douleurs pour l’instant disparues comme par enchantement ! Pourvu que ça dure ! Mais c’est pas pour autant que j’arrive (flemme magistrale) à pratiquer un peu de sport.

Esprit : Apprend beaucoup. Se pose de nombreuses questions. Réfléchi intensément. Ecoute et ressent les autres. J’avais un entretien à midi. Il s’est bien passé (j’étais du bon côté du bureau). Mais je ressens encore l’énergie de cette personne. Une boule compressée, pleine de dualité. Vie difficile, elle avait envie de parler, mais ça sortait pas. Et je ressentais tout quand-même. Elle m’a laissé une forte empreinte.

Boulot : Je me suis un peu laissée aller ! Tout le monde était en vacances, sauf moi. Et quand je suis seule, j’ai du mal à m’y mettre profondément. Bon .. J’ai travaillé quand-même, mais j’aurais pu mieux faire !

Culture : On attaque la saison 3 de Broadchurch. Elle traite du viol. J’ai bien aimé que la victime soit une femme normale. Ni belle, ni moche. Ni jeune, ni vieille. Et la bienveillance avec laquelle la police et les médecins la traitent lors de la prise en charge. On verra la suite ! J’ai enfin terminé mon livre Tableau de Chasse (pas top), et j’attaque D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan.

Penser à : Ne pas oublier ma soeur à la gare (ça devrait aller ^^). Me motiver pour faire un gâteau et une rillettes betterave/thon. Prendre de la spiruline.

Avis Perso : Apprendre à bien manger, c’est pas évident ! Il y a tant à apprendre !

Loulou : Le chien arrive avant la fin de l’année ! Peut-être fin juillet, début août.

Message Perso : … Rien ne sort de mon esprit pour cette catégorie !

Amitiés : J’ai passé un bon week-end. L’anniversaire surprise a été un franc succès. Le samedi soir, on était une bonne vingtaine. Le dimanche soir, on s’est séparé en deux groupes. Mon amoureux et tous ses amis partis ailleurs. Et moi et mes deux amis de l’autre côté, au calme. J’ai l’impression d’avoir renoué quelque chose avec eux. Ils ont toujours été là, mais ce week-end, on dirait que je me suis enfin rendue compte qu’ils m’aimaient. Je leur ai parlé de mes blessures. Ils m’ont dit maladroitement qu’ils étaient là si je souhaitais parler, et qu’ils s’en voulaient parce qu’ils n’avaient rien vu alors qu’à l’époque, on était voisins. Je crois que ça m’a fait du bien. En tout cas, ça m’a beaucoup touchée.

Love : Est très, très heureux. Il me rend au centuple ce que je lui ai offert ce week-end, et contre toute attente, il vit bien son passage des 30 ans. Ca l’angoisse horriblement depuis qu’il en a 25 ! Je m’attendais à ce qu’il passe la journée à broyer du noir, mais il a tellement reçu d’énergie positive ce week-end qu’il a passé une belle journée et que ça y est, il n’y pense plus !

Sorties : A partir de maintenant, on a un (gros) truc de prévu tous les week-end. On va bouger, cette année ! Celui-ci, on re-fête l’anniversaire de mon amoureux, mais en famille, cette fois-ci !

Divers : Un soin akashique. On m’a conseillé ça aussi. Je ne connaissais pas, et après renseignements, ça consiste à parvenir à ouvrir les archives de l’âme et donc de pouvoir consulter ses vies antérieures et ses guides. Vrai ou pas, c’est passionnant.

Avec un ami, on a eu une discussion sur l’effet placebo. Pour lui, et apparemment c’est prouvé scientifiquement, toutes les médecines douces ou presque fonctionnent exclusivement grâce à l’effet placebo. Je lui ai demandé en quoi c’était gênant, parce que si c’est le cas, ces thérapeutes aident juste les personnes à se guérir elles-même par la suggestion, sans prendre de médicaments qui eux, auraient un impact sur la santé. Ce qui le gêne et le met en colère, c’est que ces thérapeutes se font de l’argent là-dessus. A moi de répondre « Oui, mais sans payer le prix, l’effet placebo ne fonctionnerait plus si bien ? » Effectivement, le prix qu’on paie a une grande incidence sur l’effet placebo. Bref, moi, je crois que ça fonctionne vraiment les médecines douces. Mais c’était une conversation intéressante. J’adore avoir des points de vue différents.

Courses : Biocoop hier. Drive aujourd’hui pour le reste.

Envie de : Vacances ! Une escapade en Méditerranée, toujours ! Patience, courant juin !

Musique : La misère d’en face – Tryo. Un retour à mes années collège/lycée. Et puis c’est toujours d’actualité. Et j’adore les contre-temps, ça balance bien.

Fin : 16h15

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Je n’irai pas voter.

En écrivant cet article, je m’attends à toutes les réactions. Ne pas voter est souvent considéré comme un acte dangereux et irresponsable. Honteux. A chaque fois que je le dis, j’ai peur qu’on me jette des pierres au visage. Et franchement, je le comprends. Pour des personnes pour qui la politique, et le choix de notre nouveau président est une bataille, ceux qui ont un pouvoir précieux entre les mains et qui décident de ne pas s’en servir sont révoltants. Je ne vous en veux pas de me détester derrière votre écran.

Il est probable que si j’avais grandi dans un pays où le droit de vote était inaccessible, j’aurais tempêté pour l’acquérir. C’est même certain. Je ne crache pas sur tout ce qui a été accompli jusque là pour nous, et je suis reconnaissante de ce droit, de ce devoir, que j’ai de pouvoir faire entendre ma voix. Alors pourquoi décider justement, de ne pas la faire entendre, cette voix ?

Pour la première présidentielle à laquelle j’ai pu participer, il y a 5 ans, je n’avais aucune notion de politique. Aucun opinion. Et ça n’a pas changé. J’avais compris que la gauche, c’était le peuple, et la droite, les riches. Que tout le monde se contre-foutait de l’écologie ou presque (moi y compris), et que le Front National, c’était Satan.

Voter, c’était important. Pas parce que c’était ma première fois. Parce que c’était vraiment important, et ça l’est toujours. De par mon manque flagrant de culture dans le domaine, je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire de ce bulletin. Fille et petite-fille de prolos, j’aurais pu voter à gauche, comme le faisait le reste de ma famille. Le vote facile, on ne se casse pas la tête. On soutient un parti et on n’en démord pas. On fait confiance aux autres.

Mais je ne suis pas du genre à suivre bêtement les autres, même quand il s’agit de mes parents. Il me faut du temps pour me forger un avis. J’affirme très rarement quelque chose. Je suis plus du genre à les récolter tous, et à n’en contrer aucun parce qu’ils ont tous une valeur. On a tous une vérité.

Alors la première fois, j’ai longuement réfléchi. Ne pas voter me semblait être un mauvais choix. Mais voter pour une programme et une personne dont je ne connais que ce que veut bien me dévoiler un flyer dans ma boite aux lettres, ça me paraissait encore plus dingue et irresponsable. J’ai bien tenté de me plonger dans les programmes, en long, en large, et en travers. Bien sûr, je suis en adéquation avec certaines idées, certaines tendances. Mais ce n’est pas parce qu’une idée me correspond qu’elle sera la bonne.

Je ne connais rien à la finance, par exemple. J’ai l’impression qu’elle dirige le monde, et la mettre par terre collerait pas mal avec mes idéaux. Sauf que. Sauf que je n’y connais rien ! Ce choix ne reposerait donc que sur ma petite perception de la finance. Je ne peux pas voter sans une connaissance approfondie du sujet. Si j’avais pu voter pour le référendum sur l’entrée de la France dans l’UE, il m’aurait fallu des mois de recherche pour être certaine de ma réponse. Sinon, à quoi bon ? A quoi bon dire oui ou non, si tout ce que je connais du sujet, ce sont les médias qui me le montrent à la télé ?

Dans un programme, des idées comme ça, il y en a cent. On ne peut jamais trouver une personne qui aura bon partout, et je n’ai pas les capacités de me renseigner à fond sur chaque concept. Chaque idée engrange des changements insoupçonnés, c’est l’effet papillon. Moi, ça me paralyse. Je n’ai généralement pas de problème pour faire des choix, au contraire. J’ai un instinct très fort qui me mène toujours là où il faut. Mais voilà, ma vie ne regarde que moi et mes choix n’impacteront pas grand monde (quoique). Voter, c’est différent.

A l’heure actuelle, c’est une trop grande responsabilité pour moi, que je ne suis pas prête à saisir et à assumer. Comme apprendre à conduire quand j’avais 16 ans. Sauf qu’on ne peut pas se défiler. La première fois, j’ai voté blanc aux deux tours. Même au deuxième, je ne me sentais pas assez éveillée pour choisir. C’était pourtant plus simple.

Voter blanc pour dire : « Ca m’intéresse, j’aimerais pouvoir me positionner, mais je ne suis pas prête. » Ou « Ca m’intéresse, mais rien ne me correspond. » Cinq ans plus tard, le vote blanc m’apparaît comme illusoire, si peu considéré qu’il est.

Mon mari ne votera pas parce que ça fait partie de sa culture. Les Témoins de Jéhovah (qui l’ont élevé) ne votent pas. Ils sont neutres, politiquement. Outre leurs raisons religieuses et bibliques, c’est une démarche que je comprends. Depuis que je m’y intéresse, tout ce que je vois dans la politique est « sale » et cette campagne 2017 me l’a largement prouvé. Voter me donne un peu l’impression d’aider un braqueur dans une banque. Je ne veux pas me salir les mains. J’ai l’impression de n’avoir en face de moi que des magouilleurs qui ne voient que leur propres bénéfices.

Je les trouve ridicules d’essayer de se démarquer avec des technologies innovantes, ou en créant des hashtag insultants. J’ai honte d’eux. J’ai honte de n’avoir qu’eux comme choix. Je n’ai pas l’impression que voter changera cet état de fait.

L’affaire Fillon a fait beaucoup de mal, et pas seulement à sa classe politique. Je ne veux pas faire partie de tout ça. Hors de question de lui donner ma voix. S’il s’oppose à Madame Le Pen au deuxième tour, ne comptez pas sur moi pour un vote contre. Plutôt crever.

Mon vote contestataire, c’est ne pas me rendre aux urnes. Oui, peut-être que le FN passera. En partie à cause de ma négligence. Je prends le risque de participer malgré moi à des conflits, même à des guerres engendrées par cet effet papillon-là. Mais j’ai l’impression que quoi que je choisisse, je suis coincée.

Je pourrais voter Mélanchon, pour sa proposition de 6e République. Je pourrais faire comme mon père jadis, et voter Le Pen alors que j’en vomis les idées dans l’espoir d’une révolution. « Il faut passer par le chaos pour revoir la lumière. » Je pourrais voter un petit candidat pour le valoriser et exécrer les plus grands. Je ne prendrais pas de gros risque puisqu’ils « ne passeront pas » (qui en est vraiment sûr, d’ailleurs ?) mais ce serait me mentir, puisque je ne connais pas plus en profondeur leurs programmes.

Je suis paumée. Je ne me reconnais vraiment nulle part, et je ne considère pas que c’est parce qu’un programme me correspond à moi qu’il est bon pour la France. Comment je vois la France de demain ? Honnêtement, difficile à dire. On n’a pas tous cette conscience-là et clairement, je ne l’ai pas. Evidemment, je vois du bonheur et de la paix. Mais au delà des droits fondamentaux de l’homme et des principes de laïcité et de liberté, je ne vois rien d’autre. Je n’ai pas de conscience politique. Je ne suis pas bon juge.

Pour toutes ces raisons inhérentes à ma personnalité, je ne me rendrais pas aux urnes dimanche. A trois jours des élections, je suis bien emmerdée par ce sentiment de culpabilité, mais faire quoi ? Renier ce que me dicte mon coeur ? Jouer à pile ou face ? Je refuse de participer et j’assume mon silence. D’avance pardon, si je participe à une grossière erreur. Et vous, êtes-vous à l’aise avec votre choix ? Avez-vous aussi l’impression de n’être pas « capable » de voter ?