Ma revanche.

Rozie à l’autre bout du monde …

Je ne suis pas une fille revancharde, au contraire. Je me bats avec férocité et si je perds, je l’accepte, tant bien que mal. Je pardonne, pour moi, pour avancer. Je pense que la vengeance gangrène. On dit qu’elle est un plat qui se mange froid. Maintenant, je sais que c’est vrai. Je me suis vengée, malgré moi. Je me suis vengée du mal qu’il m’a fait.

Je vous ai déjà expliqué que je regrettais de ne pas m’être battue devant la justice, même si, je le sais, je n’aurais probablement pas eu gain de cause. Je vous ai raconté que je voulais le « marquer au fer rouge ». Le dévoiler aux yeux de tous, mais que je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas annoncer un jour sur les réseaux sociaux que « Mon ex-ami, D., m’a maltraitée et manipulée. Il est dangereux, méfiez-vous ». Mais ça me démangeait.

Il y a quatre ans, ma vie prenait un nouveau départ, j’étais libre depuis six mois. J’avais besoin de parler ou d’écrire. De raconter. Et aussi de lire d’autres histoires semblables à la mienne. Malgré toutes mes recherches approfondies sur le sujet, je n’ai pas trouvé une seule plateforme qui me permettrait de déposer ma peine. J’ai lu des témoignages de femmes battues, mais aucun ne traitait « que » de la violence psychologique.

Etais-je la seule ?

La seule à l’avoir vécu, j’étais sûre que non. Etais-je la seule à souhaiter en parler ? Maintenant, je sais que non. Comme Marie, beaucoup d’autres l’ont fait. Mais avant que je n’apprenne à connaître la blogosphère, je me sentais vraiment enfermée par cette douleur que personne ne semblait exprimer.

Il n’y avait guère que mon amoureux pour me comprendre, lui qui m’avait vue pleurer souvent, comme ça, au cours d’une conversation comme une autre. Mes parents ne savaient pas tout encore, ils ne comprenaient pas. J’étais frustrée de n’être pas reconnue comme la victime que j’avais été. Je ne voulais pas qu’on m’assimile à un être fragile qui a besoin d’être consolé, mais je voulais qu’on accorde du crédit à ma douleur, qu’on me dise « Oui, Rozie, tu as vécu quelque chose de traumatisant, une relation toxique, et ta peine est justifiée. »

Alors j’ai continué à chercher un lieu dans lequel je pourrais m’exprimer. Et par hasard, je suis tombée sur les participations d’un concours. Le concours Egalitée, alors créé par Najat Vallaud-Belkacem, Ministre du Droit des Femmes. On pouvait élaborer une affiche, créer un court-métrage ou écrire un texte, pour dénoncer les violences faites aux femmes au quotidien.

Je n’ai pas réfléchi. J’y ai vu une porte de sortie. Les participations étaient affichées sur le site même si elles n’étaient à terme pas sélectionnées. Je me suis dit qu’enfin, on allait me lire et me comprendre. J’ai posé des mots sur ma douleur, je les ai envoyé, ils se sont affichés sur le site et d’un coup, un poids immense est sorti de ma poitrine. Soulagée. Enfin. J’ai éteint mon ordinateur et je n’y ai plus pensé.

Je ne crois pas aux coïncidences. Mais je crois au karma, au destin, et à un tas d’autres choses.

Un après-midi de février, j’ai entendu mon téléphone vibrer. Un numéro que je ne connaissais pas. Perplexe, je décroche. « Rozie ?Oui ?Bonjour, je m’appelle **** et je travaille pour le ministère du Droit des Femmes. Oui … ? Je suis très heureux de vous annoncer que le texte que vous avez soumis à notre concours Egalitée a été sélectionné. Vous faites partie des trois lauréates de la catégorie ! »

Je n’en croyais pas mes oreilles. J’avais oublié. « Lauréate ?Oui, il y a trois lots à gagner et votre texte a vraiment touché le jury. » Le jury ? « Il faut vraiment que vous soyez présente à la soirée de remise des prix, le 8 mars à Paris. Vous pouvez venir ?Euh … Oui.Parfait, je vous envoie vos billets de TVG et votre réservation d’hôtel. On s’occupe de tout. A bientôt, Rozie ! »

J’ai raccroché, bouche bée. Il y avait trois prix remis par catégorie. Bien sûr, je m’y suis rendue. Un comédien a lu mon texte et m’a beaucoup touchée, puis on m’a annoncé que j’avais gagné le premier prix. J’avais raflé un Macbook Pro, 4000 euros de cartes cadeaux à valoir à la Fnac, et mon texte publié dans Le Magazine Littéraire.

A Lyon où D. et moi vivions, une journaliste du 20 minutes m’avait interviewée. Elle m’avait photographiée aussi. Alors ce soir-là, pendant qu’on me remettait mon prix, j’ai reçu de nombreux messages. D’amis, de collègues et de connaissances. Tous s’excusaient de n’avoir rien vu, rien compris.

Bien sûr, je n’ai pas cité son nom dans ce texte. Mais ce n’était pas la peine : nous avions les mêmes collègues et les mêmes amis, et il y fort à parier que D. lui-même y ait jeté un oeil. Je l’avais dévoilé aux yeux de tous ceux qui nous connaissaient. Bien que mon but premier n’ait été que de libérer ma parole, j’avais eu ma revanche. Et je dois l’avouer, elle m’a fait beaucoup de bien.

C’est grâce à ce texte qu’Ophélie et Anna m’ont retrouvée. Avec l’argent, je me suis offert du matériel pour chanter, et un voyage à deux, à l’autre bout du monde. La vie est pleine de surprises. Je vais terminer cet article avec ce fameux texte. Je n’aime pas vraiment le relire. Je trouve qu’on ne me reconnaît pas à travers les lignes. Comme lorsque je vivais avec lui. Il a été écrit sur le vif, sans que je n’arrive à prendre du recul. C’était douloureux.

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Femme moderne

« Je m’appelle Rozie, j’ai 20 ans. Je suis une femme moderne, manager dans un restaurant, et je vis avec mon compagnon.

Le réveil sonne, il est 6H30. Dans 30 minutes je dois être au travail, et je suis déjà en retard. Je m’habille rapidement, me passe de l’eau sur le visage, et embrasse mon ami. J’ai du mal à garder les yeux ouverts dans le métro, on s’est couché tard hier. J’arrive au travail. A 7H pétantes, mon téléphone vibre. Le 1er message de la journée, c’est mon amoureux qui l’envoie. Il se réveille exprès tous les matins, pour ça.

La matinée passe vite. Je suis très occupée. J’ai un restaurant à faire tourner, et je suis seule pour tout mettre en place. C’est un défi quotidien que j’aime relever. Je suis une femme qui en veut, une femme qui gagne bien sa vie.

A midi mes collègues arrivent. Ils me saluent, et je pars prendre cinq minutes de pause avec eux. Mais pas le temps de manger. Le service terminé, je compte ma caisse et vérifie la propreté du restaurant. Il est 16H, je rentre. Je sais qu’il m’attend, alors je presse le pas. Durant le trajet, une amie m’appelle, elle souhaite me revoir. Je refuse, trop fatiguée aujourd’hui, la semaine prochaine, peut-être.

Arrivée à mon domicile, je retrouve mon ami. Je ne lui raconte pas ma journée, je fais toujours la même chose, il connaît ça par cœur. Je le cajole, je lui prépare un petit plat, et dès que je peux, je fais un bout de ménage. On passe la soirée ensemble, et je pars me coucher.

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Je pourrais être heureuse.

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Je m’appelle Rozie, j’ai 20 ans. Je me réveille toujours en retard, parce que je ne dors jamais assez. Je m’habille dans l’urgence, et perds un temps fou parce que mon compagnon refuse de me laisser partir.

Je m’endors toujours dans le métro. Mon corps épuisé réclame ce que je ne lui offre jamais. A la maison, je n’ai pas le droit de m’endormir avant lui. Et durant la nuit, souvent, il me réveille.

J’arrive au travail, et à 7H pétantes, mon téléphone vibre. Le premier message de la journée, c’est mon bourreau qui me l’envoie. Il se lève exprès tous les matins, pour me noyer sous une pluie de sms culpabilisants, colériques et mortifiants.

La matinée passe vite. Je suis débordée. J’ai un restaurant à faire tourner, je suis seule et je panique. J’ai mon téléphone toujours dans les mains, je perds un temps précieux. C’est un défi quotidien que je n’ai plus la force de relever. Je suis une femme d’aujourd’hui, stressée et culpabilisée. Une femme qui gagne plus que son homme, qui lui en veut.

A midi, mes collègues arrivent. Ils me saluent et je discute avec eux. Les cinq précieuses minutes de sociabilité. Pas le temps de manger. Je n’en ai pas envie, rien ne me fait envie. Le service terminé, je compte ma caisse et vérifie la propreté du restaurant.

Il est 16H, je me dépêche de rentrer. Il m’attend, alors je presse le pas. Le moindre retard me serait fatal, et j’appréhende les cris de ce soir. Durant le trajet une amie m’appelle, elle souhaite me revoir. Je refuse, il n’aime pas mes amis, alors je n’ai pas le droit de les voir.

J’arrive et le retrouve. Je ne lui raconte pas ma journée, il déteste que je lui rappelle que j’ai un meilleur poste que lui. Je m’occupe de lui machinalement. Je lui prépare le steak-frites qu’il mange tous les jours. Je suis obligée de manger la même chose, alors je préfère ne rien avaler. Et dès que je peux, je fais un bout de ménage. Pas souvent, il ne supporte pas que je touche à son “bordel organisé”.

On passe la soirée dans la même pièce, il se défonce et je m’efforce de ne pas m’endormir. Je pars me coucher crevée, mais soulagée d’avoir réussi à éviter la crise. Je suis une femme maltraitée.

Une femme seule. »

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Même s’il n’est pas parfait, ce texte m’a beaucoup aidée. Il fait partie de mon histoire et de mon processus de guérison. Certains membres de ma famille n’ont pas compris, et ont trouvé indécent que je « lave mon linge sale en public ». Mais j’ai surtout reçu beaucoup d’amour, alors ça valait le coup. Et vous, avez-vous levé le voile ?

Mon rapport compliqué au plaisir.

Sextoy

S’il y a un domaine dans ma vie qui n’évolue pas, c’est bien celui de ma sexualité. Je suis bloquée à de nombreux égards à ce sujet, et ai finalement très peu de liberté. Mon esprit m’entrave et m’empêche de m’épanouir, alors que je suis en mesure de ressentir le bien que pourrait m’apporter une libération.

Je ne me souviens pas qu’on m’ait tenu un jour un mauvais discours sur la sexualité. Mes parents ne m’en ont jamais parlé, j’ai donc découvert cet univers avec les copines, la télévision et les quelques cours d’éducation sexuelle qui nous étaient donnés au collège.

Je devais avoir douze ans la première fois que, dans mon lit, j’ai imaginé faire l’amour avec un petit-ami fantasmé. Je ne me touchais pas, je pensais simplement. Je n’avais pas d’image concrète de ce qui se passait au niveau de nos organes. Je savais que les corps s’enlaçaient, que les bouches s’embrassaient, que les lits grinçaient et que c’était bon. L’acte d’amour ultime. C’est assez révélateur. Je fonctionne d’une façon assez cérébrale. Et dès que j’imagine des choses trop concrètes, je me braque. Je trouve ça … Un peu dégradant.

Petit à petit, je me suis mise à découvrir cette partie de mon anatomie. Physiquement, l’effet était nul. Ce qui me plaisait, c’était de recréer l’acte « pour de vrai ». Ca a duré quelques semaines, et je me suis lassée. Avant ça, je n’avais jamais rien ressenti d’agréable au niveau de mon pubis, je ne l’avais jamais exploré. Aussi étais-je étonnée quand mes amies me confiaient que, petites, elles se frottaient contre les chaises ou les balançoires parce que ça leur faisait du bien. Et je ne comprenais pas que ma soeur, de quatre ans ma cadette, glisse parfois ses doigts dans sa culotte. Je trouvais ça sale alors que pour son âge, c’était tout à fait normal. Elle se découvrait.

Toujours est-il qu’aujourd’hui, je suis dans l’incapacité mentale de me toucher et que je ne sais pas comment me faire du bien. Ca pose un problème à mon mari, qui aimerait que je lui montre ce qui me plait. « Oui mais … J’en sais rien. » Je n’ai pas non plus envie qu’il me touche trop cette zone-là, cette idée me dérange particulièrement. Parfois, quand j’arrête de penser, ça me fait beaucoup de bien, mais c’est vraiment rare. Je déconnecte très peu quand on fait l’amour.

J’adore m’occuper de lui, mais je n’apprécie pas qu’il s’occupe de moi. Les préliminaires me gênent. Une sensation de dégout se développe et coupe mon désir à chaque fois qu’on est concentré que sur moi. Souvent, durant nos ébats, j’écarte sa main. Il m’arrive régulièrement d’être réveillée par un songe érotique, c’est l’orgasme qui me fait ouvrir les yeux. Dans ces moments-là, je sais que si j’osais me toucher j’atteindrais le Nirvana, mais rien n’y fait, mes répulsions m’obligent à me frustrer. Il m’est arrivé une fois de m’éveiller et de constater que j’avais la main déjà positionnée entre mes cuisses. Troublée, je l’ai immédiatement retirée : des images de Black Swan (le film), très étranges, me revenaient.

Ces derniers temps, j’ai tout de même avancé dans ma recherche de l’épanouissement. Parfois je le veux, d’autres fois je me sens poussée par l’envie de mon mari et par notre société hyper-sexuelle. Est-ce obligatoire de se connaître, de jouir souvent, de jouir seul ? J’ai n’ai réussi qu’une fois à atteindre l’orgasme avec la pointe de mon clitoris. C’était très fort. Une sensation violente mais pas désagréable. Généralement, ce sont les parois à l’entrée de mon vagin qui m’extasient, et même s’il s’agit là aussi du clitoris, la sensation est différente, plus sourde, plus douce.

J’ai sauté un premier pas en m’offrant un sextoy. J’en ai choisi un qui vibre, un tout doux, violet, qui ne ressemble pas directement à un pénis. Il est encore inenvisageable que j’utilise mes propres doigts pour me parcourir. Je le fais pourtant pour positionner ma cup, pour trouver mon col, pour tâter mes parois, mais jamais à des fins sexuelles. Mon sextoy patiente, dans le tiroir de ma table de chevet, depuis six mois. Je ne m’en suis pas servie. Et je pense que je ne m’en servirai jamais. Pas pour moi. Mon mari rêve de l’utiliser sur moi mais je l’en empêche. « Je ne suis pas prête. » J’avais déjà acheté des sextoys auparavant, par curiosité. Ils ont tous finis à la poubelle lorsque, lucide, j’ai compris qu’ils ne me serviraient jamais. Alors pourquoi retenter ? Je ne sais pas.

Peut-être que s’il est là, à portée de main, un jour j’oserais. En ai-je vraiment envie ? Je ne suis pas sûre. Je ne suis pas certaine qu’il faille que je débloque ça. Finalement, certaines personnes n’apprécient pas certaines pratiques, ce n’est pas forcément parce qu’elles sont bloquées. Elles n’aiment pas ça, c’est tout. Ce quelque chose qui m’intime de tenter l’expérience, est-ce mon corps réclamant ou est-ce ma conscience qui me prie d’être normale ?

Le fond du problème, c’est sans doute mon homme. Il ne m’oblige à rien, il tente parfois mais ne force pas les choses. Seulement, je sais qu’il aimerait, et j’aimerais pouvoir lui donner ça aussi. Nous fonctionnons différemment, il a besoin de m’aimer physiquement et de ce fait, il a des envies plus poussées que les miennes. Je n’ai pas une libido très développée, si rien ne se passe pendant deux semaines je me porte bien. Une semaine, c’est un intervalle idéal pour moi, ça laisse le temps à mon désir de doucement monter.

Mon amoureux me trouve paradoxale. J’aime l’érotisme, je suis coquine au quotidien, j’aime l’attiser à coups de « Déshabillez-moi » (*musique*). Mais dès qu’il s’agit de passer aux choses sérieuses, je me débine. Je n’ai pas envie d’aller plus loin. Suis-je différente des autres ?

Adolescente, je pensais que j’étais asexuelle et je désespérais de trouver une personne comme moi, que je pourrais aimer platoniquement. Finalement, j’ai bien un désir. Toute la question est de savoir s’il est à son paroxysme, ou si je peux encore le pousser. Le dois-je ?

L’image de la sexualité que donnent les médias n’est pas là pour me rassurer, et si j’ai appris à ne plus me fier à eux, il n’en reste pas moins que j’ai souvent l’impression d’être en retard. Tout cela finit par me peser. J’ai encore un long chemin à parcourir avant d’être complètement à l’aise avec le sexe. Mais j’ai toute la vie devant moi, n’est-ce pas ?

J’ai dit « Oui » en Ardèche.

Lecture des voeux

Dès le lendemain de la demande en mariage, nous nous sommes attelés à la recherche du lieu parfait. Parmi les différents choix à notre portée, nous craquions complètement pour le Domaine de Sarson situé en Drôme provençale, à Grignan. Cet ancien prieuré rénové, perdu entre champs de lavande et oliveraies me faisait rêver. Le charme de la bâtisse, les voutes minérales de la salle de réception, la cour magistrale et la tranquillité alentour .. C’était parfait. Nous imaginions déjà notre cérémonie laïque en extérieur, notre repas à l’abris des pierres de caractère et le reste de la soirée, suspendue dans les senteurs inoubliables du printemps à la provençale.

Ce que nous ne savions pas, c’est que le prix et les contraintes exigées par ce domaine d’exception le rendrait totalement hors de notre portée. En effet, nous ne pouvions pas choisir notre traiteur : ils assuraient eux-même cette fonction, et bien que je ne doute pas de la qualité de leur prestation, il nous était impossible de débourser une telle somme juste pour le repas. Entendons-nous, en ce qui concerne la nourriture, je suis une épicurienne. Mais ma passion exacerbée pour les orgasmes culinaires dépend clairement de notre budget. Inviter une centaine de personnes à un repas gastronomique, nous n’avions pas les moyens.

Le prix du lieu en lui-même ne nous semblait pas excessif au vue de sa qualité, seulement, il nous faudrait héberger l’intégralité de nos convives. Très vite, nous avons compris qu’il manquerait des places, puisqu’aucun de nos cercles ne vivait dans les parages. Il faudrait aussi pouvoir s’y rendre plusieurs fois dans l’année, notamment pour gouter les menus, décorer, signer les contrats … Et notre emploi du temps d’alors ne nous permettait pas une si grande flexibilité. Enfin, si nous avions choisi ce lieu, il nous aurait fallu dissocier mairie et cérémonie laïque : impossible de faire les deux dans la même journée, trop de kilomètres les séparaient.

C’est avec un terrible pincement au coeur que j’ai dit adieu à mon mariage provençal. C’eut été une folie financière et contracter un crédit pour notre union ne faisait pas partie de la liste de nos envie. Il fallait rebondir. Quels choix nous restaient-ils ? Nous vivions à Villeurbanne mais il était clair que nous quitterions cette cité grouillante un jour. Le béton ne nous faisait pas rêver, plutôt mourir que de s’unir là-bas !

Les parents de mon héros du quotidien vivaient en Provence, à Sisteron. Une ville charmante, dotée d’un bel hôtel de ville et de paysages alentours superbes. Nul doute que nous aurions pu trouver notre bonheur là-bas mais … Notre liste d’invités comptait plus de membres de mon côté que de celui de mon fiancé, et on ne parlait plus d’une route de route, mais de trois heures et demie ! A Sisteron ne siégeaient qu’une quinzaine de nos invités contre une bonne soixantaine coté Drôme-Ardèche.

Il nous restait donc le choix de mes racines, le choix de la raison aussi, mais surtout le choix de mon coeur accroché aux vallées escarpées qu’ont tant escaladé mes aïeuls. Mes parents vivaient à Chantemerle-les-Blés dans la Drôme des collines, comme l’aiment l’appeler les autochtones. Ne vous méprenez pas, ce nom poétique et intemporel cache un village aux moyens limités qui n’a sans doute pas plus de charme que le vôtre. Sa chapelle perchée, datant du 11e siècle, lui offre du cachet mais sa mairie, principal objet de mon attention, ne vaut pas le détour. Heureusement pour moi, la salle des mariages fut rénovée quelques mois avant que nous n’y célébrions le nôtre. Au revoir affreuses odeurs de renfermé, adieu linoléum douteux et peinture défraîchie, bonjour couleurs joviales et parquet flottant ! Le maire n’était autre que le voisin de mes parents. Il m’avait vue grandir et j’avais même travaillé pour lui. Autant le dire : j’étais ravie que l’officiant soit un intime de la famille.

Et la salle alors ? Elle devait se situer à moins d’une heure de route de la mairie, avoir du charme et du caractère, être dotée d’un extérieur agréable et ne pas être trop exigeante au niveau des contraintes imposées au futurs époux. C’est avec tous ces critères en tête que nous nous sommes accordés sur le Domaine de Turzon en Ardèche, à Saint-George les Bains. Là aussi, les bâtisses en pierre, les rosiers fleurissants, le petit étang et les pelouses verdoyantes eurent raison de notre coeur. Le domaine est entourée par les forêts ardéchoises, je m’y sentais .. Chez moi.

Nous pouvions choisir l’emplacement de notre cérémonie laïque en extérieur, nous avions une solution de repli en cas de mauvais temps, le domaine jouissait d’un préau adorable, la salle de réception était à taille humaine et nous disposions même de petits salons pour les convives éreintés. Bien sûr, rien n’est parfait et ici aussi nous devrions jongler avec des règles très strictes.

Le domaine ne comptait que trois chambres. La famille de mon amoureux qui viendrait des quatre coins de France et d’Espagne devrait se trouver un hébergement elle-même. Nous n’avions pas le choix du traiteur non plus, mais celui-ci nous convenait tout à fait. Les prix étaient corrects pour un repas de qualité. Nous devrions nous acquitter d’un droit de bouchon pour toutes les bouteilles extérieures à la petite entreprise (*musique*), nous ne pourrions pas décorer la salle avec des bougies ni balancer des confettis sur les pelouses et, gros point faible, nous devrions stopper les festivités à quatre heures du matin, sans quoi nous payerions cent euros en plus par heure entamée.

Tout est affaire de compromis et nous pourrions facilement trouver des alternatives, sauf pour ce qui était des horaires intransigeantes. Nous avons signé le contrat sans rechigner, ravis de pouvoir enfin choisir les autres prestataires et de se lancer vraiment dans cette grande aventure qu’est le mariage. La date était choisie elle aussi : le 9 mai 2015. Le neuf, mon chiffre fétiche, celui qui m’a vue naître. Son double appartient à mon héros du quotidien. Coïncidence .. Ou oeuvre du destin !

Le choix du lieu de réception est peut-être le plus important. Bien sûr, il faudra être parée d’une robe inoubliable. Bien sûr, le photographe se verra confier la tâche la plus importante de la journée, mais le lieu est ce qui conditionne tout ça. Pas de lieu, pas de mariage, n’est-ce pas ?

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Suis-je entrain de suivre une « mode » ?

Depuis quelques semaines, voire quelques mois, j’observe et je mets en place de grands changements dans ma vie. J’ai un besoin. Un besoin pressant de bousculer ma façon de vivre. Parce que je me rends compte que je la subis plus qu’autre chose. Mon mode de vie était une base solide que m’ont inculqué mes parents. Et comme ce sont mes parents et que ce sont des personnes réfléchies, je ne l’avais jusque là jamais remis en cause. Non pas qu’il le faille. Mes parents vivent très bien, et leur mode de vie leur correspond. Mais me correspond-il, à moi ?

Je vous en parlerai bientôt, je suis en quête. En quête d’un grand tout. D’une bouffée d’air, d’une évidence, peut-être même d’une nouvelle croyance. Pour assouvir ce besoin d’unité, je chamboule tout. Je déconstruis tout. Et je recommence.

J’ai jeté tout ce qui m’encombrait chez moi. Les « je garde au cas ou » et différents ramasse-poussière ont pris la porte. Ma penderie s’est vue divisée de moitié (et pour les curieux, je vends l’autre moitié ici !). Ma consommation, que je croyais pauvre, s’est stoppée nette. « Rozie, n’achètes plus rien. » En faisant et vidant les placards, je me suis rendue compte que j’avais largement tout ce qu’il me fallait. Et que je dépensais mon argent, certes rarement, dans des affaires qui ne m’apportaient que de l’encombrement.

J’ai décidé de me laver au savon, de me soigner aux huiles essentielles, d’hydrater ma peau avec de l’huile d’Argan brute et de ne plus crouler sous les produits de beauté. J’ai entendu ce matin qu’une femme française en possédait, en moyenne, 54 ! 54 ? Je n’en ai jamais eu autant. Tout juste une quinzaine. Mais je n’en utilisais quotidiennement que 5 d’entre eux. Je me suis mise à lire les étiquettes de composition et à prendre peur. Je me suis mise à penser que mon fond de teint avait été étalé sur des peaux animales avant d’être jugé « inoffensif » pour la mienne.

J’ai commencé à culpabiliser en tirant la chasse d’eau après chaque petit pipi. J’ai commencé à trier mes déchets et à réfléchir à d’autres méthodes pérennes pour remplacer les produits indispensables (essuie-tout, tampons hygiéniques, coton jetable …). D’ailleurs, si vous avez des pistes, je suis toute ouïe ! J’ai de plus en plus de mal à manger de la viande. Je n’ai jamais vraiment apprécié, mais maintenant, quand je mets du canard dans ma bouche, je me demande comment il est mort. Je mange beaucoup plus de légumes qu’avant.

Je me renseigne en profondeur sur la médecine préventive et les super-aliments. Je fais un peu de sport tous les jours. Et j’ai l’intention de faire appel à un(e) naturopathe pour m’aider. J’arrête de regarder la télévision aussi. Bref, vous l’aurez compris, je suis en transition.

Et là, d’un coup, je me demande. Quand cette idée a-t-elle commencé à germer dans mon esprit ? Suis-je influencée ? Suis une victime de la mode ?

On ne va pas se le cacher, le mouvement pro-nature et anti-specisme est à la mode. J’ai lu, et je continue à lire des dizaines d’articles sur le sujet. Et je ne parle même pas du minimalisme ! La blogosphère en raffole. Donc oui, très clairement, je suis influencée. Par vous tou.te.s, qui m’inspirez tous les jours et qui me donnez envie de tenter l’expérience en nous rapportant la vôtre. Pourtant, l’aventure a pour moi commencé bien avant que je ne vous connaisse.

Je ne savais même pas qu’Hellocoton existait quand je me suis mise à me sentir mal dans mes fringues. Ces soutiens-gorge, ces strings, ces slim taille-basse, ces robes à la coupe tellement marquée qu’elles m’empêchaient de respirer … J’ai compris que la société voulait m’imposer quelque chose qui me blessait et me bridait tous les jours. J’ai cessé de les porter, j’ai commencé à réfléchir. Tout doucement. Ensuite, la coupe menstruelle est arrivée. Une véritable révolution !

Et si d’autres méthodes alternatives et durables existaient ? J’ai d’abord pensé à mes petits sous. Toutes les économies que je pourrais faire grâce à ces moyens me permettraient de ne plus me sentir emprisonnée par mon salaire (on le trouve toujours trop bas, n’est-ce pas ?) ni par les temples de la consommation. Ne plus avoir besoin de dépenser de l’argent, c’est ne plus avoir besoin d’en gagner toujours plus. C’est se libérer de ce poids omniprésent qu’est le capitalisme. Etre économe sans se contraindre, c’est gagner énormément en qualité de vie.

Ensuite, j’ai pensé à mon impact sur la nature. Mes parents m’ont inculqué son respect au travers d’une vie simple à la campagne. Mais ils n’ont jamais trié autre chose que les verres, ni réfléchi aux conséquences de certains de leurs gestes quotidiens. Cependant, je ne les blâmerais pas. Je pense que ces considérations ne sont pas accessibles à tous. J’ai la chance aujourd’hui de pouvoir y penser mais eux ne l’avaient pas. Leur vie était trop remplie de soucis et les fins de mois trop difficiles pour qu’ils puissent s’en écarter au profit d’une pensée plus globale.

Aujourd’hui, j’apprends à respecter encore plus notre Terre d’accueil en n’achetant plus de produits d’entretien chimiques, par exemple. Ou en faisant du co-voiturage au maximum.

Est-ce que je me bride ? Est-ce que c’est difficile ? Est-ce que je me force ?

Non. Non, parce que j’en ai franchement envie. Je sens, j’ai cette conviction, que c’est fait pour moi et que ça va m’apporter beaucoup. Je me suis sentie soulagée d’un poids immense en jetant tout le superflu de ma maison. Et ça me fait vraiment du bien de me dire que je n’ai pas besoin de faire les boutiques cette année.

Ca ne me manque pas. Je n’ai pas jeté les objets auxquels j’étais attachée. Je ne voulais pas me faire du mal. Alors même s’ils ne servaient à rien, je les ai gardé. Je n’ai pas jeté mes livres même si je pense que je ne les relirai jamais tous ! Ils décorent, ils sont ma collection personnelle, toutes les vies que j’ai vécues entre les lignes.

Au contraire, c’est une véritable bouffée d’air frais. Je le fais pour préparer le terrain à quelque chose de plus grand. De spirituel. J’ai l’impression qu’il faut nécessairement que je passe par cette étape d’assainissement général pour connaître la plénitude et ma vérité. Ce que je dis pourra vous paraître très obscur, j’en ai conscience. Je suis en quête d’un bonheur intense que je sens tout près.

Suis-je en train de céder à une mode ? Je ne crois pas. Je crois que vous, ami.e.s blogueur.se.s, m’apportez beaucoup tous les jours. Grâce à vous, je me découvre et j’accède à des états de conscience qui m’étaient jusque là inconnus. Vous me passionnez parce que vous êtes passionnés. Vous non plus, vous ne suivez pas une mode. C’est la conscience du monde qui nous rattrape. Bien sûr, il y aura toujours des profiteurs qui surferont sur la vague … Tant pis pour eux. Ils en tireront une gloire éphémère et passeront à côté du plus important : le bonheur de vivre en paix et en harmonie.

Je dois donc vous dire « Merci ». Vous participez à mon épanouissement personnel et vraiment, c’est important. Vos articles éveillent mon esprit. Me font réfléchir. Quel que soit le sujet. J’aime beaucoup comprendre votre pensée et m’en inspirer, que je vous suive régulièrement ou que je ne picore qu’un article de temps en temps ! Et vous, prenez-vous conscience de certaines choses ? Bousculez-vous vos habitudes à la faveur d’une cause ? Comprenez-vous ma démarche ?

 

Lettre ouverte à mes voisins.

Cher voisin, on ne se connaît pas. Je ne suis pas venue me présenter lors de mon installation, je ne connais de vous qu’un nom sur une porte, une voix timide, un sourire de circonstance et le son de vos clés qui grattent la serrure lors du bal des entrées et sorties. Votre amie a l’air douce et charmante, comme vous. Vous habitez l’appartement donnant sur cour, moi celui face au rude cours Emile Zola. Seules nos portes siamoises créent le lien, et ce mur en béton armé qui coupe votre salon du nôtre.

Je sonne à votre porte lorsque je remarque que vous avez laissé vos clés à l’extérieur. Vous me rendez la pareille. Et quelque fois, j’ose vous demander un tournevis ou un peu de sel. Le reste du temps, on ne se côtoie pas.

Il semblerait pourtant que vous en connaissiez beaucoup plus sur moi que moi sur vous. Ce bout de papier que vous avez déposé dans ma boite aux lettres, qui me demande gentiment de cesser ce tapage, d’arrêter d’hurler quand je jouis, de ne plus percer les murs à minuit ou encore de ne plus chanter tard le soir, me l’indique. Moi je n’entends rien. Votre vie semble être un long fleuve tranquille, et la mienne un véritable capharnaüm.

Pardon. J’essaierai d’être plus discrète la prochaine fois. Oui, maintenant je laisse exploser ma joie quand mes instants amoureux me satisfont. Oui, il m’arrive dorénavant de chanter à gorge déployée. Oui, je refais la décoration de l’appartement en rentrant du travail, à minuit. Ce n’est pas très fair-play. Pour cette raison, je vous ai aimablement répondu que j’arrêterai. Mais comprenez-moi, je croyais que vous n’entendiez rien.

En effet, vous n’entendiez pas mon petit-ami me hurler dessus soir et matin. Vous ne l’entendiez pas me menacer de me fracasser la gueule si j’osais sortir cette fois. Vous ne m’entendiez pas pleurer non plus, ni supplier qu’on me vienne en aide. Etonnamment, vous n’entendiez ni ma souffrance, ni sa violence.

Vous n’avez pas entendu, cette fois ou devant nos portes siamoises, je l’implorais de me lâcher pour pouvoir m’enfuir ? Vous n’avez pas entendu résonner les coups qu’il mettait dans ce mur en béton armé ? Et c’est après un an, une fois que je suis sortie de cet enfer, que j’ai réussi à le virer de chez moi et à devenir enfin heureuse, que vous me demandez de me taire ?

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J’ai déménagé et j’ai entendu une des fenêtres du quartier éclater sous le coup d’un projectile. J’ai vu le verre éparpillé sur le sol et j’ai croisé cet homme, voisin du coup d’éclat. « Ca fait des heures que je les entends taper de l’autre côté de la cloison », qu’il me dit. « Et vous n’avez pas appelé la police ?Non … Vous allez le faire ? Oui, bien sûr ! Ca dure depuis longtemps ?Des mois … »

Je me suis rendue devant cette fenêtre devenue trou béant sur l’horreur de l’humanité et j’ai vu cette femme, assise dans sa cuisine, les mains sur son visage, pleurant à chaudes larmes. « Madame, vous avez besoin d’aide, vous allez bien ? Partez, laissez-moi tranquille !Vous êtes sûre ?Oui, partez. »

Je me suis éloignée discrètement, je ne pouvais pas l’obliger à prendre la main que je lui tendais. J’ai composé le 17 en marchant, les lèvres tremblantes, et j’ai raconté la scène à la standardiste. « Vous pensez qu’une personne est victime d’agression ?Oui. Je crois qu’elle est victime de violence conjugale, je suis inquiète pour elle.Très bien, une patrouille va bientôt arriver. » Un bout de carton est venu remplacer la vitre manquante, rapidement accompagné d’un panneau « A louer. »

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Chers voisin, on ne se connaissait pas et je n’attendais pas de vous que vous recueilliez mes larmes dans votre salon avec vue sur cour. J’aurais néanmoins apprécié qu’un soir la police frappe à ma porte plutôt que de recevoir ce bout de papier qui me demandait, maintenant que c’était permis, de fermer ma gueule. Parce que, j’en suis sûre, vous l’avez aussi bien entendu que moi, ce « Ferme ta gueule » lancinant que me beuglait mon bourreau tous les soirs.

Demain c’est la St Valentin. Je vais aller fêter mon bonheur avec mon mari, devant un bon verre de vin. Mais je n’oublierai pas la femme que j’étais il y a quatre ans. Je penserai à ces femmes emprisonnées qui feront semblant ce jour là d’être heureuses et amoureuses. La violence conjugale est un fléau dont on ne parle que trop peu, et je ne suis plus dupe. Les voisins entendent tout. Pourquoi ne font-ils rien ? Il vaut mieux que votre voisine (*musique*) vous en veuille d’avoir ameuté chez elle les services compétents, plutôt que vous appreniez les semaines suivantes qu’elle se meure, n’est-ce pas ?

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