Notre premier Noël en amoureux.

Boite à bijoux

L’hiver en compagnie de mon amoureux, c’est délicieux. C’est sa saison, celle qu’il affectionne, et moi qui ne l’appréciait guère, j’ai appris à l’aimer à travers lui. Les tasses brûlantes de thé au miel préparées avec amour, le film de la soirée choisi avec soin, les instants cocooning sous la couette et les repas copieux sont autant d’éléments que j’envie et que je savoure aujourd’hui. Je les ai découvert avec à lui.

Décembre 2013 s’installait et avec lui les guirlandes et marchés aux couleurs chatoyantes. Mon amoureux rendait les grises journées douces et chaleureuses et l’arrivée de Noël m’enchantait. S’il est une fête que j’apprécie, c’est bien celle-là et cette année là, j’avais le loisir de la faire découvrir à mon héros du quotidien.

En tant que fils de Témoins de Jéhovah, Noël ne représentait guère plus à ses yeux qu’une fête païenne et commerciale. Il a tout de même reçu des cadeaux durant son enfance en cette période, mais ces gestes d’amour étaient plutôt qualifiés comme des présents de fin d’année. Chez eux, exit les guirlandes, sapins et boules enchanteresses, l’esprit de Noël est savamment évincé par celui, plus festif, du réveillon du Nouvel An. D’une certaine façon, ça nous arrange, nos familles ne se disputent pas notre présence ! On passe Noël avec la mienne et le Nouvel An avec la sienne.

Pour sa première fois, j’imaginais un Noël grandiose, et à peine novembre s’endormait-il que je l’emmenais choisir à mes côtés les nouveaux tons du sapin. « Il faut tout acheter ?Oui, les boules et les guirlandes ! Quelles couleurs tu veux ? » Le centre commercial était déjà en effervescence : les parents en quête de cadeaux se mêlaient à la décoration scintillante et aux traîneaux de bois. On en prenait plein les yeux et j’adorais ça ! Nous avons minutieusement choisi notre décor. De retour au bercail, nous avons sorti notre sapin, assis au milieu du salon, comme deux gamins accompagnés par les chants majestueux de Noël. La magie était là.

J’avais confectionné pour mon amoureux un calendrier de l’avent. Il prenait la forme d’un sapin et était érigé de petits coffres numérotés qui contenaient chacun un présent miniature et un mot d’amour. J’avais écumé les petites boutiques en quêtes d’idées originales, et étais plutôt contente du résultat ! J’espérais que chaque jour il trépignerait d’impatience à l’idée d’ouvrir un nouveau boîtier … Et je marquais des points : il a trouvé l’idée géniale et était jaloux de ne pas l’avoir eue en premier ! Je l’observais s’amuser avec les babioles dépliées et chaque soir, je savourais ma chance. Notre cocon d’amour n’en finissait pas de s’emplir de bonnes ondes.

Petit à petit, aux pieds du sapin prenaient place les cadeaux bariolés. Nous avions choisi à deux cartes et papiers et prenions un malin plaisir à tout emballer. « Je vais emballer le tien dans la chambre, tu n’entres pas avant que je ne sois sortie !D’accord, mais toi tu as interdiction de soupeser le tien, hein, tu ne le touches pas ! D’accord …Promis ?Promis … » Il me connaissait déjà bien, je mourrai d’envie de secouer la boîte, mais une promesse est une promesse !

Le soir du réveillon approchait et pour l’occasion je m’étais offert une jolie robe faite de velours, de tulle et de sequins serrés. J’avais mis le paquet entre boucles et bombe dans les cheveux, vernis pailleté et accessoires clinquants. A Noël tout est permis ! Cette soirée là, certains membres de ma famille rencontraient mon amoureux pour la première fois, c’était important.

J’adore les repas de fête. Les toasts de fois gras et de saumon fumé, le muscat, les huîtres citronnées, les crevettes en salade, les magrets de canard au miel accompagnés de pommes de terre sautées et de petits légumes et, bien sûr, la traditionnelle bûche pâtissière, sont autant d’aliments qui me font saliver : des orgasmes culinaires. Rajoutez à ça les incontournables papillotes en chocolat et pâte de coing suivies de clémentines juteuses et j’atteins le septième ciel !

C’est aussi l’occasion de revoir une énième fois « Jean Noël, le petit sapin » (*musique*), mon dessin animé (de la période) préféré ! Mon amoureux a beaucoup ri de me voir si touchée devant ces petits personnages, et rit encore de m’entendre chanter le générique sans discontinuer sur une période de deux mois …

Le 24 à minuit, après les festivités culinaires, nous nous dirigeons en famille sous le sapin et entamons la distribution des cadeaux. C’est toujours un moment magique : la playlist tourne et nous sommes là, le sourire aux lèvres, à échanger des marques d’attention. Un petit paquet par ci, une enveloppe par là … Pour ce premier Noël en amoureux, j’étais sacrément gâtée ! Je recevais une boîte à bijoux déjà pleine et une bague. Toute la famille a d’abord cru à une demande en mariage mais non, j’ai dû patienter encore quelques jours …

Le soir de Noël, tout le monde semble heureux l’espace d’un instant. On oublie le reste du monde et on profite d’être au chaud, tous ensemble, pendant quelques heures. Je n’ai pas toujours apprécié ces moments, le décès prématuré de mon grand-père ayant enterré la joie de mon Papa et la mienne pendant quelques années. Mais la vie reprend toujours le dessus !

Noël en amoureux, c’est génial, et je suis heureuse que ma moitié ait vécu son premier véritable réveillon à mes côtés. Depuis, il adore ! Cette année, nous avons décidé d’offrir un petit présent à chacun et nous nous sommes déguisés en Père et Mère Noël au moment de les donner. On a fait rire tout le monde, c’était super ! En tout cas je n’ai pas fini d’enneiger nos fenêtres d’étoiles factices, il reste encore tellement d’années à célébrer. Let it snow !

Je vous souhaite à tous et toutes d’excellentes fêtes de fin d’année ! J’espère qu’on vous apporte l’amour et la joie que vous méritez. Sinon, rien ne vous empêche de le demander au Père Noël, n’est-ce pas ?

Ce portefeuille qu’on m’a volé.

Portefeuille Montana

J’avais l’habitude innocente de le placer dans la poche avant de mon sac-à-dos et, chaque jour, devant les portes du métro, j’en extirpais ma carte de transport.

Je me rendais ce soir-là à mon cours de piano et traversais toute la ville en souterrain, à l’avant de la rame sans conducteur. Seule la vitre bombée me séparait des rails, les pieds presque dans le vide. J’adorais cette ligne automatisée. Elle avançait comme par enchantement, j’en oubliais le monde, propulsée à 50km/h dans ces grottes façonnées. Il y avait de la magie dans ce chemin morose.

Valmy. J’arrivais à destination. Nous étions plusieurs à descendre et faisions la queue devant le portique. Une fois régurgitée par la bouche de métro, comme à mon habitude, j’ai cherché mon portefeuille pour y replacer ma carte.

Il n’était plus là.

J’ai tout de suite compris qu’on me l’avait volé. L’auteur était sans doute là, autour de moi, à mirer ma réaction, à déceler la panique dans mon regard. L’angoisse me serra le coeur : j’étais seule dans ce quartier éloigné, petite campagnarde à la ville, et je venais de perdre mon identité. Tout à coup, je me sentais insignifiante et perdue. Je tournais frénétiquement sur moi-même, suppliante, à l’affût du voleur, avant de me rendre à l’évidence : je ne le retrouverais pas. Et quand bien-même, qu’aurais-je fait, armée de mes petits poings serrés ?

J’ai ravalé mes larmes en grimpant les escaliers et me suis arrêtée au premier banc public (*musique*). Il me restait mon téléphone et ma carte de transport pour rentrer chez moi. Je n’étais pas coincée, ça me rassurait un peu. « Allô Papa ? On vient de me voler mon portefeuille !! »

Heureusement qu’ils sont là les parents, et qu’ils connaissent les procédures. « Ne t’inquiète pas, on va bloquer ta carte bleue et tu iras porter plainte demain matin. Ca va aller ? » J’avais envie de dire non, je voulais qu’il vienne me chercher, qu’il me câline, qu’il m’enlève de cette ville pernicieuse qui me rendait décidément si malheureuse mais … Il ne fallait pas l’inquiéter. « Oui, on se tient au courant. »

Rassemblant mes esprits, j’ai décidé de quand-même me rendre à mon cours de piano, pour ne pas faire faux-bond à ce professeur que j’aimais beaucoup. Les quelques centaines de mètres qui me séparaient de lui étaient une épreuve. A chaque pas ma gorge se serrait un peu plus. Mon envie de pleurer devint viscérale.

Arrivée devant sa porte, malgré sa cécité, il devina instantanément que quelque chose n’allait pas et sa question me fit flancher. Il me laissa m’écrouler sur son canapé. Debout à mes côtés, il laissa vaquer mes sanglots, à l’écoute, respectueux. Je n’ai pas joué de piano ce jour-là mais j’ai trouvé un ami : une personne altruiste qui voulait m’aider sans rien attendre en retour, par contraste à ce voleur sans âme. « Tu as de l’argent pour la semaine ? Non …Tiens, prends ça.Non merci, c’est gentil.Tiens, je te dis, prends-les, ne t’inquiète pas pour moi. C’est un cadeau. »

Il pansait un peu ma blessure, comme les bisous magiques calment les enfants. Je suis repartie avec ces trente euros en poche alors que la nuit tombait. L’hiver n’en finissait pas. Arrivée devant la borne du métro, ma carte ne passait plus. Comme un coup du sort, j’étais prisonnière de cette  maudite station de métro et le distributeur de pass n’acceptait pas les billets.

Ma tristesse s’est alors muée en rage. J’ai hurlé et frappé de nombreuses fois la borne automatique, et me suis retenue de jeter ma carte au loin pour ne pas empirer cette situation bien assez emmerdante à mon goût ! Les passants me prirent sans doute pour une folle, à tort ou à raison, mais l’une d’entre eux vint à mon secours. Elle déposa son pass sur le portique et m’enjoignit, d’un geste de la main, à prendre la fuite.

Il y avait peut-être une vingtaine d’euros en liquide dans mon porte-feuille, dont je me fichais éperdument. Il y avait aussi l’intégralité de cartes prouvant mon identité et me permettant d’avoir accès à mes différents comptes. Ce serait un combat administratif de toutes les ravoir, mais qu’importe. Ce qui me blessait surtout, c’était le geste. Une personne avait fouillé dans mes affaires afin de me dérober un objet qui m’appartenait. Je me sentais violée, humiliée, méprisée. Ce portefeuille, mes parents me l’avaient offert quelques mois auparavant, pour symboliquement fêter mes 18 ans. Il était beau, j’en étais fière. Elégant, rouge, en cuir, il me plaisait beaucoup. C’était un cadeau à forte valeur sentimentale.

Le lendemain matin, les yeux bouffis, je me suis rendue au commissariat de mon quartier, rassurée de pouvoir enfin me confier à des services compétents. « Bonjour, je viens porter plainte pour vol.Votre pièce d’identité, s’il vous plaît.Je ne l’ai pas, elle était dans le portefeuille qu’on m’a volé hier.Vous ne pouvez pas prouver votre identité ? Non ..Alors on ne peut pas prendre votre plainte. » Ce policier se fichait d’avoir en face de lui une gamine totalement désemparée. Aujourd’hui encore, je suis en colère contre sa désinvolture et son manque d’intérêt à mon égard. N’était-il pas censé m’aider ? « Alors … Je fais comment ? ..Revenez demain avec une pièce d’identité.Mais j’en ai pas ..Demandez un acte de naissance à votre mairie. »

Merci monsieur. Au sortir de la structure, j’ai immédiatement appelé mon père pour lui expliquer la situation, et sa colère se mêla à ma déception. Il lui fallut trois jours pour quémander l’acte de naissance en question, poser une journée de congé et avaler les kilomètres qui nous séparaient. Trois jours durant lesquels j’ai pleuré. Cette ville semblait ne pas vouloir de moi et m’apprenait à mes dépens la vie d’adulte. Je me sentais seule, isolée, arrachée à tout ce qui constituait ma vie, et ce vol anodin ne faisait qu’accélérer le processus. Il n’y avait guère que ma colocataire pour me remonter le moral.

J’ai retenu mes larmes à l’arrivée de mon Papa. Bien décidés à en découdre, nous sommes retournés au commissariat où on me prit enfin au sérieux ! Nul doute que la présence de mon paternel y était pour beaucoup. Ma plainte enregistrée, la policière qui l’avait saisie m’a expliqué que je ne devais pas garder tous mes papiers au même endroit et qu’avec ma tête, je ferais mieux d’éviter certaines zones de la ville. « Blanche, blonde, jeune … Vous êtes la proie idéale. » Rassurant.

J’ai finalement guéri de cette petite blessure de la vie. Mes parents m’ont offert un nouveau portefeuille rouge, un peu moins joli que l’original, mais le coeur y est. L’autre, on l’a retrouvé quelques mois plus tard. Le voleur avait récupéré les quelques 20 euros en liquide et brûlé le reste derrière des poubelles. Il faisait peine, mon porte-feuille carbonisé. Ces gens savent-ils le mal qu’ils font lorsqu’ils volent impunément ?

Je parle peu de cet incident. Souvent les gens se figurent qu’il faut être bien sensible pour être touché de la sorte par un simple vol. Mais parfois, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. On se sent floué, on se sent idiot. Ca ne fait pourtant pas de nous des êtres ridicules, n’est-ce pas ?

Vierge et sans expérience : la cible idéale.

Boule de verre

« Pourquoi moi ? »

Cette interrogation me tourmente, encore et toujours. Bien sûr, il ne m’a pas simplement choisie froidement, comme on cherche son paquet de céréales préféré dans les rayons trop remplis des supermarchés. Quoique … Adopteunmec.com fonctionne comme ça. J’étais censée avoir l’avantage, mais c’est lui qui m’a installée dans son caddie.

Certains aspects de sa recherche étaient sincères et légitimes. J’espère qu’au fond, tout n’était pas planifié. J’espère qu’il souhaitait trouver la bonne personne, tomber amoureux, vivre de beaux moments, mais je n’en suis pas tout à fait sûre et ça me trouble. A quel point était-il manipulateur ?

Il recherchait une jeune femme, jolie, douce. De préférence mince et svelte, simple, qui aime la musique, son principal centre d’intérêt. Je ne peux pas le blâmer, mes recherches étaient pour le moins similaires, transposées au masculin. Mais j’aurais dû comprendre que ce qui l’intéressait vraiment chez moi, c’était mon manque d’expérience et ma naïveté.

J’avais dix-huit ans. Je me sentais particulièrement seule dans cette grande ville, je n’étais pas à l’aise et souffrais de ne pas réussir à m’intégrer. Je manquais d’amis. Je n’avais jamais connu de relation sérieuse même si j’avais déjà eu le béguin pour quelques garçons, et j’étais vierge. Une candidate parfaite. Il pouvait faire de moi ce que bon lui semblait.

J’ai mal d’écrire ça de cette façon. Je suis dégoûtée. Il avait pourtant réussi à me redonner le sourire, nos premiers rendez-vous étaient agréables. Il faisait son possible pour me charmer malgré le manque de moyens évident, c’était mignon. Deux ballades à Fourvière, une session guitare-voix à son domicile et un film d’horreur auront suffi. J’avais soif d’amour et de romance alors je faisais fi de tous ses défauts, je voulais que quelque chose m’arrive enfin.

Lors de l’une de nos soirées passées à discuter sur le chat d’adopteunmec, il s’enquit d’en connaître plus sur mon passé amoureux. Nous n’étions pas encore ensemble et ne discutions que depuis quelques semaines qu’il souhaitait déjà aborder tous les détails de mes anciennes histoires. Cela revêtait à ses yeux d’une importance particulière. « Je n’ai jamais eu de vrai copain.Comment je peux en être sûr ? » J’aurais dû me méfier. Qui s’inquiète si tôt des ex si ce n’est un jaloux maladif ? Pourquoi était-ce si important ? Cela devait-il être un problème ?

« Ben … Je suis vierge. C’est pas un secret, tout le monde le sait.C’est vrai ? Oui, évidemment.Woooaah … C’est génial, c’est carrément exceptionnel .. J’ai toujours rêvé d’une fille vierge. » J’aurais dû reculer. Nous flirtions à peine et il insinuait déjà qu’il allait me déflorer ! A partir de ce moment, je devins à ses yeux la personne à saisir, le graal à obtenir. Personne ne m’avait jamais touchée, je lui appartiendrais entièrement. Car c’est bien de cela dont il s’agit : l’appartenance.

Mon manque d’expérience lui permit un total contrôle des idées. A chaque fois que mes actes lui déplaisaient, il me rétorquait que je ne savais pas ce que c’était que de vivre en couple, que d’être ensemble. J’étais avec lui, donc je devais me comporter de cette manière là. « Tout le monde fait comme ça, c’est normal, pourquoi tu ne comprends pas ça ? » J’avais interdiction de sociabiliser, ou de faire quoi que ce soit d’autre sans lui. « On fait tout à deux, tu ne peux pas me laisser, c’est irrespectueux. Tu te fous de moi. »

Lorsque nous marchions dans la rue, je devais impérativement lui tenir la main. De cette manière, il me donnait la direction. Si je me tenais trop éloignée, il me contraignait à me rapprocher en resserrant son étreinte. Pour que j’aille à gauche, il tordait mon poignet en ce sens, et vice et versa.

Il en était de même pour le sexe. Il m’apprenait à faire l’amour. Je devais me mettre comme ça, lui laisser me faire ça, lui faire plaisir de cette façon … « Allez, on essaie… » Son rituel sexuel était précis et je devais m’y plier. On commence par ceci, on poursuit avec cela, on termine de cette manière … Je n’avais aucune notion de consentement. Assez souvent, j’avais des douleurs, mais elles ne devaient pas impacter sa libido.

Comme je ne connaissais rien d’autre, tout me paraissait normal. Si je n’avais pas envie je me laissais faire. Il parait que l’appétit vient en mangeant. Je ne crois pas avoir refusé une seule fois, sauf à la fin, quand j’ai (enfin !) compris que le sexe, ce n’était pas qu’une histoire de mec à satisfaire et que moi aussi, j’avais mon mot à dire. Il a choisi nos premières fois sans me demander mon avis, ainsi que notre moyen de contraception. « Pas besoin de contrôler les IST, je suis clean. » Ah bon, pourtant tu en as eu des aventures, toi ! Avec lui, j’ai pris de gros risques.

J’ai su plus tard qu’il réservait le même traitement aux femmes qui m’ont succédé. L’une d’entre elle avait eu le malheur de profiter de son corps avant de le connaître : il n’avait de cesse de lui rappeler qu’elle n’était pas entièrement à lui, que si son âme lui appartenait, il n’en était rien de son corps, et qu’elle était sale de s’être donnée à autant de types. Avec elle, les rapports intimes étaient les mêmes qu’avec moi, point par point. Elle aussi était plus jeune, gentille, vulnérable. Elle me ressemblait.

Il avait eu de la chance avec moi, j’étais le parti parfait et je sais qu’il me regrette encore (par « me », comprendre « mon corps dont il était le seul propriétaire »). Il en était si fier ! Je regrette qu’il ait eu ma virginité. Si ça n’a plus vraiment d’importance pour moi, ça en a pour lui. Il pense sans doute encore qu’une partie de moi lui appartient, pour toujours et à jamais. Je suis dans son palmarès et ça me déplaît.

J’aimerais pouvoir effacer ça de sa mémoire et l’occulter de la mienne. Tout cette histoire a un impact important sur ma vie sexuelle d’aujourd’hui. Je dois vivre avec de nombreux blocages que je ne parviens pas à comprendre moi-même, et que mon mari comprend encore moins. Je n’arrive pas à en parler, et je n’arrive pas à être libre.

Pour lui je n’étais qu’une toile vierge qu’il pourrait peindre à sa convenance, les traits de ma personnalité profonde lui importaient finalement peu. Il a effacé mes quelques coups de crayon, il a apposé sa signature sur mon écrin. Difficile de redevenir soi-même, n’est-ce pas ?

Ma pose ratée de DIU.

Ressort

Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que j’aurais bien voulu lire l’expérience d’une nana dont la pose du stérilet avait échoué quand ça m’est arrivé. Et même le déroulé d’une pose tout court. Personne n’en parle, ou jamais dans les détails. Alors que … Ca pourrait être utile !

J’avais choisi la sage-femme idéale. Douce, gentille et compréhensive, elle ne voyait pas d’inconvénient à ce que je bénéficie d’un stérilet au cuivre, au contraire. Après un premier rendez-vous informatif, un deuxième pour l’examen, deux semaines de réflexion et un passage au laboratoire, j’étais prête !

Je me suis rendue à mon troisième rendez-vous avec appréhension. J’avais lu sur le net qu’il valait mieux être accompagnée pour éviter les malaises sur le chemin du retour et je craignais de souffrir même si j’avais confiance en elle. J’étais très excitée à l’idée d’être enfin tranquille côté contraception : j’avais hâte de ressortir de ce cabinet avec une méthode sûre et tranquille.

La sage-femme m’avait demandé de lui téléphoner dès que mes règles arriveraient. Pour pouvoir placer un stérilet, il faut que le col soit assez ouvert, la pose se fait donc dans les jours qui suivent. Généralement, on choisit le cinquième jour : ça laisse le temps au sang de s’évacuer et le col est encore accessible. Du moins, c’est ce que j’ai compris. J’aurais peut-être dû lui dire que chez moi les règles étaient plus courtes : en deux ou trois jours c’est plié. C’est peut-être la raison de l’échec.

Le jour J, j’avais pour consigne de prendre un puissant décontractant utérin deux heures avant notre rendez-vous. Idéalement, j’aurais dû ne pas l’avaler à jeun mais je travaillais en continu. J’ai donc mangé à la sortie du travail, sur le chemin (*musique*).

Mon mari m’accompagnait. J’avais pris soin de prendre avec moi les ordonnances, les résultats des tests laborantins indiquant qu’aucune mauvaise bactérie ne trainait dans mon vagin (le stérilet peut les transmettre à l’utérus, entrainant des complications) et le kit de pose préalablement acheté en pharmacie. C’est une grosse boite un peu gênante à transporter dans le métro, il faut prévoir un sac opaque pour dissuader les curieux !

Arrivée au cabinet, l’angoisse était là. J’allais aux toilettes toutes les cinq minutes. La sage-femme a ouvert la porte et, comprenant que je n’étais pas seule, m’a demandé si je souhaitais que mon mari entre pour vivre ça avec moi. J’ai refusé. Je préférais m’en sortir seule et puis, je n’allais pas accoucher non plus !

Je me suis déshabillée (QUE le bas) et installée pendant qu’elle mettait des gants et préparait son nécessaire. En ouvrant le kit, elle a pris soin de me montrer chaque instrument, et de m’expliquer à quoi ils serviraient, et quand. Elle les a ensuite placés dans leur ordre d’utilisation et s’est rendue compte qu’il en manquait un : les ciseaux pour couper les fils. Heureusement, elle en avait encore quelques paires  (depuis peu c’est à la patiente d’acquérir les instruments, d’où la grosse boite à transporter) !

La pose allait commencer. Avec le spéculum, elle a cherché l’entrée de mon col. Elle m’a demandé un peu d’aide : je devais placer la main d’un côté pour qu’elle réussisse sa manoeuvre. Elle a ensuite imprégné une compresse d’un liquide couleur caramel pour en stériliser l’entrée. Avec une pince, elle m’en a badigeonné l’intérieur et là, j’ai ressenti de nouvelles sensations. Une partie de mon corps que je n’avais jamais touchée se manifestait. Ca ne me blessait pas, c’était juste étrange.

Vint l’instant douloureux. Elle me prévint avec parcimonie que j’allais souffrir un peu. « Vous allez être surprise, essayez de ne pas trop bouger. Ca ne durera que quelques secondes. » Et quelles secondes ! Elle allait attraper le muscle de mon col avec une pince pour l’ouvrir. « Vous êtes prête ? »

J’ai sursauté. Vraiment. On me pinçait fort un muscle de l’intérieur que je ne connaissais pas. La sensation était déboussolante. Une chaleur intense m’a envahie, je suis devenue pâle. J’avais la chair de poule. « Ca va ? Sur une échelle de un à dix, vous situez la douleur à combien ?Huit.Huit ? Sachant que dix, c’est qu’on vous casse un os, quand-même ! » Elle tentait de me faire rire, mais franchement j’avais mal. Toutes proportions gardées certes, mais moi, je n’avais jamais eu d’os fracturé alors oui, c’était violent. Et cette pince allait devoir rester là, jusqu’à la fin.

Je commençais à tourner de l’oeil, il me fallait du sucre. « Vous avez bien mangé avant de venir ?J’ai mangé … Ce que j’ai pu. » Visiblement, ce n’était pas assez. Habituée, elle m’a offert plusieurs morceaux de sucre et une bouteille d’eau, de quoi me remettre en jambes. « Vous faites une crise d’hypoglycémie. »

Après cinq minutes, le temps pour moi de reprendre des couleurs, on est passées à l’étape suivante : insérer une mini-réglette pour mesurer l’intérieur du col. Elle essaya une fois, deux fois, trois fois. Impossible, ça ne rentrait pas. Je sentais qu’elle me grattait. « Je ne vais pas forcer, on va attendre cinq minutes que ça se détende. Votre muscle est complètement contracté, essayez de respirer profondément. » Pendant dix longues minutes, elle tenta tout pour me distraire mais je ne pouvais déloger mon attention de cette pince accrochée à l’intérieur de moi. « Je réessaie, mais si ça ne passe pas on arrête là. Je ne veux pas vous faire mal, ce n’est pas le but. Si la réglette ne passe pas, le stérilet ne rentrera jamais. »

Et la réglette n’est jamais parvenue à entrer. J’étais dépitée. J’avais enduré tout ça pour .. Rien ? Elle enleva la pince douloureuse (enfin !), débarrassa ses instruments et me demanda de prendre mon temps pour me relever. « Si la tête vous tourne, restez encore un peu allongée. » Une fois rhabillée, elle me remit une ordonnance pour le rachat du kit. « On recommence le mois prochain. » Elle n’a pas su me dire la raison de l’échec. Le décontractant n’était peut-être pas assez dosé, ce n’était pas la première fois que les doses n’avaient aucun effet sur moi …

Toujours est-il que je suis ressortie du cabinet extrêmement déçue et faible : ma solution miracle s’envolait. Mon mari m’attendait. Heureusement que je pouvais compter sur lui. Je lui ai raconté ma péripétie et il m’a remonté le moral. Durant les heures qui suivirent, la sensation de pincement resta vraiment présente. C’était très désagréable. J’ai laissé le temps filer et finalement, je n’y suis jamais retournée. Avec moi, c’est quitte ou double : si l’expérience se déroule mal, je n’attise pas le diable. Je me dis que mon corps n’en a pas voulu, que la contraception naturelle lui convient. L’idée a grandi et je ne me sens plus capable aujourd’hui d’imaginer porter un stérilet.

Je terminerais en précisant que la recherche de germes au laboratoire n’a pas été douloureuse du tout. Il s’agit de simples coton-tiges qu’on frotte contre les parois vaginales : deux minutes et c’est terminé. Si vous optez pour une pose de stérilet, ne prenez pas rendez-vous après le travail ! Choisissez un horaire plus tranquille, prenez le temps de vous préparer, mangez bien, buvez, allez aux toilettes, prévoyez un petite collation pour la sortie et une personne pour vous raccompagner. C’est l’idéal !

Parfois la pose échoue. C’est assez rare, mais ce n’est pas grave ! Vous pouvez, si vous en avez le courage, recommencer. Certains gynécologues proposent des poses sous anesthésie. C’est assez onéreux, mais pourquoi pas. A chacun sa méthode, a chacun son corps, n’est-ce pas ?

Le regard que portent mes parents sur mon amoureux.

Complicité

J’avais quatorze ans quand je présentais mon premier copain à mes parents. Pas amoureuse mais flattée qu’un lycéen s’intéresse à moi, j’avais nonchalamment accepté ses avances. Il était grand, blond au regard azur, boxeur et piercé. Mes parents l’accueillirent poliment, mais avec méfiance. La seule journée que j’ai passé chez lui s’est soldée en baisers langoureux que je n’appréciais guère, suivis de quelques tentatives trop abruptes à mon goût. Son père, habitué à la fougue de son garçon, était entré dans la chambre, sermonnant son fils d’un « Ne fais pas n’importe quoi Benjamin, j’ai promis à ses parents que tout irait bien. » Quelques semaines plus tard, notre histoire se terminait en l’absence manifeste de ses nouvelles. Il m’avait ghostée.

Je passais quatre années seule pendant que tous mes amis vivaient leurs premiers sérieux amours, avant de rencontrer D. Si mes parents ne comprirent guère ce qui, de prime abord, m’avait attirée chez lui, ils l’acceptèrent néanmoins avec gentillesse. Ils portaient sur lui un regard bienveillant, passant l’éponge sur ses défauts de caractère et sa dépendance manifeste au shit. Après tout, il n’était pas le seul. Ils les accueillirent, lui et son frère, un mois durant pour qu’ils puissent travailler à moindre frais chez les agriculteurs du coin. Ils l’invitèrent au restaurant, s’adaptèrent au mieux à ses exigences, le traitèrent comme leur pair. La déception et la colère furent rudes quand ils comprirent le calvaire que m’avait fait endurer D. Mon père culpabilise de n’avoir rien vu et ne s’en remet toujours pas.

En ce début d’été 2013, j’annonçais donc à mes parents ma rupture douloureuse d’avec ce bourreau et mon amour passionné pour ce nouvel arrivant. Si je taisais les réelles raisons de cette cassure brutale, je ne tarissais pas d’éloge pour mon coup de coeur. « Papa, Maman, je suis amoureuse. » Ils ne m’avaient jamais vue comme ça, avec un homme dans ma peau (*musique*). Tout d’un coup j’avais le sourire, les yeux pétillants, la parole facile … Je m’ouvrais au monde. A peine commençaient-ils à se souvenir du prénom de mon prétendant que j’annonçais notre prochain emménagement et l’achat d’un véhicule en commun ! De quoi les déboussoler .. Qui était cet homme qui faisait chavirer le coeur d’artichaut de leur petite fille ?

Je commençais les présentations avec des photographies. Les réseaux sociaux m’en offraient à la pelle, et je pouvais choisir celles qui lui rendaient service. Evidemment, j’amadouais ma mère en premier. Son regard de femme était un réel coup de pouce : mon prétendant était si beau (si,si) ! Ma soeur se joignit à nous, et c’est avec fierté que je leur présentais virtuellement mon amoureux. « Et ben .. Tu l’as bien choisi ! C’est un beau gosse ! Tout à fait le genre de la famille ! »

Banco, j’avais réussi ! Son minois charmeur faisait son effet, elles étaient séduites. Qui ne tombe pas en pâmoison devant un bel espagnol, cheveux ébènes et peau diaphane, à la stature élancée et musclée ? Même mon père l’avoua (certes, à demi-mot), mon amoureux avait le physique de son côté. Toutes les femmes de la famille complimentèrent mon choix, ce qui ne manqua pas de me plaire. Pour la première fois de ma vie, les autres m’enviaient mon homme.

Mais l’habit ne fait pas le moine et nous devions passer à de réelles présentations. Mon père nous avait dégoté la voiture idéale, nous devions venir la récupérer et, par la même occasion, passer le week-end chez mes parents. Au sortir de la gare mon paternel nous attendait, adossé au capot de son 4*4, les bras croisés et le regard interrogateur. Mon amoureux complètement impressionné agrémenta, sous la pression, sa poignée de main d’un « Bonjour Beau-Papa. » Il paraissait confiant, il était flippé.

Ces deux jours particuliers se passèrent sous les meilleurs hospices. Mon héros du quotidien réussit sans peine à mettre ma famille à l’aise, à discuter, à faire rire les filles et blaguer avec mon père. Je crois que mes parents comprirent tout de suite de quoi il retournait. Ils voyaient ce grand garçon témoigner un amour sincère et unique à leur fille et je sentis, au travers de leurs regards, qu’il se reconnurent en nous. Ils retrouvèrent la passion, l’excitation des débuts, le romantisme exacerbé .. Ils l’apprécièrent tout de suite.

Au fil des mois, ils l’acceptèrent comme leur propre fils, celui qu’ils n’avaient jamais eu. Parfois je les vois tous les deux, mon père et mon mari, marcher et discuter. Mon père prend plaisir à lui apprendre des choses, à lui faire découvrir la région et la famille, à tisser un lien véritable avec lui. Je suis émue quand je les vois s’amuser tous les deux, à faire courir le chien ou à tirer sur des bûches de bois. Je me dis qu’on a réussi quelque chose et que cette chance n’est pas donnée à tout le monde.

Les fiançailles jouèrent leur rôle dans l’investissement émotionnel que mes parents ont placé en lui. Ils ne s’y attendaient pas mais cette preuve immense d’amour les emporta. « Nous remercions A. de tout l’amour qu’il te porte, de faire de toi la femme heureuse que tu mérites d’être, et sommes heureux et fiers de vous avoir à nos côtés. Nous vous aimons. » Le mariage encra définitivement mon amoureux dans la famille, il est à présent aimé et choyé par chacun des membres qui la composent. A leurs yeux comme aux nôtres, nous ne formons qu’un : leur amour nous nourrit et nous protège.

« On ne comprendrait pas si un jour vous deux, ça ne fonctionne plus. » Voilà ce que me disent mes parents. Je pense qu’ils ont aussi compris qu’il m’avait sauvée et sortie du mauvais pas dans lequel j’étais. De ce fait, ils lui sont reconnaissants de m’avoir secourue à leur place. A présent, mon mari fait partie de leur vie et de leur paysage, ils n’imaginent pas qu’un jour cet acquis puisse disparaître. Il est un nouveau pilier de la famille et ils savent qu’ils peuvent s’appuyer sur lui, lui faire confiance et l’aimer. Ils savent que cet amour et cette reconnaissance sera rendue au centuple. Je suis très fière de ma famille.

En acceptant sans détour les personnes que j’ai choisies pour marcher à mes côtés, mes parents m’ont aidée. Je les remercie de n’avoir jamais jugé mes choix, et d’avoir été si entiers avec ces hommes que j’ai aimé, même les plus mauvais. Ils donnent et c’est une force, n’est-ce pas ?