Notre emménagement spontané.

Horloge

Après trois mois de passion estivale, la réalité nous rattrapait. Devais-je chercher un appartement plus petit et moins onéreux ou un colocataire sympa ? J’avais bien profité de ma solitude ces derniers mois, c’était agréable d’être enfin seule. Cependant, je ne me voyais pas vivre en tête à tête avec moi-même indéfiniment.

Mon amoureux, quant à lui, devait rendre sa sous-location et trouver un nouveau logement. Si j’espérais secrètement qu’il me propose de vivre à ses côtés, sa demande impromptue n’a pas manqué de m’étonner. Lui qui se décrivait comme un homme fuyard face à ses conquêtes, paralysé par la moindre responsabilité amoureuse, me prouvait qu’avec moi tout était différent et unique.

Nous discutions sur notre messagerie instantanée favorite quand sa proposition est tombée comme un cheveu sur la soupe, à demi-mot. « Tu me proposes sérieusement de vivre avec toi ?Ben oui … Enfin, il faut qu’on y réfléchisse, mais ça peut être une bonne solution … »

En effet, cette solution me semblait parfaite ! Je n’avais pas la moindre appréhension face à cet évènement. Au contraire, je l’attendais ! Nous allions pouvoir tout partager, c’était génial ! Mon appartement était prêt à l’accueillir. Je l’avais complètement redécoré, toute trace de D. avait disparu. J’y avais mes habitudes, il me ressemblait dorénavant, et pouvait nous représenter. Il n’y avait qu’un inconvénient qui gâchait notre enthousiasme : D. y avait vécu et j’y avais souffert, il était porteur d’un passé encore très frais.

Etait-ce une si brillante idée que de rester dans les lieux de ma précédente et désastreuse histoire ? Je ne culpabilisais pas cependant. Oui, D. aurait voulu le garder. Oui, il souhaitait que je déménage moi aussi. Oui, ses parents étaient les garants de l’appartement. Oui, je leur avais dit que je les délesterais de ce rôle et que je m’en irais. Oui, c’était le bordel avec l’agence immobilière. Mais je n’avais pas le désir immédiat de partir. J’étais mal à l’aise face à sa mère que j’avais de temps en temps au téléphone mais certainement pas face à ce que lui pouvait ressentir.

C’est ainsi que mon amoureux est arrivé un soir, bardé de deux valises pleines de fringues. C’est tout ce qu’il avait. Je lui avais fait de la place dans les placards, et l’ai enjoint à se comporter ici aussi naturellement que possible. Nous n’avons réalisé que le lendemain matin ce que nous avions fait. Je me préparais pour aller travailler, le laissant seul dans le lit qui était désormais sien, et me demandais ce qu’il allait faire, une fois seul. Allait-il fouiller ? Etait-il gêné ? Est-ce que nous allions fonctionner ? Je suis allée l’embrasser et en refermant la porte, une sensation étrange m’envahît, mélange d’appréhension et d’incertitude. Il était là.

Pour fêter son arrivée je lui ai offert une montre, de celles qui laissent leurs rouages dorés fonctionner à la lumière du jour, de celles qu’il faut remonter manuellement. Cadeau de bienvenue apprécié à sa juste valeur. Il la porte à chaque grande occasion et lorsqu’on le complimente, je l’entends annoncer fièrement : « C’est ma femme qui l’a choisie. » Pour ne pas faire les choses à moitié, nous avons également décidé d’acheter une voiture en commun. Nous y avons mis toutes nos économies respectives, après trois mois de romance. Gentleman, il a laissé l’acte de propriété à mon nom. Pour nous, tout était évident. Nous n’allions pas vite en besogne, les autres étaient trop lents à comprendre.

Nous avons construit notre nid tels les oisillons batifolants que nous étions. Notre quotidien s’est d’un coup illuminé, vivre ensemble était la meilleure décision que nous avions prise de notre existence. Nous n’avions pas besoin d’établir des règles, tout était logique. Instantanément, mon argent était le sien, et vice et versa. Instantanément, ce qui m’appartenait lui appartenait. Nous ne formions qu’un, nous étions un couple, une entité à deux.

Mon amoureux était plein de surprises et savait rendre la monotonie hivernale joyeuse. Il avait entrepris de cacher des petits mots d’amour numérotés partout dans l’appartement, sans me le dire. Il attendait simplement que j’en découvre un pour que j’entreprenne la recherche des autres. C’est de cette façon qu’une soirée d’attente s’est métamorphosée en chasse au trésor. Je rêvassais seule, les yeux rivés sur l’horloge, lorsque j’ai remarqué que quelque chose en dépassait. Un bout de papier. « Je t’aime n°3 : Pour ce temps passé avec toi. » J’ai souri. J’étais heureuse. Il y en avait d’autres qui m’attendaient, partout autour de moi. C’était une idée géniale, romantique, magnifique. J’ai adoré.

C’est ainsi que les mois passaient, entre petites attentions merveilleuses et repas savamment préparés. Il savait me rendre accro, mon héros du quotidien. Exit les disputes horribles, le manque d’affection et le syndrome de l’infirmière. J’entrais dans une relation saine, non culpabilisante, c’était nouveau pour moi et d’autant plus libérateur. Je ne le remercierais jamais assez de m’avoir si bien traitée et de continuer à m’aimer de cette façon chaque jour que Dieu fait.

Nous avons passé toute une année à roucouler dans cet appartement, puis est venu le temps de quitter les lieux. Les cinquante-cinq mètres carrés devenaient trop étroits pour nos meubles et notre bonheur. Nous avions besoin d’un nouveau souffle, d’un terrain vierge, et l’agence faisait n’importe quoi avec notre dossier. Nous sommes donc partis vivre quelques rues plus loin dans un bel espace. Chaque jour je rentrais, regardais mon fiancé et lui disais : « C’est trop beau chez nous ! » C’est devenu notre phrase rituelle.

J’étais également soulagée de fermer définitivement la porte de son prédécesseur, d’enfin couper les ponts avec la famille de D. Mon amoureux pouvait enfin prendre sa place sans penser chaque jour à la personne qui vivait là avant lui, et notre bonheur a encore monté d’un cran. Nous avons vécu des journées belles et douces en ce nouvel endroit, nous y avons de beaux souvenirs et comme je l’ai dit à la propriétaire avant de partir, nous l’avons empli d’ondes positives, il suinte d’amour !

Nous attaquons notre quatrième année de vie commune. Le coeur à ses raisons que la raison ignore. Nous vivons à l’instinct, il est bon conseiller. En réalité il n’est jamais trop tôt pour vivre, se loger, se marier, enfanter. Il faut savoir vivre dangereusement, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Mon mari, un Témoin de Jéhovah.

Les Saintes Ecritures

Des Témoins de Jéhovah, je n’avais que l’image d’une femme venue à pieds jusque dans ma campagne m’annoncer l’Armageddon, catastrophe dont je ne survivrais pas si je ne la suivais pas dans la foi. Je n’avais que l’image de prospectus parlant de Dieu qu’on croisait ça et là dans le dédale les foires bovines. Je n’avais que l’image de ma mère m’expliquant qu’il s’agissait d’une secte dangereuse. Et puis mon amoureux m’a un jour expliqué que sa famille en était.

Lorsque je l’ai annoncé à mes parents, ils ont eu un mouvement de recul. Ils n’ont pas compris que mon mari, passionné d’histoire et de science, puisse croire que le Diable existe, qu’il est sur Terre et qu’il n’attend que de nous attirer dans sa fosse. Ils n’ont pas compris que ces gens qu’ils apprécient puissent vivre leur foi dans une secte. Ils étaient ahuris à l’idée que des personnes croient qu’on descend vraiment d’Adam et Eve (*musique*).

Chez moi, la foi annoncée de mon amoureux a déclenché une foule de questions. Je connais très peu de personnes qui croient vraiment : il y a ma meilleure amie, musulmane convertie, et quelques membres de ma famille, chrétiens. J’ai parfois posé des questions désagréables et abruptes à mon mari : « Mais on t’a embobiné, non ? Ne crois-tu pas par défaut ? As-tu remis en question ce que tu as appris ? Comment peux-tu être sûr de ça ? … »

Il a prit le temps de répondre à mes interrogations, de me parler de son enfance, des livres explicatifs à l’attention des petits, des réunions régulières, des exposés qu’il devait préparer, de la WatchTower. Mais aussi du bien et du mal, de ses peurs lointaines, du Diable … Il ne fêtait jamais son anniversaire, ni celui de ses camarades. Il n’avait pas de sapin de Noël et a vécu son premier réveillon avec nous.

Au quotidien, il n’y a aucune différence. Mon amoureux n’a pas choisi de se faire baptiser à l’âge adulte. Ca signifie qu’il n’est pas officiellement un Témoin de Jéhovah, il a simplement grandi avec. Nous n’avons pas attendu le mariage pour nous toucher, nous ne nous sommes pas mariés selon ses croyances, il ne va pas à la salle … Bref, les vrais TJ pourraient dire qu’il n’en est pas un. Il croit en son coeur. Il prie parfois, mais je ne pourrais pas le deviner. Les prières n’ont pas de rituel précis, il suffit de fermer les yeux et de parler à l’intérieur de soi.

Chez mes beaux-parents, la différence était plus marquée. Ma belle-mère a choisi d’être Témoin de Jéhovah. Mon beau-père a été élevé par des TJ. Il est parti faire le Béthel, c’est à dire qu’il a aidé bénévolement la communauté à construire un nouveau complexe religieux. C’est une famille très soudée, pleine d’amour, elle véhicule le bonheur et la bonne entente partout où elle va. Je ne saurais dire si sa croyance y est vraiment pour quelque chose, mais je pense que oui. On peut dire ce qu’on veut sur les TJ, un fait est véridique : ils sont force d’égard, de gentillesse, de confiance et d’amour les uns envers les autres. Pour l’agnostique que je suis, ce sens de la communauté est épatant.

Lorsque le grand-père de mon mari est décédé, son incinération s’est passée sous l’office des Témoins de Jéhovah. Leur cérémonie mortuaire est complètement différente de celles, chrétiennes, que j’ai pu connaitre. On parle finalement très peu du défunt, mais beaucoup de la résurrection des croyants qui arrivera bientôt. C’est étonnant.

Je n’ai jamais eu l’occasion de voir leurs salles du royaume. Je sais qu’elles ne ressemblent pas aux lieux de cultes ordinaires mais à de grandes pièces communes. Ils n’adorent pas de représentations de Dieu ou de Jésus, c’est interdit. Vous n’en verrez jamais porter de crucifix, ou s’extasier devant les statues des églises. Ils donnent de l’argent à la WatchTower en fonction de leurs moyens.

Pour les Témoins de Jéhovah, les athées et autres croyants sont autant d’âmes à sauver et à avertir. Ils sont sincères lorsqu’ils prêchent. Ils n’essaient pas de vous embobiner, ils vous sauvent. Mon mari n’a jamais essayé de me rallier à sa cause, il ne me parle de ses croyances que lorsque je le lui demande. Mais une collègue de travail a essayé.

Je l’ai rencontrée lors de mes préparatifs de mariage. Coïncidence, elle se mariait le même jour que moi, et voilà qu’elle m’annonce qu’elle est Témoin de Jéhovah. « C’est fou, mon mari aussi ! » Nous avons immédiatement sympathisé et échangé nos numéros. Elle était très douce, vraiment adorable, pleine de bonne volonté. Elle m’a invitée chez elle puis elle a sorti sa Bible, qui est traduite différemment de celle des chrétiens. J’en ai profité pour lui poser beaucoup de questions, mais ses réponses me semblaient biaisées et ne me convainquaient pas. Ce n’est pas simple d’imaginer que la fin du monde est prévue à une date précise selon les prophéties, surtout lorsqu’ils se sont déjà trompés trois fois ! Sans que je ne l’ai demandé, elle s’est mise à me faire l’étude de la Bible.

Elle avait bientôt trente ans et était vierge. Elle se réservait pour le mariage et ne voyait son fiancé que dans des lieux publics ou accompagnée d’un « chaperon ». Elle prêchait deux fois par semaine et faisait l’étude de la Bible à plusieurs personnes. Elle souhaitait que je l’accompagne une fois à la salle et m’a offert une Bible, un dvd et une étude. Une fois mariée, elle est partie prêcher sur un autre continent. Une vraie TJ.

Aujourd’hui, mes beaux-parents ont renoncé aux Témoins de Jéhovah. Ma belle-mère dit s’être rendue compte qu’ils n’étaient pas dans le vrai. Ca a prit beaucoup de temps pour qu’elle l’avale, elle n’a d’ailleurs pas terminé sa métamorphose. Pour mon beau-père, c’est plus difficile de rejeter une vie entière de pensées biaisées. Ils restent de fervents croyants et avancent dans leur recherche de la vérité.

Pour mon mari, c’est un sacré chamboulement que ses parents quittent les TJ. Ca remet tout en question. Tout, sauf sa foi. Pour ma part, j’ai appris à mieux connaitre cette religion que je ne classe pas au rang de secte. Si les Témoins de Jéhovah sont dangereux alors l’Islam et le Catholicisme le sont tout autant. Avec tout ça, je me pose naturellement beaucoup de questions. Et moi ? Pourrais-je croire ? N’est-ce pas déjà le cas ?

J’ai peur d’ouvrir mon coeur à Dieu s’il existe. J’ai peur de me berner, d’aller dans la mauvaise direction. Je suis susceptible de croire en beaucoup de choses différentes. Je suis persuadée qu’au delà de nos frontières, il se passe des évènements importants dont nous n’avons pas connaissance. Dois-je chercher ? Dois-je laisser la porte ouverte en attendant que mon heure soit venue ? Je ne sais pas. C’est très troublant, n’est-ce pas ?

Le syndrome de l’infirmière.

Coeur

Avant même que nous ne soyons ensemble,  D. m’a rapidement dévoilé ses failles. Il semblait attendre de moi une réparation, et cette idée est devenue un leitmotiv martelé dans mon esprit. J’avais un défi à relever : rendre cet homme heureux, panser toutes ses blessures, lui prouver que la vie vaut la peine d’être vécue. Il me fallait un but pour avancer, il m’en proposait un. Telle était ma quête (*musique*).

Son âme meurtrie, son corps malmené avaient besoin d’une infirmière, et j’allais mettre toute mon énergie au service de cette ample tâche. D. ne croyait pas au bonheur. Pour lui, la vie n’était qu’une suite de désillusions qui le mèneraient à sa perte, quoi qu’il advienne. Il me confiait son parcours jonché d’obstacles, tantôt harcelé dans la cour de l’école, tantôt trahi par ses ex-amies. Incompris et pauvre, même son corps le lâchait. Sa vue se troublait de jour en jour, mais ça ne l’empêchait pas de se droguer pour autant. D. n’avait confiance en personne et crachait sur le reste du monde. Tout ce qui l’entourait était nécessairement néfaste à son épanouissement, et chacun de ses échecs lui rappelait qu’il n’avait pas sa place parmi nous.

Je devais changer sa vision du monde, un travail fastidieux. Pour y parvenir, j’ai d’abord mis mon argent à contribution. Nous sortions à chaque fois que nous passions du temps ensemble, à mes frais. Il s’agissait surtout de nourriture : il ne pouvait pas m’inviter, alors je payais de bon coeur. Plus tard, quand j’ai pu avoir accès à son appartement, j’ai fait le ménage et un peu de rangement pour qu’il n’ait pas à se soucier de ça. J’allais au supermarché du coin, j’achetais ses aliments de prédilection, je préparais les repas. Je faisais toujours le déplacement jusqu’à son domicile pour qu’il ne se fatigue pas à me retrouver chez moi. Je mettais tout en oeuvre pour qu’il en fasse le moins possible, une parfaite petite ménagère. J’étais fière de lui éviter ces « souffrances », et heureuse de réussir à le faire sourire dans temps en temps.

Mais il souriait peu et ne me remerciait jamais. J’ai décidé de prendre le problème à bras le corps et d’user d’un peu de philosophie. « Regarde ce soleil, aujourd’hui, c’est magnifique ! Si nous allions en profiter ? » Il me répondait avec sarcasme qu’il faisait trop chaud pour marcher, que le soleil était l’un de ses pires ennemis, et qu’il préférait ne pas se mouvoir. Je tentais alors de porter son attention sur autre chose, afin qu’il dénote le positif lové en chaque situation. S’il pouvait appréhender le monde à travers mes yeux, ne serait-ce qu’une minute, il comprendrait. Il m’avait choisie, moi, jeune fille pleine de joie, fervente croyante du bonheur. N’était-ce pas dans une quête d’épanouissement ?

Petit à petit,  il s’est mis à se servir de moi comme d’une auxiliaire de vie, à la différence près qu’il n’était ni handicapé, ni malade, ni âgé. Je le massais le soir avant que nous nous endormions. Je devais l’emmener aux urgences lorsqu’il souffrait « atrocement ». Je prévenais le moindre de ses maux, physique ou psychique, anticipait chacun de ses gestes et les conséquences forcément malheureuses qu’ils engendreraient. Je le consolais quand ça n’allait pas, le rassurait comme un enfant. Je répondais indubitablement présente s’il avait besoin de moi. Que je sois au travail ou tranquille à la maison. Que ce soit pour du linge à faire tourner ou pour l’accompagner en soirée.

Je devais tenir ce rôle et j’étais l’arbre qu’il gangrenait. Toute mon énergie, toute ma force, tout mon courage se sont vus avalés par le puits sans fond qu’il incarnait. Il me vampirisait et buvait ma motivation sans en être jamais repu. Rendre cet homme heureux était une mission impossible, à croire qu’il faisait exprès de ne jamais remonter la pente pour que je continue à le pousser. Chacune de mes tentatives annonçait un cuisant échec et de rudes remontrances. Plutôt que de me remercier pour ma persévérance, D. m’envoyait six pieds sous terre. Rien ne le contentait, et ma personnalité « frivole » commençait à sérieusement l’agacer.

C’était donc ça ! Il voulait m’emmener au fond du gouffre, avec lui. Plus je souhaitais l’en tirer, plus je glissais sous son poids. Je devais me rendre à l’évidence, et le constat qui s’imposait me glaçait les sangs : il fallait que je le lâche si je ne souhaitais pas périr moi aussi. Quelle affreuse défaite … J’avais failli dans ma mission. Je croyais tant en être capable. D’ailleurs, j’en étais encore persuadée, alors pourquoi cela ne fonctionnait-il pas ?

J’étais désolée. C’était tellement difficile de l’admettre. Je me sentais nulle, inutile, sans saveurs. Il me rabaissait et je me flagellais plus encore. Il voulait que j’arrête de vouloir le changer, et me demandait  quand-même l’accès au bonheur. Je me perdais dans les méandres de ses désirs et m’oubliais peu à peu …

Le syndrome de l’infirmière. Voilà le mal dont j’étais atteinte, qui me poussait à vouloir sauver la mauvaise personne. C’est en partie pour ça qu’il m’avait choisie. Sans ce désir puissant de vouloir être le pilier de quelqu’un, je ne serais probablement pas tombée si aisément dans le cercle tourbillonnant des violences conjugales.

L’ironie du sort veut que finalement, c’est moi qu’on a sauvé. La vie est pleine de surprises, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Ma méthode de contraception naturelle.

Ladytimer

Vous le savez, je ne veux pas d’enfant. Et je suis mariée. Et on n’utilise pas de « vrai » moyen de contraception.

« Tu es folle. Tu vas faire quoi, si tu tombes enceinte, hein ? C’est super dangereux. Irresponsable. Tu fais n’importe quoi. » 

La contraception, ce n’est pas quelque chose de simple, à l’instar de ce que je pouvais penser au départ. Ma toute première fois (*musique*), je l’ai vécue un matin de printemps. Je ne m’y attendais pas, je tremblais, j’appréhendais. Je me suis laissée faire et ça s’est passé très vite. J’ai eu mal quelques secondes, il a joui, s’est relevé le sourire aux lèvres, est sorti du lit et m’a donné de quoi m’essuyer. « Tu vas voir, ça va couler ! »

Glamour. On n’avait pas utilisé de préservatif. J’ai compris que je devrais prendre la pilule du lendemain et m’en suis procurée une en rentrant chez moi. Je l’ai prise à l’abri des regards, pour ne pas souffrir de discours moralisateurs, et j’ai eu mal. La deuxième fois s’est déroulée exactement de la même manière. Rebelote ! Avec le recul, je me trouve bien bête. Pourquoi l’ai-je laissé faire ?

Pour lui, la solution était toute trouvée : « Tu prendras la pilule, mon ex faisait comme ça. » D’accord. Après tout, c’était simple, non ? J’ai pris rendez-vous avec un médecin généraliste, et suis ressortie du cabinet avec mon ordonnance, assortie d’une brochure répertoriant les différentes autres méthodes de contraception que je n’ai jamais regardée.

Je l’ai prise pendant deux ans, cette pilule, et ne l’ai oubliée qu’une fois. Au début, c’était parfait : je ne souffrais pas, mon acné diminuait et mes règles disparaissaient. Puis mes seins ont commencé à s’alourdir, devenant deux enclumes douloureuses. Ma taille s’est soudainement élargie, et des palpitations m’assaillaient parfois. J’en avais marre.

J’ai lâché la pilule en changeant d’amoureux. D’une pierre, deux coups. Quel soulagement, je retrouvais mon corps ! Mes hanches se sont délestées des poids qui les entouraient et mes seins sont redevenus dociles, j’allais mieux. Mes règles sont revenues avec mon acné, mais le jeu en valait la chandelle !

Mes cycles naturels sont d’une régularité métronomique. J’ai appris à découvrir leurs différentes phases au travers de mes sensations et du fond de ma culotte. Le fonctionnement de ma machine me fascinait, à tel point qu’il m’était impensable de revenir en arrière. Hors de question de la tromper à nouveau avec des hormones. Plus jamais. J’avais besoin de ce retour au naturel. C’était trop chouette de m’apprivoiser, de me connaître enfin.

Dans mon couple tout neuf, la question du contraceptif devenait pressante. Le préservatif, c’est chouette cinq minutes, mais le nu, c’est mieux ! Nous y avons réfléchi des mois ensemble, lui soucieux de ne rien m’imposer, et moi de ne pas contrer son plaisir. Nous ne trouvions pas de solutions. Je ne voulais pas d’hormones et les solutions type capes et spermicides ne nous tentaient pas des masses. Restait le DIU en cuivre, mais les gynécologues refusaient de me le poser.

Alors nous nous sommes débrouillés seuls. Nous avons utilisé le retrait. Oui oui, cette même méthode qui consiste à se retirer avant l’éjaculation. Les premiers mois, c’était l’angoisse à l’approche de mes règles mais nous avons fini par prendre confiance. La régularité de mes cycles m’aidait bien, et j’avais installé une appli sur mon smartphone qui m’indiquait les périodes à risque et celles plus tranquilles. Ca fait trois ans que ça dure. Au début, mon amoureux se retirait à chaque fois. Mais maintenant, nous allons jusqu’au bout pendant ma période d’infertilité : avant mes règles, pendant, et juste après.

Le peu de fois ou j’en ai parlé, on m’a hurlé dessus. Je ne veux pas d’enfant alors prendre un tel risque, pour les autres, ça relève d’une inconscience folle. « Préférer une IVG aux hormones, sérieusement ? » Ai-je dit ça ? Bien sûr que non ! J’ai quand-même réussi à trouver une sage-femme qui acceptait la pose du stérilet. Ca a échoué. Sur le coup, j’étais vraiment déçue, dépitée, dégoûtée.

Et puis je me suis rendue compte que je n’en voulais pas vraiment, de ce stérilet. Je le souhaitais pour qu’on me laisse tranquille pendant cinq ans, pour qu’on arrête de me juger et que je cesse de culpabiliser vis à vis de mon chéri. Culpabiliser de quoi d’ailleurs ? Il jouit à chaque fois mais pas dans mon vagin, vous parlez d’une histoire !

A chaque moyen de contraception son taux d’échec. Je prends peut-être un plus grand risque que les autres, je l’admets. Mais quoi que je choisisse, je suis obligée de prendre ce risque, comme toutes les femmes fertiles que je connais. Je choisis de me faire confiance à moi, et pas à des hormones qui ont des effets négatifs sur ma vie quotidienne. Qu’est-ce que ça a d’inconscient ? Je me repose sur l’étude approfondie de mon corps que je connais désormais par coeur.

Je vais continuer au naturel, comme nos grand-mères, puisque me faire ligaturer les trompes n’est pas une option aux vues de mon jeune âge. Le plaisir de mon ami peut s’évacuer ailleurs sans qu’il ne perde une seconde de félicité, et moi, je suis en phase avec moi-même. Vivre sans contraception en relation sérieuse, c’est possible et pas forcément dangereux. C’est juste un choix.

Cet article n’a pas vocation à promouvoir les méthodes naturelles. Il propose un point de vue différent qu’on n’ose pas souvent exprimer. Alors puisque nous sommes libres, j’en parle. J’ai le droit, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

L’été passion.

Festival de la rose

L’été 2013 est sans conteste la plus belle saison qu’il m’ait été donné de vivre. Je le débutais avec exaltation lorsqu’en ce premier jour estival, je vivais ma première soirée romantique.

Nous avons tous vent de ces amourettes d’été, belles et tendres le temps de quelques mois, qui s’évanouissent au travers des feuilles mortes de l’automne. Nous espérons tous en vivre une et relever le défi. Nous nous berçons d’illusions à coup de « Avec nous tout sera différent », mais les nuages arrivent quand-même et la torpeur de l’été laisse place à la glace des saisons froides. Rassurez-vous, moi aussi j’ai espéré. Et cette fois, ça a marché …

La passion était au rendez-vous. Sous mes robes virevoltantes se faufilaient ses doigts malins et je devais me battre contre mon propre désir pour que nous ne fassions pas l’amour en pleine rue, devant les passants ahuris. Lui, ça ne l’aurait pas gêné ! Je ne pouvais plus le calmer et me contentais de repousser inlassablement ses caresses publiques pour que le tissu continue de recouvrir mes jambes nues.

Au début, c’était physique. La chaleur étouffante de la ville n’empêchait pas nos parties de jambes en l’air : au contraire, elle nous attisait ! Ses odeurs m’exaltaient. Vous savez, quand on est très amoureux, on vénère son odeur, on respire sa sueur (*musique*). Le feu nous consumait, nous brûlions ardemment de désir l’un pour l’autre. Nos fréquentes entrevues commençaient toujours par les gestes pour se terminer invariablement en paroles. Nous n’étions jamais rassasiés.

Cet été-là, j’avais planifié deux semaines de vacances que je comptais consacrer à ma famille. Après ce que j’avais vécu, un retour au bercail s’imposait, le calme de ma campagne natale m’appelait. Lorsque je lui  ai annoncé, il a reçu la nouvelle comme une petite mort. Comment allions-nous nous en sortir, l’un sans l’autre ? J’ai quand-même décidé de ne pas annuler mon départ, testant par la même occasion son dévouement à mon encontre.

Ces quelques jours me firent un bien fou et me rendirent folle. L’éloignement accroissait mes sentiments, je n’en pouvais plus d’attendre nos retrouvailles. Je me contraignais à tenir bon, à ne pas laisser la passion prendre le pas sur le reste de ma vie mais rien n’y faisait. Combien de fois ai-je songé à écourter mon séjour ? Il hantait mes pensées, mon corps tout entier le réclamait. Nous passions des heures à nous écrire, autant de mots d’amour tissés pour garder le lien à plus d’une centaine de kilomètres de distance. C’était lui, j’en étais sûre. Comment pouvais-je tant avoir besoin de cet homme que je connaissais si peu ? Il est des mystères qui n’appellent pas la raison. Il était mon évidence, mon âme-soeur.

Le jour de mon retour dans la ville, je trépignais d’impatience. Dire que mon coeur battait la chamade est un euphémisme, j’étais malade d’amour. Plus nos retrouvailles approchaient, moins je parvenais à garder mon calme. Ma cousine, qui faisait avec moi le déplacement, ne comprenait pas mon excitation : je peinais à rester concentrée sur nos discussions, mes yeux étaient rivés sur l’écran de mon téléphone. « Pourvu que notre train n’aie pas de retard ! » J’étais euphorique.

Tout s’est emballé lorsque je l’ai vu. Il était là, un long escalier nous séparait encore, mais il était là, à quelques mètres de moi. Par égard pour mon accompagnatrice, je n’ai pas couru. Je n’en étais de toute façon pas capable, je tremblais de tous mes membres ! Mes jambes se défilaient et je m’accrochais désespérément à la rambarde pour ne pas tomber. Jamais personne ne m’avait fait un tel effet, mes propres sentiments m’impressionnaient. Arrivée à sa hauteur, j’ai plongé dans ses bras tendus. Les yeux dans les yeux, mon front collé au sien, le reste du monde s’effaçait. Nous étions là, tous les deux, et tout le reste n’avait plus d’importance.

Depuis ce jour, nous refusons d’être séparés ne serait-ce qu’une nuit. Les rares fois ou nous y sommes obligés, l’un de ses T-shirt m’accompagne, outil nécessaire à la tranquillité de mes nuits. C’est trop difficile. Je prie pour qu’il ne meure pas avant moi, cette perspective me rend folle de désespoir. Trois années sont passées et mon amour ne cesse pas de grandir.

Nous avons vécu le reste de notre été agrippés l’un à l’autre. Sous les draps légers, entre visionnages nocturnes et feux d’artifice, nous refaisions le monde. Nous nous sommes imaginés mariés, parents d’une petite fille adorable, en voyage autour de la planète … Heureux. Nous nous sommes promenés dans toute la ville, écumant parcs et rues pavées. Lyon n’avait plus de secrets pour les amoureux transis que nous étions.

Une période magnifique suivie d’un automne aussi chaud que les couleurs qu’il propose, puis d’un hiver aussi doux que les plaids qui m’enveloppaient. La passion n’a pas péri avec les fleurs, elle s’est transformée et continue sa métamorphose pour s’adapter à nos envies.

Bien sûr, nos épisodes charnels ne ponctuent plus toutes nos journées mais notre amour n’a pas failli. Il est sans cesse plus grand et plus fort. Nous pensions que nous nous aimerions toujours comme au début et nous avions tort : nous nous aimons beaucoup mieux à présent. Nous n’avions simplement pas la capacité de l’imaginer tant notre coeur nous semblait déjà si plein. Le bonheur augmente de jour en jour. Je suis si reconnaissante.

Laissez la passion vous envahir et acceptez qu’elle mûrisse elle aussi. Les passions estivales ne sont pas toutes éphémères. Aimer est plus fort que d’être aimé, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !