Mes mensonges d’adolescente : pression sociale, que fais-tu de moi ?

Masque vénitien

Dans la cour de récréation, toutes les filles en avaient. Ils scintillaient au soleil, elles en paraient leurs cahiers, leurs trousses, leurs cartables. J’enviais ces animaux miniatures autocollants aux couleurs chatoyantes. Mais plutôt que de les quémander à mes parents, je les ai volés au supermarché. En rentrant, je les ai glissés dans mon cartable pour les en ressortir aussitôt devant maman. « Tiens, tu as eu ça où ?Laurine me les a donné ! » C’est passé comme une lettre à la poste. J’avais neuf ans, et je mentais pour la première fois.

J’ai très peu menti au cours de ma vie. D’ailleurs, je suis une mauvaise menteuse. Mon mari le remarque instantanément : il dit que ma voix change et que ma gestuelle me trahit. C’est assez embêtant, les surprises sont difficiles à tenir ! Jusqu’à mes quinze ans, mes mensonges couvraient les petites choses dont je n’étais pas bien fière, ils embellissaient ma réalité et me rendaient plus grande aux yeux de mon interlocuteur.

Mon entrée au lycée a chamboulé mon existence. Un nouvel établissement dans une nouvelle ville, de nouvelles rencontres. J’avais le loisir de pouvoir tout recommencer, de me donner une image toute neuve en accord avec les standards de la jeunesse. J’étais libre. Je pouvais sortir entre midi et deux heures, découvrir le monde seule comme une grande. Je pouvais devenir ce que je voulais.

J’ai d’abord choisi d’être une fille cool. Mais qu’est-ce qu’une fille cool, quand on a quinze ans ? Une nana bien dans ses baskets, jolie et joviale, sociable. Les premiers jours, j’ai changé de look. Une nouvelle coupe pour une nouvelle vie ! Mon père ne m’a pas reconnue au sortir du salon de coiffure. « J’ai cru que tu étais une jeune femme. » Dans la voiture, il jetait régulièrement un coup d’oeil dans le rétroviseur, pour apprivoiser l’image de sa fille grandie. Pour mon premier jour de lycée, je voulais être parfaite, alors je me suis maquillée pour la première fois et, moulée dans mes nouvelles fringues, je suis devenue Rozie la lycéenne.

Toutes les personnes avec lesquelles je discutais dorénavant se vantaient de n’être plus vierges. Elles faisaient l’amour comme des adultes, connaissaient des relations longues, testaient de nombreuses pratiques, fumaient, buvaient, sortaient … Si j’étais insensible au charme des discothèques, aux effluves des alcools et à la brume des cigarettes, mon manque d’expérience en amour commençait à me peser. Même ma bande d’amis avait un pied dedans, pourquoi pas moi ? Je ne désirais personne, ma sexualité était inexistante et je ne souhaitais pas tellement que ça change. Non, ce que je voulais, c’était que les autres me croient active. Alors, au rythme des conversations, j’ai commencé à insinuer que je l’avais fait. Je disais qu’en ce moment j’étais seule et que ça me manquait de ne plus pratiquer. Je mentais.

Cette pression sociale pesait sur ma vie. Pour garder la tête haute, nous devions tous prouver que nous connaissions les choses de l’amour. C’est donc naturellement que je me suis créé un petit-ami imaginaire. Les premières semaines, il n’était qu’un fantasme calqué sur un film que je venais de découvrir : « Un long dimanche de fiançailles. » Il me plaisait ce Manech, son corps gracile et longiligne, son amour insouciant, innocent, leur rituel romantique … J’y pensais toutes les nuits dans mes heures de sombre solitude. Puis mon fantasme devint mensonge. J’ai annoncé à mes amis que j’étais en couple depuis quelques temps et c’était mon grand secret (*musique*). Il habitait non loin de chez moi, il avait dix-sept ans, il s’appelait Manech. Je suis restée très énigmatique sur le reste.

Je ne saurais dire s’ils m’ont crue ou si, par amitié, ils ont tacitement couvert mes balivernes en évitant de me questionner. Toujours est-il que je ne leur ai jamais avoué. J’ai laissé trainé mon histoire au fil des mois pour finalement leur dire à demi-mot que ma romance avait pris fin.J’étais si vulnérable, je souhaitais tant être prise au sérieux. Ca me rassurait que dans mes rêveries et qu’aux yeux des autres, une personne puisse m’aimer de cette manière là. Et puis j’ai ouvert les yeux.

La fin de l’année scolaire s’annonçait. L’une de mes copines semblait passer son temps à coucher et en parlait à tout va avec une fierté manifeste. Plus elle me racontait ses frasques, plus le malaise s’installait en moi. Est-ce que je voulais devenir comme elle, bien baisée mais malheureuse ? Elle commençait à être celle qu’on appelle une « fille facile » ou une « salope ». En parallèle, une autre de mes copines avait fait un déni de grossesse. Une autre encore s’était confiée sur sa première fois : elle avait bu, ils étaient sur des gradins dehors à une heure certaine, elle n’avait sorti qu’une jambe de son pantalon et avait perdu sa culotte, il était plus âgé qu’elle. « Je crois que je me suis fait violer. »

J’ai décidé que je n’avais pas à avoir honte d’être vierge et qu’au contraire, je me devais d’en être fière. C’était moi. J’avais quinze ans, aucun désir sexuel, pas de petit-ami à l’horizon et j’étais vierge. J’ai pris mon courage à deux mains et ai expliqué à mes amis que je les avais trompé pour leur donner l’illusion que j’étais adulte. J’ai arrêté de mettre du fard à paupière, j’ai laissé mes cheveux repousser et mes fringues évoluer vers ce que j’étais. J’ai cessé de mentir.

Bien sûr, les couples du lycée ont continué à me mettre mal à l’aise. Trouver sa place, se faire confiance, accepter ce qu’on est, laisser vaquer ses frustrations … Pas évident ! A un âge où nous sommes si influençables, l’impact des séries et des publicités hyper-sexualisées est énorme. On pousse la jeunesse à commencer trop tôt, quand elle n’est pas totalement consciente de ce qu’elle choisit. On fait tous face à ce trouble, non ?

Les années sont passées et petit à petit, nous avons tous avoué que nous avions menti. Quasiment tous mes amis étaient vierges cette année-là mais prônaient le contraire ! C’est ahurissant, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Sa dépendance à la drogue et moi.

Allumettes

« J’veux pas de ta clope. » Voilà une campagne de prévention anti-tabac qui a profondément marqué mon enfance. Ils sont venus à l’école avec leurs autocollants et leurs pin’s, pour nous démontrer, le temps d’une demie-journée, les ravages de la cigarette.

Le souvenir du poumon de papier encrassé que l’animateur tenait avec virulence entre ses doigts haut perchés achevait de bannir la clope de mon esprit. Fumer, c’est mal. Cette conviction ne m’a jamais lâchée et c’est avec une fierté certaine que je racontais devant toute la classe que mon père, ce héros, avait arrêté de fumer pour moi, à ma naissance, sous les applaudissements chétifs des petites têtes blondes.

Lorsque j’ai rencontré D., mon petit-ami violent, il fumait déjà plus que de raison. Son appartement empestait, la toiture blanche virait à l’ocre et le sol était parsemé d’herbe. D. ne pouvait pas sortir sans briquet, feuilles, filtres et tabac. A chaque instant de liberté, il enchaînait les cônes informes. Au commencement, son addiction ne me dérangeait guère : allez trouver un seul jeune homme qui ne fume pas aujourd’hui, ne serait-ce qu’occasionnellement ! C’est peine perdue. J’acceptais donc les arrêts forcés au bureau de tabac, le goût amer de nos baisers et ses ongles jaunis. On a tous des défauts.

Et puis un soir, j’ai découvert qu’il fumait aussi autre chose, du cannabis. « C’est de temps en temps, pour décompresser. On se fait plaisir avec mon frère, mais les parents ne doivent pas le savoir. » A première vue, rien de très alarmiste. C’est une drogue douce, ça va. Je ne connaissais rien à cet univers et j’avais l’impression d’être en terrain illicite. Cette sensation de danger me troublait. « Tu veux essayer ?Non, je ne fume pas.Essaye, c’est sympa, il ne t’arrivera rien. Non. » Il était là, devant moi, effritant sa barrette d’un geste déjà trop automatique, à me baratiner. Et je l’ai cru.

Au fil de nos soirées amoureuses, il devint de plus en plus insistant. Ca lui tenait à coeur que je tente la chose, que je me laisse aller, qu’on s’amuse ensemble tels les Bonnie & Clyde des temps modernes. « T’es trop prude, ça va, y a rien de grave, c’est marrant ! » J’envisageais mal ce qu’il y avait de fun quand je le voyais devenir guimauve, s’affalant de la pire des façons sur la chaise abîmée, à rigoler devant toutes les grasses blagues de South Park (*musique*). Je n’étais pas dedans, c’est peut-être ce qui faisait défaut.

Alors un soir, j’ai tenté le diable. J’ai innocemment posé le carton sur ma lèvre et ai tiré avec circonspection : je me suis étouffée dès les premières secondes. La fumée épaisse descendait dans ma gorge et brûlait tout sur son passage, c’était insupportable. Elle débarquait dans mes poumons et mon diaphragme affolé se contractait pour en dégager le poison. Je toussais mais en inhalais tout de même assez pour en ressentir les effets pervers. Instantanément, je me sentais peser. Je voulais me coucher, m’endormir ; je n’étais plus tout à fait maître de mon corps et ce sentiment d’insécurité ne m’apaisait pas. J’ai détesté. Pour que D. me laisse en paix, j’ai raconté que ça ne m’avait rien fait. « Il faut le faire plusieurs fois pour prendre le coup. » Soit, ce sera sans moi.

Cet échec le gênait beaucoup. Plutôt que de me faire relativiser, il avait attisé les flammes de mon aversion pour la chose et surtout, il ne m’avait pas rendue dépendante. J’étais contre, point final. D. ne se privait pas de fumer en ma compagnie mais mes quelques réflexions l’agaçaient. Les mois passaient et ces moments de détente devinrent quotidien, pour atteindre une vitesse de croisière de quatre par soirée. « J’en ai besoin pour vivre. » Plus tard, j’ai dû l’accompagner quand il partait s’approvisionner, pour ne pas qu’il soit seul face au dealer.

Son addiction atteignit des sommets quand un soir, il me fit une crise monumentale parce qu’il n’avait plus de tabac. On était dimanche, impossible d’en trouver dans le quartier à une heure si tardive. Je le sermonnais : « Pourquoi n’en as-tu pas pris hier ?Parce que j’ai pas de fric !Tu n’en as pas plus ce soir, du fric !! » Nous avons dû sortir la voiture, à une heure du matin, pour atteindre le seul bureau nocturne de la ville. Autant dire que je lui en ai voulu, et pas qu’un peu. Par la suite, il m’a quelques fois quémandé de lui acheter son pot. J’ai accepté, la mort dans l’âme, de peur qu’une crise de manque ne bousille encore nos soirées.

Le shit s’immisçait dans notre relation et nous irritait de plus en plus. Le soir du réveillon, j’avais tout prévu pour que nous passions des heures sympathiques : un dîner de fête, une jolie tenue, quelques attentions … C’était sans compter la résine. Après une roulée trop dosée, D. s’endormit comme une masse, me laissant seule à décompter les minutes qui nous séparaient de la nouvelle année. J’ai tenté de le réveiller, en vain, puis  je me suis résignée à m’assoupir à ses côtés. Il ouvrit les yeux un peu plus tard et se mit en colère. « Pourquoi tu m’as pas réveillé ?! C’est le pire réveillon de ma vie ! C’est dégueulasse, c’est de ta faute ! » La dispute s’éternisa et nous passâmes les dernières heures de la nuit séparés par un mur. Bonne année, bonne santé.

Tout cela prit une tournure plus violente encore lors de notre emménagement ensemble. J’exigeais une pièce non-fumeur. Notre appartement ne se composant que d’un salon-cuisine et d’une chambre, j’héritais de cette dernière. J’y déposais toutes mes fringues pour éviter d’être imprégnée de cette odeur âpre qui n’était pas de mon fait. C’était peine perdue, mon père me faisait la remarque à chaque fois. Je puais, ça me déplaisait, et D. s’en contre-foutait. « Je suis chez moi, je vis comme je veux. » C’était une bataille quotidienne, je luttais pour que mes pas cessent de crisser sous le tabac épars, pour que je respire un peu moins de cet air pollué. « Je suis fumeuse passive par ta faute. » Mes arguments restaient sans suite. « T’as choisi de vivre avec moi. »

Notre relation se détériorait. Il commençait à se droguer dès le réveil, ça l’aidait à supporter ses collègues. Il retrouvait son fournisseur aux pieds de l’immeuble deux fois par semaine. Des centaines d’euros y passaient chaque mois, et ce sans compter sa consommation légale. J’étais folle de rage. Je payais intégralement nos dépenses, le loyer, la nourriture, les factures, et il réussissait encore à se mettre à découvert. Ses parents comblaient le déficit et l’enfonçaient par la même occasion plus encore. Etaient-ils si dupes ? J’en doutais et rêvais de crever l’abcès.

Pour lui, la faute incombait à son frère qui l’avait initié. Il se dédouanait comme ça, en accusant les autres de son malheur et de son affliction. C’était facile. J’ai réussi à ne pas plonger dedans et je l’ai quitté. Mais ma remplaçante n’a pas eu cette chance : D. l’a exercée, profitant de son plaisir pour partager les frais, puis profitant de sa dépendance nouvelle pour l’accrocher à sa barque et l’éloigner un peu plus de la rive …

Quand l’autre est accroc, on est accroc par alliance : la drogue s’installe comme dans un triangle amoureux. On ne le dira jamais assez, une drogue douce n’en reste pas moins une drogue. Elle amène les mêmes problèmes, et elle détruit tout autant, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Sage-femme VS gynécologue : mon choix de nullipare

Culotte mauve

Choisir un praticien pour mon suivi gynécologique n’était pas pour moi chose aisée. A 23 ans, je n’avais encore jamais dévoilé cette partie de mon corps à un médecin. De ce fait, j’avais une trouille bleue de ce premier rendez-vous.

Mes parents ne m’ont jamais parlé de sexualité, ni de contraception. Mon père m’a toujours dit qu’il répondrait à toutes mes questions, mais comme il ne m’en parlait pas de prime abord, je ne lançais jamais le sujet. Quant à ma mère, elle a émit quelques fois l’idée de m’emmener voir un gynécologue. A quinze ans, ce n’était absolument pas envisageable pour moi. J’étais vierge, et j’allais le rester encore quelques années : à quoi cela pouvait-il me servir ? Peut-être à briser mes craintes.

Il y a quelques mois, j’ai décidé de me lancer. « Allez Rozie, à 23 ans, quand même, ce serait cool de savoir si tout va bien. T’es une grande fille. » Tu parles !! Avec toutes les mauvaises expériences que j’avais entendues, les divers témoignages de maltraitance que j’avais lus, le tout lié à mes propres appréhensions, je n’en menais pas large. Mais j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis lancée.

Le but étant aussi de trouver le moyen de contraception idéal, je m’étais pas mal renseignée en amont. Je voulais un stérilet en cuivre : cinq années de tranquillité, pas d’hormones, au top ! Sauf que … Le premier gynécologue m’ayant reçue refusa que je décide moi-même quel moyen de contraception était le mieux pour moi. Après discussion, il m’a demandé de me déshabiller. J’ai refusé. Hors de question qu’il m’examine, je savais pertinemment que je ne reviendrais jamais vers lui. Forcément, il l’a un peu mal pris, mais je préférais blesser son ego plutôt que de rater ce premier examen. Je ne voulais pas me forcer. Si je ne le sentais pas, c’était non.

Les deux gynécologues suivants refusèrent également le DIU en cuivre. J’étais trop jeune, et nullipare. Ils ne me touchèrent pas non plus. Je ne cherchais pas à ce qu’ils soient forcément d’accord avec moi, je souhaitais simplement qu’on m’écoute, qu’on me mette à l’aise, qu’on m’explique, et surtout qu’on ne m’impose rien. L’enjeu était trop important. Une relation de confiance devait s’instaurer pour que je me laisse aller, il était absolument nécessaire que j’aie confiance.

A ce moment de ma recherche, j’ai failli perdre espoir. Et puis j’ai lu quelque part que les sages-femmes aussi pouvaient prescrire un moyen de contraception. Elles peuvent aussi pratiquer les examens classiques, les frottis, et poser des DIU. Leurs consultations coûtent moins cher et elles sont remboursées, puis leur agenda n’est pas plein à craquer : j’ai pris rendez-vous pour la semaine suivant mon appel. Pourquoi ne pas tenter ? J’ai choisi la mienne avec grande précaution. J’ai lu tous les avis que je pouvais dénicher sur le net, j’ai regardé sa photo avec attention (je sais, c’est bête, mais mettre un visage sur son nom me rassurait), j’ai lu chacune des lignes qui composaient son site web. Puis j’y suis allée.

En entrant, j’ai examiné patiemment la salle. C’était sobre et chaleureux, dans l’air du temps (*musique*). La sage-femme a tout de suite remarqué que j’étais très tendue : une première auscultation, ça fait peur ! « Je ne vous examinerai pas aujourd’hui, vous pouvez respirer. On va simplement parler. Vous allez me poser toutes les questions que vous souhaitez. » La séance s’est déroulée tranquillement, elle a pris le temps de calmer toutes mes appréhensions. Elle m’a dit que j’étais maître de mon corps : elle proposait, je décidais. Je suis ressortie rassurée, avec en poche un deuxième rendez-vous et un schéma d’utérus contenant un DIU à poser sur mon frigo.

Lors de la deuxième séance, elle m’a demandé si j’avais réfléchi, et si j’étais sûre de mon choix de contraception. A aucun moment elle ne m’a jugée sur mon parcours intime, alors que les gynécologues ne s’étaient pas gênés. A coup de « Vous êtes folle de vivre sans pilule », j’avais de quoi être sur la défensive ! Ensuite, elle m’a demandé de me dévêtir. « Gardez le haut, ce n’est pas la partie qui nous intéresse pour le moment. » Elle m’a montré comment m’installer sur la chaise puis elle m’a expliqué, point par point, tout ce qu’elle allait faire. Elle m’a présenté ses instruments et m’a dit que je pouvais regarder, c’était mieux. « Vous êtes prête ? Je peux vous toucher ? » J’ai vraiment apprécié qu’elle me prévienne avant de poser les mains sur moi, qu’elle le fasse avec mon accord entier, sans me surprendre.

Elle m’a rassurée d’emblée. « De l’extérieur tout va bien ! Maintenant je vais insérer mon index et mon majeur dans votre vagin pour en palper les parois. Vous êtes prête ? » Et ainsi de suite. C’était tout doux, je n’ai jamais souffert. Elle respectait mon corps, c’était chouette. J’ai appris que mon col de l’utérus prenait encrage sur la gauche. « Mais ça ne change rien, vous êtes normale. » Elle ne m’a pas fait de frottis. « Avant 25 ans c’est inutile, je vous laisse tranquille avec ça. »

Nous sommes ensuite passées à ma poitrine. Elle m’a demandé de remettre mon pantalon, puis d’enlever mon pull. A aucun moment je ne me suis retrouvée entièrement nue et offerte, et ça, c’est génial. De la même manière, elle m’a touchée avec mon accord et m’a rassurée une énième fois. Je suis repartie avec le sourire, soulagée que cette première expérience, si importante à mes yeux, se soit si bien déroulée. J’avais confiance. J’avais trouvé mon médecin d’intimité. Un médecin auquel je peux tout demander et tout dévoiler sans craindre de mauvaise réaction. Un médecin attentif à mon bien-être à chaque instant. Un médecin qui s’assure que je comprenne et approuve chacun de ses actes sur ma personne. Un bon médecin.

Ma sage-femme est jeune et a sans doute appris différemment son métier. Je regrette que les gynécologues de l’ancienne génération ne se mettent pas à la page. Maintenant, quand une femme de mon entourage se plaint des gynécologues et de leurs mauvaises manières, je lui propose systématiquement d’aller voir du côté des sages-femmes. Ca vaut le coup d’essayer, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Le coup de foudre.

Verres de whisky

Je vous ai rencontré comment j’ai rencontré mon héros du quotidien. Je n’aimais plus mon petit-ami D., violent avec moi, mais je n’avais pas le courage de partir. Heureusement, mon nouveau prétendant a prit les devants en me proposant ce rendez-vous, carrefour de mon existence. Le coup de foudre.

Nous avions planifié ce premier rencard ce soir là, parce que D. serait hors de la ville pour quelques jours et ne pourrait pas m’empêcher de m’y rendre. Je lui avais caché ce rendez-vous. C’était mon secret. Je ne voulais pas qu’il le gâche, qu’il le salisse. Ces trois jours sans lui allaient me faire un bien fou. J’attendais qu’il parte pour que je puisse enfin me préparer à passer une bonne soirée en agréable compagnie.

Bien sûr, D. réussit tout de même à enlaidir ma journée. Il savait pertinemment qu’en me laissant il prenait un risque : perdre son ascendant. Il tînt donc à prendre les devants et devînt colérique avant même d’avoir soupçonné quoi que ce soit. Il me menaça une énième fois, me poussa encore à bout et, cette fois, j’ai craqué. « Tu me quittes ? Dis-moi que tu me quittes. » Et bien tu sais quoi ? Oui, je te quitte. Pourquoi resterais-je une seconde de plus à tes côtés ? Je suis malade (*musique*), tu me prives de tout, et je pleure sans cesse par ta faute… C’est ce que je pensais, mais pas ce que je lui ai dit.

Je lui ai dit que ces trois jours allaient me permettre de réfléchir à notre situation, alors que j’en connaissais très bien l’issue. Cet après-midi là, j’ai cassé à demi. J’avais tellement peur qu’il me tue, le jour où je le quitterais pour de bon, que j’avais là une occasion en or : le laisser filer puis l’abandonner par écrit. A distance. Voilà mon salut. C’est assez lâche, mais il valait mieux être lâche qu’être frappée.

Il est sorti et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J’avais mal au coeur, c’était terrible. Ma première histoire se terminait si lamentablement, et il me contraignait à prendre le mauvais rôle. J’allais devoir lever le voile, dire la vérité à ma famille. C’était dur. Je souffrais atrocement. Qu’allais-je devenir ? Il fallait bien que je m’en sorte, mais de quelle façon ? J’allais bientôt avoir la réponse.

J’ai envoyé un sms à mon rencard. « Je viens de casser d’avec D. J’ai pleuré pendant des heures et j’ai les yeux tous bouffis. Si ça ne te gêne pas de passer la soirée à me consoler, je viens. Sinon, on annule. » Evidemment, on n’a pas annulé.

Je n’ai pas fait d’effort particulier pour me vêtir ce soir là. Je suis sortie, les yeux rougis, penaude, en direction du Vieux-Lyon. Lorsque la bouche de métro m’a recrachée, il était là. Il s’est avancé, m’a souri et m’a câlinée furtivement. Nous avons échangé quelques banalités, puis nous nous sommes installés sur les banquettes du premier bar à notre portée. Whisky pour lui, rhum pour moi. Sentir son regard se promener le long de mon corps me revigorait. Je n’avais plus honte de mon allure, cet homme me désirait malgré ma mauvaise mine. Ce visage meurtri que je ne laissais voir  à personne, il le chérissait déjà.

J’ai compris cette nuit là que je voulais qu’il me rattrape. J’avais besoin qu’il me sauve, il était mon filet de sécurité. Sans lui je ne me serais jamais délivrée de l’autre. Cette mauvaise farce aurait pu durer des mois encore. Mais nous étions là, nous nous faisions face, et le temps prenait son temps. Sa main fugace effleurait la mienne, laissée là à dessein. Nos conversations n’étaient qu’un doux prétexte, de tendres préliminaires. Un deuxième verre pour la route. Pour ne pas nous quitter trop tôt …

Il fallait rentrer, maintenant. J’étais saoule à la sortie du bar. « Et si nous marchions, plutôt que de prendre le métro ? » Le dédale des rues me faisait vaciller et je prenais garde à ne glisser que de son côté. Il ne comprenait pas et veillait, au contraire, à tenir une distance amicale entre nous. « Je te raccompagne jusque devant chez toi. » J’adorais son côté protecteur, j’en avais tellement besoin.

Arrivés au seuil de la porte de l’immeuble, alors que je ne l’imaginais pas, il me saisit la nuque, posa langoureusement sa main gauche au creux de mon dos et m’embrassa. Surprise, je me laissais faire. C’était un long baiser, suave. Ses mains continuaient de parcourir mon échine, ses lèvres ne quittaient pas les miennes. Puis doucement, ce moment insaisissable prit fin. Il me laissa là, sans un mot, et son sourire disparut. Je l’ai regardé s’éloigner un instant avant de monter les escaliers qui me mèneraient chez moi.

C’est à ce moment précis, en refermant la porte blindée de l’appartement, que le coup de foudre me frappa. J’ai glissé avec fracas contre cette porte, me laissant happer par de terribles soubresauts, hurlant, pleurant à chaudes larmes, trépignant, dédaignant, ressassant ce qui venait de se passer. Un déferlement de sentiments m’envahit, j’avais mal, je voulais crever. Quand le bonheur cogne si fort un être si malmené, c’est terrible. Ca fait mal d’être heureux quand on n’est plus habitué.

Je lui en voulais, j’étais en colère ! Puis je le remerciais. C’était trop tôt, trop tard, prématuré, non amorcé … Je l’insultais avec véhémence, seule dans mon petit appartement, pour ensuite me raviser. Je me suis déshabillée en tremblant, me suis accroupie sous l’eau réparatrice de la pomme de douche, et j’ai patienté. Je ne comprenais plus rien, la boite des sentiments enfouie depuis de si longs mois avait éclaté. Je subissais toute ma vie à rebours, les papillons dans le ventre.

J’ai tout de même réussi à gagner mon lit. J’ai écrit un mail à mon prétendant, tentant tant bien que mal de choisir les bons mots, et je me suis couchée. La nuit s’est vue écourtée par le capharnaüm qui régnait dans ma tête, puis par les effets de deux verres de rhum bus à jeun. J’en étais là. Une nouvelle aventure se dessinait dont je serai l’héroïne principale.

Le coup foudre n’est pas un mythe, mais il ne se présente pas toujours sous son meilleur jour. La douleur est parfois nécessaire, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Je n’ai pas (plus) d’amis.

Friends

Quand j’étais petite, je savais ce que signifiait « avoir des amis ». C’était somme toute assez simple. Outre ma meilleure amie, mes copains étaient ceux avec lesquels je jouais à chaque récréation. J’en avais beaucoup. Assez pour fêter mon anniversaire.

Au collège, je me suis liée d’amitié avec une bande de filles. Notre groupe se constituait de toutes celles qui étaient différentes de la masse. C’était éclectique. Il y avait une révolutionnaire, une insoumise, une poète, une sportive, une Peace & Love, une Emo, une reine de la mode, et moi. Durant ces quatre années, ces personnalités fortes et tendres m’ont façonnée. Elles m’ont marquée au plus profond de mon être. Le lycée m’a séparé d’elles et je n’ai plus jamais réussi à renouer. Pourtant, je rêve encore souvent de ce que nous étions, et je sens toujours l’impact qu’elles ont eu sur ce que je suis. J’imagine ce qu’elles sont devenues, et je suis très fière de voir, au travers des réseaux sociaux, que la plupart d’entre elles ont tenu bon et vont jusqu’au bout de leurs rêves (*musique*). Je suis assez admirative. Qu’en est-il de moi ?

Mon arrivée au lycée m’a donné l’occasion de tout recommencer et je l’ai saisie à pleine main. Dès les premiers jours, je me suis fait violence pour me rapprocher des personnes qui me plaisaient. J’ai rencontré là-bas celui que j’appelle pompeusement mon « best friend forever ». La première fois que j’ai posé les yeux sur lui, nous étions en retard pour notre première heure de classe. C’est devant la porte, le couloir vide et espérant que l’autre frappe pour annoncer notre présence, que nous nous sommes rencontrés. D’autres supers amis sont venus étoffer la bande, et j’ai passé trois années absolument exceptionnelles.

C’est à l’université que j’ai perdu pied. Nous étions quatre potes à suivre le même cursus mais mon BFF n’en faisait pas partie. Les premiers mois, il m’a beaucoup manqué, sans que je ne me l’avoue. C’était vraiment difficile de me sevrer de nos rigolades quotidiennes et de notre complicité. J’étais en colocation avec une excellente amie, ça se passait très bien mais il me manquait quelque chose. Les gens de la fac ne correspondaient pas à mes espoirs. Je les trouvais tous imbus de leur savoir, ils avaient la gagne et j’étais incapable de m’intégrer. Mes études aussi me décevaient grandement, je me trouvais incompétente. Je me demandais chaque jour un peu plus ce que je foutais là, alors pour combler mon chagrin, j’ai cherché du réconfort sur le net. J’ai fait une mauvaise rencontre et je me suis coupée de tous mes amis.

Il m’a fallu plusieurs mois pour rattraper ma bêtise. Ma colocataire m’a pardonné le mal que je lui ai causé, les autres étaient ravis de me retrouver. C’est ça, les vrais amis, non ? Il n’empêche que depuis cette cassure, je n’ai plus l’impression d’être réellement leur amie. Je ne me confie plus à eux, et inversement. Ils sont comme des vieilles connaissances que je prends plaisir à revoir ponctuellement. Ils ne me connaissent plus par coeur. Et je ne vais plus instinctivement vers eux.

Heureusement, il me reste une confidente. Une femme merveilleuse dont la voix suave et sans pareil résonne toujours à mes oreilles. Avant de voir son visage, je l’ai entendue parler. Un coup de coeur. La foudre frappe aussi en amitié. Des centaines de kilomètres nous séparent maintenant et mes mails restent sans réponses. Elle me le dit, qu’elle m’écrira dès qu’elle aura « le temps », mais elle ne le fait plus. Quant à ma meilleure amie, tout est différent depuis qu’elle est musulmane.

J’ai eu bon nombre d’amis en 24 ans d’existence. Pourquoi est-ce si différent aujourd’hui ? De toutes ces belles personnes, très peu subsistent encore à l’heure actuelle. J’en ai invité un peu plus pour mon mariage, en souvenir du bon vieux temps, mais je n’ai pas voulu d’EVJF. Je ne me sentais pas assez entourée pour ça. Je ne voulais pas que ça sonne faux. Quand je vois à quel point mon mari est aimé, à quel point il compte pour ses amis (et il en a !), je regarde autour de moi et je me demande si je suis esseulée par ma faute. Peut-être que c’est moi qui envoie les mauvais signaux.

Toujours est-il qu’à présent, il est vraiment difficile de me lier d’amitié avec de nouvelles personnes. J’installe une barrière que je ne parviens pas moi-même à faire tomber. Il faut des mois de promiscuité pour qu’un collègue devienne mon ami. Jusque là, ça n’est quasiment pas arrivé. Je m’intègre difficilement au cercle de mon mari. Non pas qu’il ne veuille pas de moi mais je n’y parviens pas, les soirées n’y sont pas propices. Il me faut des moments d’intimité avec chaque personne pour qu’un lien véritable se crée. Suis-je trop exigeante ? Peut-être. Copiner ne me suffit plus, ça n’a que très peu d’intérêt à mes yeux si on ne peut pas aller plus loin.

J’en suis là, à me questionner. Ai-je seulement compté pour tous ces gens ? Ai-je eu un impact aussi important dans leur vie qu’eux dans la mienne ? Parfois je pense que oui, que les souvenirs sont légions et que le temps ne compte pas. J’accepte que l’amitié ait une fin. J’aimerais seulement avoir la certitude qu’elle est intemporelle dans l’esprit de l’autre comme dans le mien.

Aujourd’hui, mon mari a prit la place du meilleur ami et du confident. Il tient ce rôle à la perfection mais tous les autres me manquent. J’aimerais pouvoir tout dire à quelqu’un d’autre, pouvoir appeler une nana pour qu’on se retrouve devant un verre quinze minutes plus tard et lui déballer tous mes déboires et mes petites joies, comme ça, farouchement. J’aimerais rigoler grassement, pleurer doucement et être entière avec quelqu’un d’autre. Avoir une amie rien qu’à moi.

Je n’ai plus d’amis. Mon concept de l’amitié est-il devenu incompatible avec les adultes que nous sommes devenus, ou suis-je la cause du problème ? Je ne saurais pas vraiment qui appeler si, demain, j’avais une nouvelle à annoncer. C’est dommage, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !