Petit à petit, mon conjoint m’isole.

Figurine aux livres

La dernière fois, je vous racontais comment la violence s’est subitement créée une place au sein de mon couple. Je continue ma chronique en vous expliquant de quelle manière je me suis retrouvée seule dans cet enfer.

Dès les premiers jours de notre relation, mon petit-ami D. a commencé à insidieusement m’éloigner de mes connaissances quelconques, de mes amis, puis de ma famille. J’avais 18 ans, je ne connaissais rien à la vie de couple. Bien sûr, il s’est souvent servi de mon ignorance comme d’un argument qui fait mouche, et a entreprit de m’enseigner la vie à deux. Sa vie à deux.

Nous avions appris à nous connaitre via un site de rencontre. Jeune étudiante en mal d’amour et de reconnaissance, j’avais besoin de parler, et d’être désirée. Très vite, nous avions compris que nous fréquentions la même faculté. Nous étudiions la même discipline et suivions les mêmes cours magistraux. Idéal pour planifier une rencontre. Or, il n’était pas la seule personne avec laquelle je discutais sur la toile. Après l’officialisation de notre union, j’étais toujours en quête de nouveauté : je cherchais des amis.

Cet après-midi de mai, je devais rencontrer l’un d’entre eux. Je m’en faisais une joie, et l’annonçais à D. en toute innocence. Il m’interdit catégoriquement de m’y rendre. Je lui proposais de se joindre à nous : il déclina furieusement l’offre. Je ne comprenais pas l’objet de sa colère, j’allais simplement boire un verre avec quelqu’un. « Mais c’est un mec ! Tu l’as rencontré sur internet, il veut juste te baiser. Tu vas me tromper ! » C’était donc ça, une crise de jalousie ? Gênée, je lui cédais pour calmer le jeu, et posais par la même occasion mon premier lapin à cet ex-ami virtuel.

L’été approchait à grands pas, et avec lui mon envie de rejoindre enfin ma famille. C’était la première année que je passais loin d’elle, et même si je la voyais quasiment tous les week-ends et toutes les vacances scolaires, elle me manquait terriblement. Avant que je ne parte la rejoindre, D. s’enquit de m’expliquer pourquoi je ne devais pas y aller. « Tu vois trop ta famille, c’est pas normal. Tes parents te surprotègent, tu ne connais rien à la vie. Tu dois couper le cordon. Les voir une fois toutes les trois semaines est amplement suffisant. Puis on vient juste de se mettre ensemble. Reste avec moi. »

Que nenni, j’avais trop besoin de partir, et ses remarques m’avaient blessée. Que c’était bon de retrouver sa terre et ses semblables ! Seulement, il avait une façon bien particulière de veiller à ce que je ne l’oublie pas : me harceler. Je recevais des dizaines de messages par jour (que je prenais d’abord pour des messages d’amour), et je devais y répondre. Pendant les repas, les excursions en famille, les soirées devant un film … Il devait passer en premier et s’emportait s’il jugeait que ce n’était pas le cas. Il boudait et me menaçait de rompre, alors je culpabilisais et demandais à mes parents de me laisser le rejoindre quelques jours. Je passais la saison comme ça, tiraillée entre ma famille chérie, et lui.

L’été, c’est aussi le temps des week-ends entre amis. On se retrouve pour quelques jours, on boit, on chante, on veille au clair de lune. Nous avions préparé nos retrouvailles avec enthousiasme ! D. ne faisait pas partie de la bande, mes amis l’appréciaient peu et je ne souhaitais pas leur forcer la main. Il n’était pas convié à la fête, et ça le rendait dingue. « Tes amis ne me respectent pas, ils ne sont pas tes amis. Par égard pour moi, tu ne devrais pas y aller. Tu vas t’amuser sans moi. On est en couple, on doit s’amuser ensemble. »

Cette fois encore l’envie était trop forte, j’y suis allée. J’ai passé ces deux jours accrochée à mon téléphone, ce qui a passablement ennuyé le reste de la bande. Ils savaient qui m’écrivait si frénétiquement, et l’en appréciaient d’autant moins. Je leur ai dit qu’il s’agissait de sextos. C’était le cas, les vingt premières minutes. Et si j’étais moi-même agacée, je ne pouvais pas me permettre de l’ignorer. Je connaissais à présent les répercussions, et les disputes, virtuelles ou réelles, ne m’enchantaient guère. Je ne faisais pas le poids, je ne savais pas m’imposer. Pourtant les arguments de D. étaient facilement contestables, mais personne ne pouvait lui tenir tête. Il voyait le monde à sa façon et refusait qu’on puisse le mirer différemment.

Septembre s’est installé et je suis revenue. Je passais de plus en plus de temps chez lui, à sa demande. Il vivait avec son frère, à l’autre bout de la cité. D. ne se déplaçait jamais à mon domicile : mes colocataires l’incommodaient. Au fil du temps, il a finit par me proposer d’emménager avec lui. C’était la suite logique mais j’ai hésité longtemps. Je n’étais pas prête. Sa proposition s’est alors muée en ordre, que j’ai accepté de suivre. Je voulais devenir une adulte moi aussi, être à la hauteur, réussir mon couple malgré les difficultés. Tout le monde se dispute, on a tous des problèmes à un moment donné, non ?

L’isolement s’est évidemment accéléré, bien que j’aie résisté de toutes mes forces. Il prenait toute la place et plus son pouvoir s’épandait, moins je pouvais quémander un peu de liberté. Mon libre-arbitre avait du mal à reprendre le dessus, je devenais sa poupée. Mais une poupée, même de chiffon de cire ou de son (*musique*), c’est quand même un peu humain, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Je ne porte plus de soutien-gorge.

Soutiens-gorge

Je me souviens de la première journée que j’ai passé avec un soutien-gorge. J’avais douze ans, j’étais en cinquième, il était bleu marine, et j’avais insisté auprès de ma maman pour l’avoir. Ma poitrine en était à ses balbutiements, je n’en avais pas besoin mais je voulais passer ce cap. Faire comme les autres, grandir, avoir un corps de femme et le traiter comme tel.

C’était atroce. Il me serrait, il me grattait. J’étais gênée dans tous mes mouvements. Les bretelles me sciaient les épaules et la fermeture se plantait dans mon dos. Je le réglais probablement mal. Ou alors je me suis habituée à la douleur.

J’aimais beaucoup les soutiens-gorge. J’adorais les choisir, fleuris, en dentelle, colorés, sexy … Le parfait accessoire, pour une nana coquette comme moi. J’en avais des dizaines que j’assortais au gré de mes tenues, au gré de mes humeurs. Ils m’offraient une belle poitrine, ronde et standardisée, plantureuse malgré mon 85b.

Pourtant, quand j’étais de retour chez moi après plusieurs heures de travail, mon premier réflexe pour être enfin à l’aise était de le retirer lui, plus qu’un autre vêtement. Et je respirais. J’avais ce mouvement frénétique qu’ont les chiens pour se libérer de l’eau pesante sur leur parure.

L’hiver arrivait et avec lui les pulls, doudounes et autres écharpes. Au travail, il faisait tellement froid que nous portions tous une polaire offerte par la direction. J’ai pensé que sous cet attirail, personne ne verrait la différence si j’omettais un matin d’agrafer mon soutien-gorge. Alors j’ai testé. J’ai acheté des débardeurs pour les porter sous les pulls, et je suis sortie.

Les premiers jours, c’est une sensation étrange. Je sentais mes tétons réagir au tissu. Ils n’étaient plus protégés par des coussinets, je les voyais poindre souvent. Ce n’est pas forcément agréable de réapprendre cette perception. Et puis mes seins bougeaient beaucoup quand je marchais. J’avais l’impression qu’ils pouvaient vraiment se balader, sauter et rebondir.

Mais ce que j’ai surtout ressenti, c’est la liberté : L.I.B.R.E (*musique*). Je ne peux pas faire plus de mouvements qu’avant, mais je les fais dorénavant avec une aisance totale. Certaines douleurs ont d’ailleurs disparu. Les marques sur mon dos, mes épaules et sous mes seins se sont effacées. Je trouve que ma peau est devenue plus jolie, et que mon porté s’est amélioré. Mes seins se sont redressés, ils ressemblent à des volcans. Je les adore. Je me sens belle. Et femme. Tellement plus femme qu’affublée de balconnets ! J’ai des « vrais » seins.

Bien sûr, l’hiver est passé et j’ai dû apprendre à assumer ma poitrine libre sous les T-shirts et sous les robes. Je craignais qu’on remarque mes tétons et qu’on me sexualise. A Lyon, sortir seule sans rien sous mon haut m’effrayait. Le téton est le symbole sexuel par excellence. Tout le monde est gêné ou excité à sa vue. Quand je ne pouvais pas me cacher sous une veste ou un foulard, quand j’avais une soirée avec des amis, ou quand je passais un entretien, je revenais en rechignant vers mon faux-ami.

Après neuf mois d’essai, je passe 95% de mon temps la poitrine libre. L’été est là et je n’ai plus peur de porter mes robes comme ça. Je suis complètement à l’aise avec ma famille, et je sors en toute impunité aux yeux d’inconnus. J’ai donné la quasi-totalité de mes soutiens-gorge à ma maman, et j’en ai gardé une petite dizaine « au cas où ». Essentiellement sans bretelles et sans armatures, ça me rassure de les avoir. Avec les amis, ça dépend. Parfois j’y arrive, et d’autres fois je recule.

Je me suis détachée de cette image sexy du téton. Non, il ne représente pas mon sex-appeal. Oui, il fait partie de moi, il est naturel, il pointe parfois et ça ne me gêne pas. A mes yeux, les soutiens-gorge sont devenus des accessoires futiles. On essaie de me faire croire que j’en ai besoin, qu’il faut que je les paie cher et qu’ils me rendent femme. C’est faux. Je suis beaucoup mieux sans. Evidemment, ce discours ne s’applique pas à toutes les femmes, et certaines ont vraiment besoin de ce soutien. Mais pas mon 85b.

Les « free boobies » expliquent qu’il y a corrélation entre le port massif du soutien-gorge et le cancer du sein. Je ne sais pas s’il faut y croire. Je sais qu’à l’inverse il ne m’arrivera rien de néfaste sans lui. Mes seins commenceront peut-être à pendre plus tôt, mais nous sommes tous soumis aux lois de la gravité et à la vieillesse. Ca ne me dérange pas. D’autant plus que je serai la seule à les voir, ou presque.

Et mon mari, qu’en pense-t-il ? Il a remarqué que ma poitrine était plus belle et me complimente. Mes tétons sont moins sensibles et ça lui sied à merveille ! Il se fiche que je sorte la poitrine libre. Il n’aurait de toute façon pas son mot à dire, comme moi je ne le forcerais pas à porter des slips de maintien. J’ai plusieurs corsets coquets, quand l’envie de me prend de paraitre un peu plus désirable, et de très belles petites culottes.

Je ne porte presque plus de soutien-gorge. J’apprends à accepter mon corps unique, si beau, et n’essaie plus de le fondre dans des moules standardisés. C’est tellement agréable de se laisser vivre, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Noces de coton.

Noces de coton

Voilà un an que nous sommes mariés. Une année douce et tendre. Les moments passent, fugitifs, et deviennent de superbes souvenirs. Ces instants que nous volons au bonheur, ces secondes précieuses qui fondent notre complicité me rendent sage. Ils m’apprennent l’éphémère et me font rêver d’éternité.

Je ne sais pas si nous pouvons nous aimer plus, nous rendre plus heureux encore. Le mariage était le sommet de notre monde, et nous découvrons qu’il nous reste l’univers à conquérir. Tant de jours attendent notre venue. Ils sont tous empreints de toi, et j’ai hâte de t’y reconnaitre.

Cette année, la nostalgie des préparatifs m’est parvenue quelques fois. J’ai tellement aimé faire ces choix avec toi, passer ma robe, imaginer notre cérémonie, te regarder résister pour ne pas porter ton alliance avant l’heure … Je ne suis pas mélancolique mais j’apprécie le goût de ces nouveaux mémoires. C’était parfait.

Cette année, je me suis sentie être vraiment ta femme. Je suis légitime, tu m’as choisie et tu as assumé ce choix aux yeux de tous. Ca me remplit de fierté et de reconnaissance. Merci. Merci d’avoir décidé que « copine » ou « petite-amie » ne qualifiait pas assez la qualité de notre engagement. Nous nous sommes épousés, et ça revêt maintenant à mes yeux une importance toute particulière. Nous en avions besoin, nous nous sommes accomplis dans cette tâche.

Cette année, mon entourage m’a nommée différemment. J’ai pourtant conservé mon nom et je l’ai revendiqué. J’ai expliqué que je restais Rozie, mais eux voient à présent Epouse, quoi que j’en dise. Voilà ce qui me froisse dans la fabuleuse épopée de nos noces. Je ne peux plus choisir l’image que je renvoie, quand toi mon amour, tu renvoies toujours la même.

Cette année, j’ai ressenti un poids nouveau sur mes épaules. Au détour d’une conversation, on ose désormais me questionner sur mon désir de procréation. On imagine que je serai enceinte l’an suivant, on ne me laisse pas vraiment dire non. Mes employeurs guettent mon ventre et craignent les mensonges. Nos proches imaginent sans cesse des signes qui ne viendront pas.

Cette année, nous avons déménagé. Finies les ballades le long du canal (*musique*), nous avons quitté les rues vivantes de Lyon pour la splendeur de la Provence. Une accueillante villa nous a recueillit, et le soleil nous sourit chaque matin. Notre jardin nous donne du baume au coeur, nous respirons si bien. Ici, le bonheur est partout.

J’ai encore grandi à tes côtés. Je te vois t’épanouir, rire, et vivre si intensément. Je voudrais que ça ne s’arrête jamais, qu’on ne vieillisse pas, que le temps cesse de tout balayer indéfiniment. Tu me donnes la foi. Je veux croire que je ne te perdrais jamais, que notre chemin ne se scindera pas, que la vie est infinie.

Lorsque mon regard se pose sur mon alliance, un sourire attendrit instantanément mon visage. Je ne peux plus me passer de ce bout de métal, il me manque quand, après la douche, j’oublie de le replacer à mon annulaire. J’adore que la tienne marque ta peau, j’aime qu’elle soit si massive, j’apprécie que mon nom y soit gravé, tout contre ta peau.

Cette année mes parents t’ont aimé plus. Ils ont laissé leurs sentiments à ton égard exploser, certains désormais qu’ils te côtoieraient jusqu’à la fin. Ils t’ont pris comme le fils qu’ils n’ont pas eu, ils t’aiment fort. Tes parents aussi m’aiment indéniablement, surtout ton père qui a cette faculté magique de me le montrer de manière impromptue. Quand il me serre dans ses bras, comme ça, pour rien. Quand il me présente à ses amis : « Regardez ma belle-fille, comme elle est belle » avec le regard pétillant et sa main dans la mienne.

Cette année nous avons tenu les promesses que nous avions faites cet après-midi là, dans la douce chaleur du mois de mai, entre les rosiers et les invités. Nous avons bâti notre maison sur les fondations solides, et nous construisons tout doucement notre église.

Noces de coton. Voilà un matériau qui représente bien ces 365 jours de bonheur. Nous sommes comme sur un nuage qui ne cesse de s’épaissir, nous offrant là la couche ouatée que méritent nos étreintes. Dire « Je t’aime » ne suffit plus, c’est dans nos câlins que je reçois et que je t’envoie la horde des sentiments qui nous animent.

Lorsqu’on me demande ce que le mariage a changé pour nous, je réfléchis pour finalement répondre « Rien, si ce n’est qu’on s’aime plus ! ». Ca ne change rien entre nous deux, c’est vrai, mais avec le reste du monde, c’est différent, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Mon amie s’est convertie.

Photophore bleu

Elle est belle, elle est forte, elle a du caractère. J’ai beaucoup d’estime pour elle, je suis fière de ce qu’elle est, et j’espère qu’elle est fière de moi. Je l’aime comme une soeur. Elle me manque souvent. Je la connais depuis toujours. Nous étions voisines, nous sommes cousines éloignées, sa nounou c’est ma maman. Nous avons passé notre enfance ensemble, tantôt chez l’une, tantôt chez l’autre. Elle était plus intrépide que moi, mais je la suivais toujours ! Quand je pense à elle, une myriade de souvenirs m’assaillent. Il y en a un pour chaque moment. Elle est un pilier de mon existence.

Ces dernières années, nous nous sommes moins vues. Nous sommes moins au courant de la vie de l’autre, nous connaissons simplement « les grandes lignes ». Ca me pique un peu le coeur, elle a une partie de moi en son sein dont j’ai besoin. Sa conversion a-t-elle changé la donne ? Je ne sais pas. J’ai vu mon amie se convertir, et ce qui a changé pour elle a partiellement changé pour moi.

Nous étions juste majeures quand elle a commencé à réfléchir, à éprouver ce besoin de vérité, à tâtonner pour rencontrer sa foi. Elle me parlait de ses recherches avec des étoiles dans les yeux, me racontait ses découvertes avec un enthousiasme que je ne lui connaissais pas. Ca lui plaisait, un univers s’ouvrait à elle. Un cadre de vie se dessinait devant elle, et elle pouvait choisir de se l’imposer dans un but honorable : respecter la volonté de Dieu.

Elle a décidé d’y adhérer complètement, et j’ai suivi sa métamorphose avec un regard bienveillant. Au fur et à mesure des mois, je l’ai vue arrêter de fumer, lire le Coran, faire ses cinq prières par jour, voiler sa chevelure puis le reste de son corps. Je l’ai accompagnée se faire dépister contre les IST. Puis elle s’est inscrite sur un site de rencontre musulman.

Son but est devenu très clair : fonder une famille dans le « dine ». Il lui fallait trouver un homme pieux. J’étais interloquée quand elle me parlait de ses rencontres. Ils ne devaient pas se toucher, ils se parlaient très peu. Je me demandais comment ils pouvaient vraiment apprendre à se connaitre. Toujours est-il qu’elle a réussi à trouver le bon. Un jour, elle m’a annoncé par message qu’elle était enceinte, qu’elle gardait l’enfant et que sa famille n’était pas au courant.

Autant le dire, la nouvelle m’a soufflée. Après lecture dudit message, je me suis assise sur mon lit un instant, et j’ai tenté de réaliser. Incroyable. C’était pourtant logique, mais j’étais à des années lumières de cette finalité dans ma propre vie. Je n’avais pas pensé que ça puisse arriver si brusquement. Nos destins jusque là entremêlés prenaient la tangente.

Plus tard, elle m’a proposé d’être son témoin pour le mariage civil. Ses parents n’y assisteraient pas. Il n’y aurait qu’elle et son conjoint, son témoin et moi. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, elle m’avait demandé de m’habiller simplement. Ce jour là, nous ne nous étions pas vues depuis plus d’un an. Elle en était à son sixième mois de grossesse, c’était étrange de la voir toute ronde sous sa longue tenue noire. Nous avons passé un moment toutes les deux, puis nous nous sommes présentées à la mairie.

Son conjoint était là, il ne m’a pas dit bonjour. Elle m’avait prévenue : un homme ne parle pas à une autre femme que la sienne, et vice-versa. Le mariage prit quinze minutes, en tout et pour tout. Ils étaient déjà mariés religieusement. Et je suis repartie.

Lorsque l’amour est venu frapper à ma porte, j’ai souhaité partager mon bonheur avec elle. Je voulais qu’elle rencontre celui qui me faisait tant de bien. Elle a poliment refusé, pour la raison invoquée plus haut. J’ai été triste et déçue, mais j’ai accepté son choix. Obéir aux règles d’Allah est essentiel pour elle, et c’est bien normal. Je comprenais.

Quand mon tour est venu de me marier, j’ai tout de suite pensé qu’elle serait l’un de mes témoins. J’attendais ce moment avec impatience ! Mais là aussi, elle a poliment refusé. Elle m’a expliqué que ce n’était pas possible, qu’elle ferait « tâche », seule à être voilée au milieu des invités. Je lui ai répondu que je m’en fichais, mais je n’ai pas réussi à la faire changer d’avis. Cette fois, c’était beaucoup plus difficile d’accepter. Notre mariage était laïque, elle y avait tout à fait sa place ! Nous avions des catholiques et des témoins de Jéhovah dans l’assistance, pourquoi pas une famille musulmane ?

Ce refus a entaillé mon coeur. J’ai pensé qu’elle craignait le regard de certains membres de ma famille qui l’avaient connue avant sa métamorphose. Pas facile d’afficher sa conversion aux yeux de tous. Même mon père, elle ne peut plus le voir. J’étais déçue qu’elle ne réussisse pas à passer outre les éventuelles médisances pour être à mes côtés. Elle aurait pu ne rester que dix minutes … Ca m’aurait tellement réchauffé l’âme !

Je le sentais, qu’au fond d’elle, elle trépignait d’y être ! Son père était là, il m’a dit des mots bleus (*musique*) dont je me souviendrais longtemps : « Rozie, tu es un peu ma petite fille ». Sa mère n’a pas souhaité l’accompagner, peut-être parce que mon mariage faisait écho à celui de sa fille auquel elle n’a pas participé … Pour eux, la conversion de leur enfant est un rude évènement : toutes ces nouvelles règles les bloquent, ils ne comprennent pas qu’elle puisse trouver le bonheur dans le retranchement et le calme. Elle qui avait soif d’aventures, elle qui était si indépendante et fière.

J’ai revu mon amie plusieurs fois par la suite, toujours chez elle. Elle a eu un deuxième enfant rapidement. Deux beaux garçons aux prénoms coraniques. J’ai apporté mes albums de mariage qu’elle a feuilleté hâtivement. Son mari me dit bonjour à présent, mais sans trop m’approcher. Ils n’ont pas de gestes tendres l’un envers l’autre en ma présence. Leur amour est pudique.

Elle reste à la maison pour élever leurs enfants. Elle prépare les repas et veille à ce que ce soit prêt quand son homme rentre. Elle a refait tout leur appartement, c’est magnifique. Elle a du goût. Elle sait tout faire.

Elle voulait trouver un emploi pour améliorer les finances familiales, mais lui souhaite conserver le schéma actuel alors elle a décidé de faire l’école à la maison aux petits, pour ne pas s’ennuyer. Nous devions nous revoir avant que je ne déménage quelques 300 kilomètres plus au sud, mais je n’ai pas eu le temps. Je sens qu’elle est peinée. Je le suis aussi.

Mon amie s’est convertie. Je ne juge pas son choix et ne le trouve pas mauvais. Je regarde cette conviction de ma place, et je me demande ce que ça fait d’avoir la foi. Je vois que ça change les gens en profondeur. Ca modifie toute leur vie et ça me laisse perplexe. Je ne crains pas Dieu, son existence n’est pour moi qu’une hypothèse et je ne compte pas sur lui, alors je ne peux pas tout comprendre.

Je sais que je ne peux plus être proche d’elle. Bien sûr, je pourrais l’appeler de temps en temps, continuer de lui raconter la petite vie que je mène, mais elle m’écoute d’une oreille distraite. Elle ne me dévoile plus ses secrets, ne me parle plus de l’intimité de son âme et nos conversations ressemblent désormais à celles que je tiens avec n’importe quel inconnu rencontré par hasard. Elle est proche de Dieu, mais plus de moi.

Parfois nos proches nous surprennent tant les choix qu’ils font sont à l’opposé de ce qu’on avait envisagé pour leur avenir. Ce n’est pas toujours évident de vivre avec cette nouvelle image de l’autre. Sa vie prend un tournant différent et quelque part, un bout de la nôtre aussi, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Mon conjoint n’accepte pas que je gagne plus que lui.

Le dragon

Si certains signes avant-coureurs auraient dû m’alarmer, la violence conjugale a sonné à ma porte à un moment précis.

C’était un après-midi de septembre. Ensemble depuis plus d’un an, nous vivions sous le même toit depuis deux mois : les deux meilleurs mois de notre relation. Nous travaillions pour la même enseigne, au même poste, mais pas dans le même point de vente. J’avais eu l’idée de postuler là-bas grâce à lui, parce qu’il y travaillait et que l’entreprise recrutait.

Je venais de terminer ma journée. A l’époque, j’oeuvrais à mi-temps et tout se passait bien. Ca durait depuis six mois et j’adorais ça, me rendre utile, réussir, m’améliorer chaque jour. Je me levais tous les matins avec l’envie de faire mieux et avais l’oeil au détail, j’étais organisée. Ca me plaisait de bosser. Les managers l’avaient remarqué et la rumeur circulait : ils cherchaient des nouveaux membres pour l’équipe d’encadrement.

Cet après-midi de septembre, on  m’enjoignit à rester un peu plus. Ils avaient quelque chose à me demander. Je trépignais à l’idée qu’ils m’aient choisie, moi. « Ca t’intéresserait de devenir team-leader, à temps plein ? » Evidemment, je n’ai pas décliné l’offre. Mon salaire allait doubler ! A 20 ans à peine, après six mois seulement, je montais en grade ! J’étais ravie, et fière. Je voulais l’annoncer à la Terre entière. Mon premier réflexe : envoyer un message à mon petit-ami D. pour lui annoncer. Bonne nouvelle (*musique*) !

Sa réponse ne se fit pas attendre. « C’est dégueulasse. »

Quel choc, j’en étais bouche bée ! Je n’ai pas compris sa réaction. Certes, il était jaloux que j’accède à cette place avant lui, alors que j’étais arrivée après. Il était blessé, soit. Mais cela empêche-t-il  de féliciter sa compagne ? Cela exclue-t-il  de dire « Bravo mon coeur, tu as réussi là où pour l’instant, j’échoue » ? C’est ce que j’aurais fait, par amour pour lui.

J’ai tenté d’améliorer les choses, en lui montrant les points positifs. Nous serons plus à l’aise financièrement, nous pourrons nous faire plaisir, nous envisagerons l’avenir plus sereinement … Tout n’était pas fini pour lui, il pouvait encore espérer une promotion ! Et quoi, c’était à moi de lui remonter le moral alors qu’il ne me témoignait pas une once de sympathie ? Le problème était ailleurs. Il disait se sentir humilié. « Tu me castres en gagnant plus que moi. Ce poste me revient de droit. Donne-moi la place. N’accepte-pas. Démissionne. »

Ce soir de septembre, j’ai vécu une première crise. Il a boudé, il a crié, il a pleuré. Il m’en a terriblement voulu, et m’a fait culpabiliser. « Tu vas détruire notre couple. » Malgré tout, je n’ai pas cédé. J’ai refusé pour la première fois de l’écouter. S’en suivront de longs mois de culpabilisation, de crainte, de crises de plus en plus violentes, d’humiliations, de harcèlement.

Il ne réussit pas à passer outre, ma réussite était un affront insurmontable et sa vision machiste de la chose me froissait. C’aurait été me renier que d’accepter son caprice. Si j’acceptais ça, j’accepterais plus tard de lui sacrifier tous mes projets personnels, toutes mes soifs de réussite et de carrière, tout ce qui ferait de moi une femme indépendante. Peut-être notre différence d’âge l’offensait-elle davantage dans cette situation : j’avais trois années de moins et j’étais déjà récompensée.

Je comprenais sa désillusion. C’était somme toute assez naturel d’être triste et désappointé, mais plutôt que de se remettre en question, il rabaissait mes compétences. « Tu fais tout moins bien que moi, je suis excellent et toi t’es novice ! » Comment pouvait-il le savoir, il ne travaillait pas avec moi ! Il se mit à compulsivement me questionner sur nos procédures, dans l’idée de me prouver qu’il était plus apte à soutenir les charges qu’on allait bientôt m’octroyer. Dès que je parlais de travail, il me reprenait ou me demandait de me taire, et lorsque je n’en parlais plus, il m’accusait de vouloir lui cacher des choses.

Il s’enquit de se servir de moi pour en apprendre plus sur la société. Mon nouveau contrat stipulait que je ne devais pas dévoiler les secrets de l’entreprise et mon responsable, au courant de ma situation familiale, me prévint : « Tu ne dois pas parler à D. de tes responsabilités, il doit rester à sa place d’employé polyvalent et ne doit rien savoir de tout ça. » Or D. ne l’entendit pas de cette oreille et face à son harcèlement lancinant, je lui cédais. Il m’obligea à lui apprendre nos techniques de management, nos procédures de commande, nos chiffres … Et je tremblais qu’un jour mes supérieurs l’apprennent.

D. souhaitait me porter à défaut : tous les moyens étaient bons pour que je démissionne voire mieux, que je me fasse virer. J’étais obligée de garder mon téléphone sur moi et de répondre à tous ses messages, messages qu’il m’envoyait sans relâche durant mes heures de travail. Je devenais folle et hurlais de colère, seule dans le restaurant, tous les matins. Mes larmes ne séchaient qu’à l’arrivée de mes collègues, quelques heures plus tard. Il souhaitait m’empêcher de travailler, et il y réussissait.

Ce manège affreux dura huit mois, après quoi j’acceptais de me rétrograder et de redevenir employée polyvalente. Notre couple n’était plus qu’un champ de mines et j’espérais que cette décision qui me coutait tant calme le jeu. J’étais surmenée, épuisée, à quelques pas du burn-out professionnel et personnel. Il avait eu ce qu’il voulait mais loin de le réjouir, cet évènement l’énerva plus encore. « Ca ne me fait même pas de bien que tu sois rétrogradée, t’as cassé ça aussi. Il faut que tu quittes l’entreprise. Démissionne pour de bon. » Le cauchemar continuait.

Cinq années ont passé depuis ce jour. L’écrire m’apaise un peu, tout en ressassant le mal qui jadis broyait mes entrailles. Je comprends petit à petit le mécanisme qui m’a amenée à accepter cette situation, à me dire « ce n’est qu’une dispute, rien d’autre » chaque jour. Peut-être qu’en lisant cette histoire, on se dit que ce n’est pas grand-chose. Mais je crois que « pas grand-chose » n’est jamais un bon début, n’est-ce pas ?

Rendez-vous sur Hellocoton !